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Full text of "Compte-rendu publié par Dr. Legrain, président du congrés et Dr. Boissier, secrétaire général"

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VII' CONGRES INTERNATIONAL 

CONTRE L'ABUS DES BOISSONS \LCOOI.IQUES 



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^Vir CONGRÈS INTERNATIONAL^ 



CONTRE L'ABUS 



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BOISSONS ALCOOLIQUES 



SESSION DE PARIS 1899 

Sous le Haut Patronage de M. LEYGUES, Ministre 

de rinstruction Publique. 



Compta-rendu publié par M. la D' LEGRAIN, Présidant du Congrès, 

et M. la D' BOISSIER, Secrétaire général. 







PARIS 
AU SIÈGE SOCIAL DE L'UNION FRANÇAISE ANTIALCOOLIQUE 

5, RUE DE LATRAN 

ET CHEZ L'IMPRIMEDR, A. C0DE8LAMT, 1, RUE DBS CAPDCINS 

A CAHORS (lot) 

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AVANT-PROPOS 



U impatience as^ec laquelle le public, en dehors même des adhérents, 
it attendu ces comptes rendus est un noui^eau symptôme des séantes 
progrès accomplis dans la marche eu la propagation de nos idées et de 
nos tendances. Ceux de nos collègues r/ui ont Vhabitude des Congrès 
sax'ent combien long et difficile est le tras^ail de collationnement et de 
publication d'un bulletin comme celui-'ci, dont l'apparition actuelle f.' ":. 
leur semblera donc pas plus tardive que de raison. Nous avons fait de 
notre mieux, pour que ces pages donnent r image aussi fidèle que pos^ 
sible de V ensemble des débats de notre grande assemblée dl Avril 1899, 
La chose était faisable dans une large mesure pour les séances gêné- 
raies grdcc à l'expérience aussi habile que désintéressée de M. Duclos 
notre excellent sténographe, que n'a pas eff*rayé t écrasante besogne de 
recueillir à lui seul tout ce qui a été dit au cours de toutes ces séances. 

M, le D^ de Vaucleroy a déjà montré dans la préface du Congrès de 
/W7, combien la division en sections, malheureusement indispensable, 
rond difficile la rédaction du bulletin ; et, si grâce à sa vigilance la 
section de médecine a pu être aisément complétée, les autres ont du, 
forcément subir quelffues lacunes de détail, que tous nos efforts n'ont 
pas pu combler, Cest dans cet ordre de faits la section de Législation 
qui a eu le plus à souffrir, beaucoup d'orateurs n'ayant pas fourni de 
notes résumant leurs argumentations, et la première séance ayantmanqué 
de secrétaires. Le fond substantiel et l'esprit général du Congrès n'en 
reste pas moins intact et ces deux volumes viennent en leur temps s'a^ 
jouter a la série des assemblées antérieures, complétant cette œuvre de 
collaboration par excellence oit se retrouve la somme des pensées et des 
actes des tempérants du monde entier pendant 20 ans. Que cette pre^ 
mière page apporte encore nos remerciements à M. A. Coueslant, l'im- 
primeur éminent, l'un des nôtres d'ailleurs, dont le dévouement au,ssi 
bien que les presses ont toujours été si largement mis au service de la 
bonne cause pour laquelle nous combattons, 

D' M. Legrain. 
D' F. BoissiER. 



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COMITE PERMANENT 



Des Congrès Internationaux contre l'abus des boissons 

alcooliques 



MM. J. LE JEUNE, Président, a Bruxelles. 
Th. BELVAL, vice-président •)•, id. 
L*ABBK VASLET, id. 

Lb pasteur HOCART, id. 

Lb D' db VAUCLEROY, secréf, id. 
H. MERZBACH, secret" adjoint, id. 
LepastburMEYHOFFER, très., id. 
C. Chr. BURCKHARDT, a BAIe. 
Le D' W.-P. RUYSCH, à la Haye. 
Le D' a. FOREL, à Morges (Suisse). 
H. E. BERNER, a Christiania. 
Miss Charlotte A. GRAY, ii Londres. 







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Lettre d'invitation 



du Comité Permanent 



UruxelUs, le 20 .iptU 1808. 



MESftiEuns, 



Dans son assemblée du 2 Septembre 1897, le K/* Congrès inle/nd" 
tUmnl contre l'abus des IMssons alcooliques a décidé, sur l'invitation 
dp M. le docteur Legrain, délégué du gouvernement français (Ministère 
de rintérieur), de tenir il Paris, en 1899, le prochain (longrèn 
antialcoolique. 

Quelques membres avaient proposé de reporter la réunion ii 
Tannée 1900 ii cause de Tattrait ae l'Exposition universelle et de 
la coïncidence d'autres Congrès qui auront pour elTet de rassembler, 
il Paris, à cette époque, un grand nombre d'hygiénistes, de personnes 
s'occupant de questions d éducation et d'instruction et de savants 
au courant des problèmes économiques et sociaux. 

L'assemblée générale lut d'avis qu'un Congrès isolé en 1899 
intéresserait davantage l'opinion publique et donnerait des résultats 
plus pratiques et plus considérables, au point de vue de la propagande 
antialcoolique, en France et ii l'Etranger ; qu'une réunion en 1900 
risquerait de passer inaperçue au milieu des multiples Congrès ciul 
diviseront nécessairement les travailleurs et au milieu des réjouis- 
sances publiques et des distractions de toutes sortes qui accapareront 
\ forcément l'attcnticm de tous les visiteurs de la grande Ville. 

i II fut donc décidé, à la presque unanimité des membres présents, 

de ne pas déroger aux usages suivis précédemment qui prescrivent 
de réunir, tous Tes deux ans, le Congrès contre l'abus des boissons 
alcooliques. 

Grâce aux eflbrts dévoués de M. le docteur Legrain, un Comité 
d'organisation a été constitué et s'est mis immédiatement si l'œuvre 
pour élaborer un programme des questions ti traiter dans les 
assemblées générales et se mettre a la recherche d'orateurs désireux 
de prendre la parole dans les diverses séances. 

Les noms ae MM. Théophile Roussel» des docteurs Legrain et 



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vil" CON(;ilKS INTEIIN. CONTRE L ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 



Boissier figurant à \\\ ItMc du Comité et ceux des autres membres qui 
le composent, tons ayant déjà donné do grandes preuves de dévouement 
h la cause anlialrooli<|uey sont de sûrs garants de Timportance et du 
succès du Congrès antialcoolique de 1899. 

Le Comité d'organisation a décidé de tenir le Congres pendant les 
vacances de Pjicjucs à redct de permettre au nombreux personnel du 
corps enseignant d'assister aux travaux et d'obtenir Tadhésion d*un 

frrand nombre de personnes qui ont Thabitude de s'absenter pendant 
es grandes vacances. Le Comité permanent s'est rallié à cette pro- 
position et a également adopté la division du travail telle qu'elle a 
été conçue. 

Le Comité permanent des Congrès internationaux contre l'alcoolisme 
adresse un appel énergique ii tons les amis de la Tenîpérance ou de 
l'Abstinence dans tons les pays, à tous ceux qui considèrent la lutte 
contre l'alcoolisme comme une nécessité essentielle de l'œuvre du 
relèvement moral et de la régénération sociale et les convie à prendre 
part aux travaux du Congrès de 1899, à Paris, ou tout au. moins à 
se faire inscrire comme membres adhérents. Il les prie en même 
temps de faire une active propagande pour que la France, qui a eu 
l'honneur, en 1878, de réunir le premier Congrès contre l'alcoolisme 
et qui continue aujourd'hui la série des Congrès internationaux 
ouverte \\ Anvers en I88r>, soit aidée dans ses efforts en vue de se 
délivrer du mal qui la ronge et tienne une place élevée, comme tant 
d'autres pays, parmi les nations décidées à engager vigoureusement 
la lutte contre Talcool nuMirtrier. 

Veuillez agréer, M , l'assurance de notre considération 

la plus distinguée. 

Poun LE Comité permanent des CoNcniss internationaux 

CONTRE l'alcoolisme 



Le Secràfnirey 
Docteur de VAUCLKIIOY, 

Scorêlitirc génvrni de la Li^fuc patriotique belge 
rontro rnlcoolisinc. 



Le Président^ 
Jules LE JEUNE, 

Ministre d'Etot, 
Scnutcur. 






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Lettre d'Invitation 



du Comité d'Organisation 



Paris, le 1" dccemÛre 180S. 



MoNSlKL'tl, 



\sV (lomité d'organisation du VII' Congres international contre 
VaOiis des boissons alcooliaues joint son appel h celui du Comité 
permanent et a Thonneur de vous inviter h prendre part au Congrès 
de Paris. 

Si Talcoolisme exerce partout ses ravages, vous n*ignorez pas qu'il 
riieuro présente, la France est un de ses principaux lieux d'élection. 
C^ctte circonstance rend notre appel plus pressant encore. 

Kn parcourant les travaux ues divers Congrès internationaux qui 
se sont succédés, on peut se convaincre que, de plus en plus, les 
débats se sont portés sur un terrain pratique. De plus en plus les 
congressistes ont étudié de préférence les problèmes dont la solution 
intéressait la lutte quotidienne contre le fléau et pouvait fournir les 
résultats les plus féconds. 

C'est en se basant sur l'expérience des Congrès antérieurs, que le 
Comité d'organisation a cru devoir accorder aux questions d'ordre 
)r;itique, une certaine prépondérance dans son programme, sans 
aisscr toutefois de côté les questions d'ordre théori(|ue et scientifique. 
Instruire le procès de l'alcoolisme, telle a été l'œuvre si féc«)nde des 
premiers Congrès; étudier les moyens de prendre le mal corps ii corps 
cl d'en triompher, telle est l'œuvre urgente des Congrès futurs. 

C'est en vue de ce bon combat que nous sollicitons votre concours, 
convaincus (|ue vous ne refuserez pas l'aide de vos lumières ii une 
ciMivre (pli, au-dessus des intérêts nationaux, touche au sort même de 
l'humanité. 

Le besoin de se recueillir pour organiser la lutte a été la principale 
raison qui a déterminé le Congrès a se réunir en 1899 au lieu de 
1900, année d'Exposition, qui, riche en Congrès comme en attractions 
multiples, se prête moins bien h des études graves et dont on attend 
surtout des résultats immédiats. 



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Pouii LE Comité D*onGANiSATiON 



Le Secrétaire général^ 
D^ BOISSIER. 

Ancirn Interne 
de« Asiles d'alicnô» de la Seine, 
Secret, (général de 1 U. F. A. 



Le Président^ 
l>' LEGRAIN. 

Médecin an Chef 

des Asiles d'oliénéa de la Seine (Ville-Kvrurd), 

Président de ru. F. A. 



12 VU** CONÇUES INTE1IN. CONTOEL^ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 

Le Comîlc sVirorccra de faciliter aux congressistes français et 
étrangers les moyens de prendre part à la réunion de Paris, notam- 
ment en sollicitant d'importantes réductions de prix pour le parcours 
sur les chemins de fer. Il s'efforcera en outre de procurer aux 
congressistes qui en exprimeraient le désir une hospitalité gracieuse 
ou aussi économique que possible. 

Une circulaire ultérieure donnant les renseignements nécessaires 
il cet égard ainsi que le programme complété des travaux du Congrès, 
celui des réceptions et divertissements, sera envoyée aux personnes 
qui auront fait parvenir h temps leur adhésion. 

Les rapports présentés sur les diverses questions, au tout au moins 
leurs conclusions, seront adressés aux adhérents avant la réunion. 

La cotisation des membres du' Congrès est fixée a cinq francs ; elle 
donne droit \\ un exemplaire des comptes^^rendus du Congrès et des 
rapports qui seraient distribués avant 1 ouverture des travaux. 

Le Comité d^organisation vous prie, MonsieuFi de répondre favora- 
blement à son invitation et d'envoyer le bulletin d'adhésion ci*ioint 
AVANT LE 20 FÉvniEK 1899, afin qu'on puisse vous faire parvenir, ii 
votre adresse, votre carte d'adhérent ainsi que toute communication 
utile. 

L'envoi des rapports publiés avant le Congrès, ne pourrait être 
garanti à ceux qui enverraient leur adhésion après cette date. 

Les sociétés de Tempérance et toutes autres sociétés sont priées 
d'adhérer collectivi'inent, movennant le versement d^itne cotisation et 
d'indiquer sur leur bulletin d'adhésion, les noms et adresses de la 
société ainsi cpie des délégués qui les représenteront au Congrès. 



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Comité d'organisation 



t^^mmtm^ 



Préiident d'honneur 
M. Th. ROl'SSKL. tnoinbrc de rAcodémte de Médecine, sënnteiir. 

Préaident 

M. le D' LEGRAIN, inédecin eu chef des asiles d*oIiénés de -la Seiné^ Ville^Evrord 
(Soine-et-Oise), 

Vice^PréeidenU 

M. \o V JOFFROY, professeur ù la FoculU de Médecine de Paris, 186, rue de Rivoli, Paris. 

M. (^AUFRKS. sucréUiire général do lo Ligue de la moralité publique, 55, rue Lemcrcier, 
Paris. 

Secrétaire général 

M. le V' BOISSIER, secrétaire général de rUnion Française Antialeoolique, 20, rue du 
Vieux Colombier, Paris. 

Secrétairea généranz adjointa 

M" LEGRAIN. secrét.-adj. de l'Union Française Antialcoolique, 39, Allée d'Antin, Le 

Perreux, Seine. 
M. LALLEMENT, instituteur, 60, rue Montparnasse, Paris. 

Secrétaire dea aéancea 
M. DUROT. instituteur, 7, rue du Marché, Alfortville (Seine). 

Tréaorler 

M. SERRIER, 8. rue d'Ulm, Paris. 

Membrea . 

M. le D' ANTIIEAUME, chef de clinique de la Faculté de Poris, 6, rue Scheffer, Paris. ' 
M. UARBIER, premier président honoraire de la Cour de Cassation, président de la Corn- 
mission de surveillance des Asiles de la Seine, 53, rue Lobruyère, Paris. 

M** DEJEAN DK L4 BATIE, directrice de l'Ecole normale de Fontenay (Seine). 

.M. BAUDRILLARD, inspecteur primaire k Paris, 66, avenue de Versailles. 

M. UAYET. directeur de l'Enseignement primaire en France. (Ministère de Tlntérieur). 

M. UKDOREZ, directeur de l'Enseignement primaire à Paris, 2, rue Lobou. 

M*' BKQUET DK VIENNE, fondatrice de l'œuvre de l'alluitement maternel, 14, avenue 
Victor Hugo, Paris. 

M. BIANQUIS, pasteur, président de la branche française de lu Société de tempérance de 
la « Croix Bleue », l'i'i, boulevard Rospoil, Paris. 

M. If D' BOUCHARD, membre de l'Institut, professeur ù la Faculté de Médecine, 17'i, rue 
de Rivoli. Paris. 

M. lo D' BOURNKVILLE, médecin en chef de l'hospice de Bicétre, rédacteur en chef du 

Prufgrèë médical, 14, rue des Curmes, Paris. 

M. VAN BROCK. 30, avenue Kléber, Paris, 

M. U< D' BROrARDEL. membre de l'Institut, doyen do la Faculté de Médecine, ruo do 
l'Kcolc de Médecine, poris. 

M. le D' BROrSSE. conseiller municipal de Paris. 

M. lU'ISSON. professeur & lu Sorbonne. anoiou directeur de l'Enseignement primoire en 
Fnin«*e. 1<>ri. boulevard Montparnasse, Paris. 






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14 VII* coNonks ixtern. contre l abus des boissons alcooliques 

m 

M. p. ClIARTON, homme de lettres. 22 bi», rue Cbaptal, P«rU. 
M. J. CLARETIE, membre de l'Acudémie fronçnitc. 

M. COMTE, rédocteurcn chef du « Relèfement Sociai», 2, rue Dalay, SjiinUEtienna (Loire). 
M. COSTE, publicii.tc, 'i. cité Gaillard, Porii. 

M. DELAIR, réducteur en chcT de lu m Reforme Sociaie ». 54, rua de Seine, Paris. 
M. FLEURY-RAVARIX, député. ^ 

M. le D' GALTIER-BOISSIÈRE. conservateur des collections scientifiques du Musée 
pcdn(;o|jriqu4\ 211, rue Yuiineuu, Puris. 

M. GILBAULT, prorcKncur uu Lycée de Toulouse, président de la Lig^ue tottlousaine 
untiulcooliquc, 2'i, rue André Délieu, Toulouse. 

M. ORÊARD, v.-rcctour de irnivcrsilc de Paris. 

M. GUILLEMET, député. 

M. HERBETTE. conseiller il Etat, 17, rue Fnrtuny. Poris. 

M"* HUDRY-MÊNOS, publiri^lc. 3'i. rue Notre-Dume-des-Champs, Paris. 

M. le D' LABORDE, nicnihro de l'Acudéinic de Médecine, 1, boulevord S'-Germuin, Paris. 

M. le IV LAN(«EREAU.\, mcMnhru de rAcudcniie de Médecine, 44, rue de la Bienruisonce, Paris. 

M. A. LEFÈVRE. t-onsoillci- niunii-ipiil di* Puris. 

M. l'abbé LKMIRE. député. 

M. le D' MAO N AN. nuMiibi-o de rAfadémii* de Méderinc, médecin en chef de l'asile 

S"-Annf, 1. ruo Cabunist. Puris. 
M. MAILLET, insililutcur. vice-président de l'Union Française Antialcoolique, 50, ovenue 

des Ternien, Paris. 

M. MARILLIER. niailre de conférences à l'école des Hautes Etudes, vice-président de 
rUniun Française .\nlialcoolique. 7. rue Michelct, Paris. 

M. MERLE d'AUBIGM-:, pastour. 27, rue Huuiboldt, Poris. 

M. MILLERAND, député. 

M. MONOD, conseiller d'Etal, directeur de l'Assistance et de rhy{^i5ne publiques en 
France. 20. rue de Réniusat. Paris. 

M. DK MORSIER, publicisle, 25. rue Decamps, Paris. 

M. NATHAN, éditeur. 18. rue de Coudé. Paris. 

M. le D' NAVARRE, président du conseil municipal de Paris. 

M. PERROUD. recteur de l'Université de Toulouse. 

M. E. PETIT, inspecteur général de l'enseignement, 02, avenue Victor Hugo, Paris. 

M. le D' PHILBERT, secrétaire générol de la Société française de Tempérance, 34. 

boulevard Beaumarchais, Paris. 

M. PHILIPPON, inspecteur général honoraire de l'Enseignement, 18, rue des Fossés 
S*-Jncques. Poris. 

M. le D' PROUST, membre de l'Académie de Médecine, professeur d'hygiène à la Faculté 
de Médecine. 0, boulevard Malesherbes. Pons. 

M. le D' REY, médecin-directeur de l'asile d'aliénés d'Aix (Bouches-du-Rh6ne). 

M. le D' RICHARD, médecin principal de l'armée, professeur ou Vol-de-GrAce, 144. 
boulevard Riispuil. Paris. 

M. RICHARD, professeur au lycée du HAvre, président de la section htkvroiso de l'Union 
Francaisie Antialcoolique, 10, Passage Du reçu, le Havre (Seinc-Infér.). 

M. le D' ROUBINONVITCll. ancien chef de clinique dd la Faculté, secrétaire général de 
l'Aiisocialion de la Jeunesse française tempérante, 115. faubourg Poisson- 
nière, Paris. 

M. Lf. roux, directeur des AlTaires dêpartenientules (Seine), 14, rue Cambacérès, Paris. 

M. le D' SERIEUX, médecin en chef à l'asile de Ville-Evrurd (Seine-et-Oise). 

M. .1. SIEGFRIED, sénateur. 

M. THUILLIER. président du Conseil général de la Seine. 

M. le D' TISSIE. président de la Ligue girondine de l'éducation physique, 05, rue 
Fondaudège, Bordeaux (Gironde). 

M. le D' TRIBOULET. médecin des hdpiUtux de Pnris..5 bis, cité d'Antin, Paris. 

Mgr TURINAZ. évéque de Nancy (Meurthe-et-Moselle). 

M. le Comte dr VINCELLES, ciiâleau de Penaurun, Concurueou. Finistère. 



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Programme des questions 



Soumises aux Assemblées Générales 



Lo rcMc de la jeunesse univemtaire dans la lutte contre Talcoolisme. 

!M. Buiêson, ancien directeur de renseignement primaire en France, 
profesteur ù la Sorbonne. 
M. le D' Brunon, directeur de l'école de médecine de Rouen. 
M. Th. liiiyêien, prorcsieur au Lycée de la Rochelle. 
M. V.A. Graeter, étudiant (Suisse). 
M. Barbey, avocat ù la Cour d'Appel de Paris. 

L<' rôle des établissements d'enseignement secondaii*e (lycées, collèges, 
Lrymnases, etc..) dans la lutte antialcoolique. 

Bap porteur» 1 M. GilbauU^ professeur au Lycée de Toulouse. 
ft Oraieurê \ M. Aar6«y, avocat à la Cour d'Appel. 

De renseignement antialcoolique après Técole primaire. 

Bapporteurg l M. Bayei, directeur do l'enseignement primaire en Fronce. 
et Orateur» \ M. FieUcn Thorp, B. A., York, Angleterre. 

Dos sociétés scolaires et post-scolaires de tempérance. 

M. Baudrillard, inspecteur primaire & Paris. 
M. E. Petit, inspecteur général de l'enseignement. 

M. Bobyna, inspecteur principal bon.de renseignement primaire, fondn- 

Bappurteur» \ leur de l'Œuvre des Sociétés ncoluires do Tempérance, en Belgique. 

et / M. r/i. IK. Van der IVoude, membre du Conseil général de a Sèder^ 

Orateur» 1 iandache Oudersvyier» Propagaada Club {voor Drankbeatryding), 

rédacteur en chef de Wegwygzer (Hollande). 
Miss Je»»ie Forayth, supérint. do l'Œ^uvre juvénile des Bons Templiers 
(Boston, Etats-Unis). 

Préparation du personnel enseignant l\ la lutte antialcoolique dans 
Técole et hors de l'école. — Sociétés de Tempérance entre instituteurs. 

. I M. Marinier, maître de conférence*» il 1 école des Hautes Ktudes. 

'* I M. Uen-od, prof, réducteur en rhrf d»» VAb»tinenvr (Suisse). 

I M. Don, »etTt'l.-iîiMirnil de lu Soi-iélt' I|oliund«iHe do Tempérance entre 
Orateur» i . .. . 

f in5ililut«*ui'H. 



'■<:y-: /^rviTfî^'^^^î^ /f|^!w5?^ '^^">'^i^?l^ 



\i ^'.v * 



10 



VII* CONGIIKS INTBn NATIONAL 



L'alcoolisme el les conililions du travail chez Touvriep. 
Â; Dans los villes; 

V' L'alcoolisme à l'usine. — 2" Accidents du travail. — 3<> Inrério- 

rite économique de l'alcoolique. — 4° L'alcoolisme et la réduction 

du temps de travail. 
B) Dans les campagnes. 

M. Comte, rédacteur en chef du Relèvement Social (Saint-Etienne). 

M. Van der Velâe, membre de la Chambre des Représentante (Belgiqne). 

M. lo D' De/fernez, inspecteur d'byg^iène ou ministère de rindustrie et 
du travail (Belg^'que). 

M. le D' Faidherhe, prés, du Comité de propagande antialcoolique de 
Koubaix et M. le D: Van Coitlie, près, de la Soc. Belge de Tempé- 
^ ratice. ( Co-Rapporteun). 

I M. llerbetle, conseiller d'Etat. 

M. /y. Dlocher, réd. en chef de Vlniern.'Monaticknft fur die liek'àmpfung 
der Trinkêitten ( Suisse}. 

M. Cauderlier, ancien sccrét.-gén. de la Ligue patriotique belge contre 
ralcoolisntc (Bruxelles). 

M. le D' liaratier, membre de la Société de Médecine publique et d'hy- 
giène (Jeugn^v. — Franco). 



Rapporteurs 

fi 

Orateur» 






. » 



D'une entente entro les Etats pour la ])rotection des races indigènes 
contre l'alcool. 

M. le général Galiéni, gouverneur de Madagascar. 

M. /^ Jeune, ministre d'Etat, ancien ministre de la Justice, sénateur 

(Belgique). 
M. le D' llarford Rattersbjf, Hon. secret, de Native Racet and Li^uor 
traffic United Commitiee, 

Thèse : « Le trafic dci liqueur» et la raeeê indigène», s 
M. le Rcv. Mèrille de Colleville, de Brighton (Angleterre). 

Thèse : n La Conférence de Brusellei et l'état actuel de la légii' 
lation iur le trafic de» liqueur» dan» h» pay» de couleur», s 
M. Mauriceau, inst. au Pin en Mauges (France). 

Thèse : « L'alcoolitme chez tes indigène» de» colonie»: moyen» 
J'y remédier, » 



Rapporteur» 

et 

Orateurs 



De la lutte antialcoolique dans l'armée et par Tarmée (armées de terre et 
de mer . 

M. le P' de Vaucleroy, prof, d'hygiène à l'école militaire (Bruxelles). 
lion. Conrad Dillon, trésorier et secret, hon. de Army Temp. A»»(fc, 

(Angleterre). 
Miss Agnès Weston. 
M. /. Repond, avocat, rédacteur à la Gazette de Lausanne, lieut.-colonel 

de l'urméc fédérale (Suisse). 
Un délégué du général Wolseley commandant en chef des armées 

angluiMO». 
M. R. F. Parker, colonel des armées Américaines (Millwaukee. — Etots- 

Unin). 



Rapporteurs 

et 

Orateurs 



V'.» * 






CONTHR l'aHUS I>ES BOISSONS ALCOOMQL'ES 17 



Conférence Publique 



1° Du rôle de la femme dans la lutte antialcoolique 

Orateur : M»"" Elis. SELMER, prés, de la Soc. des femmes danoises 

pour la Tempérance. (Danemark). 

a** Le clergé et les ministres des divers cultes dans la lutte contre 
l'alcoolisme. 

Orateurs i Monseigneur TURINAZ, évoque de Nancy. 

M. le pasteur L. L. ROCHAT, de Genève, président- 
fondateur de la Société de tempérance de la Croix 
Bleue. 



Programme générai des travaux des sections 

» * 

(LE CHOIX DES SUJETS A TRAITER A ÉTÉ LAISSÉ AUX CONGRESSISTES^ 



±f Section. — Sciences médicales et Hygiène 

Programme général : Action de Talcool sur le travail intellectuel et 
musculaire. — Des asiles pour les buveurs. — Boissons hygiéniques 
non alcooliques — etc. 

2« Section. — Economie politique et sociale. — Législation 

Programme général : Des i*ésultats l;)roduits par les diverees 
mesures de prohibition et de coercition légale dans la lutte contre 
Talcoolisme [Prohibition, option locale, syst. de Gotheborg, luono^ 
pôles, etc.). •— Le logement de Touvrier dans ses rapports avec les 
habitudes alcooliques. — Longévité et alcoolisme. — Compagnie 
d*assurances, etc. 

3« Section. — Enseignement. — Education. — Propagande 

Programme général : Venseignemeni antialcoolique à Técole [pro- 
grammes, méthodes, procédés, etc., en usage dans renseignement 
primaii*e). -— Résultats obtenus en France et à Tétrauger. 






18 vu* CONGRÈS INTBRN. CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 

L*enseignement antialcoolique dans tes hôpitaux et les prisons. 

Abstinence (totale, partielle) ou modération ? — Recherche des 
meilleures institutions pour occuper le temps des loisirs dans un 
but éducatif et amusant et remplacer le cabaret. — Etablissements 
de Tempérance (restaurants, cafés, roulottes, cercles, maisons du 
soldat et du marin).— Sociétés de Tempérance, etc. 



.7 ,. -- '.il^M^ 






Règlement 



Aht. Prf.mif.r. — L« VU* Cong'r^s intornalional contre l'obus des boistont alcooliqucn se 
tiendra A Paris, du 5 au 9 ovril 1899 (leinoine après Pâques). 

Art. 2. — Les travaux du Congrès, outre les assemblées générales qui se tiendront 
ruprès-midi et où neronl exposées et discutées lot questions choisies par le Coinilô 
d'<trgunisation, seront répartis dons les séonces du matin où seront traitées les ques- 
tions laissées un choix des Congressistes. L'ordre du jour de ces séances sero rédigé 
pur les soins du Bureau du Congrès. 

.\rt. 3. — A l'ouverture du Congrès, ou pendant le Congrès, selon l'abondance, l'inipor- 
tunce et la durée probable des travaux onnonccs, le Bureau se réserve le droit de 
proposer à l'Assemblée le renvoi d'une partie du programme à l'étude des sections 
qui 80 réuniraient le motin. 

Les travaux oinsi distraits des Assemblées pléntères seraient alors répartis dans 
trois sections dont les titres sont réciproquement : 1* Sciences médicales ei liyfçiène •* 
2* économie politique et sociale. — Législation; 3* Enseignement, — Education. — 
Propagande. (Voir le programme de ces sections éventuelles au programme général). 

Art. 'i. — Tout en observant une stricte neutralité en matière politique et religieuse, le 
Congrès discute librement toutes les mesures propres à combattre l'alcoolisme ; mais 
ne seront pas admises à la discussion les opinions et les tendances intéressées à la 
production et ù la vente de boissons alcooliques. 

Art. r». — La cotisation des membres du Congrès est fixée h cinq francs. Tout souscrip- 
teur recevra gratuitement un exemplaire des comptes-rendus du Congrès ainsi que 
les rapports que le Comité d'organisotion ferait imprimer et distribuer avant l'ou- 
verture du Congrès. 

Le compte des recettes et dépenses sera remis au Comité permanent des Congrès 
internationaux. S'il y a un excédent, il sera réservé pour les frais du Congrès inter- 
national suivant. 

Art. fi. — Les assemblées sont publiques, sauf avis contraire exprimé par le Congrès sur 
la proposition du Bureau. Les membres souscripteurs seuls ont le droit de prendre 
part aux travaux. 

.\KT. 7. — Les rapports doivent parvenir au Comité d'organisation au plus tard le 15 
f«'»vrier t8t)9. 

.\rt. 8. — Tous les membres du Congrès qui auraient l'intention de faire des communi- 
cations ou prendre la parole sur les questions inscrites au programme, doivent en 
faire lu demande écrite ou président, avant le 15 janvier. Ils pourront faire parvenir 
le texte de leur communication ou, tout au moins, un résumé avec conclusions, avant 
le 15 février, au Comité d'organisotion qui se réserve le droit de les résumer, tra- 
duire et publier, s'il y o lieu. 

Art. !i. — Le Congrès tient deux séances chaque jour : celle du matin est consacrée aux 
travaux présentés par les congressistes ; celle de l'après-midi, aux assemblées 
générales. 

Le Bureou du Congrès n toutefois le droit de modifier les heures et le nombre des 
séances oinsi que leurs ordres du jour. 






20 vil'* roN(;nks i.vtkiin. contur i/arus des boissons alcooliques 

Aht. 10. — Lot asueiiiblcr* i^énéroles sont exclusivement réservées eux conférences sur les 
Kiijfts proponés pur le Comité d'org^unisution. — Choque orateur disposera en prin- 
cipe de 20 minutes pour l'exposé de so thèse. Ce temps pourra être prolongé si Tordre 
du jour le permet uprês décision du Bureau du Congrès. 

Les orateurs qui prendront port oux discussions disposeront de 10 minutes pour 
l'exposé de leurs idées. 

Akt. 11. — Pour tDute discussion, lecture ou communication en sections, il' ne sera 
accordé que 10 minutes & choque orateur, et, avec l'assentiment du président, au plus 
15 minutes, ù moins d'une autorisation formelle de rossemblée. 

Aht. 12. — Choque orateur ne pourra prendre lu porole plus de deux fois sur le même 
sujet. Exi'eptiiMi pourra être faite pour les ropporteurs des questions du progromme. 

.\kt. 13. — Le Congrès rhoisit son bureau définitif dès la première séance. 

Akt. l'i. — Le Bureau de chaque section est désij^né parle Comité d'organisation. Chacun 
de ces bureaux se compose : 1* d'un pr.csideut fruncois ; 2* d'un président étrouger ; 
3* de deux vice-présidents, l'un fronçais, l'autre étranger ; 4* de secrétoires fronçais 
en nombre suflisant. 

.\rt. 15. — Les présidents du Congrès et des sections dirigent les discussions conformé- 
' ment aux usages den assemblées délibérantes. 

Art. Iti. — Les orateurs sont tenus de remettre, séance tenante, aux secrétaires soit les 
manuscrits dont ils ont donné lecture, soit un résumé écrit de leurs communications, 
afin d'ossurer l'exactitude des comptes-rendus des actes du Congrès. 

Aht. 17. — Les communicotions écrites ou verbales peuvent se foire en français, en 
ollemond ou en onglois. ^ 

Akt. 18, — Les secrétaires de choque section rédigent les procès-verbaux des séances. Ils 
font connaître au début de chaque séance, les communications, lettres, notes et tra- 
vaux soumis h leur section. Ils recueillent, pour les remettre aux secrétaires-généraux, 
les mémoires et les notes lus ou présentés pur les membres de la section. Ils aident 
les secrétuires-génûruux dons leurs travaux préporotoires et dons la mise en ordre 
des motérioux destinés û être publiés. 

Art. 19. — Toutes les communications faites ou Congrès seront publiées dans le volume 
des comptes-rendus. Toutefois celles qui seraient trop longues ou qui troiteroient de 
sujets étrangers au Congrès, pourront être réduites ou supprimées par le Comité de 
publication. 



t. 



r • ' 






■4 



Délégations 



DÉLÉGUÉS OFFICIELS* 



M. J. LEcnAXD,sous-sccrétaîred'EtatûuJIinistèrcdcrintérieur,/'e/;rê.vt'/i* 
tant le Président du Conseil des Ministres. 

M. II. MoNOD. Conseiller d'Etat, directeur de rHygiënc et de TAssis* 
talicc Publique au Ministère de Tlntérieur, représentant k* 
Ministère de V Intérieur, ^ 

M. Davbt, Directeur de renseignement primaire au Ministère de 
r Instruction publique, représentant le Ministre de VlnsU action 
pniflif/ne. 

M. le D^'DiKu, Médecin inspecteur de l*armée, directeur du service de 
santé militaire au Ministère de la Guerre, représentant le 
Ministère de la Guerre, 



DÉLÉGUÉS DES GOUVERNEMENTS 



Autriche 

M. le D' Von lIsanA, professeur à TUniversité de Vienne. 

Belgique 

M. Lk Jkuxr, Ministre d*Rtat, Sénateur, Président de la Ligue 
Patriotique Belge contre Talcoolisme. 

Chili 

M . le D*" Alvahez ; 
M. le D' Del Sol ; 
M. Cor DO VA. 



•/) Les litres et qualités de MM. les déléifués figarunt dans la liste générale des membres 
du Congrès, nous ne les avons pas répéUs ici. 



1 .'.H 




22 vil* cox(;nks ixTEnxATioNAL 

Etats-Unis d'Amérique 

M. le D' CuoTiiKiis. 

Danemaric ' 

M. le pasteur Dalhokf, Clievalior du Daiicbrog. 

Italie 

M. le pasteur Jean Rociiat. 

Hongrie 

M. le DTvKDKON Uaiz, Conseiller au Ministërcde Tlntérieur. (BuclarPest). 

Norwèjge 

M. KiAEH, Directeur des Finances au Ministère. ^Christiania). 

Pays-Bas 

M. le baron Mollkiius de Westkehke, Gouverneur de la province de 
Gueldre. 

M. le D*^ RuvscH, Conseiller au Ministère de Tlntérieur. 

Roumanie 

M. le D*^ TiiiRON, professeur li TUniversité de Jassy. 

Russie 

M. Raffalowich, vrai Conseiller d*Ëtat, membre de Tlnstitut ; 

M. le D** BonoDiNE, Président de la Commission scientifique de 
rAsseniblée des économistes ; 

M. BouLowsKi, délégué du MiniHtcre des Finances, 

Suède 

M. le D' TiGEnsTEDT. Professeur a Tlnstitut Cardin. (Stockholm.) 

Suisse 

M. MiLLiET, Directeur du Service du Monopole au département des 
Finances. 




^' :* .- 



CONTRE l'abus OKS B0U80NS ALCOOLIQUES 23 

Allemagne 

ïivs sympathique au Congrès et h son œuvre, le gouvernement 
alloiuancl n'ayant encore jamais désigné de délégués oflliciels pour les 
Congrès précédents ne croit pas pouvoir envoyer de représentants au 
Vil'' Congrès, auquel il adresse ses encouragements. 

Uruguay 

Adhésion dans la forme, mais pas de délégation spéciale. 

Canada 

Pas de délégation en raison du manque de temps, mais adresse de 
sympathie. 

Conseils Municipal de Paris et Général de la Seine 

Drirgués : MM. Ranson et PiETTRE, Vice-Présidents; Charles Vaudet, 
membre du Bureau. 



SOCIÉTÉS ET INSTITUTIONS SCIENTIFIQUES 

OU ANTIALCOOLIQUES * 



Internationales 

Suprême Loge Internationale de V Ordre des Bons Templiers : 
M. le l)^Auc;usTEFonEL, Miss Charlotte Gray, L. R. W. G.D.Marchal. 

Fédération Internationale de la « Croix Bleue » : M. L. L. Rochat. 

World\s Womcns Christian Tempérance Union : M*'* Ottilie 
Hoffmann ; M'* Bampord-Slack ; Miss Cherry ; M*** Braoruky ; 
M^' GiBsoN Scott ; Miss Wellington. 

Ligne antialcoolique (internationale). Comité central, M. Grossheintz. 



* Le Comité de publication avertit les membrci du Con^s qu'il ne peut répondre dc« 
rrrfur» orthographiciuei de noms et d'adresses pour les personnes ou les groupes qui 
n'ont pus transmis des indications suffisamment lisibles. Ces noms et adresses ont vlv 
coUiitiunnés avec tout le soin désirable d'après la volumineuse correspondance du Congrès. 









» . 



Angleterre 

Midland Tempérance Leagne, Délégués : M. Alobrman HARPEn. 

ScoUish Tempérance Leagne. Rév. Wm. Ross. 

liritisk Médical Tempérance Association, Délégués : D' Drysoalb ; 

D"^ J, J. RlDCE. 

C/iurch of England Tempérance Society, Délégués: The Révérend 

J. N. WoilSFOLD ; W. JOYNSON lIlCKS. 

World' s Womens Christian Tempérance Union, Déléguées : 
M" Bamford-Slack ; Miss Cherry ; M" Braobury; M" Gibson Scott; 
Miss Wellington ; M*** Crospibld ; Miss C. Warner. 



i:: 



s 



24 vil"* CONGRBS INTERNATIONAL ' 

Allemagne 

Association « Jugendscliutz in pour la protection de laJeuHesse (Berlin). J : 

Déléguée : M'"** de BiebenstEin. 

Société contre C alcool de Berlin. Délégué : D' Magnus HiRscarBLO. 

Association des femmes allemandes , Déléguée^.: M''* Ottilib HorricANN. 

Société de tempérance de Brème. Déléguée : M'*' Ottilib Hoffmann. 

La CroiX'Blene allemande* Délégué : Colonel Eurt oe Knobblsdorpf. 

Société allemande contre tabus des boissons alcooliques. Délégués : 
M. TAbbé Nkumann, D' Babr. 

Charitas Verband fur das Katholische Deutschland, Délégué : 
M. L. Wekthmaxn. 

Association des Médecins allemands abstinents. Délégué : D*" Smith. 

Sociétés de Tempérance de Fùrth et de Nûrnberg, Délégué : 
M"° Hoffmann. 

World' s Women s Christian Tempérance Union, Section d'Allemagne. 
M'*" Hoffmann. 

Ordre des Bons Templiers, Loge d'Allemagne. Délégué: D' Bonne. 

Société des Médecins abstinents de Langue allemande. Délégué : 
D*" Oskaii Vo<;t. 



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Alsace-Lorraine 

Association antialcoolique de la Haute- Vallée de la JBruche. Délégué : 
M. le Pasteur Dietz, à Kothau. ) 

Société contre Vnaage des boissons distillées^ section de Colmar. 
Délégué : M. SciiEViiKn, président. 



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CONTRE L*ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 25 

Brilis/i Women^a Tempérance Association. Déléguées : M'* Fieloex 
TitoRP ; Miss Tinling. 

National Tempérance League. Délégués : MM. BAMFono-SLACK ; 
J. Uae; Robert Rae; Hon. Conrad Dillon; H. Grebnwooo; W. Bin(;iiam. 

United Kingdom Alliance, Délégué : M. F. Cowlby. 

Irish Tempérance Lcagne, Délégués : M. Albert Pim ; M. A. 
Crawkoro-Browne. 

The non-Partisan National Womens Christian Tempérance Union, 
Déléguée : M" N. 

(»randelA)ge d'Angleterre de r Ordre International des Bons Templiers, 
Délégué : M. J. W. Darwood. 

Ilavkney and East Middlesex Band of llope Union, Délégué : 
M. Garraro. 

Tectotal Association ofLondon, Délégué : M. Coucher Fitzhoy. 

Tempérance Committee of the Wesleyan Methodist Conférence. 
Délégué : M. J. Bamforo Slack. 

Bristish Part of the World' s Womens C. T, U. Déléguées : 
M*^* FiELDEN Thorp ; M" Crosfielo ; Miss C. Warner. 

Yorkshire Womens Tempérance Association. Déléguée: M" Fieldkx 
Thorp. 

Kiend's Tempérance Union, Déléguée : M*"* Fieldbn Thorp. 

Snnday Closing Spécial Campaign Committee, Délégué : M. Revçroncl 
A. Graham-Barton. 

National Tempérance Caterers Association, Délégués: MM. Clarkë 
WiLSON ; Franck Short ; Miss Clarke Wilson. 



LISAIIBTH 



Women\H Total Abstinence Union, Déléguées : Lady E 
BioouLPH ; M^* Finlay ; M" Terrel ; M" Aisritt-Gibson. 

Natii^c Races and Lif/nor Traffic Committee : M. A. W. Bouger ; 
IIarkord-Battersry. 

W. T. A, U, Terrel, Junior Society, Miss Stapleton. 

United Kingdom Band of llope Union : Miss IIilda Dillon ; llox. 
Conrad Dillox ; Rowland IIill ; Judson Bonnbr. 

National Britisfi Women's Tempérance Association : M'* Fieldkn 
Thorp; M" Crosfibld ; Miss C. Warnbr. 

Army Tempérance Association: The IIon. Conrad Dillon; Claiik 
White. 

United Kingdom Railway Tempérance Union : M. A. C. Tiio.>ipson. 

Society for the Study of Inebriety : M. Normann Kerr. 

Workhouse Drink Reform League : W. C. Ambry. 

3 






2() vil" CONGRES IXTBItNATIONAL 

Yorkshiro Womcns Christian Tempérance Union : M'* Fibldbx 
Tiioni». 

Soulhampton and District Tempérance Council : The Hon. M" Eliot 
YoiiKK ; M. W. Williams. 

Leicester Tempérance Society : M. John Matson. 

Girls* (htild of (lood Lifcy Iloxton : M'* J. T. Rae ; Mîss C. 
Staplktox. 

Fitzrotj Tce total Association : A. T. Coucher. 

London Tempérance I/ospital: M. A.-W. Bodjer;D'' J. Ridge; A. -T. 
Vezey-Shroxg. 

National United Tem/jerance Council: M. Rcv. Graham-Barton. 



Autriche 

Société de Tempérance Autrichienne : A. Daum. 

Belgique 

Conseil général du Parti ouvrier lielffe : M. Van dbr Velde. 

Lif^ue Patriotif/ae Ih'lge contre r Alcoolisme : Past. IIocart; D*" de Vau- 
cleroy; M"" Marie Parent. 

Le Bien^Etre Social: D' Bienfait; l'abbé Lbmmbns. 

Lifrae Socialiste Antialcoolifjue Belf^e: M. Van oer Velde. 

Société Médicale Bel^e de Tempérance : D' A. Nyssbns; D' de Vau- 
clerov. 

La Croi,V'Iileue de lhlf(ifjne : M. Castiau.x; M. Collard; M. Dulex; 
M. IIous. 

Comité Liégeois de la Ligue Patriotifjuc Belge. 

Comité central de r Etoile Bleue: M. Dedye; M. Gobiet-Longueville. 

L'Etoile Bleue f section de Verçiers : M. Richbilb. ' 

Société de Tempérance de Sainte- Marguerite : M"* de Lavelbye. 

Société Botjale de Médecine Puhlifjue et de Topographie Médicale de 
Belgifjue : D*" de Vauclkroy. 

Société de Tempérance de Gand. 

Société Belge de Tempérance : M. Oor. 

La « Croix-Bleue » de Charleroi/ : M. Masbaux. 

La « Croi.V'Bleuc » de Bruxelles : M. Chrispeels. 

Ligue Antialcoolique de la Croix Blanche : M. J. Rysman. 






CONTRE L*A1IUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 27 

États-Unis 

Médico-légal Society of New-^York \ D*" CnoTiiEns; D' Clark-Bell; 
D' Kelloc;; D"^ Shepard. 

Association américaine pour l'Etude et la Guérison de V Alcoolisme : 

D*" (Brothers; D''Mason; D*" Shepard. 

/. O. G. T, American Lodgc : Miss Jessib Forsyth. 

« Ihittle Creek Sanitarium » : D' Shepard; D*" Kblloc;. 

Womens Christian Tempérance Union de Milford : M*"' Wilson- 

PlTRLADO. 

American Médical Tempérance Association : M. Kelloc:; M. Shepard; 
M. (Irothers. 

Hollande 

Centrale liildiotheek over het AUohoWraagstuk , 

Comité du « Volkshound Vereeniging tegen Drankmisbruik : M.Ruysch. 

Société Hollandaise de Tempérance entre Instituteurs : M. Don. 

Section dWmsterdam de la Société Générale Néerlandaise pour 
V a h s tin en ce i M . J . - (' . Max. 

Ligue cat/iolifjue d'Abstinents Saint'Mic/iel: Le R. P. Weyers. 

Nederlandsc/te Onderwyzers Propaganda-Club (Voor Drank) bes- 
tri/ding : M. Vax der Woude. 

Nederlandsche Vereeniging tôt Afschafpng van sterken Drank: M. 
M. Vax der Meulex; M. Vax Hck. 

Italie 

Legu Italiana di Tempcranza : M. Jean Rociiat; M. I.otis Rociiat. 

Qrand Duché de Luxembourg 

Union Luxembourgeoise contre t Alcoolisme \ Chanoine M ùllexdorkf. 

Roumanie 

lA^i^a liomdna in conWa Alcoolismului: D' Tiiirox. 
Faculté de Médecine de Jassy : D' Tuiron. 

Russie 

La Société dWbstinence a le Soleil » de Hisa : M. R. Baatz. 






i > 



28 vu" CONGRES INTBnNATlONAL 

Ecole Paroissienne dn Dimanche de la Société d'Abstinence de MoS'^ 
cou : M. SocoLOK. 

Patronage de Tempérance populaire de Saint-Pétersbourg : M . Oloé- 

nOGGUK. 

Société de Tempérance de Moscou : D' Korowin. 

Société des Médecins tinsses de Moscou. * 

Comité central des Sociétés « Amis de F Abstinence » EsthesiM, Ohaw. 

Suède 

Ordre international de Tempérance, Temple 91i : M. John Ericsson. 

Société Suédoise de Tempérance : M. TigErstbot. 

Sivcdish lilue Hihhon Alliance: Baron J. dMIbrmelin. 

Verein des Blauen handes zu Karllei/, Westergotland : M. Torulf. 

Suisse 

Comité d^ action de la Fédération des Abstinei\ts : MM. Fritz Cour- 
voisier; J. Répond; IIercod; Oheriiolzer. 

Ligue cathoUijuc Suisse de Tempérance : Mgr. Savoy. 

Section Diocésaine de la Ligue de la Croix : Mgr. Savoy. 

Grande Loge Suisse de l'I. 0. G. 7'. : D' Aug. Forel. 

Internationa 1er Alkoliolgegnerbund. Groupe National Suisse : D' 

JORDY. 

Société d'Etudiants abstinents « Libcrtas » : M. Dibm. 

« U Espoir » : Pasteur Byse. 

Ligue Antialcoolifjue, Section Vaudoise : M. F. Cbvby. 

Comité cantonal Genevois de la Croix-Bleue. 

La CroiX'Bleue de Lausanne : Pasteur Daultb. 

Ligue Patriotif/ue Suisse contre F Alcoolisme (Comité Central) : M. J. 
Denis. 

La Croix-Bleue de Neuchatel : Pasteur D. Junod. 

Section Genes»oise de la ce Ligue antialcoolique » . 

Section Neuchdtcloi.se de la Ligue Patriotique Suisse contre FAtcoo» 
lisme. 

Loge du District III, 0. L G. T. de Berne. 

Loge Espérance n^ 20, 0. I. G. T. de Genève. 

Groupe de Genève de « VEspoir » : M"* Mbrlb d'Aubigné. 

Société des Socialistes abstinents : M. E. Obbruolzbr. 



'*/:;.; "^r^ -r^Tiv^c • * 



CONTnB L*ABU8 DBS B0I880K8 ALCOOLIQUBS 29 

Osti^erein Bern des Internalionalen Alkoholgegnerbundes : Pasteur 
Maiithalbr. 

Sorlion Vaudoise de la Ligue Antialcoolique : M. IL Prbisir. 

Section HâUnsc de la Ligue Antialcoolif/ue : M. Rbiniiaiiot Stiiolm. 

Section de la Croix- lileue de Genèi^e'Pdfjues : M. F^bancelet. 

France * 

Compagnie des Chemins de fer de VEst: M. Thavbt, chef de bureau 
an Contentieux de la Compagnie. Président de la Soc. Coopérative de 
Consommation des Agents parisiens de la Compcignic. 

Société des Prisons: M. Alhkrt Rivière. 

Société Philant/tro/jii/ue Internationale pour l'Etude pratique des 
Questions Sociales : M. d'Abartiagub. 

Comité de la Fédération de V Union Française Antialcoolique, 

Société Française de Tempérance : D' Piiiluert. 

Ligue Antialcoolique de Dieulefit : M. .Eschimann. 

U. F. A, Section Ouvrière du Has^re : M. Paul Allécret. 

U, F, A, Section de Caen\ M. R. Biville. 

U. F. A, Section des Etudiants de Paris. 

U. F, A. Section de Dijon : Pasteur L. Arxal. 

Ligue Marseillaise contre F Alcoolisme: M. Arnaud; D*" Boy-Tbissier ; 
M. Délires. 

Association protestante pour l'Etude pratique des Questions Sociales: 
M. Charles Gide. 

U. F, A. Section de Jiolbec: Pasteur Barthih. 

Comité National de la « Croix-Bleue » Française: M. Jean Bianquis. 

Société Fraternelle de Jeunes Gens de Sauve : M. Joseph Bianquis. 

liihliotUèque Pédagogique des Instituteurs de Nimes : M. Raous. 

U, F. A, Société « le Lilas-Blanc » : M"'* E. Blanc. 

U. F. A. Section Féminime du Havre : M™* Rœderbr. 

U. F. A. Section d'Annois : M. Bourquin. 

« Croix^Bleue » de Privas : M. P. Brizon. 

Société d' Enseignement Populaire de Tarare: M. Cher blanc. 

Société des Stations de cure et de convalescence de Tarare: M. Cher- 

RLANC. 

'*\ Leii t»''*)upci porlnnt les IrUrcs U. F. A. sont dos groupes àtV Union françaiêt antial' 
rvotitfur Si^^e siii'iul, Ti, Rue de Latron, ù Poris). 






/ 



30 VII* COXnnks INTEnNATIOXAL 

U, F. A. Section do In me Violet: M* F. Cl aveux. 

Société de Tempérance U. F. A, de Reims : D' Collevillr. 

U, F. A., section de Rnon Vlilnpe : M. Constançon. 

Comité de la « Croix- Bleue » de la Seine : Pasl. Crbissel. 
U. F. A. Section de r Ecole de Chatillon : M. Drdaillbux. 

Lo*^e .'.le Droit Humain : S.*. CAnnAssBT. 

« Croix'liU'ne » du Havre : M. KLi.ENnKnr.sn. 

IJ. F. A. Section dWrcaeil : M. Fréciiou. 

Croi.v^Ulene de Li/on : Pasteur Fulliql'ET. 

Croix- Rie ne de Millau : M. Paul Galxin. 

Société Normande de Tempérance de Sot te ville -le h- Rouen : M. II. Gast. 

Lifiiue de la Moralité Publifjae : >L Gaufres. 

U. F. A. Section de Brest: M. Gautrot. 

Union Française pour le Sauvetaf(e de r Enfance : M. Claude Gayte. 

Li([ne Toulousaine Antialcoolit/ue, U. F. A.: M. Gilbault. 

Société /Protectrice des Animaux: M. Ginorb Malherbe. 

« Les Solidarités » : MM. Gounelle et Quiévrbux. 

Société de Tempérance U. F. A, de Penlemonti M. S. Goût. 

Société Végétarienne de France: D^ Graxo. 

VEepérance des Chapraia, U, F, A, : M. GRxrroir. 

CroiX'Bleue de Thiers: M. Grissolonce. 

U, F. A. Section de F illinges : M. Guebey. 

Office central Lillois des Institutions charitables : M . Guérin-Pelissier . 

La « Résistance » U. F. A. de Creil: M. Hannibt. 

U. F. .1. Section d'Ifargicourt : M. Jacot. 

V « Espoir de Cliclnj. » U, F. A.: M. D. Lancïlois. 

U, F. A. de Fontainebleau : I)*" Lapëvre. 

U. F. A. de La ndouzij'la- Ville : M. Lavexaxt. 

U. F. A. de Saint-Quentin : lY I^ecomtr. 

Société contre IWhus du Tabac : D*" I^E Grix; D' Georges Petit. 

Ligue an tialcoolif/ue de Chartres: M. Lkiir. 

U. F. A. de la rue Blomet : M. Lemoixr. 

U. F. A. du Lt/cée de Rouen : M. D. Lic.neau. 

U. F. A. de Rouen : M. Madrlaixe. 

Œuvre Protestante des Prisons et Œuvre des Petites Familles : M"* 
Il EX RI Mallet. 



CONTRE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 31 

Croix-Bleue de Montrouge : M. Manbdal. 

/'. F. A. du Lycée Carnol : M. de Mazikres. 

U. F. .1. de Alénilmonlanl : M. Jayez. 

(/. F. A. de Lnneray : M. NoÉ, 

U. F. A. de Ligny^en-Barrois : M. E. Picxant. 

U, F. A. de Lille : M. Quievreux. 

(l. F. A. de llouhnix : M. Gounblle. 

U. F. A, de la me Amiral lîonssin : M. Ri\(;eval. 

U. F. A. de Versailles : D' A. Rist. 

« Association de In Jeunesse Française Tempérante » : D' Roubi- 

XOWICII. 

U. F. A. de la rue Saint^Lambert : M. Roux. 

Croi.V" Bleue d^ Einan-'les-Bains . 

Croix-Bleue de Clermonl-Ferrand . 

U. F. A. Section du Fer à cheval de Collonges-sous-'S alésée : M. 
Aloïs de Beaumont. 

//. F. .1. du Patronage des Batignolles. 

U. F, A. de Nimes : M. Trial. 

U, F, A. de Cherbourg : M. Galland. 

U. F. À, d'Issy ^Centre : M. Gobin. 

U, F, A. Société Antialcoolique de Nancy : M. Stiefbl. 

Société d* Economie Sociale : M. Delaire. 

U. F. A, de Montcalm : M"* Huvby. 

U. F, .4. de Malakoff (garçons^ : M. Delaplacb. 

U. F. A. de Malnkoff (jeunes filles) : M™" Delaplacb. 

U. F. A, de r Ecole Normale d' Eifreux : M. Soitoux. 

Syndical des Employés du département de la Seine : M. Drscroix. 

Ligue Girondine de l'Education physique : D. Tissik. 

U. F. A, de la rue Fonda ry : M. Vie.not. 

U. F. A. de la rue des \olontaires (Jeunes filles)-. M*"* Vic;xox. 

U, F. A. d'Oulchy-le-Chateau : M. Villette. 

Lii^ue Nationale des antibouilleurs de crus : M. E. Gaixé. 



i 



^v:^.- '. 












.1 






Membres du VIP Congrès International* 



Allemagne 

D' A. Baer, inêilctin on cher des prisons de Berlin, 5, Rathenoverstrasse, DerlÎM. N. W. 

Le Rév. Pore Beckmann, 91, avenue de Choisy. Puris. 

M** de Biebenstein, di^léfruéc de l'Associoiion « Ju^ends^huti » pour la protection 
de la jeunesse de Berlin, 36, R. S*-Sulpice, Paris. 

D' Georg. Bonne, à Klein Flottbeck (Honorre). 

0' C. Brendet, médecin. GcschAftsfarer des Bei. Y. Mltnchen des D; V. G. Misslong. 0. 
6. Trirt^Strnss, Mnncbcn, Bavière. 

D' Julius Ernst Colla, médecin du « Sanatorium Buehhcide », Finkenwalde bei Stettin, 
Poméruiiie. 

KaH FOrer, médecin, Huus Reckenau b. Kberbach (Neckar, Buden). 

J.-H. Gunning, docteur i*s-lettres, ex-recteur de Lycée, 2, Wildstrasse, léna. 

D' Magnus HirschfeM, délégué de la Société contre l'alcool de Berlin, 104. Berliner 
Strnsse, Berlîn-Cburlottenburg. 

M'** Oui lie Hoffmann, déléguée de plusieurs Associations (Association des femmes 
allemandes et de Tempérance de Brème). Dobben, 28 a. Bremen. 

Hugo Hoppe, D' médecin, médecin en chef de l'asile d'aliénés k Allonberg, par Wehlen, 
(Osipreussen). 

D' Kamp, 1*.», Rembrandt Str., Franck fort-s.-le-Mein. 

D' Kantorowicz, médecin à Hanovre. 

Eurt de Knobelsdorff, colonel en retraite, président de la Croix-Bleue allemande, IC, 
KÏeist-Strnss. Berlin. 

M*« Ulrique de KnobelsdorfT, née baronne de Scbllmmler, Kleist-Strass. 10, Berlin. 

Arthur Von Léonhard, à Ottcrwoier, Gr. Baden. 

Joseph Neumann, vicaire, déléeué de la Société allemande contre l'abus des boissons 
alcooliques ù Rcllingbausen (Rheinland). 

D' Ernst Schuitze, 72, Kochstrasse, Berlin. S. W. 12. 

Karl Sigel, ingénieur, Scbnur-Strass, Kunselsau (Wartemberg). 

M. P. Sniith, Scbluss-Murbacb, um Bodcnsoe (Ducbé de Bade). 

Laurentius Werthmann, docteur en tbéolosîe et en phîlosopbie, Ersbiscboflicber 
Geistiger Rutb. PrUsident des Cbaritas Verbandes fUr das Katholische 
I)cut»chlund, û Fribourg en Brisguu. 

* L4* Comité de publication avertit les membres du Congn'^s qu'il ne peut répondre des 
erreurs nrtbogruphiques de noms et d'adresses pour les personnes ou les groupes qui 
n «»nt p(i4 Ironsmis des indications sufllsamment lisibles. Ces noms et odresses (Mit i'*tt* 
cullutioiini^* rtver tout le soin dêsinible d'apK^s la viilumineuse correspondance du Congrès. 



M4 VII* CONÇUES INTEBXATIONAL 

Alsace-Lorraine 

Jacques-Emile Dietz, pnstcur, prénidcnt du Contistoire, Secrétaire de l'Association 
aiitiniroolique de la IP'-VuUée de la Hruche, membre de lu Société Française 
de Tciiipéranec, ù Rothuu. 

a Ligue d'Alsai'c Lorraine rontre Tusnge des boissons ipiritueuses », Section de Guebviller. 

D' R. Loy, 1, Rue Apfel. 1, Strasbourg. 

L'abbé Eug. Muller, doftcur en théologie, professeur au Grand Séminoire, Strosbourg. 

Alfred Ostermann, ingt-nicur des Arts ot Manufactures, h Colmor^ 

André Scheurer, manururturier. président de lu Société d'Alsace-Lorrnine contre Tusoge 
des hoistsoiiM spiritucuses, ù Logelbach. 

Socliun de (lohuar df la Société contre l'usage des Doissons distillées. Président 
M. Sheurer, «i Lwgelbaeh. 

Angleterre 

M'* Aisbitt Gibson, dflrgu<'c de In « Women's total abstinence Union s» Hoslemerc 
nivtb Road, Uronilcv, Kent. 

William-C. Amery, di''l<'*^ur de la « Worklmuse Drink Roform League », fondateur du 
« Bath-Argus », Vi a, Corporation Street, Birmingham. 

M. Bamford-Slack. lo, Nobum Square, London, délégué du « Tempérance Committce 
of tbe Weslcyan Methodist conférence ». 

M*"* Bamford-Slack, déléguée de « World's Women's chr. Tempérance Union », lO, 
Noburu Square, London, N. C 

M** Bradbury, déléguée do « World's Women's Christian Temperanoe Union », SO, rua 
Galvani, Paris. 

« Drltish Médical Temparanoa Aiiociatlon » (président, D' Simt Woodhead). Carltoa 
Hottia, Enfield, Middlatez. 

A.-W. Bodger, secrétaire et délégué du « Native Raeas and tha Llquori TraiBc United 
uommittee » et du a London Tempérance Hospital », 139, Palace Cbambers, 
Bridge Street, London, S. W. 

William Bingham, membre de la « National Tempérance League ». 

Lady Elisabeth Biddulph. déléguée do In « Women's Total Abstinence Union ». The Park, 
Ledbur^'. HtM'fordshire. 

Samuel-James Capper, n National Libéral Club London », Casa Kirsch, Venise. (Itolie.) 

Miss Cherry, déléguée de la « World's Women's Christian Tempérance Union u, 70, 
Corwall Rcl, NVestbowm Park, Londoii W. 

Ciarke-Wilson, membre de 1' « histituteof SccreUiries », 39, Bull Close Lnne, Halifax. 

M"* Clarke Wilson, .n. Bull Close Lnnc. Halifax. 

Alfred Thomas Coucher, lion, secrélnire délégué de In Fitxroy Tectotnl Association, 
''i5, Dorsel Street. London W. 

Fredrik Cowley, .'iT, Momit Pleasent, Norwich, délégué de TUnited Kingdom Alliance. 

M** Crosfield, déléguée de hi « Britistb Women's Tempérance Association », Corr End 
Reigale, Surrey. 

J. W. Darwood. délégué de la n Grand Lodge of England I. G. G. T. » Providcnee 
Plarc, Litftio Thelford, W. Cambridge. 

Hon. Conrad Dillon, secrétaire honoraire, trésorier do 1' s Armr Tempérance 
Association » et du Comité de In a Bnnd of hope Union, » k', Victoria Street, 
London S. W. 



CONTRE L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUBS 35 

Miss Margaret Dillon, déléguée de la « Bond of Hope Union. » 47, Victoria Street, 
London S. W. 

Arthur Dillon, 47, Yirloria Street, London S. W. 

D' Chartes R. Drysdale, médecin consultant du « Metropolitan Uospital » de Londres, 
28, Darson Ruud, West Dalwich, London S. R. 

M** A. Wickerv-Drysdale, licenciée en médecine, 28, Bnrson Rond, West Diihvicb, 
London S. E. 

A. E. EccleSt Wbitc Coppice Chorcley, Lancashire. 

M'* Hon. Annie Eliot-Yarke, délépiéo du « Soutbampton Tempérance Councii », 
Humble CliiT Netley, Soutbompton. 

Miss Eléonore C. Finlay, déléguée de « Women's total abstinence Union s 'lO. Lindfidd 
GardtMis, Humstcud, London N. W. 

M'* Grâce A. Fintay, déléguée de lu « Women's t«ital abstinence Union, s 'lO Limlficld 
Gardons, llamstead, London N. W. 

Charles W. Garrard, délégué de lo « Uuckney and Kast Middlesez Bond of Hope Union » 
:)2, Sbublond Road, Dulston N. E. 

M** Gibson Scott, déléguée de la « World's Women's Christian Tempérance Union w 
IK), Boulevard de Versailles. S*-Cloud (Seine^^t-Oise — France). 

Rev. A. Grahann-Barton, délégué du n National United Tempérance Councii, Crotik, 
Durbum. 

Miss Charlotte A. Gray, déléguée de lu Gr. L. des Bons Templiers. 11 Blythwood Rd, 
Groucb Hill, London N» 

Hamas-Greenwood, délégué de lu <i National Tempérance League s 34, Potcrnostcr 
Row, London £. d 

C. r. Harrord-Battersby » M. A., M. D., principal du « Livingstono Collège, s 
secrétaire honoraire et délégué de a Native Races and the Liquors 
Trofllo United Commlttee, i 139, Palace Chambers, Bridge Street, London 
S.W. 

Aldermtn Htrper C. C. D. P.. délégué de la e Midland Tempérance League », Bructon 
House Bilston, n' Birmingham. 

M. Jadton«Bonner, agent de r«U. K.Bandof Hope Union» 60, Old Buily, London E. C. 

W. Joyson-Hickt. Etq., délégué de la « Churcb of England Teraperonce Society », 
10. Cndojan Gurdens, London. 

Hon. V. Rev. James Leigh, Dean of Ilereford. 

*• LoiidonTtMnpcraniM* llospital w Hampstcod Road, London N. W. (W. A. BodjforsrcnUairoV 

Joseph Malins C. C. 1. 0. G. T.. 108, Edmund Street. Birmingbom. 

John Matern, dt*lôgiir de la « Leicester Tempérance Society,» Tempérance llnll, Lcic(v<«lcr. 

Rev. Morille de Colleville D. D. etc., 24, Cbatbam Place. Brigbton. 

Lionel Mundy, Chainnan de 1' « United Kingdom Bnnd of llopc Union. » 

D' Norman Kerr, président délégué de 1* «Englisb Society for the Study of Incbrirly. m 
Gordon IIoumc Corlisle Villas, llnstings. 

Jutia Papworth, Cambridge. 

Miss Emilie Pearce, membre du n National Executive N. R. W. T. A. » de la « nHtiiib 
Woiiieir» Tempérance ossociution » Craufurd Maidenbead îk Berke. 

Albert F. Pim. *Hudiunt, délégué de l'Irish Tempérance League, cbes Mad. Moynt. 3. rue 
de l'Estrapnde. Paris. 

Robert Rae, délégué de la n National Tempérance League ». 34, Paternoiter Row. 
London E. C. 



. » 1* ^ r • • • • • 



4 



30 VII* coxr.nÈs international 

John F. Rae, ilélé^uv do la n Tempomncc Nniional Lcngue m, 34, PaternosU^r Row, 
London E. C. 

M— J. F. Rae, déléruéc de « Tbc G\v\i Guild of good Life », 34, Paternoster Row, 
London Ë. C 

D' James Ridge M. D.. Stalc Mcd., médecin de l'HùpItal de Tempérance de Londres, 
Carltnii Huuse, Enfield. 

Ridge M. D., SUilc Medirinc U. S. préaident et délégué du « London Temperonce 
lliispital » MampMlead Road, London S. W. 

Rowland Hill, éditeur du « Band of Hope Chronicle u délégué du Comité de TU. K. 
llond cif Ifopc Union », Purk-Avenue, Bedrord. 

A. Scholfield S. S. D., d<*l(*gué de la a United Kingdom Alliance », SO Broud Sanctuary 
Chambers Tathill S* We»lminstcr, London S. W. 

M. A. Short, Accrctatre honoraire de lu a Nutionnl Tempérance Catercrt Association » 
Cobdcn ChamhcrH, Birmingham. 

Frank Short, llonorary secrctury of the « Lnndon Polytccbnic », délégué do la 
ff National Tempérance Caterers Association u, Polytechnic Office Royal 
Exchange, Manchester. 

James Sitvester, Clcrk in Holy Orders, Rector of Nympsfield. Nympsficld Stonehouse 
Frocester (Ilocestcrshire. 

M"« J. Sitvester, NympsAcld Glos Frocester. 

Miss Agnes Slack, Ripley. Derbyshirc. 

A. Smith, (pour les 3 délégués du « London Auxiliary of the United Kingdom Alliance) » 
Brond Sonctunry Chambers. Westminster S. W. 

Lady Henry Somerset, Eastnor Cnstle Ledbury, London. 

Maude, Stanley. (?) 

Miss Stapleton, délégué de la « Womcn's Totol Abstinence Union (Junior Society), 34, 
Paternoster Row, Lundon E. C. 

Miss Charlotte Stapleton. délégué de « The Girls' Guild of Good Life, » 34. Potcrnoster 
Row, London E. C. 

M'* Terrel, déléguée de la n Women's totol Abstinence Union », 65, Tbe Avenue, Cnstle 
Hill Enling, London W. 

Miss Tinline, déléguée de la a British Women's Tempérance Association », 4, Dalmcny 
Road, TufnoU Park, London. 

M. Thompson, 4, The Sam:tuary, Westminster, London S. W. 

Fielden Thorp, Esq. B. A. Délégué do la a British Tempérance Leogue », 18, Blossom 
Str. York. 

Amy Jane Thorp, déléguée de la n British Women's Tempérance Association » et de 
a White Ribbon movemcnt », etc., etc., 18. Blossom Str. York. 

u United Kingdom Band of llope Union, u tiO, Old Bailcy, London £. C 

Alderman T. Vezev-Shrong, J. P., vice'président délégué du s London Tempérance 
Hospitul», Hampsteud Roud, London N W. 

Miss Constance Warner, déléguée de la « British Women's Tempérance Association » 
The Park, Timbridgc, Kent. 

Miss Wellington, déléguée de la « World's Women's Christian Tempérance Union, s 
(il, rue Spontini, Pari». 

Agnes Weston, Royal Sailor's Rost, Portsmouth. 

Cl are White, Esq., sorrélaire délégué de V « Army Tempérance Association, » 47, Vic- 
l«»ria Streel, London, S. W. 



V « " P 



CONTRE l'abus DES BOISSONS ALCOOLIQUES 37 

James Whyte, «ecrélaire de 1' « United Kingdoin Alliance, » Grosvonor Chambem 
(Deunagate), Mniicheiter. 

W. Williams, lion. Necréloire dt'slé^uc du «t Soiithnmplon and District Tempcroncc 
Coiincil, w liomeville, Southompton. 

« Wdiiicn's Toltil Abstiitcure Union, » présidente déléguée: Hon. M'* Eliot-Yorke, Hum- 
ble CliflT, Netlcy, Southompton. 

Rev. J.-N. WorsTold, délégué de la « Church of Englond Tempérance Society, » Uidgc 
Capcl, Surrey. 

n Women's Total Abstinence Union, i» k, Ludgate Hill, E. C. London. 

Autriche 

Adoir Oaum, avocat, sccrétoire de la a Société de Tempérance Autrichienne, I. Plunkcn- 
gasse 5, Vienne. 

D' Jean de Hebra, délégué du Gouvernement Impérial et Royal d'Autriche, professeur 
ù la Kocullé de Médecine de Vienne, Lothringerstrasse 5, Vienne I. 

0' Eligius Hacker, « Abstinenx-Sanatorium Prant Ilof » Muhldorf bei Spitz, u} Donuu. 

M. H. Hinkovich, l'il, boulevard de Sébostopol, Paris. 

D' Rodolphe Pœch, Vk Pclikangaise, Vienne IX. 

D' Richard Thurnwald, docteur en droit, 14, Wolschitirigasse, Vienne IV/2. 

Belgique 

Maurice Antonin, pasteur, ù Cbenée, près Liège. 

Julien Archambeau, lieutenant de gendarmerie, membre de la « Ligue patriotique 
Belge contre l' Alcoolisme, » à Cbarleroi. 

Georges Brugmann, consul général de Suède et de Norvège, 143, avenue Louise, Bruxelles. 

D' Jean de Boeck, professeur de psychiatrie ù l'Université libre de Bruxelles, 77, rue 
de la Loi, Bruxelles. 

« Le Bien-Etre Social, o 61, Montée Suinte Walburge, à Liège. 

D' A. Bienfait, vice-président de la société « Le Bien-Etre Social, » secrétaire de lu 
(f Société Médicole Belge de Tempérance, 1, rue Charles Morran, Liège. 

Paul Berryer, avocat, 3, rua Fabry, Liège. 

Edouard Belleroche, publiciste, ancien secrétuirn du « Comité de Tempérance de 
Muiisfield Iiouse, s 77, rue de Stassort, Bruxelles. 

Gustave de Bavay, conseiller ù la Cour de Cessation, 32, rue des Palais, Bruxelles. 

D' Hipp. Barella, membre de l'Académie Royale de Médecine de Belgique, correspon- 
dant de l'Académie de Médecine de Paria, ù Cbapelle-lex-Herloiniout. 

M. de Bruyn, ministre de l'Agriculture de Belgique, Bruxelles. 

M. Castiaux, secrétaire général de la « Croix-Bleue Belge, » 20, rue de Lombardio, 
Bruxelles. 

Em. Cauderlier, anc. secret, gén. de lu « Ligue patriot. belge de Temp. wtt, rue Crayer. 
Bruxelles. 

Aug. Collard, chef garde de train, membre du «Comité National de la Croix>Blcuc 
Belge, s (\ Klarvinne. 

« Comité Liégeois de In Ligue Patriotique Belge, s 

Théophile Dedye, secrétaire du Comité central da 1* « Etoile-Bleua, s ù Ensival (Pro- 
vince de Liège). 

0' Edmond DefTernez, inspecteur d'hygiène uu ministère de l'Industrie et du Travail, 
61, boulevard Audent, Cbarleroi. 



3S vil" COXr.RKS INTKK NATIONAL 

Ph. Dulex, prôniclcnt di« la « Crotx-Hloiio Uel(?e, » ii Aiilhro. 

Eugène Empain, inj^éniour. «orivlairo foiiimuiiiil. à Nnail-lox-Siii|fnic». 

« l/Ktoilo-Hloiii* (le lu•I^Ni|(lc tt (scriioii de VcrvicM'it), d(*lc(?uû M. Joseph Richelle, à 

Hruzy. pnr Xervicr». 

Henri Evrard, proprifUnirr ù Dmiihv Spriiiiunt, Liôjfi*. 

D' Xavier Francotte, prof^iisiMii* à rUiiivcr?«ili'* de Lii'Kc, 15, quai de rindiislric, Lit'i^t!. 

M. L. Gernneau, Uoi»* <le Loi. AubcL 

Nicolas Gobiet-Longueville, scrrrtairc di* la M SociéU* de Tciiipériuici* de l'Etoile- 
illciK'. l'J<. riK' du Vul-Saiiil-LanihiM't, à Sorain^;. 

Augustin HeuS, pasteur, à .liMumopos, llainaut. 

Janrtes Hocart. paslcm*. vire-président de la <i Ligue Palrioliipio Belge contre l'Alcoo- 
lisiiur. 'MK rui* Saint- Hornard, nruxollc». 

Guillaume Hœck, pa^UMir. mcnilirc du CiHuilc de V n Uuicin Nationale Chrétienne Nécr- 
landatti* d'Abstinrncc tulalo, » 104, boulevard Léupold 11, Bruxelles. 

L. Jadin, délèjjué du Cerrlo Antialcoolique de Bolhoy, ii Bothey (Moiy). 

M. l'abbé Auguste Janssens, vicaire et uumùnicr de lu Croix-Blonche, 38. Chnu«tiée do 
Vlcurgot, IxcIlc.H-Bruxelle». 

Sanrtuel Junod, pn«teur. à llornu (Cbonip de^ Surtn), llainoul. 

D' J. de Lantsheere, membre du Comité de Patronojfe de» HobitatiuDt ouvrièrex, ocu- 
liste des Chemins de Fer de TBtot Belge. 203, rue Royale, Bruxelles. 

M"* Marguerite de Laveleye, secrétaire-adjointe delà « Société de Tempéronce de 
Sainle-Marjfuerile, » 'lO, rue Courtois, à Liège. 

F.-Aug. Leclerc, raclcur des postes, à l\oux (H'). 

M. Le Jeune, minisire d'Ktat, sénateur, 13, rue de la Chorité, BruxeUes. 

Alphonse Le Jeune, xeeréUiire du n Bien-Etrc «Social de Liège s, auditeur miliiiiiro, 1â, 
place du .Marché. Liège. 

L'abbâ Lemmens, président du « Bien-Ktre Social s 61, Monl S**-Walburge, Liège. 

Jules Liebrecht, profesMcur, président du a Bion-Etre Social Hutois i», 9, rue du Palais- 
de-Justiee. à llny. 

Raynnond de Ryckére, auditeur militaire de la Province de Brabont, 24, rue de lu 
Fourche. Bruxelles. 

Guillaume Wilmotte, ingénieur, ex-inspecteur hvgiénislc des Etablissements indus- 
triel!!, membre de la « Société Royale de Médecine publique de Belgique w, 32, 
rue André Dunxml, Liège. 

0' Victor de Vaucleroy, secrétaire général de la <i Ligue Patriotique Belge contre 
rAlroiilisme, » ])roresseur d'hygiène li l'Ecole Militaire, délégué de lu 
H Société Royale de Médecine publique et de Topographie Médicale, w 2110, 
avenue Louise. Bruxelles. 

L'abbd Vasiet, secrétaire général de la n Société de Tempérance Belge », rédocteur du 
y/iVn Sociai et du Volàêfçftnà , 42. rue Dupont, Bruxelles. 

Achille Van Eechaute, industriel, à Dcynxe (FI. Or.). 

Van der Velde, député, à la Hulpc, près Bruxelles. 

A.-L. Vanderhaegen, instituteur eu chef à Wodccq. 

D' Van Coiilie, président de la « Société de Tempéronce Belge, » 138, rue de Brabunt, 
Bruxelles. 

Fernand Thiry, proresseur de Droit criminel, & rUniveriilc de Liège, 1, rue Fabry, 
Liège. 



CONTKE L*AHUS I>BS BOISSONS ALCOOLIQUES 39 

Jiicques Sternotte, directeur de l'Ecole de Bîenfuisance de l'EUit, i*i S*-Uubert. 

Ernest Solvay, «cnateur, industriel, 43, rue des Champs-Elysées, Bruxelles. 

n Socii'tv Bcl(fe de Tempérance, » 42, rue Dupont, Bruxelles. 

H Sofiélti Royale de Médecine publique et de Topog^rapbie Médicule de Belgique u. 90, rue 
RoYolc, Bruxelles. 

J. B. S. de Snerck, uvocot, 29, rue des Ursulines, Bruxelles. 

SccUon de Chnrlcroi de lu a Croix-Bleue Bel^^e » (Pr. M. A. Musctiux). rue Tuille-Cbtirvcl, 
Il Du m pré my. 

Set-lion de nriixcllcs de lu a Croix Bleuo- Belge o (P. .M. Chrispncls). 103, Rue Tcrrc-Nouvc, 
Bruxelles. 

Jules RubI, docteur ôs-scienrcs, Wt, rue Renier, à Vervicrs. 

Joseph Richelie, directeur de Filature, 98, rue de Bruxellcst, à Vcrvicrs. . 

Félix Putzeys, profes^seur d'hygiène à l'Université de Liège, membre du Conseil supcrictir 
<r Hygiène publique, correspondant de l'Académie Ruyole de Médecine, 1, rue 
Furgeur, Liège. 

Baron Prisse, ingénieur en chef honoraire, 30, rue Courtois, à Liège. 

Marie Parent, publiciste, membre du Conseil général de la Ligue patriotique belge 
contre l'alcoolisme, villa Beau-Séjour, ù Anseremme-les-Dinunt. 

Lucien Oor, facteur de pianos, 83, rue Neuve, Bruxelles. 

Adolphe Nyssens, délégué de la «Société médicale belge de Tempérance, » 153, rue de 
la Lui, Bruxelles. 

L6on Moulaert, avoué, ù Bruges. 

D' Julien Morel, médecin-direct«ur de l'Asile d'aliénés de Mons. Inspecteur odjoint des 
Asiles du Royaume. 

Jules MonriquOi professeur, membre delà «Ligue Patriotique belge contre lalcuolisme » 
à Murchc. 

R. MeyhofTer, pasteur, trésorier du Comité International du VI* Congrès, 30, rue 
Tnsson-Suel, Bruxelles. 

M*' Henry Merzbach, née le Hardy de Beaulieu, 89, rue Joseph II, Bruxelles. 

Henry Merzbach, propriétaire, secrétaire permanent de la Ligue Patriotique belge 
contre l'alcoolisme, 89, rue Joseph II, Bruxelles. 

Gustave Maes, négociant, à Lokeren. 

« Ligue antialcoolique de la Croix Blanche », président: M. J. Rysmon, 21, rue Jules 
Bouillon, à Ixclles-Bruxellcs. 

Brésil 

Manoel F. de Arargo Vienna, négociant, Annapolis, Kstado de San-Puulo. 

Chili 

Alexandre Alvarez, délégué de la République du Chili, 3, Boulevard S'-Michel, Pari;). 

D' Cordova, délégué du Chili, 18, rue Pierre Charron, Paris. 

D' Guillaume Del Sol, délégué du Chili, 18, rue Pierre Charron, Paris. 

États-Unis 

Professeur Daniel R. Brower A. M. M. D. L. L. D., Rusch Médical Collège. Université 
de Chicago. 






^. >:.*•: 



40 vil" CONGnÈS INTERNATIONAL 

Clark-Bell, K*q. L. L. D., avocat, ex-préiideni de la « Medico-Legal Society » de 
New-York etc., etc., 39, Broudwo}', New-York City. 

D' J. D. Crothers, directeur du « Journal of Inobriety », médecin du « Walnut Lodge 
A«yluni u, dcléffué et lecrétaire de V « Aiiociation uméricuine pour Tétade et 
1h gucrisoii de Tolcoolttme u etc., etc., à Hartford, Conn. 

D' F. W. d'Evelyn, 'i04, Powell Street (Corner of Poit) San-Franciseo. 

Miss Jessie Forsyth, déléguée de i* « International tup. GoodTemplor Lodge » (juvénile), 
80, Stute Street, Boston (Mu»iochutteti). 

Rev. Phebe A. Hanaford, minîtter of Universolis Church, préiidentde nombreu»ei 
Sociétés. Auteur de plusieuri livres. N* 201, West 88^» Street, New-York. 

Ch. Hugues, M. D. . professeur de Médecine mentale h S**Louis, Olwist 3857, 
Sttint-Louis N. 0. 

D' John Kellogg, médecin du n Uattlc Creck sanotorium w etc., Bottle Creck (Micb.) 

E. A. Lador, puslcur, 1.'>M, CIcvcland Street, Brooklyn, New- York. 

D' Thomas H. Manley, professeur de trbirurgie ù l'Ecole do Médecine pratique de 
New-Yurk, membre de l'Académie de médecine et de l'Association des Médecins 
des Cbcmins de fer de New- York, New-York City. 

D' L. D. Mason, membre de l'Acudémie de Médecine de New-York, président do 
r « Américon Association for the study and cure of Inebriaty », 171, Jorulemon 
Street, Brooklyn. 

Edward Paee Gaston, de la « New- York Voice » Go S. ^, Maclure C*, Hustings llouse, 
Aorfolk Street, London W. C. 

M. Parker, 208, Oncida Str. Millwaukee (Visconsin.) 

D' Chartes Shepard, médctrin en chef du « SiMiitorium », 81 et 82, Columbiu Heigts, 
Brooklyn, New-York. 

D' Nathan Snfiith Davis, A. H. L. L. D., 05, Rumelolpb Street, Cbicogo. 

EfHe Wilson Pitbiado, présidente de la « Women's Cbristiun Tempérance Union » 
(Milfurd), Milford Connccticut. 

Danemark 

Baron Joseph de Plessen, cbambellon de Sa Mojesté le Roi de Donemork, 18, 
Upsalogude, Copenbague. 

Baronne Louise de Plessen, 18, Upsulagade, Copenhogue. 

M** Elis. Selmer, U5, Wcsterbro, Copcnbogue. 

Le Pasteur DalhofT, cbevolier du Danebrog, délégué du Gouvernement Danois. Copenhague. 

Finlande 

Matti Hélinius, réducteur à llelsingfors, Finlande. 

Alli Trygg-Hélinius, rcdaitrice ù llelsingfors, Finlande. 

Général N. de Kaygorodoff, rommandant rartillcrîe de forteresse à Sveoburg. 

Grèce 

D' G. Vlavianos, lu, boulevard S*-Marcel, Paris. 

Hollande 

Georges Bruyn, Oud. Postdirecteur à Enkbuiien. 

H. C. Berends, docteur en Médecine, 12, Cutbarijne Singel, Lie Kenhuts, Utrecht. 



.CONTIIB L*ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 41 

J. W. Belinfante, avocat à la Cour de castotîon des Pays-Pas, S'Gravenbage» 
23, Amslerdamiche Veerkode, Lo Iluye. 

Centrole BiblioUck, over bel Alcobolvraogiiuk, 99, Houtmankade, Amttordam. 

Comité du « Volktbound », Vandcr Voort, Haaricm. 

Johana Villemina Decoster, institutrice, Hoogslraat, 247, Rotterdam. 

D' François Delher, médecin, à Dordrecht. 

A. Don, instituteur, sccrétoire général de la Société Hollandaise de Tempérance entre 
instituteurs, (>6, Noordeînde, Rotterdam. 

J. M. Heybrock, président de la a Société nationale d'abstinents chrétiens de Hollande u 
5, Prinsenpacbt, Amsterdam. 

D' J. M. Hoog, référendaire au ministère, 25, Laan von Meerdenrot, La Haye 

D' Jan Kat, médecin de l'Asile d'aliénés à Medemblik. 

J. H. Koch, négociant, 313, Priniengrocht, Amsterdam. 

J. G. Max, instituteur, président de la Société générale Néerlondaise pour rAbstincnce 
('section d'Amsterdam], 132, Sarpbatipark, Amslcrdom. 

Baron Mollerus de Westkerke, commissaire-gouverneur de lo Gueldre, Arnhem. 

Baronne Molierus de Westkerke, Arnbem. 

« Nederlondschc Onderwyzers-Propaganda-Club Voor drank-bestryding o, 66, Noordeiodc, 
Rolterdom. 

a Ncderlandscbe Vereeniging tôt afachaiBng van Sterken Dronk s lloofdbestuur. 

S. Ex. le baron de Palland d*Ond Beyelund, grond veneur de S. M. la Reine des 
Pays-Bas, Arnbem. 

M** Welmoed Don-Renier, maîtresse de musique, 43, Hoofdsteeg, Rotterdam. 

A. W. Roose, prédicant • N. W. te Rotterdam, s Rotterdom. 

(I Roowiscb-Katbolicke Gebeel-Onthondertveraeniging S* Micbaal, s (M . J. Légers, prés.) 
2 Moreelspark, Utrecbt. 

D' Ruysch, délégué du Gouvernement Hollandais, conseiller au Ministère de l'Intérieur, 
La Hoye. 

A. J. Schreuder, directeur d'Ecole, « rédacteur du « Huit Schiedam, s 60, Yan Van Rie- 
beekstraat, La Haye. 

M*'* A. M. Tilanus, 51, Scbotersingel, Naarlem. 

D' J. P. Vaieton, Oudboogleeraar, Amersfoorl. 

M"* Van Baerle, 2, Moreelsepark, Utrecbt. 

N. J. Van der Lee, docteur ès-sciences, profettenr de Mo thématiques, 213, Wilemf- 
parhideg, Amsterdam. 

0' Van der Lith, ancien médecin de l'Asile d'aliénés, professeur tituloire, à Utrecbt. 

P. Van der Meulen, président de la « Société Néerlandaise pour l'obolition des Bots- 
sons fortes, inspecteur des impôts du Royaume, à Heerenveen. 

A. Van der Voort, secrétaire général du e Volksbond s société contre l'abus des Bois- 
sons alcooliques, Horlem. 

M** A. Van der Voort, née Metman, à Harlem. 

Ph. W. Van der Woude, membre du Conseil général du « Ncdcrl. Oudervyser Propo- 
gandn Club, • rédacteur en chef du a Wcgwygser, 99, lloutmonkfidc, 
Amsterdam. 

D. A. Van Eck, délégué et secrétaire do la o Société Néerlandaise pour l'obclition des 
buissons fortes, & Sassenbeim. 



•■• V 



- ■ '^;<r,^_!^ri:- '.- 



42 VII* coNcnks international 

Henri Hubert Van Kol, député du Parlement Hollandais Princeohage (Ui Bréda). 

D. B. R. baron Van Lynden, juge, à Arnhem. 

M"* C. M. Vorslman, 51, Schoteriingel, Haarlem. 

Le^Rèv. Père A. Weyers, ord. prech. vicaire, 45, Martaplaats, Utrecht. 

Hongrie 

D' Gédéon Raisz, délégué du Gouvernement Hongrois, conieiUer au miniftère de l'In- 
térieur, Budapest. 

Italie 

Jules Emery, ingénieur, administrateur délégué de la • Société das Papeteries Méri- 
dionales, » Isola del Liri superiore. Province de Caserta, Italie. 

Jean Rochat, directeur de l'Asile Evangélique du D' Comandi, 8, Via Arétina, Florence. 

Louis Rochat, étudiant en médecine, 8, Via Arétina, Florence. 

0' Pietro Badoni, clinica Psichiatria, à Gènes. 

Luxembourg 

Le chanoine Ch. MQIIendorfT, professeur honoraire, préaident de 1' • Union Luxem- 
bourgeoise contre l'alcoolisme, » 5, avenue Pescatore, à Luxembourg. 

Norwège 

A nders Kiaer, commandeur de rOlaf, délégué du Gouvernement Norwégien, directeur 
en chef du Bureau central de Stotistique du Royaume, à Christiania. 

Pologne 

Le comte Louis Skarzynski, membre du bureau da la c Société de Tempérance de 
Varsovie, s 

Roumanie 

Alexandre Cuza, docteur en Droit, ancien député, secrétaire général de la « Ligue Rou- 
maine contre l'Alcoolisme, » 1, Strada Codrescu, Jassy. 

Marie Cuza, 1, Strada Codrescu, Jossy. 

D' J. Félix, professeur ù la Faculté de Médecine de Bocharest, directeur général du 
Service sanitaire de Roumanie au ministère de l'Intérieur, Bucharest. 

D' T. Hilariu, à Bacau. 

Michel G. Holban, ancien consul, membre du Comité central de la • Ligue Roumaine 
contre l'Alcoolisme, s à Michaileni. 

D' St. Corvin, médecin en chef du 4* corps d'Armée, à Jassy. 

D' Thiron, professeur k la Foculté de Médecine, délégué du Gouvernement Roumain, 
32, rue Lapusneano, Jassy. 

M** Thiron, membre de lo « Ligue Antialcoolique Roumaine, s, 3S, rue Lapusnenno, Jassy. 

J. G. Vassian, médecin-vétérinaire, à Peatra N. 

Michaaileano, pharmacien major. 



^ •> 



CONTnB l'abus 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 43 

D' Couliano. 

D' Ciomac. 

D' Miclesco. 

Otinkievici, pharmacien. 

Papovici, vétérinaire major. 

D' Russ, doyen de la Faculté de médecine de Jaeij 

Prof. Bogdan. 

Prof. Radu. 

Prof. A. Xenopol, recteur de l'Université de Jaesj. 

Georges Thiron, directeur d'Ecole primaire. 

D' Rateanu. 

Prof. D' Btzuréano. 

Prof. Cocouz. 

D' Vicot. 

D' Imerwol. 

D' S. G. Konga. 

D' Braesco. 

M. Eni, inspecteur du service de la traction des Chemins de fer de Jassy. 

Prof. D'Obregia. 

J. D. Mardare. 

Prof 0' Possa. 

Prof. R. Sevastos. 

Major Vaitoiano. 

Lieutenant-colonel Teisano, chef d'état-major du VI* Corps d*arméa. 

Prof. D' Em. Riegler. 

Prof. Ar. Densusano. 

Lieutenant^colonel C. Langa. 

Capitaine Costinesco (de l'intendance). 

J. AndreescOi major de l'intendanca. 

0' frey. 

Se. Pastia. ancien maire de Jasty. 

J. Hirsu. 

N. Couliano, ancien recteur de l'Université de Jassj. 

D' N. Apotecher. 

C. J. Stiuheiu, prêtre-économe. 

Prof. SonAresco. 

M"* H. Buznea, directrice de l'Institut Pédagogique de Jeunes filles, 

M>i« O. Conta, docteur en médecine. 

Lt. Barca. 

M"* Hélène Vargolîci. 



W y\\^ coxr.nks intbiinational 

Soldenthal, iivut'iit. 

Ppof. D' C Botter. 

Prof. C. Codresco. 

A. Negruzzi, (franc! propriétaire foncier. 

Loviesco, L'ttuliaiit o»-lcUres. 

Prof. A. D. Atanaziu. 

Prof. J. Mitru, directeur de l'Ecole Normale d'Iotiitutear*. 

E. Mores, pbnriuucicn. 

D' Fabini. 

Ferderber, pltannucien. 

Prof. F. Prasin. 

Al. Negruzzi, avocat. 

Monseigneur l'Evéque RaTleano, directeur du Séminaire de Jotty. 

D' Botherat. 

Prof. D' G. Rcjnitza. 

Vrinceano, étudiant en médecine. 

Werner, pharmacien. 

D'Gelehrte'- 

Friednnan L6on, étudiant en médecine. 

Orighen Carp, étudiant. 

M"* Frantomir, étudiante èe-lettret. 

Russie 

Pamphile Avdieiovitch Nedviediev, médecin, Nijni Toarintki Zavod, Ooieid, Perm«koI 
Gouberni, Verhotourtki. 

Robert Baatz, pusteur, délégué de la Société d'Abstinence « Le Soleil o, Rigo. 

M. Barbet de Vaux. (Bulletin de Statistique), 23, rue Millionnaire, Saint-Pétersbourg. 

D' Alexandre de Boulowski, sorrétairc de lo Régie do vente fiscale dos boissons 
{ilcooli<|ue8, délégué du Ministère des Finances do Russie, 37, SerdobolskaTo, 
Saint-Pvlersbourg. 

Alexandre de Borzenko. ancien prorcsseur de Droit civil, grand propriétaire foncier 
dan» le Sud, 10, rue Pouchkine, Odessa. 

Dinnitri Borodine. rédacteur du journal « la Tempérance », président de la commission 
Kcientifiquc de l'assemblée des Economistes, 57, Wosnessensky, S*>Pétersbourg. 

M"* Elise Borodine. 127. Fonlaskaïa, Saint-Pétersbourg. 

D' Alexandre Cheremchanski, médecin-directeur de l'Asile d'aliénés de « Notre-Dame 
de tous lc4 allligés u, ViO, Chaussée de Péterbof, Saint-Pétersbourg. 

D' Jean Constantinowsky. médecin en chef du Service des aliénés de l'Hôpital 
Prcobrnjciiskoe, Garurinski péréoulok Mûris SkorudoumofT, Moscou. 

Alexandre Danilewski, professeur ù l'Acudémie militaire de médecine, S*-Pétersbourg. 

Eustache Denientieff, conseiller d'Etat, inspecteur des fabriques, 6, Malaïa ItalianskaTo, 
Saint>Pétcrsbourg. 

Wladinfiir Oeruginski. professeur de Droit administratif au Lycée impérial, rédacteur 
du journal du Ministère de la Justice, 43, Znnmenskaîa, Saint-Pétarsbourg. 



CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 45 

Diinitri Dri II, jurisconsulte au Ministère de la Justice, 30, Znamenskaïu, S*-Pétcrsbourp. 

N. P. Droiginine, homme de lettres, gouvernement de Yaroslaw, Station Boischesielskaïa. 

Ludomir de Dymscha, professeur adjoint à l'Université, 1, Povarskoy péréoulok, 
Saint-Pétersbourg. 

Ecole paroissienne du dimanche de la « Société d'Abstinence de Moscou », 1, rue Pokrovka, 
Moscou. 

M*' ZônaTde Gorski, docteur en médecine. Ecole des Beaux*Arts, vis*à-vis la Poste, Moscou. 

D' Boris Greidenberg, médecin en chef de l'Asile d'aliénés de Symféropol, Crimée. 

D' Nicolas GrigoriefT, rédacteur en chef du iournal « Le Ménager de Tempérance u, 
Goruhovaju. 32, Ig. 18, Saint-Pétersbourg. 

D' V. Joukovski. professeur à l'Université de Kiev, 81, Neusuy, Soint-Pétersbourg. 

Eesti Karskuse Seitz, Walgus P&rnus, Livland. 

D' Léonide Kartchaguine. 16, Perspective Samptoniedsky, Log. 17, Saint-Pétersbourg. 

D' Alexandre Korowin, président de la « 1'* Société de Tempérance de Moscou », fonda- 
teur et directeur de l'Hôpital pour alcooliques à Moscou. 

D' Nicolas Koulbin, 4, Ncvsky Perspect., Saint-Pétersbourg. 

Eiîe LebedefT, docteur en médecine, 6, Kostrometaïa, Saint-Pétersboarg. 

D' Nicolas Local ski, 20, Moguilewskafa, Saint-Pétersbourg. 

D' Alexandre Mendeissohn, aliéniste, professeur h l'Institut des Frères de la c Croix 
Rouge tt & Oudelnaïa, près Saint-Pétersbourg. 

D' Stanislaw Mutermiich (de Varsovie), 36, rue des Ecoles, Parit. 

D' Dimitri Nicolsky, Chaussée de Schliielbourg « La Fabrique Vienne », S*-Pétersbourg. 

0' Michel Ngegorodtzefr, directeur-médecin de l'Asile privé d'aliénés, président de la 
commission d'alcoolisme & la « Société d'hygiène publique Russe », 10. 
Tverskaïa, Saint-Pétersbourg. 

D' Victor Olderoggue. G, Pesky Kostromskaîo, Soint-Pétersbourg. 

Juhan Oraw, ingénieur civil, délégué du Comité central des Sociétés d'abstinence Esilhcs. 
70, rue Vaneau, Paris. 

D' Victor OssipofT, délégué de l'Académie de médecine de Soint-Pétersbourg, 62, 
Kamennooslrowsky, Saint-Pétersbourg. 

Nicolas OssipofT. chef du service de Statistique à la Direction générale dos Contri- 
butions du monopole de vente des alcoola, 50, Quai KaiuchmitrulT, Suint- 
Pétorsbourg. 

M** Korvtne Piotrowska, membre d'honneur de la « Ligue pntriotique Belge contre 
l'alcoolisme », membre de plusieurs Sociétés philanthropiques et suvutitcs, 
6, Echateringafe Perspect. log. 46, Saint-Pétersbourg. 

Arthur Rafatovitch, correspondent de l'Institut, délégué du gouvernement Ki«se, 
19. avenue Ifoche, Pori». 

Woldmar de Rapp, inspecteur des Contributions directes de Péterhof et de Cronstadt, 
60, rue de Saint-Pétersbourg, Péterhof. 

D' Kazinnerz Rzetkowski (de Vareovie), 15, carrefour de l'Odéon, Paris. 

D' Serge de Schidiooski, professeur d'hygiène à l'Académie impériale de médcrino, 

Saint-Pétersbourg. 

Lad is las Chidiowski. substitut du procureur à la Cour de cassation, coneeiller d'Etat, 
Nodiejdenskaïa n* 14, logement 12, Saint-Pétersbourg. 

Cari. W. Schmidt, négociant, 16, Scheunenstrasse. Riic** 






46 VII* CONGRÈS INTERNATIONAL 

Arcadius Schoumacher. ropseiller d'Etat, employé au Ministère d«t Finance», 16, 
DimitrolTsky Péréoulok, Saint-Pétertbour)f. 

Société det médecins Russes de Moscou, Arbat, Moscou. 

N. Socoloff. prêtre, vtcc-prcstdenl de lo Société d'obstinence de Moscou, t, rue Pokrovka, 

Moscou. 

D' Alexandre Sobolevski. médecin militaire, 39, Grand Sampsonievski Pertp., 
Saini-Pétersbuur)^. 

D' Axel Spoof. chef de l'administrotion sonitoire de la ville & Abo, Finlande. 

Pierre Stebnitiky. rédacteur nu « Ménager dei Fimaneei, de VinduêlrU et du Commerce s, 
22, rue Galernnyo, Saint-Pétersbourg. 

D' Guillaume Strom, Simhirsknïo, n* 5/7, Saint-Pétersbour|p. 

M. Walclaw, Mutermiich, Varsovie. Pologne. 

Nicolas Wedenski, professeur & l'Université, Volcboskoy per. 2, log. 35, S^-Pétersbourg. 

D' de Wirenius, conseiller d'Etat octuel, 37, Perspective de Catberine Hof, S*-Pétersbourg. 

D' G. WlaTefT, professeur ogrégé à TAcadémia militaire de Saint-Péterebourg, 63, Bou- 
levard de Vougirard, Paris. 

Antoine de Woulfert. professeur ord. de TAcadémie militaire juridique, ma da 
Fouhrsladt. 27, log. 7, Saint-Pétersbourg. 

D' Alexandre ZouTefT. 14, rua Bolchala MotkoTakala, Saiat-Pétertbeorg. 

Suède 

Oscar Berg. Gôteborg, Suède. 

Johan Bergnfian, docteur en pbilosopbie, professeur de collège, à Norrkdping, 

Gustav. Christenson, redaktor, Gdteborg. 

John Enisson, 91, Cutituderstam, Langbolmm, Stockholm. 

K. A. Erickssonr liltéroteur, secrétaire de la rédaction du Journal deê Boms Templierê 
Suédoii. 93, A. Regoringsgatan 1 tr., Stockholm. 

Baron Joseph d'Hermelin, Ulfasa, à Motala. 

D' J. Viih. Hultkratz. professeur, à Motala. 

D' J. Viih. Hultkratz, professeur, à Stockholm. 

Ferdinand Schulthess, professeur à l'Ecole Rovale Supérieure da Guerre et à l'Ecole 
Roy oie Supérieure de l'Artillerie et du Génie, 36, KarlaTlgen, Stockholm. 

Mauritz Sterner, à Tomarp. 

Robert Tigerstedt, professeur de Physiologie à l'Institut Royal de Médecine, président 
de la a Société Royole de Tempérance, s à Stockholm. 

John Torulf, président délégué du Verein des Blauen Bandes su Karlaby, Westergollond 
Falkdping-Ranten, Suède. 

Suisse 

J. J. Baumann, pasteur à Kilchberg, près Zurich. 

Georges Biolley, étudiant en Médecine, Villa des Grottes A., route d*Ouchy, Lausanne. 

L'abbé Valentin Bischof, président de la Section de Rappeswil de la «Ligue catholique 
Suisse des abstinents », Custos Rappeswil (S*-Gall.) 

M** Marg. Blau*Perrin, llochweg, 4, Schosshalde, Berne. 



» * \. ' . ^- • ■ ■■ . , ♦ 



CONTRE L*ABU8 DBS BOI880N8 ALCOOLIQUES 47 

Werner Blocher, étudiant ea LeUre». membre de U Société d'BtodiaoU abstinents 
« Libertés » de BAle et de û c Ligue antialcoolique, s S, rue de lo Bascule, 
Montpellier, Hérault. 

Hermann Blocher. délégué de • Ligue antialcoolique de HanoTre », S7, quai des Grands 
Augustins, Paris et à BAle. 

M' et M"* Emmanuel Blocher. directeur de Fabrique, Neue Welt, près Bàle. 

Arnold Bovet, pasteur à Berne. 

Buchioz, pasteur à Eissen. 

Jacob Buhler, curé à Kiribberg, S*-Gall. 

Charles Byse, pasteur, président central de 1* c Bspoir s, 23, Valentin, Lausonne. 

Carlier Auguste, négociant, 30, boulevard Helvétique à Genève. 

Francis Cevey, étudiant en Médecine, délégué par la Section Vaudoise de la « Li^nc 
antialcoolique. Villa Zénitb, Lausanne. 

Emile Challand, docteur en Médecine, 6, cours des Bastions, Genève. 

Louis ChalUt, buraliste postal, Gottans (Vaod.) 

Philippe ChAtelain, agent de la • Croix-Bleue s à Genève, membre du Comité centrol 
de la a Fédération de la Croix-Bleue », 10, cbemin des Cbénes, & Genève 

M. Chavannes, à Peydey-sur-Leysin, Suisse. 

Louis Choisy, pastaur à Vernier, près Genève. 

Comité Cantonal Genevois de la « Croix-Bleue s, 7, rue de l'Bvéehé, Genève. 

Fritz Courvoisier, avocat-doctaur en droit, préaident de la Commission d'action de la 
« Fédération abstinente Suisse », A Bienne. 

M* Fritz Courvoisier-de-Wtld, à Bienne. 

Jules Courvoisier, agronome, 7, avenue du TbéAtre, Lausanne. 

Robert Curchod, pastaur, A Cbéne et PAquier-sur-Ivonand, Vaud. 

J. P. Oardin, éditeur de VAlman^ek de TempérancM^ A Coppet. 

Th. Darel, S, avenue de la Grenade, Genève. 

Henri Daùlte. pastaur, président de la • Croix-Bleue » Lausannoise, 4, Petitas Toises, 
' Lausanne. 

Frédéric W. E. de Benoit, étudiant, Landbof, 45, Laupenstrasse, Berne. 
Emmanuel Denger, pastaur A Geltarkinden, BAle-Campagne. 

Jules Denis, délégué du « Comité central de la Ligue Patriotique Suisse contre l'alcoolisme » 
13, routa de la Cluse, Genève. 

Départament Fédéral des Finances, Berne. ' 

Otto Diem. président de la SociéU Suisse d'Etudîanta abstinenta c Libertas », à 
Scnwellbruin, canton d'Appenxel, Suisse. 

Marc Dunant, étudiant en Médecine, 13, cbemin Rieu, Genève. 

Augustin Egger. évéque, S'-Gall. 

Julius Ernst, ingénieur, A Frobberg, Wintartbur. 

Louis Favez. po«taur h Leyssin, Vaud. 

D' Auguste Forel, ancien proresseur à l'Université de Zuricb, délégué de la « Loge 
Suprême Internationale de l'Ordre des Bons Templiers » et pur lu gruiitle 
Loge Suisse du même ordre à Cbigny, prèx Morges. 

Ernest Fornerod, institutaur A Vallorbe. 



f*'J\ 



^ v^»i' » 



48 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

Adolf Frîck. docteur en Médecine à Oseingen, centon de Zurich. 

Ernst Geiger, forestier & Brugg, prêt Zurich. 

H. M. Gilliard, directeur de la « Ruche», Maison d'Education à Reconvillier, Jnra-Bcrnoie. 

Louis Girardet. puslcur, président de lo Société d'ahttinence Y e Avenir », à Yverdoii. 

Frédâric Goll. docteur en droit, avocat, memhra de l'Ordre dae Bons Templieri, 36, 
avenue de la Gare, Zurich 

Rodolphe de Goumois, iardinier-pa^tagiste, lecrétaire de la Section de Lausanne do la 
a Ligue antialcoolique, Villa St-Alban, avenue de Villord, Lausanne. 

Cari Grœter, étudiant en Médecine, 48, Birmaungasse, BAle. 

D' E. Grosheintz. délégué du Comité central de la • Ligue antialcoolique », 55, 
llolbeinstrosse, BAle. 

Oscar Grosheintz, étudiant en Théologie, 4, place Monthenon, Lausanne. 

Oswald Grosjean, contrôleur de lo Régie Suisse des alcools, 5, rue de Fribourg, Genève. 

M'"' Guédin, S'-Jenn de la Tour, Genève. 

Jules Guex, Villa Helvétia, Arcochon, Gironde (France). 

Gabriel Guignard, posteor à Montpréveyres-sur-Lautanne, Suitee. 

Robert Hercod. professeur, rédacteur en chef du Journal YAhitinêmetf Bangy^sur-Clarens, 
Vaud. 

Emile Jaton, instituteur à Villars-le-Comte, par Moudon. 

M** Jaulmes-Cook, rédactrice de journaux religieux pour enfante, 5, Belles Roches, 
Lausanne. 

Emile Jordv, docteur en médecine, délégué du Comité National Suisse de la o Ligue 
Internationale Antialcoolique, » Bernastrasse 6, Kirchenfeld, Berne. 

Daniel Junod, posteur, secrétaire de la « Croix-Bleue NeuchAteloise, » & Baudevilliers, 
Neuchdtel. 

Henri Laufer, pasteur, trésorier du Comité central de 1' • Espoir », à Ecuhlens, Vaud. 

Charles Lenoir, ogent de change, trésorier du Comité central de lo • Fédération Inter- 
nationale de la Croix-Bleue, » 2, boulevard du ThéAtre, Genève. 

D' Arthur Liebetanz, directeur du Sanatorium d'Abstinence, chAteau de Hared, à 
Ermutingen, canton deThurgovie. 

« Ligue Antialcoolique, » section de Genève, 40, rue du Marché, Genève. 

a Ligue Patriotique contre l'Alcoolisme, » section cantonale de Neuchdtel, ches le 
D' Frechtel, secrétaire, au Locle, canton de NeuchAtel. 

F. Lombard, secrétaire du Comité central de la c Ligue Patriotique Suisse contre l'Al- 
coolisme, Athénée, Genève. 

Loge du District 111, 0. I. G. T., Berne. 

Logf* « Espérance » N* 20 des Bons Templiers, 14, chemin Prévost Martin, Genève. 

Harold Marthaler, posteur de l'Eglise du S^-Esprit, Pavillon weg 1, Berne. 

Charles Martin, pasteur, 4, cours des Bastions, Genève. 

Ernest Martin, professeur, 39, Gronde Rue, Genève. 

L'abbé Ignace Membrez, curé, à Underveber, canton de Berne. 

M"* J. Merle d'Aubigné. présidente de 1' a Espoir », groupe de Genève, à la Gravè- 
leric, quui des Eaux Vives, Genève. 

Armand de Mestral. pasteur, membre du Comité central et du Comité Jurassien de la 
« Croix-Hlcue w el du Comité de la m Ligue Patriotique Jurassienne contre 
l'Alcoolisme, » û Suint-Imier, Jura Bernois. 



CONTRE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUBS 49 

Henri de Meure n, patteur, président locol de la « Ligue Antialcoolique Suiite, » à 
Saint-Blaiie, canton de NeachAtel. 

E. W. Mtltiet. direcUur de la c Régie Fédérale des Alcools, » Berne. 

Edouard Miltom. lecrétnire du Comité central de la « Fédération des Sociétés de la 
Croix-Bleue, » 5, Rondpoint de Plein Palais, Genève. 

Ernest Morel. pasteur, professeur de Théologie, membre du Comité Neuchétclois de la 
« Croix-Dleue », 8, Orangerie, Neuchâlel. 

0' Muller. à RoUe. Vaud. 

Louis Mury, fonctionnaire postal, 16, place Lauderon, Lausanne. 

Ernest Oberhoizer, candidat en droit, délégué de la « Société des Socialistes Ah<«li. 
nents, » président de 1' • Union Ouvrière Allemande, » 5, La Grotte, Lausanne. 

« Ostsvcrein Bcrn des Internationalen Alkobolgcgnerbundes, s Pasteur Harold Mar- 
thaier, Berne. 

M"* Elise Perret, présidente de la Société d'abstinence la « Rénovation », à Pontareuse, 
près Ûoudry, Neucbûtel. 

Herman Peters, industriel, à Uaren, près Bruxelles (Belgique). 

Henri Preisig. étudiant en médecine, délégué de lu Section Vuudoise de la • Ligue 
Antialcoolique, » 3, rue du Grand Pont, Lausonne. 

Paul Recordon, négociant, Etablissement Maggi, ù Kempltnl. 

Gustave Régamey, pasteur, agent central de 1' « Espoir », 1, Escalier du Marché, 
Lausanne. 

Alfred Régamey, Lausanne. 

J. C. Louis Rehfous, professeur de Droit commercial à l'Université, président de la 
« Ligue Patriotique Suisse contre l'Alcoolisme, » 6, rue du Commerce, Genève. 

fr. Reinhardt, imprimeur de l'Université, président delà «Ligue Anliolcooliquc, » sec- 
tion de oâle, 15, Saint-Albanvorstadt, Bûle. 

Jules Répond, rédacteur à la GazelU de Lamanne, lieutenant-colonel d'infunlerie. 
8, Finkenhuhelweg, Berne. 

Th. Rimond. pasteur, 2, rue de la Croix-Rouge, Genève. 

Antony Rochat, pasteur, membre du Comité central de la « Fédération Internationale 
des Sociétés de Tempérance de la Croix-Bleue. » Satigny, près Genève. 

Louis-Lucien Rochat, posieur, président du Comité central de lo « Fédération Inter- 
nationale des Sociétés de Tempérance de la Croix-Bleue, » 12, rue de l'Ilùtc!- 
de- Ville, Genève. 

Enr)ile R osselet, k, rue des Jardins, Nyon (Vaud) v 

L'abbé Joseph Rossé, rédacteur du • Réveil Suisse », à Saulcy, Jura*Bernois. 

Edouard Sach, imprimeur-éditeur, à Fontaines, près Neochdtel. 

Monseigneur J. Alexandre Savoy, protonotaire apostolique, directeur-diocésaire de la 
« Ligue de la Croix contre l'Alcoolisme », Grand' Rue, à Kribourg. 

M"* Hélène Schlub, institutrice, 1. KarUnsgasse, Bâle. 

Section Bâloise de la « Ligue Antialcoolique, s délégué M. Reinhart Stralm, Sainl- 
Albanvorstadt, Bdle. 

Section de la « Croix-Bleue de Genève-Pdquis, H. Francelet, président, 8, rue du Pavrl- 
lon, Plainpnlais, Genève. 

Jean Spiro. professeur û l'Université de Lausanne, h Yufflens-la-Ville, prè» Lausanne. 

Ernest Tappolet. docteur è»-letlres. professeur au Collège cantonal de Zurich, 1C, Koi- 
uuchersirasse, Zurich. 



'•;. 



50 vil" CONGRÈS INTERNATIONAL 

A. Thioly*Regard, tccrétaire de la c Ligu« AntiolcooUqae • tection de Genèvei 40, rue 
du Marché, Genève. 

Paul Usteri. 5, Chnlackcr. Zurich. 

Le Père Albert. M. Weiss. de» Frères Prêcheur»; profetteur à l'UnivertiU, Fribourg. 

Emanuel Wild, pntteur. Denc/y-iur-Moudon, Vaud. 

Werner ZubesbQbler, 'i8, Birmensgesse, B&Io. 

France 

L. D. d'Abartiague» fecréUire général deU Société Philanthropique Interoationale pour 
l'élude pratique des questions sociales, à Ossèe (Basset-Pyrénées). 

Madame d'Abbadie d'Arrast, 32, rue Vaneau, Paria. 

Georges Abt, professeur de philosophie au lycée de Lons*l*-SavlBier (Jura). 

Armand Adam, 77, rue de Rennes, Paris. 

Baronne d'Adetsward de Pourtalét, 65, boulevard de Gourcellea, Paris. 

Paul ^schimann, pasteur, président du Consistoire, préaident de la Ligue antialcoolique 
de Dieulefit, à Dieulefit (Drôme). 

Alglave, professeur à la Foculté de droit, Poris. 

Allais, professeur de Faculté à l'Université de Rennes (Ule-et* Vilaine). 

Paul Allègret, président délégué do la « Section Ouvrière du HAvre » de TU. F. A., 
25, rue des Pénitents, le HAvre (Seine-Inférieure). 

0' Emile Allix, chevalier de la Légion d'Honneur, 6, rue Florentin, Paris. 

A lyre-Martin, 9, Allée des Soupirs, Toulouse (Haute-Garonne). 

D' Ancelet, lauréat de la Faculté de Médecine, 104, rue de Rennes, Paris. 

Joseph Ancey, inspecteur de l'Enseignement primaire, 3, rue Friiebois, à Soissons (Aisne). 

M"* Anderson de Medjerhelm, 25, rue Julien Lacroix (Paris). 

Miss G. S. Anderson, 3, Cité du Retiro, Paris. 

Anatole André, Inspecteur jprimaire. directeur-fondateur de la • Tranquillité mutuelle s 
Allées Fénelon, (Jobors (Lot). 

M** Alfred André. 49, rue de lo Boëtie, Paris. 

Jules-Léonce André, pojiteur A Milhaud-les-Nimes (Gard). 

L'abbé Auguste Andrieu, curé de Yolx (Basses- Alpes). 

Anonyme, aux soins de M. l'obbé Guérie, rue Lavalard, A Amiens (Somme). 

D' André Antheaume, chef de clinique de la Faculté de médecine, 6, rue Scheffer, Paris. 
Paul Apostol, docteur ès-scionces économiques, 38, avenue Niel, Paris. 

Georges Appia, posteur, 119 Ai«, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris. 

Louis Appia, pasteur, 119 Ai«, rue Notre-Dame-des-Champs, Paris. 

D' Armaingaud, professeur ogrégé A la Faculté de Médecine de Bordeaux, 61, rue de 
Tourny, Bordeaux (Gironde). 

Paul-Armand Del il le, interne des Hôpitaux, 84, rue d'HeutevilIe, Paris. 

L. Arnal, pusteur, président de la Section U. F. A. de Dijon, & Dijon (Côte-d'Or). 

Hippolyte Arnaud, trésorier délégué de la « Ligue Marseilloise contre l'alcoolisme, s 
1, boulevord Dugommier, Marseille (Uouches-du-Rhône). 






CONTRE L*ABUS OBS BOISSONS ALCOOLIQUES 51 

« Asfocittiion proteitaoto pour l'élada pratiou« dea au€«tion« locialci, »M. L. Gouth, 
•ecréUire général. 40. R. Porte de Fronce, Nimet (Gard). Délé(fué : M. Charles 
Gide, professeur d'Economie sociale à la Faculté de droit de Paris, 11, 
avenue de la Muette, Paris. 

D' Hippolyte Audigé, 26, avenue Bosquet, Paris. 

Henri Avon, 10, rue Auber, Paris. 

Léon Avril, S bU, avenue du Bois de Boulogne, Paris. 

Edouard Aynard, vice-président de la Chambre des Députés, 4, avenue Von Dyck, Paris. 

Henri Babut, pasteur, à Landouiy-la- Ville (Aisne). 

M'** A. Babut, professeur au cours secondaire de jeunes filles, Nimes (Gard). 

Paul Bail 1ère, avocat, 20, boulevard de Courcelles, Paris. 

De Bammeville, ù Vignolles, por Greti, (Seine-et-Morne). 

D' A. Baratier, membre do l'U. F. A., à Jeugny (Aube). 

J. Claude Barbier, premier président honoraire de la Cour de Cassation, président de lo 
Commission de surveillance des Asiles d'aliénés de la Seine, 53, rue 
La bruyère Paris. 

Barbey, avocat à la Cour d'Appel, 28, rue Gay-Lussoc, Paris. 

D' Henri Barbier, médecin des hôpitoux, 75, rue d'Anjou, Paris. 

Henri Barboux, avocat, 14, quai de la Mégisserie, Poris. 

D' Louis Bard, professeur d'Hygiène & la Faculté de médecine; médecin de l'Hôtel-Dicu, 
30, rue de la République, Lyon (Rhône). 

D' Barette, professeur de clinique chirurgicale à l'Ecole de médecine de Coen, 25, ploce 
ae la République, Caen (Calvodos). 

D' Emile BarthéS, inspecteur des Enfanta assistés, 73, rue de Bonneval, à Ghortres 
(Eure-et-Loir). 

J. C Barthié, pasteur, président de la Section Bolbecaise de l'U. F. A., à Bol bec, 
( Sei ne- 1 n férieure) . 

Baronne Barthotdi, 21, rue Roynouard, Paris. 

Baudrillard, inspecteur de l'Enseignement primaire, 66, avenue de Versoilles, Poris, 

Paul Baugas, professeur à la Faculté de droit, 58, avenue Jeonne d'Arc, Angers. 
(Moine-ct-Loire). 

Bayet. directeur de l'Enseignement primaire en France, ou Ministère de l'Instruction 
Publique, 24, rue Goy-Lussoc, Paris. 

L'abbô Béai, curé doyen de Brossoc-les-Minea (Puy-de-Dôme). 

M** Beaumanoir, 21, rue Dupuy-de-Lôme, Lorient (Morbihan). 

Bèdorez, directeur de l'Enseignement primaire à la Préfecture de U Seine. 2, rue 
Lobou, Paris. 

D. Beigbeder, 125, avenue de Villiers, Paris. 

Bel lot, 41, rue Saint-Ferdinand, Paris 

D' Lôon Beitz, médecin principal en retroite, 5 bU, rue d'Anjou, Versailles. 

James Benham, M. D. Lond., membre, du Comité de le « Croix Bleue » de lo Seine et 
de la Mission Evongélique populaire de France, 40, rue Boileou, Poris. 

M** Bequet de Vienne, fondatrice de l'œuvre de l'allaitement maternel, 14, avenue 
Victor Hugo, Poris. 

Berger Levrault et C'*, éditeurs, rue des Glacis, Noocy. 

D' Jules Bergeron, secrétaire perpétuel de l'Acodémie de médecine, médecin honoraire 
des hôpitaux, 157, boul. Houssmonn, Paris. 



52 vil® coxcnks intbiinational 

Georges Berguer, pa«teur, 10, rue Lonterne, Lyon (Rhône). 

Auguste Berry, instituteur h Moniigny-sur-Loing (Seine-et-Marne). 

Louis Bertrand, pasteur, Le Chambon-de-Tence (Haute-Loire). 

Besson, instituteur, 'i, rue Labié, Paris. 

Beziat, ancien posteur, à Bnlansieu, par Orthei (Basies-Pyrénéet). 

Jean Bianquis, pasteur, président du Comité national de la a Croix Bleue Française •, 
144, boule vord Raspail, Parie. 

M"** Jean Bianquis, U4, boulevard Ruspail, Parie. 

Joseph Bianquis, pnsteur, président et délégué de la • Société fraternelle » de jcunee 
(^ciis de Sauve (Gard), 29, rue Nationale, Montpellier (Hérault). 

Pauline de Beaunnont, artiste peintre, à Collonges-sous-Salève (Haute-Savoie). 

M Bibliothèque pédajçog^iqiie des instituteurs et institutrices », 5, rue Corneille, & 

Niinctf (Gard). 

Wladimir Bienstock, correspondant de journaux rueses, 75, rue de Rennes, Paris. 

Raoul Biville, avocat, délégué delo Section Caennaiee de l'U. F. A., 18, place Saint-Martin, 
ù Cacn (Calvados). 

M"* E. Blanc, dircclriic de l'Ecole de la rue Locordaire, présidente déléguée de 
la Société de Tempérance le s Lilae blanc », U. P. A., 11, rue Lncurdeiro, 
Paris. 

Blanchard, étudiant en médecine, 15 rue Guénégaud, Parie. 

L'abbé Théodore Blancheton, supérieur de l'Œuvre eaint Joseph, à Chareey, par 
.\ngouléme (Chorcnte). 

E. Blum, professeur de philosophie au Lycée, Montpellier (Hérault). 

Bocquillon, instituteur, 187, faubourg Saint-Honoré, Parie. 

G- Bogelot, avocat & la Cour d'Appel, 4, rue Perrault, Paris. 

M"** Isabelle Bogelot, directrice générale de l'œuvre des Libérées de Saint-Laxare, 14, 
place Oauphine, Paris. 

D' François Boissier, oncicn interne des asiles d'aliénée de la Seine, secrétaire général 
de ru. F. A., 20, rue du Vieux Colombier, Porisr 

D'Alfred Boissier, inspecteur des Eaux de Lemalou, & Lamalou-Ies-Bains (Hérault), 

Charles Borgeaud, 12, rue Nationale, h Constantine (Algérie). 

Léon Bost, pasteur, président du Consistoire, à Orthex (Bosses-Pyrénées). 

Socrate Bouillon, lieutenant ou 33* régiment d'infanterie, Arroe (Pas-de-Calais). 

D' Pierre Boul loche, médecin des hôpitaux de Paris, 5, rue Bonaparte, Paris. 

D' Charles Bouchard. prorc!<sMir n la Faculté de Médecine, membre de l'Institut, 
I7'i. rue dt» Kivoli, Paris. 

André Boulloche. conseiller a la Cour de Cassation, 17, rue de Marignan, Paris. 

G- Bourcart. nrofosscur à la Faculté de droit do Nancy,. 17, quai Isabey, Nancy (Meurthe* 
ct-Nlu!»elle). 

Bourcart. rédacteur à la Uinitme, 50, rue Fubcrt, Paris. 

D' Bpurneville, médecin en chef de Uicétre, rédacteur en chef du Progrèt Médical, 
14, rue des Carmes, Paris. 

Bourquin, instituteur, à Annois, par Flavy-lc-Martel, président délégué de la Section 
V. F. A. d'Annoi». 

Samuel Bourette, secrétaire de l'odministrotion au Lycée Condorcet, 11, rue Cujos, 
Paris. 



CONTRE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 53 

Ad. Bouvier, ingénieur, 25, avenoe de Nouaillei, à Lyon (Rh6ne). 

Emile Boyer, 4, rue Théodore Bac, Limoges (Deux-Sèvres). 

D' Paui Boyer, 22, boulevard Lamartine, Snint-Bricuc (C6lcB-du-Nord]. 

D' Boy-Tessier, médecin dc« hôpitaux, secrétaire général de la « Ligue Murscillnise 
contre l'alcoolisme u, délégué, 24, rueSénuc, Marseille (Bouches-du-Rhône). 

Le vicomte Brenier de Montmorand, 31, rue de Lubeck, Paris. 

M'" Brés, 83, rue Denfert-Rochereau, Paris. 

Léon Bretegnier, pasteur, ancien directeur du Lecteur (Agence des Bibliothèques popu- 
laires), 56, avenue du Lycée, Belfort. 

M"*« E. Briand, Grand Hdtel des Phares, Sainte-Adresse, Le Hùvre (Seine-Inférieure). 

L'abbè Joseph Bricout, directeur de la Revue du Clergé Français, aumônier uu Lycée 
Michelet, 24, boulevord du Lycée, & Vanves (Seine). 

Pierre Brizon, élève ù l'Ecole Normale Supérieure do Suint-Cloud, délégué de la 
« Croix Bleue » de Privas, à l'Ecole Normale Supérieure, Saint-Cloud 
(Seine-et-Oise). 

C. Broca. pharmacien de 1'* classe, 17, avenue Rap, Paris. 

L'abbé L. F. M. Brossard, vicaire, directeur du Patronage Sainte-Marie et Sainte- 
Brittc, à Sainte-Maure (Indre-et-Loire). 

0' Paul Brouardel, do^en de la Faculté de médecine, Membre de l'Institut, 1, place 
Lurrey, Pans. 

Spire Broudtn, instituteur public à Ardelles, par Digny, (Eure-et-Loir). 

0' Brousse, conseiller municipal de Paris, 81, avenue de Clichy, Paris. 

Victor Broux, posteur, secrétaire de la « Ctoix Bleue s, à Montcontant (Deux-Sèvres). 

Alfred Brun, inspecteur de l'enseignement primaire, licencié èt-lettret, à Saint-Sevcr 
(Landes). 

Htppolyte Brun, 93, route de Gaines, Calais (Somme). 

Louis Brunet, secrétaire de la «Revue générale des Sciences», 34, rue de Provence, Paris. 

Gaston Bruneton, fils, 7. avenue Eugénie, Saint-Cloud (Seine-et-Oise). 

D' Brunon, directeur de l'Ecole de Médecine de Rouen, 1, rue de l'IIôpitnl, Rouen (Scinc- 
Inrérieurc). 

Buisson, professeur ù la Sorbonne, ex-directeur de l'enseignement primaire 166, boule- 
vord Montparnasse, Paris. 

Désirô Buret, instituteur à Melay, par Chemillé (Maine-et-Loire). 

D' Lucien Cahen. médecin-major de 2* classe, école de l'artillerie et du génie, à Versailles. 

L'abbô N. Gai Met. curé de Mondrepuis (Aisne). 

M*« Caron. directrice du cours d'enseignement secondaire, à Clermont-I'errand (Puy* 
de-Dôme). ^ ' 

D' Carrive, à Sauveterre-de-Béarn (Basses-Pyrénées). 

A. Certes, inspecteur général des Finances, ancien président de la Société xoologiquede 
France, 55, rue de la Vorenne, Paris. 

Louis Champion, membre des Unions de la Paix Sociale, 48, rue Lcytcrie, Bordeaux 
(Gironde). 

Ernest Chante, pasteur à Lasalle (Gard). 

Le D' E. Chapotot. ex-interne des Hôpitaux de Lyon, 75, avenue de Saxe, ù Lyon 
(Rhône). 

M'" Marguerite Chardon, 29, avenue Klébcr. Paris. 



/Tj-tr, 






54 



vil' CONGRÈS INTERNATIONAL 



Emile Charles, 10, rue Victor Hupo, Poitiers (Vîeniie). 

Paul Charton, homme de lettres, 22 h\%^ rue Ghaptal, Parii. 

Chenivesse, à Saint-Bel (Rhône). 

Emile Cherblanc, délégué de la Société d'Bnieignement populaire et de la Société dee 

>, 15, rueÈ 



stations de cureet de convalescence de Tarare. 



lEcorche -Boeuf, à Tarare. 



D' Julien Chevalier, médecin-major de 2* classe de l'hôpital militaire de Geryville, 
Algérie, Province d'Oran. 

D' Edouard Christen, médecin du Bureau de Bienfaisance, 1, rue Jouvencel, Versailles 

Edouard Claparéde, 78. rue d'Assas, Paris. 

Renô Claparéde. à Juvisy (Seine-et-Oise). 

Jules Claretie, de l'Académie Française, 10, ruade Douai, Paris. 

M"" F. Ciayeux, Directrice d'Ecole, Présidente déléguée de la Société de tempérance de l'Ecole 
de la rue Violet, U. F. A., 36, rue Violet, Paris. 

D' Georges Coileville, professeur à l'Ecole de médecine. Président de la Société de 
Tempérance ae Reims, Sect. U. F. A., 14, rue de l'Université, Reims (Murne). 

D' Frôdôric Combemale. professeur de clinique médicale à la Faculté de médecine de 
Lille. 128, boulevard de la Liberté, Lille (Nord). 

Comte, rédacteur en chef du Helèvtmtni soeiaif 2, rue Balay, à Saint-Etienne (Loire). 

Conseil général de la Seine. Délégués MM. Piettre, Ranton, vice-présidanU, Charles 
Vandet, vice-président. 

Conseil Municipal de Paris, Hôtel-de- Ville. 

Maurice Constançon, pasteur, président de la ligue antialcoolique du canton de Raon 
l'EUpe (U. F. A.). àLa NeuveviUe-lèB-Raon (Vosges). 

Henri Cordey, pasteur, 35, rue Brochant, Parts. 

Emile Coste, Inspecteur de l'Enseignement primaire à Lavaur (Tarn). 

Coste, ingénieur, rue de la République, à Saint-Etienne (Loire). 

Adolphe Coste, publiciste, membre de U Société Française de Tempérance, 4, cité 
Gaillard, Paris. 

Auguste Coueslant, imprimeur, Directeur du Journal dm Loi at de l'iTcAo dtê Cévennes, 
1, rue des Capucins, Cahors (Lot). 

D' Courgey, à Ivry-Port (Seine). 

Edouard Creissel, posleur, président du Comité de la Société Française de Tempérance 
de la (1 âroix Bleue », groupe de la Seine, 4, place Voltaire, Paris. 

Cri non, pharmocien, directeur du Répertoire dt Pharmacie et des AanaUt dt Pharmacie 
Analytique, 45, rue Turenne, Paris. 

Charles Croll, 12, rue du Marché, à Neuilly-sur-Seine (Seine). 

L'abbô Augustin Crublet. vicaire à Plélan-le-Grand (lUe-et-Vilaine). 

M** Cuthbert, 30, rue Cortambert, Paris. 

Cuthbert, 30, rue Cortambert, Poris. 

Hector Daiiiie, herbogcr, û Mondrepuis (Aisne). 

M*' J. Dalencourt, membre du Comité Notional et du Comité Parisien de lo « Croix 
Bleue w, 33, rue Mouton-Duvernet, Paris. 

T. Dales, 125, rue de Ranelagh, Paris. 

Jean Danais, conducteur principal dei Ponts et Chaussées, Charenton (Seine). 

J.-P. Dardier, 1, rue Lanterne, Lyon (Rhône). 



CONTRE L*ÀBU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 55 

D' Dauboit, place Madtsr Montjta, Valence (Drôme). • 

G^rvais DebaillBUX, directeur de l'Ecole commanale, membre de la Commission des 
publications de l'U. F. A., à Gbâtillon, près Bagneux (Seine). 

Debacq, professeur. S, rue des Feuillantines, Parts. 
M** Léon Decaye, 46, rue Blancbe. Paris. 

M** Dflùean de la Bâtie, directrice de l'Ecole Normale supérieure d'Institutrices, ft 
Fontenay-aus-Roses (Seine). 

Delaire, rédacteur en cbef de la Réforme Sociale^ 54, rue de Seine, Paris. 

L. Delaporie, oflîcicr d'Administration en retraite, 25, rue Royale, à Dunkerque (Nord). 

M** R. Delaroche, 53. rue de la C6te. Le Havre (Seine-Inférieure). 

0' Edmond De la vaux, à Dtene (Meuse). 

E. Oelessert, libroire, 4, rue Roquépine, Paris. 

Ern* Defibes, président de la « Ligue Marseillaise contre l'alcoolisme, s 1, boulevard 
Dugommier, Marseille. 

Oeloye, ingénieur des Arts et Manufactures, 127, rue Oberkampf, Paris. 

D' Lucien Dericq. médecin, directeur de l'Asile d'aliénés d'Eure-et-Loir, à Bonneval 
(Eure-et-Loir). 

Descroix, délégué du Syndicat des employés, 4, me Daupbine, Paris. 

Des cours Detacret, 23, rue de Lille, Paris. 

Pierre Despatys, 22. place Vendôme, Paris. 

L'abbé Louis Desvignes, aumônier des Religieuses de l'Assomption, 6, rue Montbernard, 
Lyon (Rhône). 

M"" Marguerite Deutsch de la Meurthe, 4, place des Etats-Unis, Paris. 

Léon Devin, avocat & la Cour d'Appel, 32, rue Paradis, Paris. 

Emile Devinât, directeur de l'Ecole Normale d'Instituteurs de la Seine, 10, rue Molitor, 
Paris. 

Louis Dieupart, interne k Saint-Lasare, 2, rua des Halles, Paria. 

D' Louis Dor, ancien interna des Hôpitaux de Lyon, 9, rue du Présidant Garnot, à Lyon 
(Rhône). 

E. Doumergue, professeur à la Faculté de Théologie, Montauban (Tarn-et-Oaronne). 
Paul Doumergue. pasteur, Saint-Germain-en-Loye (Seine-et-Oise). 

Louis Doumergue. pasteur, 14, rue Pasteur, à Nîmes (Gard). 

Driessens, rue des Boucheries, à Saint-Denis (Seine). 

Loge .'. a Le Droit Humoin v Déléguée : M*'* Carrasset, institutrice, 216, rue des Pyrénées, 
Poris. 

D'G. Drouineau, inspecteur général des Services administratifs ou Ministère de l'Intérieur, 
19, rue Le verrier, Paris. 

Louis Dubois, pasteur à Ghénebier, par Héricourt (Hante-Savoie). 

M** DubOSC, 57, boulevard Voltoire, Paris. 

Maurice Dubosc, pasteur à Marsauceuz, pur Mésières-en-Droueis (Eure-et-Loir). 

Jules Dudebout, géomètre à Fousommes, par Estigny-le-Petit (Aisne). 

F. Dumas, pasteur, 73, avenue Ledru-Rollin, Poris. 

Charles Dumonceaux, directeur d'Ecole communole à Paris, 3, rue Carbon, Porit. 

D' Dupain, médecin en chef de l'Asile d'aliénés de Rennes, 72, faubourg de Porit, Rennes 
MUc-eU Vilaine). 



56 vil' CONGRÈS INTEHNATIOXAL 

Edmond Duplan, inspecteur g^énéral de rinstruction Publique, 4, riM de Lont^cbnmp.Pnris. 

Duprô. 12, rue de Lisbonne, Paris. 

D' Paul Dupuy, 1G, chemin d'Eysines, à Cauderan (Gironde). 

E. Durand, pasteur, à Mérignnc, par Cbevanceaux (Cbarente-Inféricure). 

M. Durand, h Arsac, pur Rodez (Aveyron). 

Adrien Durand, docteur en droit, ju^^e, président de la Section U. F. A. de Cbaumon. 
1:^ rue Decrès, h Chaumont (Haute-Morne). 

Durot, instituteur aux écoles communales ù Charenton (Seine). 

Louis Dutoit, 18, rue GiofiTredo, à Nice (Alpes-Maritimes). 

D' Dyrness, 19, rye Tournefort, Paris. 

Ebersolt, pasteur, à Montbéliard (Doubs). 

Paut-Henri Eilemberger, pasteur, président de la « Croix Dleae s du HAvre, 6, impasse 
Mossieu-Clerval, Le Havre (Setno-lnférteure). 

M** veuve Frôdôric Engel-Dolfus, 19, avenue de l'Aima, Paria. 

Evard, pnstcur. h Firminy (Loire). 

D' Faidherbe, à Roubaix (Nord). 

D' Paul Faivre, attaché au bureau de l'hygiène au Ministère de l'Intérieur, 80, boulevard 
Suint-Michel, Paris. 

R. Fallot, industriel h Tourcoing (Nord). 

Paul Farcot, ingénieur, 44, rue des Epinettes, Saint-Ouen (Seine). 

Auguste Farcy, directeur de l'Ecole primaire supérieure de Chambéry, à Chambéry 

(Savoie^. 

Ch. Fauquet, 9, rue Hoissy-d'Anglas, Paris. 

M** Fauquet-LenriaTtre, 131, avenue des Chompi-Elyséei, Paria. 

M** Albert Faure. 24, rue de Téhéran, Paris. 

M"* H. Favarger, visiteuse des malades dam les hôpitaux, 27 6it, rue Raynouard, Paris. 

D' Febvré, médecin en cher de l'asile de Ville-Evrard (Seine-et-Oise). 

Paul de Fôiice, pasteur, 8, rue du Chemin de fer. Enghien-les-Bains (Seine-et-Oise). 

Raoul de Félice, étudiant, 24, boulevard de la Reine, Versailles (Seine-et-Oise). 

D' Ferrand. médecin de l'Hôtel-Dieu, 110, rue du Bue, Paris. 

Georges Feray, 57, boulevard Malesberbes, Paris. 

D' Jules Ferrier, médecin-major de 2* classe, professeur ngr. au Val-de-Grâce, Pari». 

Fischer, pasteur, 118, boulevard Richard Lenoir, Puris. 

L.-J.-B. Flanrient. membre de la « Croix Bleue s, 68, rue Croix-Nivert, Paris. 

Fleury-Ravarin, député, 18, avenue de la Bourdonnais, Paris. 

Louis Flicher, avocat ù la Cour d'Appel, 1, rue de l'Université, Paris. 

Emmanuel Fochier, avocat ù la Cour d'Appel, 110, rue Dcnfcrt-Rochereau, Paris. 

A. R. Fontaine. .^ Hanoï (Tonkin). 

Ernest Fontanôs. pasteur, 9, rue de Lille, Paris. 

0' Jérôme Forestier, à Scignelay (Yonne). 

Foucard. élève ù l'Kcolc Normale d'Instituteurs do la Seine, 10, rue Molitor, Paris* 

Mgr A. G. Foucault, cvéque de Suint-Dié (Vosges). 



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CONTRB L-ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 57 

O. Foulquier, pasteur, 39, rue Boîleau, Parii. 

Fournat, 19, R. Tournefort, Paris. 

B. Fournett, 26, rue de PontoUe, Paria. 

Lucien Frèchet, inatituteur, profaaaaor d'anglaia det écoles de Paria, 46, rue des Four- 
neaux, Paris. 

L'abbé Albert Frèchou, curé de Saint-Pierre, 112, chaussée St-Pi erre, Amiens (Somme). 

Auguste Fréchou, instituteur, délégué de la Section antialcoolique U. F. A. d'Arcueil.tk 
rScole commune de garçons, Arcueil^Cacban (Seine). 

Georges Futliquet, pasteur, président de lat Croix Bleue Lyonnaise », 5, place Saint- 
Potmn, Lyon. 

Frâre Gabriel-Marie, supérieur général de l'Institut des .Frères des Ecoles Chrétiennes, 
• 27, rue Oudinot, Paris. ^ 

François Gagnard, directeur de l'Ecole Normale d'instituteurs de l'Ain, à Bourg ^Ain). 

Emile Gainé, président de la t Ligne nationale des antibouiUeurs de crus», à Loos, 
(Nord). 

Auguste Gallet, directeur d'école, oiBcier d'Académie, 8, rue 4e l'Hôpital, Belfort. 

D' Galtier-Boissiére, conservateur des collections scientifiques au musée pédagogique, 29, 
rue Vanneau, Paris. 

Paul Gaizin, père, agent principal de « l'Union», compagnie d'assurances, 33, boulevard 
Richard, à MiDiau (Aveyron). 

Paul Gatzin, fils, corro^eur, délégué de la t Croix Bleue » de Milhau, 33, boulevard 
Hichard, à Milhau (Aveyron). 

Garçon, professeur à la Faculté de droit, 8S, rue Denfert-Rochereau. 

P. Garillon, 6, place du Marché, à La Rochelle (Charente-Inférieure). 

D' Paul Garnier, médecin en chef de l'Infirmerie spéciale de la Préfecture de police, 16, 

boulevard Montmartre, Paris. 

« 

Henri Gast, pasteur, président de la Société normande de Tempérance de Sotteville-lès« 
Rouen, 60, rue St-Jnlien, Rouen (Seine-Inférieure). 

Gaufrés, ancien conseiller municipal de Paris, aecrétaire général de la Ligue de la Mo- 
ralité publique,. 55, rue Lemercier, Paris. 

Emile Gautier, pasteur, à Aucelon, par Recoobeau (Drôme). 

Gautrot, président de l'U. F. A. de Brest, 80, R. de Paria, Brest (Finistère). 

Claude Gayte, directeur délégnéde 1* « Union Française pour le sauvetage de TEn fonce s, 
108, rue de Richelieu, Paris. 

Gedalge, 75, rue des Saints-Pères, Paris. 

Gilbault, professeur au lycée, préaidept de la ligue Toulousaine antialcoolique section 
de ru. F. A., 24, rue André Délieu, Toulouse (Haute-Garonne). 

Gindre-Malherbe, vice-président de la Société protectrice des animaux, 79, boulevard 
de Champigny à Cbampignolles, par la Varenne (Seine). 

M** Girod, 53, avenue Kléber, Paris. 

M"« Jeanne Gladiére, 56, rue Clisson, Paris. 

0' E. Gley, professeur agrégé à la Faculté de médecine de Paris, 14, rue Monsieur-le-Prince, 
Paris. 

Godé, directeur d'Ecole communale, 14, rue de Fleurns, Paris. 
Albert Goguel, pasteur, 9, rue de Provence, Epinal (Vosges). 
D' Alfred Goguel, 2. rue Pusquier, Paris. 






58 vu' CONGRES INTERNATIONAL 

M"* Goguel, 57, rue du Martyr, Paris. 

Jules Goguel, paiteur, 63, rue Manin, Paris. 

André Gonin, 36, rue Cortambert, Paris. 

Elie Gouneile, pasteur, 39, rue des Arts, Ronbaix (Nord). 

D' P. Good, à la Mothe-Soint-Héray (Deux-Sèvres). 

Samuel Goût, pasteur, président de la Société de Tempérance da Pentemont, 9, avenue 
de Breteuil, Paris. 

0' Jules Grand, délégué de la « Société Végétarienne da France », 8, rue de Saint- 
Pétersbourg, Paris. 

M"* Lucie Grange, directrice de la Revue la Lumière^ 96, rue Lafontaina, Paris. 

Oct. Gréard, de l'Académie Française, vice-rectaar de l'Université de Paris, 30, rue 
du Luxembourg, Paris. 

Ch. E. Greig, pasteur, 28, rue Coriolis, Paris. 

Edouard Grenier, pasteur, Evian-les-Bains (Hauta-Savoie). 

S. de Grenier-Latour, rédacteur de « VEioile BUum s, 9, Campagne Flotte, Marseille. 

Griffon, directeur de l'Ecole des Cbaprais, Besancon (Doabs). Président délégué de 
r H Espérance des Ghaprais. » (sect. de l'il. F. A.). 

D' Henri Grimaux, 58, rue de Vaugirard. Paris. 

Georges Grissolange, trésorier de la « Croix Bleue de Tbiers », usine de Pont-de-> Veille, 
à Thiers (Puy-de-Dôme). 

Grosseteste-Thierry, 30, avenue Bugeaud, Paris. 

Auguste Grotz, pasteur, président du Consistoire de Nimes, Quai da la Fontaine, Nîmes 

(Gord). 

Julien Guebey, instituteur, délégué de la t Société de Tempérance de Fillinges, » 
section cadette de l'U. F. A., à Fillinges*, par Bonne (tiauto-Savoie). 

M** Marie Guèrin, à CbAteauneuf (Cbarente). 

L'Abbé Guérie, professeur à 1' « Ecole libre de la Providence », rue Ijaveillard, Amiens 
(Somme). 

E. Guesquin, cbimiste-pbarmacien, vice-j^résident de la Société d'bygiène de l'Enfance, 
112, rue du Cbercbe-Midi, Pans. 

P. Guichard, chimiste, membre de la Société cbimique de Paris, 24, rue de la Bourgogne, 
à Meudon (Seine-et-Oise). 

Guieysse, député, ancien ministre, 42, rue des Ecoles, Paris. 

Guieysse, lieutenant au 22* d'Artillerie, 1, rue Rameau, Versailles. 

L. Guèrin-Pélissier, secrétaire général de l'Office central Lillois des institutions 
cbaritables, 75, rue des Stations à Lille. 

Gaston Guillemet, député, au Palais-Bourbon, Péris. 

L. Guilliny, pasteur, & Montra-Marsan (Landes). 

M"* Hachette, professeur de piano, 1, rue Lacnée, Paris. 

Victor Hagemann, étudiant en théologie, 3, rue de la Bascule à Montpellier (Hérault). 

Daniel Halèvy, Jouy-en-Josas (Seino-et-Oise). 

L'Abbé A. d'Hallu, chanoine delà cathédrale, 69, rue Saint-Fuscien, Amiens (Somme). 

Louis Hatt^Boyè, 9, rue Bara, Paris. 

Eugène Hamel, propriétaire, 75, rue Lafontaine, Paris. 

Augustin Hamon, professeur à l'Université nouvelle de Bruxelles, directeur de rifumaai/^ 
^ouveUtf 3, boulevard Derthier, Paris. 



n- ^v\. 



CONTRE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 59 

Th. Hanniet, directeur de l'Ecole commanale» président de la Société « La Réeietaiice, n 
lecUon de l'U. F. A. à Creil (Oise). 

André Hartmann, induttriel, 18, rue de Gourcelles, Paris. 

M** André Hartmann née Santon Oavilliers» 18, rue de Gourcelles, Paris. 

Le conrita d'HausSonvilte, de l'Académie Française, 41, rue Saint Dominique, Paris. 

Hayem, 97, boulevard Malesberbes, Paris. 

Albert Hebrard, arcbiUcte, 14, rue de Trévise, Paris. 

Jules Henrivaux, directeur de la Manufacture des « Glaces de Saint-Gobain », membre 
des Comités de l'Exposition universelle de 1900, à Saint-Gobain (Aisne). 

D' Henri Henrot, directeur de l'Ecole de médecine de Reims, ancien maire de Reims, 
correspondant de l'Académie de médecine, président d'bonneur de l'U. F. A. 
de Reims, 73, rue Gambetta, Reims (Marne). 

Victor Henry, commis de l'administration pénitentioire, à la Maison centralede Poissy, 
(Seine-et-Oise). 

H. Henttch, SteeU Road, Haverstocb Hill N. W. 

Louis Herbette, conseiller d'Etat, 17, rue Fortnny, Paris. 

Maurice Hirtch, pasteur, publiciste, 51, rue du Ranelagb, Paris. 

Auguste Hollard, ingénieur-chimiste, 40, avenue du Chemin de fer, Epinay-s.-Seine 

(Seine). 

M-« Isaac Holden Crothers, Le Cbalet, à Croix (Nord). 

M** Hudry Ménos, publiciste, 34, rue Notre-Dama-des-Cbamps, Paris. 

L. Albert Huin, professeur de sciences physiques et naturelles à l'Ecole normale d'insti* 
tuteurs de la Meuse, 4S, me Levée de Breuil, à Commvcy (Meuse). 

M'^ A. Huveyi institutrice, à Montcalm, province da Constantine (Algérie). 

M"* Albert Juncker, née Chatoney, 20, rue Eular. Paris. 

M"* Jung, 40, rue de la Côte, Le Havre (Seine-Inférieiire). 

Samuel Jacot, pasteur, secrétaire de la Ligue Antialcoolique, Section de l'U. P. A., à 
Harg^court (Aisne). 

D' Lucien Jacquet, médecin des bépitaux, 68, rua de Monceau, Paris. 

Jules Jacquin, à Bonnefontaina, Evian-las-Bains (Hauta-Savoie). 

C. Jeanmaire, professeur au Lycée, 5, rue de Mexier, La Havre (Seine-Inférieure). 

M*^ JofTréS, membre du Comité de l'U. F. A. et de la Société des Prisons, 24. rue 
Alphonse de Neuville, Paris. 

D' A. Joffroy, Professeur à la Faculté de médecine de Paris, 19, boulevard Saint-Germain, 
Paris. 

Eric Joly de Bamnneville, propriétaire, 99, rue de Miromesnil, Paris. 

E. Jordan, 25. boulevard Sévigné, à Rennes (Ille-at- Vilaine). 

Ch. Joret, professeur à la Faculté des lettres, & Aiz-en-Provance (Bouches-du-Rhéne). 

Joret, 30, rue de Vangirard, Paris. 

Ernest Josselin, pasteur, à Annonay (Ardicbe). 

Auguste Jouanneau, directeur d'école communale, 60, rue Saint-Charles, Paris. 

M"* Jouaust, 46, boulevard Saint-Michel, Paris. . 

D' Joukonski, 13, rue du Val-de-Orâce, Paris. 

Elisabeth Kaltenbach, 90, boulevard Flandrin, Paris. 

M-* Koninck, 19, rue de la Céte Morisse, Le Havre (Seine-Inférieure). 



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60 vu' CONGRES INTERNATIONAL 

M** Laborde, 1, boulevard SainUGermain, Parîi. 

0' J.-V. Laborde, membre de l'Académie de médecine, chef dei travaux de pbyiiologie 
à la Faculté, rédacteur en chef de la Tribune médicale , 1, boulevard 
Saint-Germain, Parii. 

G. Lachapelle, 15, rue la Ville-l'Evéque, Paris. 

M"* L. Lacharriére, professeur, 7, rue des Arcbers, Lyon (Rbdne). 

M"* M. Lacharriére, professeur, rue des Arcbers, Lyon (Rbône). 

A. Lafont, rédacteur de la Sentinelle, 83, cours Suobet, Lyon (Rbône). 

Prosper Lajoie, 13. rue Ruinart, Reims (Marne), 

Lallement, instituteur, 60, rue Montparnasse, Paris. 

Numa Lamarche, pasteur, oflBcier d'Académie, président de la Société de secours 
mutuels de Négrepelisse, à Néprepelisse (Tarn-et-Garonne). 

Samuel Lambert, pasteur, Rocbes-les-Blamont (Doubs). 

M"* Lèa Lambon, directrice d'école communale, à Marsillargues (Hérault). 

D' Lancereaux, membre de l'Académie de médecine, médecin des bôpitaux, professeur 
agrégé, 44, rue de la Bienfaisance, Paris. 

Ernest Lamy, 113, boulevard Hausmann, Paris. 

0' L. Landouzy, professeur à la Faculté de médecine, 4, rue Cbanveau Lagarde, Paris. 

Alexandre Langloit, arcbitecte, 14, rue Ernest Renan, Paris. 

D. Langlois, instituteur, président délégué de c l'Espoir de Cliobv s, Section posi-soolaire 
de ru. F« A., 60, rue Henri Regiiault, Courbevoie (Snne). 

0' Ferdinand La pas tel, médecin-major à la direction du service de santé du Gouver- 
nement militaire de Paris, Si bis, boulevard Latour Maubourg, Paris. 

D' Camille Lape^re, secrétaire de la Section U. F. A. de Fontainebleau, 15, me Gamot, 
Fontainebleau (Seine-et-Marne). 

M** Oh. Larue, 15, boulevard de Strasbourg, Le Havre (Seine-Inférieure). 

Alfred de Lassence, villa de Lassence, avenue de Tarbes, Pan (Hautes-Pyrénées). 

M"* Latham, 39, rue de la Côte, Le Havre (Seine-Inférieure). 

IM"« Latham, née L. A. M. Mallet, propriétaire, 7, Rue Rembrandt, Paris. 

Latour, à Evreus (Eure). 

Henri Lauga, pasteur, 5, boulevard Lundi, à Reims (Marne). 

D' Gérard Laurent. 3, rue Leblond, à Sauvie (Seine-Inférieure). 

Alfred Lantz, directeur d'usine, 115, rue des Poissonniers, St-Denis (Seine). 

N. Lavenant, délégué de la section de Landousy-la-Ville de TU. F. A., 4, rue Ronde- 
let, Paris. 

L'abbé Max de Lavernette Saint-Maurice, vicaire de Saint-Vincent, à Cbélon-sur* 
Saône (Saône-et-Loire). 

Léage, 66j rue Tardy, à Saint-Etienne (Loire). 

M"* Lecoy, 27, rue Saint-Jacques, Paris. 

Cecoy, S7, rue Soint-Jacques, Paris. 

D' Lecomte, président de la section de Saint-Quentin de TU. P. A. 14, me du Gou- 
vernement, à Saint-Quentin (Aisne). 

Louis Le Corbeilter, éditeur, 5, rue de Méxières, Paris. 









CONTRB L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 61 

Mgr le Cardinal Lecot, arche vèqae de Bordeaux, à rArchevéché, Bordeaux. 

Edmond Leenhardt, architecte du ^ouvemement, profeeeear A TEcole des Beaox-Artt* 
7, rue Marceau, Montpellier (Hérault). 

Franz Leenhardt. professeur de philosophie et sciences A la Faculté de Théologie pro- 
tesUnte de l'Université de Toulouse, 12, Gde Rue du MousUer, MonUuban, 
(Tarn-et-6aronne)i 

André Lefévra, conseiller municipal de Paris, 14, rue de l'Ecole Polytechnique, Paris. 

D' Paul Le Gendre, médecin de l'hdpital Tenon, 35, rue de Châteaudun. Paris. 

D' Maurice Legrain. médecin en chef des asiles d'aliénés de la Seine, prés, de l'U. F. A., 
7, rue de Lesdiguières, Paris. 

M"* Legrain, secrétaire adjointe de l'U. F. A., 7, rue de Lesdiguières, Paris. 

Emile Legrit, agrégé de l'Université pour les Sciences Naturelles, profesfeur au collège 
Rollin, &8, rue Louis Blanc, Paris. 

0' Le Grix, membre du Conseil, délégué de la t Société contre l'abus du tabac », 28, rue 
Moxart, Paris. 

Henry Lehr, pasteur, membre de la Ligue antialcoolique de Chartres, 20, rue S^-Thomos 
à Chartres (Eure-^t-Loir). 

Mathieu Leiiévre. vice-président du comité de la Seine de la c Croix Bleue s, 4. rue 
Roquépine, Paris. 

Marcel Lematstre, à Lillebonne (Seine-Inférieure). 

Jules LemaTtre, de l'Académie Française, S9, rue d'Artois, Paris. 

L'abbé Lemire, député, 18; rue Lhomond, Paris. 

M"* Amélie Lemoal, directrice d'école communale, 14 his, rue St-Hondré, Versailles. 

Lemoine, directeur de l'Ecole communale, et président de la Société scolaire et post- 
scolaire U. F. A. de la rue Blomet, 19, rue Blomet, Paris. 

Emile Lenoir, pasteur, ancien président de la s Croix Bleue s de Marseille, S, avenue de 
Labonrdonnais, Pans. 

Charles Lenoir. 

J. Lenhardt, 25, rue de l'Orangerie, Le HéTre (Seine-Inférieure). 

Laurent Léoni, directeur de l'Ecole communale et du cours complémentaire, olBcier 
d'Académie, à Bastia (Corse). 

Veuve Marguerite Lepoids, membre du comité de la t Croix Bleue », groupe de la 
Seine, 195, rue de l'Université, Paris. 

M-* Victor Lepoids, oflBcier d'Académie, 195, me de l'Université, Paris. 

G. Leredu, avocat A la cour d'appel, 32, rue du Paradis, Paris. 

Le Roux, directeur des affaires départementales à la Préfecture de la Seine, 14, rue 
Cambacérès, Paris. 

M** Jeanne Leroy, membre de la Société des gens de lettres, SI, Bd Pori-Royal, Paris. 

Lesouéf, sénateur de la Seine-Inférieure, 24, me fontanelle, Rouen (Selne-Inférieure). 

D' Leter, 20, rae de Paris, à Sannois (Seiae-et-Oise). 

Maurice Le Tersec, capitaine au 29* régiment d'infantarie, S7, Grande Rue, à Autun 
(Sadne-et-Lotre). 

Alfred Leune, inspecteur d'Académie, 18, rae Baudimont, Arras (Pas-de-Calais). 

Raphaël Lévy, rabbin, aumônier général des hôpitaux, asiles d'aliénés et prisons de la 
Seine, 6, rue du Pas^e-la-Mule (Place des Vosges), Paris. 

Lucien Libert, 15, rue François Millet, Le HàTre (Seine-Inférieure). 



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62 VII* CONGRÈS INTERNATIONAL 

Oésird Ligneau, proretseur an Lyc<« Corneille, préiident de la leetion 310 de TU. F. A. 
4, rue de l'Aima, à Mont-Saint-Aighan, prèe Rouen (Seine-Inférieure). 

« Ligue Nationale contre l'Alcooliime », 84, boulevard Beaumarchais, Parie. 

a Ligue Marseillaise contre rAlcoolitme », 1, boulevard Dugounnier, Marieille. 

« Ligue de la Moralité publique », 55, rue Lemercier, Paria. 

Martha Lindmark, proretteur de gymnaie diplômée de Stockolm, 18S, boulevard Saint- 
Germain, Paris. 

René Litatien, professeur au Lycée, 29, Place du CbAtaau à Breat, Finietère. 

J. Loiseau, licenciées-sciences, externe des Hôpitaux, 14, boulevard Raapail, Paris. 

Lombard, pasteur, 46, rue Pixérécourt, Paria. 

Georges Lorsay, expert comptable, 94, rue St-Dominiqne, Paris. 

Eiie Loux, pasteur, place d'Alsace-Lorraine, Sedan (Ardennes). 

Comte de Lydre. maire de Richardménil, 15, avenue Bosquet, Paris. 

David Ludwig, secrétaire-agent de la « Croix Bleue », 85, rue Laugier, Paris. 

André Machiels, délégué de la section U. F. A. du Lycée Janson de SaiUy, 109, avenue 
Henri Martin, Paris. 

Victor Madelaine, secrétaire de TU. F. A. rouennaise, 85, boulevard Caacboiae, Rouen. 

D' V. Magnan, membre de T Académie de médecine, médecin en chef de l'asile Sainte- 
Anne, 1, rue Cabanis, Paris. ^ 

Magnien, 50, rue d'Avon, Paris. 

Maillet, instituteur, vice-président de l'U. F. A., 2, rue Montenotte, Paris. 

Ed. Maksud, docteur en médecine, à Bonneval (Eure-et-Loir). 

Malan, pasteur, à Cbaumont (Haute-Marne). 

Albert Malaurie. président de la Ligue antialcoolique du Lyeée Condorcet, section de 

ru. F. A., 47, rue des Apennins, Paris. 

Baron Alphonse Maliet, 38, rue d'Anjou. 

Ernest Maliet, banquier, 37, rue d'Anjou, Parie. 

Frédéric MaMet, banquier, 16, rue du général Foy, Paris. 

Georges Maliet, 3, boulevard de Letour-Maubourg, Paris. 

M** Henri Maliet, présidente de 1' a Œuvre protestante des prisons » et de 1' « Œuvre 
des Petites Familles », 49, rue de Lisbonne, Paris. 

Raoul Maliet, banquier, 104, avenue des Cbamps-Elysées, Paris. 

Théodore Maliet. 37, rue d'Anjou, Paris. 

Elisôe Manedal, délégué de la <i Croix Bleue » de Montronge, 73, avenue d'Orléans, Paris. 

M** Veuve Georges Mandrot. 42, avenue du Trocadéro, Paria. 

Bernard Mandrot, 42, avenue du Trocadéro, Paris. 

Marcel Mangin, 102, rue Erlanger, Paris. 

Louis Manini, bomme de lettres, docteur en droit, rédacteur au Maiin^ 25, rue d'Argen* 
teuil, Paris. 

Ch. Mantoux, interne des bôpitaux, 92, rue Ricbelieu, Paris. 

A bel Marichal, directeur de l'Ecole normale d'instituteurs de Locbes, k Locbes (Indre. 
et-Loire). 

L'abbé Louis Marin, curé d'Osseff-les-3-Matsons, à Osseff-lea-3-Maisons, par RomiUy- 
sur-Seine (Aube). 






CONTRE L*ADUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 63 

Léon Marinier, mettra de Conféreocet à TÉcoU d«t Hautes Btudei, vice-président 
de ru. F. A., 7, rue Michelet, Paris. 

Lucien Marquez y Estebau, président de la section U. P. A. du lycée Carnot, 169, bou- 
levard Péreire, Pans. 

Samuel Marseille, pasteur, au Vigan (Gard). 

D' A. J. Martin, inspecteur général de l'assainissement de l'Habitation, secrétaire général 
de la Société de médecine publique et d'hygiène professionnelle de Paris, 3, 
rue 6ay»LttS8ac, Paris. 

Le Père Hippolyte Martin, prètra S. J., 15, rue Monsieur, Paris. 

Georges Marti n-Favenc, pasteur, 6, rue Victor-Hugo, Carcassonne (Aude). 

Etienne Matter, ingénieur des arts et manufactures, agent général de la Société de 
patronage des prisonniers protestants, membre du comité national de la 
c Croix Bleue », 43, rue Piat, Paris. 

Edouard Mautsey, négociant, 16, rue do Pare-Royal, Paris. 

Emile Mayniel, 112, boulevard de Courcelles, Paris. 

Lucien de Maziéres, vice-président délégué de la section U. F. A. du Lycée Carnot, 71, 
avenue de Villiers, Paris. 

0' Meilhon, médecin directeur de l'asile d'aliénés de Quimper, Quimper (Finistère). 

Paul Melon, 24, place Malesherbes, Paris. 

Mme Paul Melon, 24, place Mal^herbes, Paris. 

Edmond Membre, préparateur à la Faculté de médecineet de pharmacie, 16, rueGaniois, 
à Lille (Nord). 

Section de Ménilmontant de l'U. F. A., 39, rue Ménilmontant. Délégué : Joyez, 36, rue 
Fesfart, Paris. 

Gaston Merle, pasteur, directeur de la maison de santé protestante, 3, avenue de la 
Plate-Forme, Ntmes (Gard). 

Merle d'Aubigné, pasteur, 27, rue de Humboldt, Paris. 

Gustave Meurinne, propriétaira, 14, rue Saint-Guillaume, Paris. 

D' André Meuriot, directeur de Maison de santé d'aliénés, membre fondateur de la 
soc. franc, de Tempérance, 17, rue Berton, Paris. 

André Meyer, pasteur, à Beaucoort (Territoire de Belfort). 

Ernest Meyer, courtier maritime, 65, rue St-Jean, la Rochelle (Cbaranta-Inférieure). 

Jean Meyer, pasteur, 17, rue Saint-Germain, à Courbevoie (Seine). 

Adrien Mezger, 1, rue de Berry, Paris. 

Mme Hélène Michéa, château d'Oouville, près Meulan (Seine-et-Oise). 
Georges Michel, rédacteur aux DébaU, SOI, faubourg Saint-Ronoré, Paris. 

Alexandre Millerand, avocat à la cour d'appel, rédacteur en chef de la LanUrne, 23, rue 
de Saint-Pétersbourg, Paris. 

Ministère de l'Intérieur, 11, place Beauveau, Paris. 

Ministère de l'Instruction publique, 110, rue de Granelle, Paris. 

Ministère de la Guerre, boulevard Saint-Germain, Paris. 

Léon Mirman, député, 7, avenue Victor Hugo, Paris. 

Louis M on nier, 33, rue de Monceau, Paris. 

André Monnier, 7, rue Albert Joly, à Versailles. 

Mme A. Monnier, 7, me Albert Joly, Versaillei. 






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64 vil* CONGRES INTERNATIONAL 

Jean M on nier, pasteur, 85, boulevard de Port-Rojal, Paria. 

D' Charles Monod, chirurgien desbdpitauz, profesieur agrégé, 12, nie Gambacérès, Paris. 

Jean Monod, à Laforie (Dordogne). 

Henri Monod. conseiller d'Etat, directeur de rAttiitance et de Thygiène publiques au 
Ministère, 29, rue de Rémusat, Paris. 

Marcel Monod, secrétaire de la section des Etudiants U. P.A., 13,rueCambacérè8, Paris. 

S. Monod, 14, rue Masgnolis, & Calvire (Rbône). 

Théodore Monod, pasteur, 7, rue de la Cerisaie, Paris. 

Wilfred Monod, secrétaire général de la t Croix Bleue », 0, rue Lafoeaa, Rouen. 

William Monod, pasteur, 5, rue de Ladaix, àVineennes (Seine). 

Morel d'Arleux, notaire bonoraire, 13, avenue de l'Opéra, Parie.. 

A. de Morsier, publiciste, 25, rue Decamps, Paris. 

D' A. Motet, membre de l'Académie de médecine, ex-président de la soc. franc, de Tem- 
péroncc, 161, rue de Cbaronne, Paris. 

J. Mouchotte, interne des bôpitaux, 26, rue Gensier, Paris. 

Louis Mouette, 12, rue du HAvre, Bolbec (Seine-Inférieure). ^ 

Albert Moulusson, agent de cbange, 10, rue Cbaucbat, Paris. 

Eugène Moutarde, pasteur, directeur de la Mtpue de Bordêutm ei du Sud'Ouêêt^ rue da 

Temple, à Saujon (Cbarente-Inférieure). * 

Maurice Muret, conseiller général de Seine-et-Oise, 12, place Delaborde, Paris. 

0' Barthélémy de Nabiat, doyen de la Faculté de médecine de Bordeaux, 17 biê, 
cours d'Aquitaine, Bordeaux. 

L. Nachmann, 3, rue Daru, Paris. 

L'abbé Naudet, professeur au Collège libre des scienees sociales, directeur de la 
Justice êoeiale^ 84, boulevard Montparnasse, Paris. 

D' Navarre» conseiller municipal de Paris, 30, avenue des Gobelini, Paris. 

Fernand Nathan, éditeur classique, 18, rue de Gondé, Paris. 

L'abbé Gafltan Neau, professeur à l'Ecole Stanislas à Abheville (Somme). 

L'abbé Neveu, curé de Cbampieu, par Roye (Somme). 

Nicolas, élève à l'Ecole normale d'instituteurs de la Seine, 10, rue Ifolitor, Paris. 

Nicolas, professeur à l'Ecole nationale professionnelle à Armentières (Nord). 

Noé, instituteur, président de l'U. F. A. cadette de Luneray, (Seine-Inférieure). 

0' J. Noir, secrétaire de la Rédaction du Progrès Médical, délégué de la Société des 
Médecins du Bureau de Bienfaisance, 45, rue Monge, Paris. 

Nouai Ile, directeur d'Ecole Publique & Agen près Juillac (Gorrèse). 

Ernest OberkampfT, administrateur des Hospices civils, 20, avenue de NoatUes, h Lyon. 

Madame Claire Oster, 12, rue de Teurnon, Paris. 

D' Louis Oudaille, à Fresnoy-le*Grand (Aisne). 

Emile Pages, inspecteur d'Académie, La Rocbe-sur-Yon (Vendée). 

D' Henri Paris, médecin bonoraire de THépital civil, 47, boulevard de la Reine, 
Versailles. 

Vicomte Pierre de Pelleport-Burette, membre de la Société d'Economie sociale, 
8, place du Champ de Mars, Bordeaux (Gironde). 

Paul Perrelet, pasteur, 104, rue de Lille, Roubaix (Nord). 

Perroud, recteur de l'Université de Toulouse, k Toulouse (Haute^aronne). 



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« 



CONTRE L*ABU8 DBS BOI880N8 ALCOOLIQUB8 65 

Ch. Petit, conseiller k U Conr de Cattation, k, rue Pierre Legrand, Paria. 

E. Petit, intpecieur général de l'Enieignement, 92, avenue Victor Hugo, Parie. 

D' Georges Petit, lecrétaire général, délégué de la Société contre l'abus du Tabac, 
17, rue de Moscou, Paris. 

D' Eugène Petit, conseiller général à Pont-sur- Yonne (Yonne). 

L. Xavier Petit, instituteur public à Juvignies (Oise). 

L. P. Peytraud, inspecteur d'Académie, docteur te-lettree, 1 place du Palais, à Tours 
(Indre-et-Loire). 

Pfltter, étudiant en médecine, 82, boulevard Saint-lficbel, Paris. 

0' Emile Philbert, délégué, secrétaire général de la t Société Française de Tempérance», 
34, boulevard Beaumarcbais, Paris. 

Philippon, inspecteur général honoraire de l'Enseignement, 18, rue des Fossés Saint- 
Jacques, Paris. 

Charlet-Albin Picaud, répétiteur Général au Lycée, licencié ès-sciences, U, rue du 
Phalanstère, Grenoble (Isère). 

L'abbé Adolphe Picard, curé d'Bnglevilie-sur-Scie, par Auffay (Seine-Inférieure). 

0' Lucien PIcqué, chirurgien en chef des Asiles d'aliénés de la Seine, chirurgien des 
Hôpitaux, 8, rue de l'Isly, Paris. 

Pierre-Emile Piçnant, directeur d'Ecole, président de la « Société cadette de Tempérance » 
(Section de l'U. F. A.), à Ligny-en-Barrois ^Meute). 

Adolphe Pignolet, professeur de philosophie au Collège de Pontarlier, 48, Grande Rue, 
à Pontarlier (Doubs). ' 

Claude Pillet. rentier, 29, cours Lafayette, Lyon (Rhône). 

D' Louis Planchon, agrégé è l'Ecole supérieure de pharmacie, 5, rue de Naxareth, 
Montpellier (Hérault). 

A. Poirrier, sénateur de la Seine, 10, avenue de Ifessine, Paris. 

Fernand Polet, étudiant, 8, rue Saint-lfichel, Le Hévre (Seine-Inférieure). 

Madame Veuve A. Poutou, née Marie Meyer, 2, rue de Harlay, Paris. 

Pierre-David Poigol, retraité, membre de la « Croix-Bleue s, 3, rue de l'Estrapade, 
Paris. 

Ber\|amin Pozzi, secrétaire du Comité Bergeraçois de la « Ligue pour la moralité 
publique », pasteur à Bergerac (Dordogne). 

Miss Pritsmann, 21, rue Jacob, Paris. 

D' Proust, membre de l'Académie de médecine, professeur d'hygiène à la Faculté, 
9, boulevard Malesberbes, Paris. 

D' Pu pin, secrétaire de la Faculté de médecine de Paris. 

Quétin, président de la Ligue Antialcoolique U. F. A. de Levallois-Perret, 45 ^û, rue 
Ghaptal, Levallois-Perret (Seine). 

Aquilus Quiévreux, pasteur, secrétaire général de la « Ligue antialcoolique de Lille s 
(Section de l'U. F. A.). 45, rue du Port, Lille (Nord). 

Gaston Rau, conseiller à la Cour de Cassation, 43, rue Labruyère, Paris. 

W^ Yvonne Rau, 43, rue Labruyère, Paris. 

D' Raymond, 34, avenue Kléber, Paris. 

Réau, directeur de l'école du ChAteau, à Vierxon (Cher). 

Marquis du Réaulx, propriétaire à Turville (Haute-lfame). 

Anatole Réau, directeur d'école, président de la Société de Tempérance de Vierxon, 
U. F. A., 1, place do Château, à Yierson (Cher). 









66 vil' CONGBBS INTERNATIONAL 

D' J. Reboul, chiruri^îen de rHôtel-Dieu. 1, rue d'Uièt, Nimei (Gard). 

Marc Regert, 13, villa Lamarre, à Vincenno* (Seine). 

0' G. Renaud, à Jougne (Doubt). 

D' F. -H. Renaut, médecin-major, 149, rue Lourendeaa, Amiens (Somme). 

Ambroise Rendu, conseiller municipal de Parie, docteur en droit, avocat à la Goar 
- d'Appel, 36. rue de Lille, Paris. 

M"« ReuS6, 52, rue Albert Joly, Versailles (Seine-et-Oise). 

Reuss, .H2, rue Albert Joly, Versailles (Seine-ei-Oise). 

D' Ph. Rey, médecin-directeur de l'asile d'aliénés d'Aiz-en-Provence (Bouches-du*IUi6ne). 

Elie Régnier, élève ù l'Ecole normale supérieure de l'enseignement primaire de 
Saint-Cloud (Seine-et-Oise). 

Ricard, élève de l'Ecole normale d'instituteur de la Seine, 10, rua Molitor, Paris, 

D' A. Ricateau, à Crest (Drôme). 

Gaston Richard, docteur ès-lettres, agrégé de philosophie, professeur de philosophie au 
Lycée du Havre, 19, passage Durécu, Le Havre (Seine-Inférieure). 

D' Richard, médecin principal de l'armée, professeur au Val-de-Grdce, 144, boulevard 
Raspail, Paris. 

Charles de Richement, docteur en médecine, 3, rue delà Cloche, La Rochelle (Cha- 
rente-Inférieure). 

D' Charles Richet, professeur à la Faculté de médecine, 15, rue de TUniversité, Paris. 

Côlestin Ringeval. instituteur, délégué de la Section cadette delà rue de l'Amiral 
Roussin de l'U. F. A., à l'école de la rue de l'Amiral Roussin, Paris. 

H. Risier, 5, impasse Dngobert, Le HAvre (Seine-Inférieure). 

Adèle Risier-Kœchlin, 10, rue du Jourdain, Paris-Belle ville. 

D' Adrien Rist, président de la Section de Versailles de TU. F. A., 11, rue des Moolins, 
Versailles (Seine-et-Oise). 

Albert Rivière, secrétaire général de la e Société générale des Prisons ». 52, rue 
d'Amsterdam, Paris. 

Louis Rivière, membre du conseil de la Société Française de Tempérance, 01, rua 
Jouffroy, Paris. 

D' Robert, Chaumont (Haute-Marne). 

Arthur de Robert, pasteur, à Saint-Amans-Soalt (Tarn). 

Jules-Ennile Roberty, pasteur, 9, rue des Pyramides, Paris. 

Gustave Robin, pasteur, à Mouilleron-en-Pareds (Vendée). 

E. Rocheblave, pasteur au temple protestant, à Alger (Algérie). 

Eugène Rodier, professeur d'histoire naturelle au Lycée de Bordeaux, rédacteur scien- 
tifique à la Peiiit Gironde^ 20, rue Matignon (Bordeaux). 

Rodriguez, pasteur, président du Consistoire de Vauvert, à Saint-Gilles (Tarn). 

M"* Marie Rœderer, vice-présidente de la Section féminine du Havre de l'U. F. A., 
51, rue de la C6le, Le Havre (Seine-Inférieure). 

D' Henry Rœser, secrétaire adjoint de la Société Française de Tempérance, 65, boule- 
vard Malesherbes, Paris. 

Georges Rolland, ingénieur en chef des mines, 60, rue Pierre-Charron, Paris. 

Mèry-Lèonce Roseau, ex-président de l'orphelinat des Prévoyants de l'Avenir, 108, rue 
de Vaugirard, Paris. 

Gustave Rouanet, député, 36, boulevard Papin, à Villemomble, (Seine). 



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CONTRE L*ABUS DBS BOI8SONS ALCOOLIQUES 67 

0' Roubinowitch, médecin-adjoint d« Thospiee de Bicètre, lecrét. de l'Aisoc. de la 
jeunesse franc, tempérante, 115, faubourg Poissonnière^ Paris. 

M"" Lëopold Rouquette, directrice de l'école communale» membre du Conseil départe- 
mental, rue des Bénédictins, à Nîmes (Gard). 

Louis-François Rousseau, chanoine, 20, rue Alfred Maury, & Meauz (Seine-et-Marne). 

D' Théophile Roussel, sénateur, membre de l'Institut et de l'Académie de médecine, 
71, faubourg Saint-Honoré, Paris. 

Roux, instituteur à Sauve (Gard). 

Gustave Roux, 72, rue de Rome, Paris. 

Gustave Roux, pasteur, 23, faubourg Saint-Jaume, à Ifontpellier (Hérault). 

Roux, interne h la Salpétrière, Paris. 

Joseph Roux, docteur en droit, avocat, 18, rue Jules Lardière, à Amiens (Somme). 

Roux, délégué de la Société de Tempérance de l'école de garçons, U. F.^A., 10, rue 
Saint-Lambert, Paris. 

Ferdinand Roy, vice-président de la « Maison Hospitalière de la rue Fessart » et de 
la « Société des prisonniers protestants libérés », 24, place Malesherbes, Paris 

M** Ferdinand Roy, 24, place Malesberbes, Paris. 

M*" Rufenacht, 37 bis, rue de la Cdte, Le HAvre (Seine-Inférieure). 

D' Charles R uy ssen, membre de TU. F. A., à Montalieu-Vercieu (Isère). 

Théodore Ruyssen, professeur au Lycée de la Rochelle, 28 Avenue du Mail, à la 
Rochelle (Cnarente-Inférieurè). 

Sai liens, pasteur, 4, rue Angot, Bourg-Ia-Reine (Seine). 

Satathé, 8. Boulevard Flandrin, Paris. 

Lucien Salmon, négociant à Saint-Savinien (Charente-Inférieure). 

Santerre, 5, Quai Malaquais, Paris. 

M*** Fernand Sauquet, 46, rue de la Cdte, Le HAvre (Seine-Inférieure). 

Edouard Sautter, pasteur, 7 bis, rue de Monceau, Paris. 

Louis Savare, négociant, 7, rue Saint-Louis, à Caen (Calvados). 

Schaer Vézinet, président délégué de la t Prospérité », 15, Boulevard du Temple, Paris. 

Auguste SchafTner, pasteur, 12, rue des Cbaumettes, Saint-Denis (Seine). 

Paul Schaffner, employé de Commerce, 10, Place Clichy, Paris. 

Baron Fernand de Schikier, 17. Place Vendôme. Paris. 

Léon Schneider, architecte-expert, conseiller municipal du Perreuz, 62, Boulevard 
Mai^enta, Paris. 

Emile Schulz. pasteur, au Bouquet, Saint-Rambert-l'Ile-Barbe (Rhéne). 

Albert Schulz. industriel, 8, rue Godcfroy, Lyon (Rhéne). 

Section de la « Croix Bleue Françoise » d'Bvian-les-Bains, à Evion-les-Bains (Haute- 
Savoie). 

Section de la o Croix Bleue » de Clermont-Ferrand, D' Chavannel (délégué), à Clermont- 
Kerrond (Puy-de-Dôme). 

Section de Ménilmontant de TU. F. A., 39, rue de Ménilmontant, Paris. 

Section de l'U. F. A. le « Fer à Cheval » de CoUonges-sous-Salèxe (Houte-Savoie, 
France) ; A Mois de Beaumont, président, 3, rue Colladon, à Genève (Suisse). 

Section U. F. A., du Patronage des Batignolles, 55, me Lemercier, Paris. 

Section de l'U. F. A., de Nimes, 11, Quai de la FonUine, à Nimea (Gard). • 






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68 vil* coNcnks international 

Section de l'U. F. A., de Cherbourg. (Délégué, R. Galland), 14, rue de la BucaiUe, 
Cherbourg (Manche). 

D' Paul Sérieux, médecin en chef des A ti les d'aliénés de la Seine, asile de Ville-Byrard, 
Neuilly-tur-Marne (Seine-et-Oise). 

Frôdôric Serrier, trét. de l'U. F. A., 8, rue d'Ulm, Paris. 

Jules Siegfried, sénateur, vice-président de la « Société Française de Tempérance », SS6, 
Boulevard Saint-Germain, Paris. 

M"* Ernest Siegfried, 50, rue de la Côte, Le HAvre (Seine-Inrérieure). 

Jean Siegler, élève à l'Ecole Polytechnique, 96, rue de Maubeuge, Paris. 

M** Sigaudy, 29, rue Quentin, Paris. 

Joseph Simon, pharmacien, 13, rue Grange-Batelière, Paris. 

M"* Sistermans. trétorière de l'Union franc, des femmes pour la Tempérance, 9, rue da 
Yal-de-Grâce, Paris. 

M"* Annie Smart, agrégée de l'Université ; professeur ao Lycée Fénelon, 4, me Furstem- 
berg, Paris. 

Société antialcoolique d'Issy-Centre, (U. F. A.) Président délégné, H. Gobi n, directeor 
à l'école communale de garçons, à Issy-les-Moulineaux (Seine). 

Société de Tempérance U. F. A., de Técole communale de garçons, de la me Blomet, 19i 
Paris. 

Société antialcooIi<|ue de Nancy (U. F. A.), représentée par J.-J. Stiafel, secrétaire, 15, 
Chemin de la Côte, à Nancy (MeurUie-et-MoselIe). 

Société d'économie sociale, 54, rue de Seine, Paris. 

Société de Tempérance de Montcalm (U. F. A.), M"* Hiivay. présidente, Province de 
Constantine (Algérie). 

Société de Tempérance de l'école de garçons de Malakoff, (U. P. A.) (Seine). 

Société de Tempérance de l'école de jeunes filles de Malakoff (U. P. A.), (Seine). 

Soitoux, président de la section U. F. A. de l'école normale d'Bvreox, à Evrenz (Eure). 

William Sol tau, secrétaire de la Mission évangélique de France, 86, me Godot de 
Mauroy, Paris. 

M"* Sorgue, rédacteur à la Petite République, 1, me de Grammont, Paris. 

Edmond Stapfer, pasteur, professeur de la faculté de théologie de l'Université de Paris, 
45, Avenue Malakoff, Paris. 

Paul Stapfer, Doyen de la Faculté des Lettres de l'Université de Bordeaux, iO, Place 
Amédée Larrieu, Bordeaux. 

0' H. Surmont, professeur d'Hygiène & la Faculté de médecine de Lille, 10, me du 
Dragon, à Lille (Nord). 

Syndicat des employés du département de la Seine, à la Bourse du travail, 3, me da 
Château d'Eau, Paris. 

M"* Tabarier, 109, boulevard Saint-Michel, Paris. 

M"* Tassin, 8, Place Hoche, à Versailles (Seine-ei-Oise). 

M"* Tattet, 96, rue de la Victoire, Paris. 

M"* Tattet, 96, rue de la Victoire, Paris. 

M"* Cécile Tassin, professeur à l'Ecole primaire supérieure de Lille, à Lille (Nord). 

Paul Tavernier, peintre, 38, rue Royale, à Fontainebleau (Seine-et-Marne). 

Joseph Texta, professeur, 1, impasse ^elle-AUemande, à Lyon (Rhône). 



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CONTRE L*ABUB DBS BOIâSONB ALCOOLIQUES 69 

Paul Theis, secrétaire général de « l'Union Chrétienne des Jeunes gens », .14, rue de 
Trévise, Paris. 

J. de ThèzaCf à Bénodet, par Qnimper (Finistère). 

D' Emile Thibaud, médecin-adjoint de l'Asile d'aliénés de Quimper, à Qui'mper (Finistère). 

Thiéry, principal du Collège, è Remiremont (Vosges). 

Thuillier, président du Conseil général de la Seine, 20, rue de Paradis (Paris). 

M** A. Thurneyssen, S9, rue de Monceau (Paris). 

L. Thouîn, directeur de l'Ecole de la Halle-auz-Toiles, Rennes (Ille-et- Vilaine). 

0' Tissiè, président de la « Ligue Girondine de l'Education physique •, 95, rue Fondau- 
dège, à Bordeaux (Gironde). 

Albert Tissier, professeur à la Faculté de Droit, 6, boulevard de Sévigné, Dijon (Côte-d'Or). 

0' Edouard Toulouse, médecin en chef de l'Asile de Villejuif, à Villejuif (Seine). 

M"* le D' Tourangin, professeur d'Hygiène, è l'Ecole normale d'institutrices de la 
Seine, 20, boulevard Voltaire, Paris. 

Tournai re, rédacteur au Petit Pariêiem, 48, boulavard du Temple, Paris. 

D' J. Toy, médecin adjoint de l'Asile d'aliénés de l'Yonne, à Anzarre (Yonne). 

L'abbé Joseph Trèsal, professeur au Petit Séminaire de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, 
30, rue de Pontoise, Paris. 

D' Triboulet, médecin des hôpiUux de Paris, 6 èi'f, cité d'Antin, Paris. 

Henri Truchy, professeur-adjoint è la Faculté de Droit de Dijon, 1, boulevard Thiers, 
à Dijon (C6te-d'0r). 

Mgr F. Turinaz, évèqne de Nancy, à l'évéché, Nancy (Meuithe-et-MoselIe). 

Baron Ferdinand de Turkhelm, fondateur è Cannes et à Annecy, des œuvres de mora- 
lisation des classes populaires par des Bibliothèques circulantes, journaux et 
bulletins antialcooliques, avenue des Alpes, à Montreux (Suisse) et 58, rue 
de Fréjus, à Cannés (Alpes-Maritimes). 

Henry Turpin, membre de la Chambre de Commerce, 28, rue Pouchat, è Rouen (Seine- 
inférieure). 

Edouard Vaillant, député de Paris, 15, villa du Bel-Air. Paris. 

Louis Vallette, pasteur, à Annemasse (Haute-Savoie). 

Gaston Van Brock, 30, avenue Kléber, Paris. 

Aimé Vandendorpel, ancien adjoint au maire du 3* arrondissement, 83, me de Turbigo, 
Paris. 

Vanlair, professeur de Droit, directeur-délégué du c Fléau du Siècle », 26, rue de 
Valmy, à Lille (Nord). 

Michel Vaudoyer, membre de TU. F. A., section du Lycée Carnot, 132, avenue de 
Villers, Paris. 

M"* J. Verger, 65. rue Madame, Paris. 

D. Verhaeghe, interne des Hôpitaux, è Lille (Nord). 
M*** Verneuil, 49, rue de Lisbonne, Paris. 

Paul Vèrola, homme de lettres, 45, avenue Montaigne, Paris. 

Vial, 11, rue de Lille, Paris. 

E. Vienot, directeur d'Ecole, délégué de l'U. F. A. cadette de la rue Fonderie, 12, rue 

Fondarie, Paris. 

M** J. Vignon, présidente, déléguée de la Société de Tempérance de l'école de filles 
de la rue des Volontaires. Section de l'U. F. A., 13, rue des Volontaires, 
paris. 






70 VII* CONGRES INTBRN. CONTRE L*ABU8 DBS B01880NB ALCOOLIQUES 

Guillaume Vigoureux, ancien instituteur, directeur à Charsey, près Angoaléme 
(Charente). 

Samuel Williamson, secrétaire du Comité des Unions chrétiennes, 14, rue de Trévise, 
Paris. 

M"- L. Villette, surveillante en chef, à l'Asile d'aliénés de YiUejair, à ViUejuif (Seina). 

A.-O. Villette, instituteur, président delà Section cadette TU. F. A., à Oulchyle-ChAteaa 

(Aisne). 

0' Villebrun, à Copcstang (Hérault). 

L'abbé Gaston de Villiers, 15, rue Lamarck, Paris. 

Comte de Vincelles, château de Panaurun, par Concarneun (Finistère) et 10, rue Mati- 
gnon, Paris. 

D' Arthur Walmô, membre de la a Société Française de Tempérance », proresseur 
d'Hygii>nc à l'Ecole primaire supérieure, à Chauny (Aisne). 

Rodolphe Warnery, industriel, 14, quai Saint-Clair, 4 Lyon (Rhône). 

M"* Emma Wellington, trésorière de la section de la Croix-Bleue Française d'Evian- 
los-Bain«. à Evion-les-Bains (Haute-Savoie). 

Paul Wood, étudiant en théologie, 16, rue Demours, Paris. 

Comte Raymond d'Yanville, conseiller d'arrondissement, maire de Grouges (Calvados), 
11, avenue Carnot, Paris. 



ADDSNDUM : 

0' Fauchon, rue Bannier. Orléans. 

Dupan, instit. 4 Saint-Maurice, par Saint-Sauveur de Montagnt (Ardèche). 

D' Antoine de Henrici, 2, Kirkogatan, Helsingfors Finlande. 






VIP CONGRÈS INTERNATIONAL 

CONTRE L'ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 



PREMIÈRE PARTIE 



ASSEMBLÉES GÉNÉRALES 






PREMIÈRE SÉANCE GÉNÉRALE 



Mardi matin^ 4 Avril 



SÉANCE D INSTALLATION 



La première séance générale s'est réunie dans le grand amplûthéAlre 
de la Faculté de médecine mi^ gracieusement h la disposition du Congrès 
par M. le D^ Brouardel, doyen de la Faculté. 

La séance est ouverte à huit heui*es. 

M. Le Jeune, Ministre d*Etat (Belgique), Président du Comité Perma- 
nent des Congrès, prend la présidence proyisoii*e et ouvre la séance ; il 
prie les divers délégués étrangers de prendre place dans Thémicycle. 

On procède ensuite à la nomination du bureau du Congrès. 

M. Le Jeune propose de nommer comme bureau, suivant Thabitude, 
le bui*eau du Comité d'organisation et de rendre^ainsi hommage à l'activité 
et au dévouement de ce comité pour la préparation du Congrès. 

Est nommé Président d'honneur : M. le D' Théophile Roussbl. 
sénateur, membre de l'Institut. 

M. Le Jeune donne lecture de la Ietti*e suivante de M. Th. Roussel, 
cmp(^ché d'assister au Congi*ès. 



A M. LE D' LBGRAIN, 

Parti, 3 avril 1899. 



Mon cher coli.^:cuc, 



La crninie que je vous exprimais il y o quelques jours, de ne pouvoir assister h la pre- 
mière séance du Congrès n'était que trop fondée. Je suis, comme Président du Conseil 
général, obligé d'être rendu à Mende samedi soir et toutes mes heures sont prises d'ici lu, 
«uit ù Paris, soit au loin. 

Mon regret est d'autant plus vif que j'aurais voulu être, tout an moins paraître, moins 
indigne de l'honneur que vous m'aves fait en me donnant place dans le Comité d'organi- 
sation du Congrès. Bles titres à cet honneur sont bien vieux ; ma proposition de loi 
iemlami i» rcprimrr i'iure$»e publique et à eumbaiirn Uê proffrèa tU Valcooiisme est le 

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74 vil' CONGRÈS INTERNATIONAL 

premier projet de quelque importance que j'ai prétenté à TAssemblée nationale de 
Yertatlles qui en a voté plusieurt ; elle date du 16 août 1871 et a abouti à la loi du 
'i février 1873, qui u |;^ardé son titre tout entier, maie non toutes ses prescriptions. La 
Commission s'est attachée autant que moi aux mesures répressives, mais moins aux 
mesures préventives. J'oi poursuivi celles-ci pendant plusieurs années en faisant voter 
des surtoxes sur l'alcool, notamment sur l'absinthe et demandant, sans succès, des détaxes 
sur les boissons hy^^iéniqucs. J'avais repris ces questions au Sénat avec M. Claude. J'ai 
fait quelques rapports notamment sur le programme des questions do la nouvelle *enqttéte 
h faire sur les alcool» et l'alcoolisme. Les questions relatives à l'Enfance abandonnée, 
délaissée ou maltraitée qui me préoccupait depuis 1898, m'ont ensuite absorbé. C'est à 
mes yeux lo grande source du crime et le plus grand danger pour l'avenir de notre 
démocratie, comme l'alcoolisme est le plus actif facteur de la dégénération de notre race. 
Malheureux, depuis que j'ai passé 80 ans, d'avoir à plier sous la loi qui me force à 
limiter de plus en plus ma tdche, je me console un peu à suivra les efforts des cœurs 
vaillants et des esprits vigoureux qui ont pris en main la ({uestion sociale de l'alcoolisme 
et j'aurois été heureux de suivre de très près les résultats qui sortiront de ce Congrès dû 
à votre initiative et & votre puissante impulsion. Je les suivrai bien attentivement de loiji 
et je vous prie de m'y aider. 

Votre dévoué cenfrère, 
Thêofuilb ROUSSEL. 



Le Congrès exprime ses plus vifs regrets de Tabsence de son vénéré 
président dlionneur et adresse à M. Th. Roussel l'expression de sa plus 
profonde reconnaissance pour les services qu'il a rendus à l'humanité. 

Le bureau du Congrès, élu par acclamation, est ainsi composé : 

Vice -présidents d'honneur: M. le D' L aborde, membre de l'Académie 
de médecine, président d'honneur de l'Union Française Antialcoolique ; 
M. le D' DaoLARDCL, doyen de la Faculté de médecine, membi^ de 
l'Institut; M. le D' Bbrgcron, secrétaire perpétuel de l'Académie de 
médecine; Monseigneur Turin .\z, évoque de Nancy ; M. Millerand, 
député de Paris. (Acclamations,) 

s 

Président e^ffectif \ M. le D' Legrain, médecin en chef de l'Asile 
(Valiénés de ViUe-Ëvrard, président de l'Union Française Antialcoolique. 

Vice-Présidents : M. Gaufrés, ancien conseiller municipal de Paris. 
M. le D*^ JoFFROY, professeur à la Faculté de médecine; M. L. Marillibr, 
professeur à l'Ecole des Hautes études, vice-président de l'U. F. A. 

Secrétaire général : M. le D' F. Boissier, secrétaire général de 
rUnion Française Antialcoolique. 

Secrétaires généraux adjoints : Madame Legrain, présidente de 
rUnion française des Femmes pour la Tempérance ; M. Lallement, 
instituteur fi Paris. 

Trésorier: M. Frédéric Serrier, trésorier de l'U. F. A. 

M. Le Jeune déclare le bureau installé et cède la présidence à M. le 
D*^ Legrain en lui donnant la parole. 



CONTHE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 75 

« 

Discours d'ouverture de M. le D' LEGRAIN, 

Président du Congrès. 

Mbssieubs, 

C*est avec une profonde gratitude et aussi avec une certaine con- 
fusion que je vous remercie de la trop grande marque de conliunce 
que vous venez de m*accorder. Il est des cas où les honneurs sont 
une bien lourde charge, c^est surtout quand on ne se sent pas à la 
hauteur des devoirs qu'ils supposent. Je ne me dissimule pas que 
ma place n'est point à ce fauteuil. Tant de grands noms français qui 
sont sur vos lèvres ont naguère illustré votre cause et méritaient 
vos suffrages, que je vous demande instamment de me laisser 
disparaître derrière leur souvenir. Si j'accepte pourtant avec recon- 
naissance de présider vos travaux, c'est que, j'en ai l'intime convic- 
tion, ce n'est pas le simple combattant que vous avez voulu viser; 
vous avez voulu surtout exalter et encourager la jeune armée antial- 
cooli([ue qui s'avance en notre pays, avec des armes offensives toutes 
nouvelles. C'est h V Union Française Antialcoolique , i\ mes courageux 
collaborateurs que vos suffrages s'adressaient; c'est à eux que je les 
renvoie : c'est en leur nom que je parlerai. 

Nos Congrès périodiques n'ont pas pour objet seulement de réunir 
il jour fixe les membres de notre grande famille el de les distraire de 
la lutte quotidienne. Nos Congrès sont instructifs : ils sont une sorte 
de quartier général où chaque nation vient au rapport ; où chacun 
vient puiser auprès de ses frères d'armes une nouvelle provision de 
courage, renouveler ses munitions et son mot d'ordre; où enfin l'on 
peut embrasser d'un coxip d'œil le chemin parcouru dans la dernière 
campagne, compter les victoires ou les défaites remportées sur les 
différents points du globe. 

Plus vos réunions se multiplient, plus je leur trouve encore un 
caractère grandiose et solennel. Aux luttes académiques, aux discours 

Parfois stériles a succédé une véritable soif d'activité. On sent que 
œuvre de la Tempérance est, de plus en plus, une œuvre de solidarité 
internationale. Cette conception est de nature a élever l'a me et h 
sanctifier notre Cause ; elle rapproche par delà les frontières ceux 
qu*étreint une commune pensée d'amour pour l'humanité. 

Hien n'est réjouissant. Messieurs, comme de constater les conquêtes 
de jour en jour plus décisives, réalisées dans nos combats incessants 
contre un implacable ennemi, aux seuls noms de la Tempérance et de 
riiumanité. Depuis Bruxelles, dont vous garderez longtemps dans la 
mémoire l'affectueuse hospitalité, le chemin parcouru est immense. 
( « Ippla ndissemen ts . ) 

lin Angleterre, où travaillent des millions d'abstinents, la Tempe- 






76 VII* coNcnÈs intehnationàl 

rance est définitivement une plate-forme électorale; on est a la veille 
d'y conquérir Toption locale; une nouvelle loi sur la coercition des 
buveurs d'habitude vient d*éclore. — Dans les pays Scandinaves, les 
suffrages féminins font faire ii la prohibition un pas décisif. — La 
Russie n réalisé le monopole de Talcool, non pas dans un but fiscal, 
mais dans le but avéré de détruire Tivrognerie. — L'Autriche légifère 
sur les asiles de buveurs. — La Belgique s*agite contre les distilleries 
agricoles et s*appréte, grâce aux efforts soutenus de notre fidèle ami 
et collègue, M. Le Jeune, à chasser de son territoire les boissons à 
essence et à mater le cabaret de la plus dure façon. — J*en passe et 
des meilleurs. (Applaudissements) , 

Partout c'est une floraison inusitée d'enrôlements dans Tarrnée de 
la Tempérance. C'est par centaines de mille qu'il faut compter les 
nouvelles recrues. Enfin, Messieurs, vous avez tous dans la mémoire 
l'acte héroïque accompli par tout un peuple, le Canada, qui, en 
septembre dernier, par la voie du plébiscite, a proscrit hors de ses 
frontières toute espèce de boisson alcoolique. C'est un des plus 
boaux exemples d'affranchissement qu'il ait été donné ii l'Histoire 
d'enregistrer ! (Applaudissements,) 

Mais, de cet intéressant mouvement antialcoolique international 
se dégage, à mon sens, toute une philosophie et tout un enseigne- 
ment. C est que partout les efforts des gouvernements sont restés 
vains tant que ceux de l'initiative privée ne sont pas venus a son aide. 
I/histoirc de la lutte contre le fléau est partout le triomphe progressif 
et l'apothéose finale de la Volonté (Applaudissements), Ce triomphe 
s'est incarné, il faut bien le reconnaître, puisque c'est un fait tangible, 
dans le mouvement lent, mais sûr, en faveur de V Abstinence, devenue 
petit il petit le but exclusif des Sociétés de Tempérance. C'est par une 
solidarité progressive de tous les gens actifs, imprégnés de l'idée de 
sacrifice, convaincus de leur apostolat que votre échafaudage s'est élevé. 
C'est alors, mais alors seulement, que les pouvoirs publics ont pu 
mettre à l'édifice son couronnement, qui se trouve encore, quoique 
indirectement, l'œuvre de chacun. Et ainsi s'est confirmé une fois de 
plus ce fait qu'il n'y a pas d'institution stable dans une société 
sans qu'elle soit fortement voulue par tous, sans qu'elle soit le 
fruit de l'exercice de la liberté, sans qu'elle émane d'une foi profonde 
en soi-même, sans qu'elle reflète une conscience nette des dangers 
publics . (, Applaudissements,) 

Tel est le spectacle encourageant que peut contempler quiconque a 
de l'admiration pour les œuvres humaines, en feuilletant la captivante 
histoire de la lutte pour l'abstinence dans le monde entier. 

Mais, ce n'est pas en un jour qu'on atteint d*aussi hauts sommets. 
Les esprits ne se discipliaent pas aussi aisément qu'on le croit, et ce 
n'est pas du jour au lendemain qu'on apprend 2i faire acte de 
citoyen libre en sacrifiant volontairement une part de ses libertés au 
bonheur commun. Ici, comme partout, il faut faire école. La France, 






> > 



CONTRE L*ÀRUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 77 

Messieurs, s'était leurrée, après d'autres, de l*espoir de guérir le mal 
par la simple modération. Vertueuse utopie oui n*avait qu'un tort, 
celui de méconnaître le mécanisme psychologique des passions 
humaines, isolées et surtout collectives. On peut encore espérer que 
la modération triomphera d'un mal limité a quelques-uns. Mais, 
quand on s'attaque a une collectivité, disons a une nation profonde- 
ment touchée par le mal, quand il faut vaincre cet immense accès de 
folie qui entraine tout un peuple, dans toute la sérénité de son incons- 
cience, vers la submersion finale, la modération devient plus qu'une 
erreur; c'est un danger (Applaudissements), Quand une foule aberrée, 
victime d'une passion forte, se rue en avant, elle est incapable de 
mesure : les faibles barrières sont un frein insuflisant et volent en 
éclat. [Applaudissements,) 

L'insuccès fatal de toutes les mesures législatives contre l'alcoolis- 
me, ici comme ailleurs, mesures auxquelles l'esprit public était 
étranger, sinon hostile, 'n*a pas d'autre secret : tant qu'elles ne sont 
pas acquises h l'idée d'un sacrifice radical, les majorités ont été les 
sourds antagonistes de la loi et l'ont tuée. La loi sur l'ivresse est, chez 
nous, dans un coma profond ; le régime des boissons, ballotté de 
législature en législature, esquisse ça et lii des tentatives de réforme, 
aussitôt démolies parce que le peuple ne les i^eut pas. J'ai bien peur 
<|ue le même sort s*acharne longtemps encore contre le projet de 
réglementation des débits, récemment déposé au Sénat par notre 
honorable collègue, M. Siegfried. 

Si la France, Messieurs, s agite encore dans les incertitudes d'une 
(Mitrée en campagne, vous constaterez pourtant un eflTort réel, plus 
éclairé, dans la voie de l'afFranchissement. C'est h l'initiative des 
citoyens qu'il est dû. Le principe de l'abstinence, c'est-ii-dire l'appel 
à la conscience et il la spontanéité de chacun, joint ii l'esprit de 
(l«'*vouement, s'est implanté dans notre pays depuis quatre ans et a 
produit déjà, c'était h prévoir, les meilleurs résultats. I^a France est 
entrée résolument dans une phase nouvelle et, c'est un hommage que je 
dois souligner, elle n'a fait en cela que s'inspirer de vos enseignements ; 
elle a pris modèle sur cet élan inouï d'abnégation dont les pays étran- 
gers ont fait preuve et qu'illustre votre présence dans cette enceinte. 

Est-ce de cette évolution que sont nées ces marques d'exceptionnelle 
sympathie dont nos cœurs se réjouissent depuis quelque mois et qui 
se sont traduites par un chiffre vraiment inusité d'adhésions à notre 
Ciiiigrcs ? Je veux le croire ; car si les maux ont déjà par eux-mêmes 
une vertu suiFisante pour rapprocher les hommes, quoi ae plus attractif 
encore qu'une communauté de vues, de sentiments, qu'un désir 
uniforme de se servir des mêmes moyens expérimentés pour voler au 
même but ! (Applaudissements,) 

La France, vous le constaterez avec joie, s'éveille de plus en plus 
:i l'idée de tempérance; elle s'instruit de jour en jour davantage de 
ses devoirs en face du péril ; on cesse d'y railler l'homme qui s'abs- 






78 vil* coN(;nks intkiixational 

tient, et, vraiment y riicurc était bien choisie pour la réunion, dans 
notre gninilo Pîitric, de votre Congrès ; le terrain est prêt h recevoir 
les germes que vous y sèmerez. Voici venir, en effet, le moment où Ton 
n*«uira plus besoin de rompre des lances pour faire concevoir que 
s'id)steuir d'alcool n'est, h tout prendre, qu*un acte de simple logique, 
[/abstinent n'est pas un ridicule ascète, c*e8t tout simplement un 
homme ([ui rei'use de s'empoisonner. [Applaudissemenls prolongés ,) 

A vrai dire, Messieurs, beaucoup d entre vous, dans leur ardeur 
d'apotres, trouveront le progrès insuffisant. Car si la France tend il 
s'abstenir systématiquement d'alcool, on y croit encore aux bienfaits 
des boissons fermentées. Orgueil de propriétaire, culte de gros 
intérêts, ignorance peut-être de la vérité scientifique, direz-vous! Je 
ne discute pas ce point délicat, j'y serais juge et parti, étant abstinent 
résolu. Mais c'est ici que le champ des luttes pacifiques s'ouvrira 
utilement dans notre Congrès. C^est ii vous. Messieurs, qui avez poussé 
le sacrifice jusqu'il ces dernières limites, qu*il incombera de faire 
pénétrer en nous votre conviction, si vous jugez que les demi-mesures 
sont incompatibles avec le succès final; c*est a vous de concilier, 
grâce il votre expérience, les légitimes intérêts particuliers avec le 
souci plus élevé de la santé publique. 

Je m'arrête. En ouvrant vos travaux. Messieurs, en saluant la venue 
dans notre pays d'hommes dont j'ai depuis longtemps appris à admirer 
le désintéressement, les convictions ardentes ; en saluant amicalement 
ces esprits généreux qui ont voué leur existence au triomphe d*une 
cause 11 taquelle est suspendu le sort de Thumanité tout entière, j*ai 
rintime notion que votre présence affermira bien des volontés encore 
chancelantes et marrmera l'aurore d*une ère nouvelle. 

Tard venues si la lutte contre Talcool, parce que d*heureuses cir- 
constances les «ivaient longtemps protégées contre le mal, quelques 
nations ont encore besoin de connaître ce dont elles souffrent et de 
perdre quelques illusions. Puissent les débats qui vont s'ouvrir, 
puisse Texpérience séculaire dont vous apportez les fruits dans cette 
enceinte dessiller bien des yeux et permettre de doubler des étapes 
péniblement franchies par vous ! 

Permettez-moi de vous remercier, au nom de la France, d'avoir 
répondu en aussi grand nombre h notre appel. Ce sera pour la France 
un sujet de légitime fierté d'avoir su s'attirer d'aussi vives sympathies 
et (|uaiHl demain l'œuvre de la Tempérance, sera devenue, selon nos 
vieux, l'objet d'une véritable préoccupation publique, c'est vers le 
VI 1^' Congrès que se tourneront nos regards avec une juste reconnais- 
sance pour votre cordiale ei précieuse coMahorsLtion , {Applaudissements 
prohngcs.) 

M. le Président donne la parole à M. le D** de Vaucleroy, Seci'étaii'e 
pMiéral do la Ligue Piatriotique Belge, contre l'alcoolisme, secrétaira du 
Comité permanent dos Congrès, pour rendre compte des travaux de ce 
Comité dans l'intervalle des deux sessions. 






CONTBE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 79 

RAPPORT 

du Comité permanent des Congrès internationaux contre Tabus 
des boissons alcooliques, présenté au VIP Congrès internatio- 
nal tenu à Paris, du 4 au 9 avril 1899. 



Mesdames, Messieurs, 

Le Comité permanent a Thonneur de vous faire rapport sur son 
activité depuis le VI" Congrès, sur la situation financière et sur le 
mouvement antialcoolique qur s*est produit dans les -difTèrents pays 
pendant ces deux dernières années. 

Peu de temps après le Congrès de Bruxelles, notre Comité a été 
éprouvé par la mort de deux ae ses membres les plus dévoués et les 
plus estimés, S. E. le ministre d*Etat J. Hbbmskerk délégué ofTiciel 
du gouvernement Néerlandais au dernier Congrès et M. le docteur 
Tu. Belval, président du Comité d'organisation. 

M. le ministre Heemskerk est décédé en octobre 1897, quelques 
semaines après la réunion de Bruxelles. Bien que ses forces fussent 
déjà affaiblies par la maladie et par Tâge (il avait près de 80 ans), le 
vaillant lutteur avait voulu, en assistant au Congrès, donner une nou- 
velle preuve de dévouement et d*attachemeift à la grande œuvre sociale 
de Tantialcoolisme et sa voix s'éleva énergique pour exciter au bon 
combat Quelques-uns d'entre nous se rappellent encore la manière 
remarquable avec laquelle il avait présidé, en 1893, ii La Haye, le 
1 V** Congrès international contre l'abus des boissons alcooliques. 

M, le docteur Belval, décédé le 4 décembre 1897, avait contribué 
ptiissamment » Inorganisation du Congrès de Bruxelles et dirigé avec 
talent les travaux de la 4" Section. Il était un de ceux qui avaient par- 
ticipé le plus activement h la création et h la propagation du mouve- 
ment antialcoolique en Belgique. Fondateur, en 1079, en collabi)ration 
avf^c les docteurs Louis Martin et Hipp. Barella, de la première 
Société de Tempérance, V Association belge contre Vabus des boissons 
nUooliffttes, qui se transforma, en 1884, en Ligue patriotique contre 
rahoolisme, il en devint le président en 1891 et, sous sa direction, la 
société fit de rapides progrès. 

C*est pour nous un pieux devoir de rendre a ces deux vaillants 
collègues un hommage bien mérité de profonde reconnaissance. 
{Applaudissements.) 

M. Tabbé Vaslbt, rédacteur en chef du « Bien Social » et du 
« Volksgeluck », qui avait apporté une participation active aux tra- 






I 



80 VII* CONGHES INTERNATIONAL 

vaux du Congrès de Bruxelles^ a été désigné pour remplacer M. Bel- 
val comme membre du Comité permanent. 

La publication des Actes du Congrès a dû subir, à notre grand 
regret, d'assez longs retards par suite de la multiplicité des séances, 
de rétendue des comptes-rendus, du grand nombre des communica- 
tions et de certaines difficultés matérielles qu'il est inutile de rappeler. 
Nous espérons qu'on voudra bien nous pardonner ce retard et ne 
(Minsidérer que Timportance de Tœuvre produite qui constitue, peut-on 
le dire, la vraie mise au point du problème de l'alcoolisme et dont 
les travaux marqueront dans les annales du mouvement antialcoolique. 

Le YP Congrès, fidèle observateur du règlement, n'a pas voté de 
conclusions ni émis de vœux sur les diverses questions mises en dis- 
cussion. Il a cependant été fait exception pour une proposition de 
M. le docteur Legrain faisant suite h sa conférence sur la « nécessité 
d'organiser un lien national entre les différentes sociétés antialcooliques 
d'un même pays et la création d'un Office international reliant les 
Unions nationales. 

L'Assemblée générale, dans sa dernière séance, a décidé, a l'una- 
nimité, de charger le Comité permanent de rechercher les moyens 
Pratiques de créer un Office central international pour la lutte contre 
alcoolisme ^. 

La même question a fait l'objet, dans la première séance de la 
4" Section, d'une discussion approfondie a laquelle ont pris part de 
nombreux orateurs ^ . L'accord semble s'être fait sur la question de 
principe, c'est-h-dire sur la nécessité d'une entente entre tes sociétés 
de tempérance d'un même pays et sur l'utilité d'une Union internatio- 
nale. Mais la question d'application a soulevé des divergences d'opi- 
nions qui démontrent que la création d'un organisme permanent, d'un 
centre d'action commun, n'est pas facile a réaliser par suite des 
principes différents qui régissent les diverses associations. On ne 
saurait imposer un programme commun sans soulever des controverses 
et peut-être des divisions dangereuses au point de vue de la lutte 
contre l'alcoolisme. 

[/Union internationale sera réalisable et se fera lorsque les fédéra- 
tions régionales auront été fortement organisées. 

Divers pays, notamment la France et la Belgique, ont, dans ces 
dernières années, travaillé dans co sens et la création d'unions natio- 
nales a fait chez eux un grand pas depuis le VP Congrès. 

Kn présence des divergences d'opinions, le Comité permanent a 
cru que la question n'était pas sufiisamment résolue pour qu'il pût 
aborder d'une manière fructueuse la mise en pratique de cette con- 
centration de toutes les forces antialcooliques. Il espère que le Con- 



I Compte-rendu du VI* Congrès, t. I, p. 169. 
< Compto-rendu du VI* Con^f, t. III, p. 117. 



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\ . 



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CONTRE L ABU5 DB5 B01880M8 ALCOOLIQUES 



81 



grès de Paris, reprenant Tétude de cette question non encore élucidée, 
trouvera une formule sur laquelle Taccord pourra s'établir. 



* 



RAPPORT FINANCIER 

Notre dévoué trésorier, M. le pasteur Mbyiiofpeii, empêché h son 
grand regret de venir présenter lui-même les comptes au VI** Con- 
gres, nous a chargé de ce soin. Ces comptes ont été vérifiés et 
iipprouvés par le bureau' du Comité permanent, dans sa réunion du 
30 mars dernier. En voici le résumé : 



RECETTES 

Solde du V* Congrès 1 . 731 fr . 12 

Vente du compte-rendu du 

Congrès de La Haye 31 » 

Contribution des membres.. 3.667 25 

Vente du compte^renda 628 s 

Subside du gouvernemenl. . 8.000 » 

Receltes diverses 717 66 



13.675 



08 



DEPENSES 

Frais d'organisation et d'im- 
pression 9.808 fr. 06 

Frais de réception 2. 116 37 

Solde 1.750 » 



13.675 03 



Les recettes se sont élevées a 13.675 fr. 03 et les dépenses h 
11.925 fr. 03, laissant un solde actif de 1.750 francs que le Comité a 
déjà transmis ii la Comfnission d'organisation du YII* Congrès, con> 
formément aux usages établis antérieurement. 



* 



MOUVEMENT ANTIALCOOLIQUE INTERNATIONAL DEPUIS LE 

VI« CONGRÈS (Septembre 1897) 



Dix-huit mois h peine se sont écoulés depuis les dernières assises 
antialcooliques. Ce laps de temps, relativement court, n*a pu produire 
d*apprcciables modifications dans le domaine de la Tempérance. 
Partout cependant la question des remèdes au fléau de Palcool a été 
posée avec plus de netteté et de vigueur. Même dans les pays où les 
préoccupations politiques tenaient en éveil Topinion publique et la 
détournaient de notre œuvre, les eflforts des amis de la Tempérance 
n*onl pu être paralysés, tant il est vrai que rien ne peut arrêter la 
marche de la vérité et de la justice. 



i4«jsd0^ 



82 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

I/évènenient le plus important qui se soit produit dans le monde 
anlialcoolique depuis notre dernière réunion, est celui relatif au plé- 
biscite qui eut heu le 29 septembre 1898, sur tout le territoire du 
Canada y cette terre si chère aux cœurs français, invitant les électeurs 
h déclarer s'ils sont partisans d*une loi prohibant Timportation, la 
fabrication ou la vente, comme boissons, de toutes liqueurs alcooli- 
ques. Ce mouvement, soutenu par les femmes, a été si irrésistible que 
Theure y est arrivée pour des résolutions énergiques. Le vote a donné 
une majorité de 15 h 20,000 voix en faveur delà proposition des antial* 
roolistes, bien qu*il y ait eu beaucoup d'abstentions de la part de gens 
qui tiennent h conserver leur petit verre. 

Le Parlement va donc pouvoir voter a bref délai une loi par laquelle 
il sera impossible de se procurer au Canada des boissons alcooliques, 
sauf dans les pharmacies et pour les besoins rtiédicaux. 

Cetairranchissemcnt, pour tout un peuple, de Tesclavage de Palcool, 
sans révolution et par le simple bulletin de vote, est une victoire écla- 
tante remportée par la Tempérance. [ApplaudissemenU .) 

Ne dirait-on pas que c'est du côté du « Nouveau Monde » que nous 
vient la lumière et que notre « Vieux Monde » doit aller y chercher 
les bons exemples ? Aux Etats-Unis d'Amérique, la prohibition^ cet 
idéal à poursuivre, se développe et s'alTirme de plus en plus. Son plus 
puissant allie, c'est la femme. L'initiative privée des sociétés d'absti- 
nence, renforcée surtout par le concours féminin, est arrivée à forcer 
la main des gouvernements des Etats de l'Union, surtout dans le 
Nord-Est de l'Amérique, pour provoquer une législation prohibitive 
contre l'alcool. Plus de cinq millions d'abstinents y sont les maîtres 
du terrain. 

L'Association chrétienne des femmes de la Tempérance comprend 
près de 10,000 sections locales, groupant un efTectif de 400,000 mem- 
bres. Le budget des recettes s'élève chaque année ti plus d'un million 
de francs. 

Et, h cette occasion, nous croyons de notre devoir de rendre ici un 
dernier hommage h la mémoire d'une femme décédée peu de semaines 
après notre dernier Congrès et qui a contribué, pour une très large 
part, h ce développement du mouvement de la tempérance. Miss Fran- 
ges E. WiLLARD a consacré toute son existence, — plus de 60 années, — 
a la lutte contre le (léau alcoolique. Peu de carrières furent remplies 
avec autant de dignité et de désintéressement. Aussi dans toute l'éten- 
due de l'Union américaine, le nom de Miss Willard est connu, 
vénéré et entouré d'une auréole de sainteté. La ville de Chicago lui a 
fait des funérailles grandioses ; son œuvre, « Le Temple de la Tempé- 
rance » qui a coûté plus de 12 millions de francs, grâce aux souscrip- 
tions exclusivement féminines, s'appelle maintenant « Temple Willard ». 
Mais ce qui, au-dessus de tout, perpétuera la mémoire de Miss Willard, 
ce sera le souvenir ému et reconnaissant que conserveront de ce noble 
cœur, en chaque contrée, les partisans de la cause tempérante. La vie 



CONTRE L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 83 

do cette vaillante femme peut être citée comme exemple h nos femmes 
d'Europe. [Applaudissements prolongés,) 






Si nous tournons nos regards vers d'autres contrées, nous pourrons 
aussi constater avec joie les progrès de notre cause. Sur cette terre 
d'Afrique qui s'ouvre à la civilisation, nous enregistrons avec bonheur 
l'exemple que vient de donner YEtat Indépendant du Congo qui a dé- 
claré h l'alcoolisme une guerre sans merci. L'importation de l'alcool 
do traite est prohibée dans tout le Haut-Congo et les agents du gou- 
vernement font respecter cette interdiction avec la dernière rigueur. 
^Applaudissements.) Seules, les liqueurs fines, destinées aux blancs, 
peuvent franchir la barrière hygiénique élevée par l'Etat. 

Toutefois, parmi ces liqueurs, il en est une dont l'usage est consi- 
déré a bon droit comme mortel, surtout sous les tropiques : nous avons 
nf>miné l'absinthe. 

1/Etat du Congo vient de décider d'en interdire complètement l'im- 
portation. Nous pensons que vous serez tous d'accord pour l'en 
félirilor. [Applaudissements .) 






f^a Russie poursuit son expérience du monopole et l'on constate 
déjà que l'ivrognerie et la débauche ont notablement diminué dans 
les provinces où cette réforme a été introduite. Grâce a cette mesure 
et aux efforts des sociétés antialcooliques, un mouvement d'opinion 
dans le sens de la tempérance se dessine dès maintenant dans ce 
vaste empire ravagé par le fléau alcoolique et fait bien augurer de 
l'avenir de notre cause. 

La Roumanie s'est aussi préoccupée de la lutte contre l'alcoolisme; 
drs ligues ont été fondées !i Bucharest et k Jassy, comptant ii leur tète 
des médecins, des professeurs et de hautes personnalités et sont en 
voie de prospérité. 

Kn Espagne, sur la proposition faite au IX* Congrès d'hygiène et de 
démographie, a Madrid, en avril dernier, par un des membres les 
plus (iévoués h l'œuvre antialcoolique, M. le docteur Thiron, profes- 
fesseur h l'Université de Jassy (Roumanie), la création d'une Ligue 
contre l'alcoolisme a été décidée. 

Plus près de nos frontières, dans le Grand^Duché de Luxembourg^ 
dos hommes de cœur appartenant a toutes les classes de la société, 
viennent d'y fonder une Ligue antialcoolique sous la présidence de 
M. le chanoine Mullendorf^ l'auteur d'un important travail sur l'ai* 
coolismc. L'Evéque du Grand-Duché, dans un récent mandement de 
carême, pour encourager ce mouvement salutaire, s'attaque résolu- 
ment au fléau de l'alcool. 



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84 vu" CONGRES INTERNATIONAL 

Nous ne pouvons que féliciter nos amis du Grand«Duché du succès 
de leur œuvre, qui aébute sous les meilleurs auspices. Nous voyons à 
leur tète un homme sympathique et dévoué, et k côté de lui, luttant 
rraternellement avec lui, une armée d*hommes courageux, une Cham- 
bre des députés dont tous les membres sont favorables à la cause an- 
tialcoolique et disposés a voter de larges subsides, puis un clergé qui 
comprend la haute portée du mouvement de tempérance et tout prêt 
il 8*y associer. 

A ces forces imposantes, vient s'ajouter Tappui bienveillant d'un 
éminent prélat, qui met au service de Tœuvre, 1 autorité de sa parole 
éloquente et convaincue. [Applaudissements,) 

Nous serions presque tentés de jalouser amicalement nos nouveaux 
frères d*armes ! Désormais, ce charmant coin de terre, enclavé entre 
rAUcmagne, la France et la Belgique, attirera Tattention sympathique 
des adeptes de la grande cause antialcoolique. 

Nous formons des vœux pour le succès de nos amis du Grand- 
Duché. [Applaudissements.) 



* 



Quant il la Belgique qui, malheureusement, tient une des premières 
pltices parmi les pays consommant le plus d*alcool, nous pouvons af- 
firmer qu'elle ne cesse de déployer la plus grande énergie afin d'en- 
rayer et de détruire le fléau qui la ravage. Depuis 18 mois, presque 
dans chaque ville, surgissent des sociétés de tempérance pour enfants 
et adultes ; des conférenciers parcourent le pays d'un bout il l'autre, 
portant la bonne parole de délivrance ; le gouvernement a désigné des 
médecins pour donner au personnel enseignant des conférences sur 
Talcoolisme ; l'enseignement antialcoolique est devenu une branche 
obligatoire dans les écoles primaires et moyennes ; les distributions 
de prix dans les petites communes ne peuvent plus se donner, comme 
autrefois, dans des salles attenafit ci aes débits de boissons alcooli- 
ques ; la Ligue pour les droits des femmes donne des conférences 
laisant appel ii la collaboration de ses membres dans la lutte anti- 
alcoolique ; une société nouvelle « V Union des femmes belges contre 
Valcoolisme » vient de se fonder sous la présidence de M*"* Lb Jeune, 
la digne compagne du Président de la Ligue patriotique contre l'al- 
coolisme. [Applaudissements . ) 

A la suite du Congrès de Bruxelles, les médecins belges, sur l'ini- 
tiative de M. le docteur Bienfait, de Liège, ont fondé la ic Société 
médicale belge de Tempérance » proscrivant d'une manière absolue ' 
les boissons spiritueuses et n'autorisant le vin et la bière qu'il dose 
modérée. Cette société compte déjii actuellement près de 150 adhérents. 
[Applaudissements.) 

M. le Ministre d'Ktat Le Jeune vient de soumettre au Sénat belge, 
dont il fait partie, une « proposition de loi pour la police de la vente 






CONTRK L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 85 

et des débits des boissons alcooliques distillées, des liqueurs h base 
d'alcool et des boissons fermentées contenant plus de 18 pour cent 
d*alcool. » [Applaudissements,) 

J'ai le regret de ne pouvoir vous communiquer in extenso les déve- 
loppements magistraux qui précèdent le texte du dit projet de loi ; je 
no puis pourtant résister au désir de vous en donner un extrait qui 
vous en i'era connaître la haute portée : 

« La raison de salut public existe cependant. Deux fois, déjà, — 
une première fois en 1896, une seconde ibis en janvier 1898, — notre 
Académie royale de médecine a exprimé ses alarmes et réclamé des 
mesures radicales contre un fléau pire que le choléra et que la peste. 
La mission pour laquelle l'Académie royale de médecinev a été ins- 
tituée et les lumières dont elle est le loyer donnent à cet avertisse- 
ment le caractère d*une solennelle et urgente mise en demeure. 

M D'un côté, la passion de l'alcool et toutes les abominations et les 
horreurs dont elle remplit le pays, un immense appauvrissement de la 
nation, le gouflre de misère dans lequel on voit s'eiFondrer l'institution 
fondamentale de notre organisation sociale : la famille. En face, une 
question d'argent, celle du gain que l'empoisonnement de la race pro- 
cure ii ceux qui exploitent la passion de l'alcool; une autre question 
d'argent, celle de l'impôt qui se perçoit sur ce gain et dont l'équili- 
bre du budget de l'Etat a fini par dépendre ; une troisième question 
d'argent, toujours au sujet du même gain, celle de la part réservée 
dans ce gain à l'agriculture, que l'alcoolisme ruine, d'ailleurs, abomi- 
nablement. Tel est, aujourd'hui, le fléau de l'alcoolisme. 

« La calamité, à part les questions d'argent qui la compliquent, au 
grand péril du pays, se réduit a ce fait simple : la distribution d'al- 
cool qui a lieu actuellement et dont la suppression immédiate n'est 
plus possible. C'est contre cette distribution de poison que T Acadé- 
mie de médecine demande des mesures radicales La quantité distri- 
buée correspond à un empoisonnement énorme, qu'un peuple ne peut 
pas supporter sans qu'une déchéance rapide s'en suive. La diminution 
n'en sera assurée que le jour où la fabrication de l'alcool n'étant plus 
une industrie libre, la loi pourra prescrire et régler la réduction gra- 
duelle de la dose de poison qui se fabriquera encore. Ce jour là, 
notre population pourra être considérée comme sauvée, mais elle aura 
il souflrir, bien longtemps encore, des suites de l'empoisonnement. 

« Les dispositions du projet de loi que j'ai eu l'honneur de déposer 
sur le bureau du Sénat ue forment qu'un accessoire du monopole ii 
production décroissante qui mettra le fléau ii la merci des pouvoirs 
publics. L'influence qu'elles sont de nature à exercer par elles-mêmes 
sur la consommation de l'alcool n'est nullement en rapport avec la 
grandeur du mal il conjurer. » [Applaudissements,) 

Kniin, M. Lk Jbunb a présenté un autre projet de loi concernant la 
création par l'Etat d'asiles pour alcooliques. Pour des raisons dont 
nous nous abstenonn ici de discuter la valeur, ce dernier projet de 






>;' 



80 VII* CONCRR8 INTERNATIONAL 

• 

loi, combattu au point de vue financier par le Ministre de la Justice, 
n'a pas été voté. 

Mais nous avons la satisfaction d*apprendre que ce projet de notre 
cher président, repris par la Chambre des Communes d Angleterre, 
vient d*y ètro admis ti la grande joie de tous ceux qui sont d avis que 
les asiles pour alcooliques sont un complément' indispensable, une 
partie intégrante de la lutte que nous poursuivons. 

Les résultats de la propagande antialcoolique en Belgique sont 
encourageants. Les statistiques des recettes effectuées par t*Etat au 
cours de Tannée 1898, dénotent un recul sérieux dans la production 
de Talcool. Quelles que soient les causes qui ont amené eette diminu- 
tion, c'est avec bonheur que nous constatons ces résultats qui, s'ils ne 
sont pas décisifs, indiquent tout au moins que le travail des sociétés 
de Tempérance n*est pas resté stérile. {Applaudissements,) 



* 



Pour compléter ce rapide aperçu du mouvement antialcoolique dans 
les différents pays, nous devrions rappeler les efforts tentés par nos 
vaillants collègues d'Allemagne, d'Angleterre, de Hollande, de Suède 
et de Suisse. Mieux que nous, leurs délégués vous diront les moyens 
auxquels ils ont eu recours et les résultats obtenus. Nous ne saurions 
cependant pas.scr sous silence l'activité prodigieuse et éclairée de 
quelques hommes dévoués qui ont entrepris la tâche de régénérer 
leur pays. C'est a leur initiative que nous devons de nous trouver 
aujourd'hui réunis dans ce beau pays de France que nous aimons tous 
de tout notre cœur, parce qu'il a toujours marché k la tête de la ci- 
vilisation et qu'il s'est toujours fait le défenseur des idées nobles et 
généreuses. Ces hommes n ignorent pas le péril qui menace leur patrie 
et, comme le déclarait M. le professeur Debove, dans sa leçon d'où* 
verture du cours de pathologie interne, h la Faculté de médecine de 
Paris, ils savent que a l'alcoolisme constitue pour la France un véri- 
table danger public et que celle-ci tient malheureusement le premier 
rang, parmi les nations européennes, par la consommation de l'al- 
cool. )) Le cri d'alarme jeté par ces vaillants lutteurs, MM. Motet, 
Laborde, Magnan, Legrain, Boissier, Philbert, Sérieux et tant d'au- 
tres non moins dévoués, a réveillé l'opinion publique. Une campagne 
active et vigoureuse est entamée dans tous les coins de la France par 
V Union Française Antialcoolique sous la direction de notre infatiga- 
ble président d'aujourd'hui, M. le docteur Lbgrain, aidé de sa char- 
mante et vaillante compagne et de ses dignes collaborateurs parmi 
lesquels nous citerons tout spécialement, M. le docteur Boissibr, le 
dévoué secrétaire général de l'Union et de notre Congrès. (Ap- 
plaudissements). 

Le Comité permanent des Congrès internationaux contre Tabus des 
boissons alcooliques ne saurait rester indifférent aux efforts tentés en 



»**' ♦t' \,;\^. v,\>:; ^ 



CONTBB L*ABU8 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 87 



France par ces énergiqiles défenseurs de la Tempérance et, c*est a 
joie qu*il tient à les féliciter pour les résultats obtenus jusqu*h ce y 



avec 
jour 

et qui ne sont, espérons-le, que le début des succès à venir. (Applau^ 

dissemenls prolongés). 



M. le Président i^emercie M. de Yaucleroy et soumet au vote de 
rassemblée Tapprobation des comptes du dernier Congrès. — Ces 
comptes sont approuvés. 

M. le Président donne la parole à M. le D*^ F. Boissier, secrétaire 
général du Congrès, pour Texposé des travaux du Comité d*oi^anisation 
du VII*» Congrès. 

RAPPORT 

de M. le D' BOISSIER, secrétaire général. 



Mesdames, Messieurs, 

Avant la lecture des communications d'usage relatives au Congres, 
veuillez me permettre de vous dire un mot des actes du Comité 
d'organisation. En sa dernière délibération le Congrès de Bruxelles 
a, pour les raisons rappelées par notre lettre d'invitation, décidé 
de tenir cette année le VII* Congrès k Paris, et chargé M. le 
D^ Legrain de préparer les voies a cette assemblée. Grâce h 
rinfatigable activité de notre président, un comité fut composé 
et placé sous la présidence .d*honneur de M. le D*^ Théophile Roussel, 
dont le nom seul est un encouragement pour ceux oui se consacrent 
aux œuvres d'amélioration humanitaire et de relèvement social. 
( Appla udissements.) 

11 fallait continuer l'œuvre si bien conduite par les comités 
antérieurs et maintenir les progrès que ceux-ci avaient fait faire \\ 
la question de la lutte contre l'alcoolisme, tant par le fond que par 
la forme et par Tordre des matériaux qu'ils avaient fournis aux 
discussions des précédents Congrès. Le vœu de tous nos collègues 
était de passer aux actes, d'entrer résolument dans le domaine 
pratique ; il fallait donc élaborer dans le sens de Yaction le programme 
de nos séances générales. Revenir sur les causes, les dangers, les 
ravages de l'alcoolisme, sur la marche du fléau, sur les circonstances 
qui eu favorisent le développement, c'était piétiner sur place et 
s'éterniser sur des sujets qui nous sont à tous et depuis longtemps 
familiers et dont nous avons plus ou moins atteint le fond. C'est Ih 
un sujet que nous devons répéter à satiété dans nos conférences 



"W^ 






88 vil* CONGRES INTERNATIONAL 

au grand public encore Insuflisamment éclairé et non^ convaincu, 
mais qui entre spécialistes de la question doit céder aujourd'hui le 
pas h l'étude des idoles et moyens effectifs. Le terme deceux-ci, 
nous le savons, ce sont les lois prohibitives, les entraves fiscales, 
et tous les obstacles matériels 4>pposés U la consommation. Ces 
lois, CCS entraves, ces obstacles nous les connaissons, ils ont été 
savamment et complètement élaborés partout, mais nous savons aussi, 
et par expérience, que les lois effectives, que les arrêts, que les 
décrets, que les règlements n*écloscnt et que leur application ne 
devient possible, facile et pratique, absolument que quand ils 
répondent ii un besoin non pas seulement réel et flagrant, mais 
surtout h un besoin sentie impérieusement senti, exprimé et proclamé 
par la masse de Topinion. Pour nous, nous connaissons ii fond d*une 
part : le mal et ses conditions d'évolution et d*autre part les lois et 
autres entraves a lui opposer ; nous possédons par conséquent les 
deux extrêmes du chemin, mais ce chemin il faut apprendre ii le 
trouver et a le suivre ; il faut en un mot déterminer les voies et 
moyens d^attcindre ce but bien connu mais difficile a saisir. 
Transformer et mobiliser Topinion d'une population déjà mûre et 
prisonnière de ses habitudes est une œuvre hardie et peu solide ; 
mieux vaut prendre son temps et agir lentement mais sûrement en 
s'adressant aux générations encore indemnes en les saturant sans 
relâche et en toute occasion de principes sains et rationnels et en 
rendant impossible pour elles l'ignorance de la réalité des faits. 

C'est pour cela que nous avons proposé au Congrès Vétnde du 
rôle de la jeunesse dans la lutte contre l'alcooUsme^ du rAle de 
renseignement à tous ses degrés et plus spécialement de Venseigne^ 
ment primaire pendant la vie scolaire et après Vècole. C'est pour 
cela que nous vous avons demandé d'examiner la préparation du 
personnel enseignant à la lutte antialcoolique dans Vècole et hors 
de Vècole. Que le maître convaincu inculque a l'enfant la notion du 
danger ; mais que celle-ci ne soit pas comme une leçon apprise et 
facile à oublier, que cette notion entre dans le domaine (tes senti- 
ments et s'y maintienne par des racines profondes ! Qu'elle y soit 
entretenue ii la sortie de l'école dans les patronages d'apprentis, dans 
les ateliers d'ouvriers, enfin au régiment, cette autre grande école ! 
C'est pour cela encore que nous demandons vos avis sur V alcoolisme et 
les conditions du travail chez V ouvrier et sur la lutte contre V alcoolisme 
dans V armée et par V armée. 

En un mot, chercher l'enfant et le jeune homme partout où on peut 
le trouver isolé ou en collectivités, et là, par toutes les influences 
qui peuvent l'atteindre, lui montrer non seulement à s'écarter de la 
voie dangereuse, non seulement lui en donner ^Thorreur, mais 
stimuler son activité propre et diriger ses aspirations et ses actes 
de telle sorte, (|uc par une entente spontanée et tacite, que par une 
coopération naturelle des sentiments et de l'esprit de tous ses pareils. 






CONTBB l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 80 

les obstacles désirés se lèvent d^eux-mèmes irrésistiblement entraînés 
par un courant d'opinion général et puissant. Ces influences 
bienfaisantes sont aux mains de tous ceux qui ont sur ces jeunes 
générations une autorité quelconque, directrice, enseignante ou 
protectrice ; aux mains des membres de renseignement, des ofliciers 
des armées, dont nous avons déjà parlé, et aussi des ministres des 
divers cultes, des directeurs de patronages et des volontaires éduca- 
teurs des sociétés de relèvement et aéducation populaire et des 
sociétés de tempérance qui seraient mieux nommées sociétés de 
propagande. Aussi dans notre programme ofliciel figure encore le 
rôle du chrgé et le rôle des diverses associations. 

Mais il est une autre catégorie de population qui peut ètrç assimilée 
il nos jeunes générations par le besoin de lumière et de protection 
morale, c'est 'la population indigène des colonies et pour celle-ci 
encore nous vous avons demandé d'étudier les moyens de préserva- 
tion contre l'alcoolisme qui en fait une proie trop facile. Au milieu 
de toutes ces indications ne figure pas le rôle des pouvoirs publics : 
c'est qu'il rentre dans le cadre législatif déjà si connu, c'est qu'il 
vient après celui des influences que nous avons passées en revue 
et qu'il attend l'efTet de celles-ci pour se manifester. C'est donc 
l'action individuelle et sa mise en œuvre qui est à Tordre du jour. 
Je ne puis que remercier les éminents collègues et les maîtres qui 
se sont empressés de répondre par les rapports que vous allez 
entendre aux appels de notre comité. 

Quant aux questions scientifiques et théoriques, aux mille points 
de détail si pleins d'intérêt souvent passionnant, quant aux sujets 
spéciaux encore controversés ou nouveaux qui constituent les com- 
munications particulières, nous leur avons réservé les séances du 
matin. L'abondance extrême des mémoires nous a contraints pour 
ces séances à diviser en trois sections les travaux du VII* Congres : 

1* Sciences Médicales et Hygiène. 

2* Economie Politique et Sociale. — Législation. 

3* Enseignement. — Education. — Propagande. 

Nous n'ignorons pas les inconvénients de cette division, mais, 
comme au précédent Congrès, le nombre des communications la 
rend matériellement indispensable. 

La tsiche du Comité (l'organisation n'a pas toujours été facile. 
Composé d'hommes chargés de travail et participant activement ii 
la lutte contre l'alcoolisme en ce pays, ce Comité a heureusement 
rencontré la précieuse sympathie du gouvernement et notamment 
de M. le Ministre de l'Intérieur, Président du Conseil des Ministres, 
de M. le Ministre de l'Instruction Publique, de M. le Ministre de 
la Guerre, du Conseil municipal de Paris et du Conseil général de 



^^^^■: 






90 vu* CONGRÈS INTERNATIONAL 

la Seine, qui en nous favorisant d'une aide matérielle, ont bien 
voulu aussi nous honorer de la présence de leurs représentants. 
(Appla udissemenls) . 

M. le Secrétaire général. — Maintenant, Mesdames et Messieurs, 
le Comité (Inorganisation vous propose de nommer comme vice-présidents 
du Congrès, les membres étrangers suivants : 

Allemagne M. le D' Baer, conseiller privé, médecin de la prison de 
Plotzensee (Berlin). 

Mademoiselle Hoffmann, piH^sidente de la section de Tempé- 
rance de la Société des femmes Allemandes (Brème.) 

Ktats-Unis D** Crothers, médecin de TAsile d*alcooliques de Hartfoi*â 
(Connecticut). 

Ang:lete»Te Mon. Conrad Dillon, treasurer of the Army Tempérance 
association. 

Autriclu* I)"^ Von Hebra, professeur à l'Université de Vienne. 

Belgique M. Le Jeune, ministre d*Etat, ancien ministre de la justice, 
sénateur. 

Danemark Madame Selmer, présidente de la Société danoise des femmes 
pour la tempérance. 
M. Dauioff, Délégué du gouvernement Danois. 

Finlande Madame Hêlinius, publiciste. 

Hollande M. le Baron Mollerus de Westkerke, gouverneur de la 
province de Gueldre. 

M. le IV RuYSCH, conseiller pour la Police médicale au minis- 
tère de rintérieur. 

Hongrie M. le D** Raisz Gbdéon, b. û. minist. osztalytanacsos. 

Italie M. le pasteur Jean Rochat (Florence.) 

Luxembourg M. le Chanoine Mullendorff. 

Korwège M. Kiaer, directeur au Ministère des finances (Christiania). 

Roumanie M. le D' Thiron, professeur à la Faculté de médecine de Jassy . 

Russie M. Raffalowich, conseiller d*Etat actuel, membre corres- 
pondant de rinstitut. 
M. le D"" BoRODiNE, rédacteur du journal La Tempérance, 

Suède M. le D' Tigerstedt, professeur à l'Université de Stockholm. 

Suisse M. le D' FoREL, ex-professeur à TUniversité de Zurich. 
M. le pasteur Louis-Lucien Rochat. 
M. MiLLiET, directeur du Monopoleau département des finances. 

Le Bureau vous propose enfin d*élire comme membres des bureaux des 
diverses sections les membres suivants : 

!• SeotioD pRi^si DENTS : U. de Vaucleroy, (Belgique). M. Bergman 
Suède;. MM. Laborde et Motet. 

Vice-Présidents : M. le D** Shepard (Etats-Unis), M. le 
D"^ Bonne (Allemagne), M. Hocart (Belgique). MM. le D' 
PhUbert et le D' Richard. 






CONTRE L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 91 

2*SectionPRi>siDi£NTS:M. VanderVelde{Be\ghiMe]Miif*/ord'Birttersb!/ 
[Angleteri-e], MM. Millerand et Gaufrés, 
Vice-Présidents: M. Van der Meulen (Hollaii(iei, Milliet 
(Suisse;, MM. André Leféore et Charles Vaudet. 

3* SeotioD Présidents: MadameFm/a^(ADgleteiTej,M.rabbéiVc'uma/2n 
(Allemagne), MM. BayH et MariUier. 
Vice-Présidents: Monseigneur Sa (?o(/ (Suisse;, M Fielden 
Thorp [Angleterre;, M. Hercod (Suisse), Madame Henri 
Mallet et M. le pasteur Bianquis. 

MM. Croll, Durot, Hayem, D^ Vlaoianos, D' Rosenlhal, Melzgcr, 
D** Armand^ Delille ont bien voulu accepter le poste de 
secrétaires des séances. 

Ces nominations sont approuvées par acclamation.) 

M. le Secrétaire général donne lecture de la cori*espondancc. Se 
sont excusés par lettres : MM. Tabbé Rossé, Norman Kerr, Kendel, Miss 
Jcs5(ie Forsitli, Hedwig Solberg, Robyns, Tabbé Marin, le baron 
d*Ilermelin, D^ Schulthess, Nicolas, Nyssens, Tabbé Jechoux, Gallet, 
D^ Rey, Miss Emilie Pearce, M. Améry, D^ Le Gendre. Claude Barbier, 
Clarke Wilson, D^ Smart, Siegfried, Guillemet, Herbette, Nachmann, 
Cheysson, Biville, D^ Bienfait, Rowland Hill, Hargrove, D' Baratier, 
Bui*et, C. Drysdale, D' Landouzy, J. Whyte, A. Goguel, D"" Faidheibe, 
D' Kamp, D^ Bartliès, Madame Schmahl. 

Ces collègues dont nous regrettons vivement Tabsonce étant tous 
retenus, soit par le mauvais état actuel de leur santé, soit par des 
deuils, le secrétaire général propose de leur adi*esser un salut amical et 
les vœux sympathiques de TAssemblée. (Applaudissements,) 

M. le Secrétaire général mentionne sans en donner lecture un 
nombre considérable de lettres de Sociétés françaises ou étrangères 
acci*éditant des membi*es pour les représenter [voir liste des délégations). 

Il donne ensuite lecture d*un certain nombre d*adi^sses dont voici les 
principales : 



¥ * 



Télégrammes. Hamburg. • 

Hcrilicheii Grutt aUen KjBmpfgenotten fOr Wiibrbeit, Freiheit und Mentchenwdrde. 

AitHUiitR GroiêtempUr, 






PéTERSBOURG. 

La Société russe d'bygîène publique et la Commission contre rnlcoolisme de la Section 
biologique envoient sas compliments les plus cordiaux au VII"** Congés internationni 
et ses meilleurs vœux de succès complet dans son grand et noble problème pour étudier 
la question de l'alcoolisme et recbarcber les modes du combat contre l'abus des boissons 
alcooliques. 

Préêidemi tU /« Soeiéié: Koudrine, 
Prétidetit de la Section biologique : Loukiamow, 
PrrâidfHi de la Commiêêioa: Nejegorodtzef; Secrétaire général : Hubert. 










92 VII* CONGRBS INTERNATIONAL 

Basel. 

Nos meilleum vœux et félicitations au Congrès antialcoolique à Paris. Vivo rabstinence 
lotnie. Au nom de VUelvéiia, société des lycéens suisses abstinents. 

Le Comité central. 



* 



Liège. 

(limité envoie au Conférés expression sympathique, vœux ardents jiour succès travaux 
pour bien-èlro sociol. 

Préêidentt mhbë Lemment, 

Le Syndicat des Employét du département de la Seine espère que vous voudras bien 
oixueillir parmi vous, notre Syndicat det Employée, qui le premier en France, eut 
l'htinneur de présenter ù l'étude des Congrès ouvriers, la question de l'alcoolisme. 
(Rennes 1898.) 

Notre odhésion est un gage de notre désir de participer à toutes las manifestations dé 
lu science pour tenter de résoudre pacifiquement le problème social ; elle est surtout un 
tcmoignoge, modeste peut-être, mais sincère de notre adkniration pour les savants qui 
apportent le concours de leur science pour nous guider vers la conquête d'un monde 
meilleur oii les faibles trouveront plus de justice et plus de vérité. C'est dans cet esprit 
que nous vous* prions, Messieurs, d'agréer nos fraternelles palutations. 

Pour le Syndicat, le Délégué permanent, 
G, Bemuêoleil. 






Aux membres du Congrès de Paris. 

Pur la présente, nous ovons Tbonneur de vous communiquer que le Temple N^ 9/4 John 
Ericsson qui est une section de l'Ordre de Tempérance international, fondé à Stockbolm en 
18%, s'unit sous tous les rapports au Congrès antialcoolique de Paris. 

Nous nous permettons d'adresser à ses membres nos salutations cordiales et fraternelles. 
Nous avons le ferme espoir que le travail du Congrès amènera une prompte victoire dans 
la lutte contre l'alcool meurtrier et que le Dieu tout puissant brisera bientôt les cbaines 
des malheureux esclaves de l'ivrognerie. ' 

Dépôt d'ouvrages : 

M. Siegfried envoie pour être soumis au Congrès la proposition de 
loi relative à la réglementation des débits de boissons qu*il vient de 
déposer sur le bureau du Sénat. 

L'assemblée regrette qu'en l'absence de l'auteur de cet important 
travail, qui ne peut être étudié sérieusement en quelques beures^ il ne 
puisse être donné suite à la* proposition de M. Siegfried. 

M. le D^ Heimann du bureau de statistique de Berlin envoie une 
statistique sur Talcoolisme dans les hôpitaux et les maisons d'aliénés de 
la Prusse. 

M. Klincksieck, éditeur, remet de la part de M. A. Barbet de Vaux 






CONTRE l'abus 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 93 

dii-ecteur du Bulletin Russe de Statistique : 18 Bulletins Russes de 
Statistique, 5*" année et 29 exemplaires de la Question de l'alcool en 
Russie. 

M. Raffalo^irich donne lecture de la note suivante : 

« J'ai riionneur de déposer sur le bureau du Congrès le comjUc-i endu 
des opérations de TAdministration de la Régie des Alcools ainsi que les 
avis et rapports adi*cssés au Ministère des finances de Russie par les 
autorités locales sur le fonctionnement du monopole. Comme le Prési- 
dent et le Seci*étaii*e général du Congrëis Tout admirablement caractérisé, 
la ixrande réforme de l'impôt des boissons, dont TEmpereur Alexandre III 
le Pacificateur a pris l'initiative et dont l'Empereur Nicolas II achève 
Taccomplisscmeut, a été dictée non point par des considérations fiscales, 
mais par l'intention de lutter contre l'ivrognerie, de combattre l'exploi- 
tation du consommateur par le débitant ; la réforme a été dictée par la 
volonté de ne laisser entrer dans la consommation que de l'alcool rectifié. 
Les résultats de la réforme, comme le montrent les avis reçus et publiés 
par le Mmistre des Finances, sont favorables au point de vue moral et 
matéi'iel. Je suis heureux de pouvoir apporter des données authentiques 
sur le fonctionnement d'une réforme qui obtient les sympathies du 
Congrès contre l'alcoolisme ». 

M. Tappolet envoie une série de thèses sur l'alcoolisme à distribuer 
aux membres du Congrès. 

M. Amb. Rendu envoie un volume intitulé : Récits moraux. 

M. le Secrétaire général donne lecture des lettres des gouverne- 
ments étrangers accréditant des délégués officiels auprès dû Congrès : 
Autriche. Belgique, Chili, Etats-Unis, Danemark, Italie, Hongrie, Nor- 
wège, Pays-Bas, Roumanie, Russie, Suède, Suisse, Uruguay, Canada, 
Luxembourg. 

M. le Président remercie les Puissances étrangères d'avoir bien 
voulu se faire représenter officiellement aux travaux du Congrès, sou- 
haite la bienvenue aux délégués et leur donne la parole. 

M. Kiaer (Norwège) : 

ce Le gouvernement norwégien a bien voulu me charger de le 
représenter ii ce Congrès afin de montrer Tîntérét que lui inspire 
ruMivrc humanitaire et salutaire ou Congrès. Comme j'espère avoir 
occasion de présenter ii la deuxième section un rapport succinct sur la 
lutte qui a eu lieu en Norwège contre Tabus des boissons alcooliques, 
je me bornerai maintenant ii souhaiter les meilleurs résultats ii ce 
Congrès international que la France a l'honneur d'avoir convoqué. 

M. Tigerstedt (Suède) 

M^ LE Président, 
Mesdames, Messieurs, 

Les ravages que les boissons alcooliques peuvent produire et dont 
personne aujourd'hui ne nie l'existence, provoquent de la part de Tin- 



\--^';rV^N^Ç^^^JP^i?^r'^^-.'-^>c.-5 



94 vu" CONGRES INTERNATIONAL 

• 

dividu, aussi bien que de la société tout entière, des réflexioiis sé- 
rieuses et réclament une intervention énergique. 

Nos eflbrts, h nous tous, j*en suis profoncfément convaincu, ont un 
seul et même but, même si nos idées, quant aux voies et moyens à em- 
ployer sont plus ou moins divergentes. 

I^n tâche d*un Congrès international, comme celui-ci, qui a assemblé 
dans la capitale de la France des représentants de tous les pays, con- 
siste justement a faire connaître ces opinions diverses et k les conci- 
lier autant qu'il est possible. 

Fortifiés par la certitude que Tarmée de la tempérance va toujours 
en croissant, nous retournerons chacun dans notre pays, instruits 
par les expériences variées qu'on va nous communiquer, et de la sorte 
mieux armés pour la grande lutte ii laquelle nous nous consacrons. 

M. le Président, Mesdames et Messieurs, le grand nombre des mem- 
bres du Congrès, les importantes questions qu'on va discuter, les 
sérieux rapports qu'on nous a déjà distribués, sont un gage que les 
résultats du Congrès seront des plus heureux. Qu*il me soit permis 
de féliciter au nom de la Suède, les organisateurs du Congrès de ce 
grand succès et de les remercier profondément de leur bienveillant 
accueil. 

M. le Baron Mollerus de Westkerke [Hollande) 
Mesdames, Messieurs, . 

S. M. la Reine des Pays-Bas, mon auguste souveraine, a bien voulu 
donner un témoignage du vif intérêt qu'Elle porte aux différents pro- 
blèmes sociaux que votre Assemblée va étudier, en désignant deux 
délégués pour y représenter le Gouvernement Néerlandais. Veuil- 
lez croire que si M. le D' Ruysch et moi sommes flattés par la 
confiance que Sa Majesté nous a accordée, nous apprécions d'autant 
plus cet honneur qu'il nous procure l'occasion die collaborer avec 
vous il un but qui nous est personnellement si éminemment sympa- 
thique, la recherche des meilleurs moyens pour combattre un 
des plus grands fléaux qui aiTligentWhumanité. 

Nous sommes heureux de représenter ici un gouvernement qui, 
j'ose le dire, s'inspire des sentiments qui nous réunissent aujourd'hui. 
Son Excellence, M. le Ministre des Affaires intérieures, M. Gocman 
Borgesius, qui a assisté il plusieurs de vos Con|rrès précédents et 
a été membre du comité permanent, M. Goeman Borgesius s*est voué 
dès le début de sa carrière avec un zèle tout particulier a la lutte con- 
tre l'alcoolisme. Nous avons bon espoir qu'if soumettra sous peu aux 
Ktats Généraux, une révision des articles trop peu coercitifs ae la loi 
contre l'ivresse publique. En attendant, c'est grâce k son initiative 
que rinstruction antialcoolique ' a été introduite aux écoles norma- 
les, destinées ii former nos jeunes instituteurs, et qu'un crédit annuel 









CONTRE L*ABU8 OBS BOISSONS ALCOOLIQUES 95 

lie 20,000 francs a été inscrit au budget de son département pour ve- 
nir en aide aux sociétés de propagande et aux refuges pour alcoolisés. 

Jo me hâte de constater que les sociétés privées de propagande voient 
croître le nombre de leurs adhérents. Les abstinents, la société pour 
Tabolition des boissons (ortes, la ligue du peuple, la ligue de la Croix 
continuent a lutter avec ardeur et c*est certainement grâce h leurs 
efliirts et au zclc qu^ils déploient que la consommation des boissons 
fortes continue à décroître. 

Nous ne pouvons qu'être sensibles et souscrire sans réserve aux pa- 
roles que M. le Secrétaire a bien voulu vouer h la mémoire du Minis- 
tre d'Rtat des Pays-Bas, Monsieur Heemskerk. Il fut effectivement un 
des initiateurs de la lutte contre Talcoolisnie dans les Pays-Bas, et dès 
18^i2, il fondait la société pour Tabolition des boissons fortes. I.a 
mort d*un homme si intelligent, si capable et si dévoué à notre bonne 
cause est une grande perte pour notre pays. 

Monsieur le Président, les délégués Néerlendais tiennent a honneur 
d\'^lre admis à cette assemblée, et ils espèrent de cœur que le Congres 
actuel — continuant dignement l'œuvre des Congres précédents, — 
ctintribuera puissamment a éclairer les graves questions que vous 
allez traiter, et sera fécond en bons résultats pour la cause si humani- 
taire qui est le but de vos travaux et de votre dévouement. 

M. Conrad Dillon (Angleterre). 
Monsieur le Président, 

Chez nous, en Angleterre, le Gouvernement ne marche pas en 
avance de l'opinion publique. Ainsi nous n'avons pas un délégué nommé 
par le Gouvernement de la Grande-Bretagne, mais j'ai l'honneur de 
représenter les principales organisations de tempérance : La Limite 
Nationale y l'Alliance, r Union des sociétés de V Espoir du Royaume- Uni 
et la Société de Tempérance dans V Armée. 

J'ai rhonncur de souhaiter que ce Congrès avance la cause de !^ 
tempérance dans toutes les voies. 

M. Baer (Allemagne). 

Au nom de la Société Allemande contre l'abus des boissons alcooli- 
ques, j'ai l'honneur d'exprimer au Congrès les vœux les plus ardents 
pour le succès de son œuvre. 

Comme partout il y a aussi en Allemagne une question de l'alcoolis- 
me, une question extrêmement grave» que nous cherchons a combattre 
par tous les efforts possibles. 

Les remèdes applicables à ce mal sont différents dans les dif- 
férents pays et c'est le but essentiel des Congrès internationaux anti- 










96 VII* CONCnBS INTERNATIONAL 

alcooliques de se communiquer les mesures prises et les résultats 
acquis. 

Espérons et souhaitons que les études' de ce Connës seront . 

suivies des meilleurs succès pour la prospérité et le oien-ètre de 1 

Thumanitc. ' 

M. Dalhoff (Danemark). 

En arrivant à Paris et à ce Congrès si intéressant par son but 
et par les questions qu'il doit traiter, je prends la parole pour 
vous saluer au nom de ma patrie et de son gouvernement, qui a oien 
voulu m'y envoyer. Le Danemark n*est qu'un petit pays, mais il y a "^ 

eu un temps où notre petit pays a été en alliance avec ce grand pays, 
et est resté fidèle, hième a sa propre perte. Nous avons beaucoup à ap- 
prendre dans cette cause, qui nous réunit ici, car hélas nous connais- 
sons trop bien l'alcoolisme, parce que l'eau-de-vie est une boisson — 
il faudrait dire un poison — très répandue chez nous. Mais peut-être 
aurait-on aussi quelque chose à apprendre chez nous, parce que la 
lutte contre l'alcoolisme est aussi assez répandue : nous avons environ 
80,000 membres de sociétés d'abstinence totale (de l'eau-de-vie, de la 
bière forte et du vin), sur 2 millions 1/4 d'habitants, et outre cela il y a 
naturellement beaucoup de femmes, d'enfants et aussi d'hommes, qui 
ne prennent jamais d'alcool. Et dans notre corps législatif le Folke- 
thing il y a au moins 10 0/0 de leetotalers. Ainsi il semble que nous 
avons la phalange préparée pour commencer le combat. Seulement, il 
nous faut savoir comment l'entreprendre et c'est pour cela que me voici. 

Ont encore pris la parole: MM. Hocart (Belgique), Thiron (Roumanie), 
D' Bonne représentant les Bons Templiers d'Allemagne, L.-L. Rochat 
(Suisse), Forel (Suisse) qui apporte le salut de 500,000 membres de Tor- 
dre des Bons Templiers ; D»" Crothers (Etats-Unis). Ils apportent aux tem- 
ptM*ants Français Texpression de leur sympathie. Les allocutions de ces 
éminents collègues n'ont pu être reproduites in extenso^ le texte n'ayant 
pas été remis aux secrétaires. 

M. le président propose ensuite le règlement d*un certain nombre 
de questions : 

V VŒUX 

Il est rappelé qu*aucun vœu ne sera discuté ni pendant ni après le 
Congrès. L'Assemblée confirme à une très grande m^ljorité cette décision 
déjà prise ])ar les Congrès antérieura. 

20 CHANGEMENT DE TITRE DU CONGRÈS 

Le président expose que le titre actuel de nos Congrès n'est pas suffi- 
samment compréhensif, qu'il semblerait exclure des questions a traiter 









CONTnB l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 97 

toutes celles qui ont trait à Tabstinence, que depuis que nos Congi'ès 
existent les idées ont singulièrement évolué dans tous les pays en matièi^e 
d*antialcoolisnie, enfin que dans beaucoup de pays étrangers, les anglo- 
saxons en particulier, un nombre assez considérable de personnalités 
ont refusé de s*inscrire sous prétexte que nos congrès ne s insurgeaient 
que contre Vabus des boissons alcooliques. En conséquence, pour sup- 
primer toute équivoque le président propose de donner aux futurs Con- 
grès une désignation plus large permettant à quiconque sMntéresse 
à Talcoolisme (fy participer ; il ne faut pas que notre titre soit en quelque 
sorte celui d*une doctrine. M. le président propose celui de : Congrès 
contre l'Alcoolisme. Après une discussion très courte h laquelle 
pi^nnent part MM. Thiron, Ruysch. Dillon, etc., parlant dans le sens de 
la proposition, celle-ci est adoptée a Y unanimité par TAssemblée. 
Le VIIT« Congrès et les suivants seront donc annoncés sous la rubrique : 

CONGRES INTERNATIONAL CONTRE 

L'ALCOOLISME 

M. le président dépose sur le bureau la pétition suivante : 

Les itouftignét, alarmés des dangers que Talcoolisme fait courir à la grandeur maie- 
riellc et morale de la patrie. 

Convaincus que le mal peut être enrayé par un ensemble de mesures prises par les 
pouvoirs publics, préparées et appuyées par Tinitiative privée de tous les bons Français, 

Demandent aux Chambres de bien vouloir dégrever 'le thé, le caré, te cacao, matières 
premières des boissons qu'ils s'efforceront de substituer» à l'alcool dans la consommation 
populaire, 

Estiment qu'il 7 aura lieu, en remplacement, d'augmenter les droits sur les alcools. 

Cette pétition sera à la disposition des congressistes qui sont priés 
instamment d*y apposer leur signature. 

M. le président fait part aux membres du Congrès de Texistence, 
43, nie Saint-Bernard, d*un restaurant de tempérance ouvert par 
« rUnion Française Antialcoolique 3» et confié spécialement à la dii*ection 
morale de madame Le^*ain, secrétaire adjointe du Congrès. Il les 
engage vivement & le visiter. 

M. le secrétaire général termine en invitant les membres du 
Congi^s aux fêtes organisées par le Comité et donne tous les renseigne- 
ments d*usage. 

La séance est levée à 11 heures. 



» ■'I y. y 



DEUXIÈME SÉANCE • GÉNÉRALE 

Mardi 4 A or il (après-midi). 



OUVERTURE OFFICIELLE 



Présidence de M. Jules LEGRAND 

80U8-8ECBAtAIRE d'ÉTAT AU MINISTÈRE DE l'|MT£rIEUK 

reprAsentant le gouvernement. 



Ordre du Jour ; 

ENSEIGNEMENT & ÉDUCATION 

THEMES PROPOSES : Le rôle de U jeuneiie univeriitaire dam la lutte contre 
r«lcooliime. *■ 

Le rôle des établiitementi d'enieignement eecondaire (Ijcéei, collèges, (gymnases, 
etc.), dani la lutte antialcoolique. 









PROCÈS-VERBAL 



À 2 heures de raprës-midi, M. Jules Learand, Sous*Secrétaire 
d*Ëtat au Ministère de Tlntérieur, représentant le Gouvernement, prend 
place au fauteuil de la présidence; il estentoui^é des membres du Bureau 
du Congrès et des représentants officiels des diverses puissai^ces. 

M. le D** Legrain, Président du Congrès, prend la parole et pro- 
nonce le discoui-s suivant : 

Discours de M. le Docteur LEGEAIN. 



Mesdames, Messieurs, 

Je ne vous tiendrai pas longtemps, mon rôle dans la circonstance 
Qst tout h fait effacé. Je n*ai pour devoir que de souhaiter de votre 

Cart à tous la bienvenue au représentant des Pouvoirs publics, qui a 
icn voulu honorer de sa présence notre Congrès. 

On peut bien dire que Pheure est solennelle pour notre pays et ce 
n'est pas en vain qu il y a deux ans le Congrès de Bruxelles, le 
VI* Congrès international, a décidé de tenir ses futures assises en 
France, a Paris. Vous n*ignorez pa^. Mesdames et Messieurs, surtout 
vous tous qui êtes au courant de la question alcoolique, qui Tavez étu- 
diée de mille manières, vous n'ignorez pas que la raison d'être de ce 
choix réside dans ce fait que notre pays est, Je tous, celui dans lequel 
le fléau a fait le plus de progrès dans ces dernières années. Le mo- 
ment était donc bien choisi parce que le péril est menaçant. 

Nous ne saurions être trop reconnaissants aux Pouvoirs publics de 
s*intéres8cr à notre œuvre et de venir par leur présence Tencourager. 
Monsieur le Sous-Secrétaire d'Etat, je salue dans votre personne non 
seulement la France hospitalière, mais aussi le Gouvernement que 
vous représentez et dont vous nous garantissez en quelque sorte le 
concours. 

Nous avons une parfaite et absolue confiance dans la collaboration 
des Pouvoirs publics désormais. Ce matin, dans un échange assez ra- 
pide de vues, un certain nombre d*idées ont été émises, desquelles il 
résulte que, dans toutes les nations, en matière d*antialcoolisme c'est 
rinitiative privée qui a préparé le terrain aux Pouvoirs publics. C*est 
un point de doctrine en quelque sorte acquis dans les pays étrangers, 









=f ^ 



102 VII* CONGRÈS INTERNATIONAL 

OÙ riiiitiativc privée est développée à son maximum. Dans notre pays 
il ireii est pas enc*ore ainsi, et au lieu de préparer le terrain pour Tac- 
tion gouvernementale ou légale, comme on Ta fait ailleurs, on s*est 
trop accoutumé à s'adresser de suite a Tinitiative d*Etat comme il une 
sorte de sauveteur, et, je le rappelais ce matin en quelques mots, on 
nr connaît guère en France, en fait de moyens susceptibles de porter 
atteinte h Talcoolisme, que des lois, d'ailleurs excellentes, mais qui 
dorment inappliquées parce que leur nécessité n'est pas vivement res- 
sentie par la niasse. Or, ainsi que le faisait si justement observer ce 
matin M. Dillon, il faut que Tesprit des nations précède la confec- 
tion des lois ; c*est, en réalité, le peuple qui doit les préparer ; quand 
les lois ne sont pas désirées par les nations, elles tombent en 
désuétude. 

Kh bien, Monsieur le Sous-Secrétaire d*Etat, nous sommes tous ici 
réunis pour préparer le terrain et pour faire appel ensuite aux Pou- 
voirs publics destinés h couronner notre œuvre, mais il va de soi que 
dans la circonstance' il y a solidarité absolue entre vous et nous: de ce 
que Taction des Pouvoirs publics n*est vraiment efficace que quand 
I opinion est formée, il ne résulte pas que ceux-ci doivent se croiser 
les bras en contemplant le mal et en attendant que le terrain soit 
préparé h recevoir la. graine législative. Dans la circonstance, si les 
Pouvoirs publics ne peuvent pas tout, ils peuvent nous aider grande- 
ment, faciliter notre action, et c*est à cet appui que je fais appel. Je 
suis certain que votre présence ici nous démontre de fa façon la plus 
péremptoire l'intérêt attaché parle Gouvernement a la cause de Tantial- 
coolisme que nous représentons, et nous assure, laissez-moi le dé- 
clarer au Congres en vous souhaitant la bienvenue, que d'ores et 
déjà les Pouvoirs publics sont avec nous. 

J'aurais mauvaise grâce d'ailleurs a ne pas reconnaître qu'ils ont 
fait, dans ce sens, un effort considérable depuis quelques années. Je 
rappellerai en passant l'initiative prise par M. le Ministre Rambaud, 
qui, dans une circulaire heureusement restée célèbre, puisqu'elle a 
Hiit le tour du monde, — un orateur roumain le rappelait ce matin en 
termes courtois, — a bien voulu faire appel au personnel enseignant 
et lui demander une part de son dévouement pour le bon combat 
contre le fléau national. Grâce à cette heureuse intervention, nous 




igC 

faut être sobre, qu il faut même s'abstenir d'alcool, nous préparons à 
l'avenir, ii la France, une génération solide. Dans cette circonstance, 
le Gouvernement a rendu a la Républiqiie un service immense. Il a 
plus fait h coup sûr par une simple circulaire que toutes les lois édic- 
tées jusqu'à ce jour. 

VA\ bien, cet appui moral qu'un ministre nous a prêté une fois, 
d'autres peuvent et doivent encore nous le prêter. Cliaque adminis- 



» - : \ • * ' • 



CONTRE L*ABU8 DBS BOMBONS ALCOOLIQUES iOi) 



tration peut, dans sa sphère spéciale, être complice de notre œuvre de 
regénération. Voilà, Monsieur le Sous-Secrétaire d'Etat, ce que votre 
présence ici me permet de proclamer hien haut. Je tenais à souligner 
ce grand principe de solidarité, qui doit unir Taction privée et 1 ini- 
tiative gouvernementale. Nous pouvons beaucoup par nous-mêmes, je 
veux même dire que c*est a nous qu'incombe Ta plus lourde tache, 
mais inversement nous disons au Gouvernement que nous sommes pa- 
ralysés s*il ne nous aide pas. 

Au nom du Congrès, je remercie le Gouvernement de s*étre fait 
représenter a notre réunion et d*en rehausser ainsi Téclat. Permettez- 
moi, Monsieur le Sous-Secrétaire d'Etat, de vous offrir la présidence 
A%\ cette séance et de vous donner la parole. 

Discours de M. Jules LEGRAND, 

Sout-SecrétaÎM d'Btat uu Minittère de l'Intérieur et des Cultes. 

Mesdames, Messieurs, 

Au nom du Gouvernement de la République Française, j'ai l'hon-^ 
ncur de souhaiter la bienvenue aux membres du Vil* Congrès inter- 
national contre l'abus des boissons alcooliques. 

Je crois qu'a tous égards nous devons nous féliciter que la France 
ait été choisie comme lieu de réunion pour le VII* Congres. Tout 
d'abord — et je ne pense pas que ce soit là un excès d'amour-propre 
national, puisqu'on est à peu près unanime à le reconnaître — il me 
semble que le génie de notre pays a la vertu de clarifier, de tamiser, 
de filtrer en quelque sorte ce qui le traverse, et par suite, de le 
fortifier. Les idées justes et saines acquièrent de cette façon, en 
passant par notre contrée, une puissance extraordinaire d'expansion 
et de rayonnement. 

il y a malheureusement un autre motif, comme l'indiquait tout 
il l'heure si justement le docteur Legrain, pour que je remercie les 
membres du Congrès d'être venus dans notre pays : c'est que nous 
avons grand besoin de la propagande il laquelle vous vous livrez avec 
tant de dévoûment. Sans doute, nous sommes et nous tenons à 
rester le pays des Rabelais et des Désaugiers, mais le vin de notre 
pays, le ce vin de France » et les joyeux propos qii*il engendre sont 
tout autre chose que le triste alcool avec ses fureurs bestiales : or, au 
point de vue de la consommation de l'alcool, comme le disait le 
docteur Legrain, il n'est que trop vrai que nous, sobres autrefois, 
nous sommes parvenus, par un privilège peu enviable, ii peu près au 
premier rang. Le docteur Legrain, avant cette séance, me disait que 
si l'on considère l'alcool pur, l'alcool h 100 degrés, eh bien, nous 
atteignons dans notre pays une proportion qui dépasse 4.litres par tète. 






, v 



104 vil' CONCRES INTERNATIONAL 

près de 4 litres 1/2 je crois, ce qui est considérable. Il n'y a guère 
que deux pays avant nous, et pas de beaucoup. Puis je constate 
une seconde aggravation, c*est que chez les autres nations qui 
s'alcoolisent autant que nous, il y a depuis quelques années, grâce a 
d'énergiques campagnes, une décroissance (lu mal, tandis que chez 
nous il y a une tendance k Taugmentation. Je n*ai pas besoin dé vous dire, 
car vous en êtes tous convaincus, combien cette situation, qu'il faut 
envisager nettement, — car il importe avant tout de se rendre 
compte de la réalité, — combien cette situation est inquiétante, 
r/est, en elTet, une vérité historique que Tabus de l'alcool menace 
Texistence des nations h plusieurs points de vue. Il la menace au point 
de vue financier : ii coup sûr l'alcool rapporte de l'argent h l'Etat, mais 
il faut songer h toutes ces malheureuses familles, a ces indigents qui, 
dominés par la funeste passion, dépensent dans les cabarets les 
quelques sous qu'ils ont pu gagner. Je lisais ces jours-ci, dans un 
article publié h propos de votre Congrès, que de pauvres ouvrières, 
car les femmes ont, sur certains points, distancé les hommes, dépen- 
saient jusqu'il quinze et vingt sous d'alcool par jour. N'est-ce pas abomi- 
nable ? Vous voyez ce que peut faire l'alcool dans un maigre budget de 
travailleur ! 

Au point de vue physique, tous les médecins ont décrit les ravages 
causés par l'abus de l'alcool ; au point de vue intellectuel, c est 
Tépuisement, la perte des facultés les plus élevées, et comme terme 
final, l'abêtissement. Enfin au point de vue moral, j'ose h peine 
évoquer l'idée de toutes les monstruosités, de ces crimes contre nature 
auxquels mène, par une nécessité presque invincible, l'abus des 
boissons alcooliques. Il y a donc très certainement, Mesdames et 
Messieurs, et le Gouvernement en est convaincu, il y a là un péril 
national. Soyez félicités de vouloir bien avec nous combattre ce péril. 
( Applaiidissemen ta) . 

Au reste, même sur le terrain parlementaire et législatif, nous 
avons déjii fait de très sérieux efforts. 

Permettez-moi de rappeler notamment la loi contre l'ivresse mani- 
feste, et surtout laissez-moi saluer le grand nom d'un homme que 
très certainement vous élevez bien haut dans vos cœurs et pour lequel 
j'ai, je puis le dire, puisque je suis son collaborateur de tous les jours, 
une vénération particulière, le grand nom de Théophile Roussel. 
(Applaudissements), 

Depuis des années, il lutte, il lutte contre tout ce qui accable 
l'humanité, soit dans son corps, soit dans son âme. Il lutte, toujours 
plus vaillant, jeune d'intelligence et de cœur, car l'âge ne ralentit 
point son zèle. Il y a quelques semaines, il était souffrant, il a voulu 
venir quand même h nos séances du Ministère de l'Intérieur, et selon 
la forte parole d'un de nos grands écrivains, il montre, lui aussi, dans 
son action bienfaisante c( qu'une âme guerrière est toujours maîtresse 
du corps qu'elle anime. » (Applaudissements), 



-*■ • * V- ,'" ►>'* ypv>-si«T 



) 



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CONTRE L*A1IUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 105 

Nous avons eu encore de brillantes discussions sur le régime des 
boissons ; vous n*avez certainement pas oublié les discours du 
docteur Lannelongue a la Chambre, du docteur Labbé au Sénat. Le 
Parlement a réalisé d*importants dégrèvements sur les boissons 
hygiéniques y dont la consommation peut faire et doit faire reculer la 
consommation du poison, de Talcool. Enfin, tout récemment, un des 
meilleurs champions de notre cause, Thonorable M. Siegfried, a 
déposé un projet de loi qui tend à régler d'une façon rationnelle le 
fonctionnement et la limitation des cabarets. 

Donc, il serait injuste de prétendre que Ton n*a rien fait dans 
Tordre législatif et parlementaire, mais il reste beaucoup à faire, et 
comme le disait si bien mon voisin de droite tout h 1 heure, pour 
que Faction législative puisse s*exercer elHcacement, il est indispen- 
sable que Ton agisse d*abord sur les mœurs, afin que Topinion 
accepte les lois qui seront préparées au Parlement. (Applaudis-' 
sements). 

11 faut, en quelque manière, préparer le terrain social oii seront 
appliquées ensuite les mesures législatives. Aussi bien, il ne s*agit 
pns d^aller b Textrème ; le Gouvernement que J*ai l'honneur de repré- 
senter, pas plus dans cette matière que dans d'autres, n'est partisan 
du tout ou rien ; il pense que ce <}ui convient, c'est de faire quelque 
chose, quelque chose de pratique, quelque chose de concret, quelque 
chose d'efficace. (Trèê bien!) 

Eh bien, pour qu'on puisse, au point de vue législatif et parle- 
mentaire, faire quelque chose de vraiment efficace, il faut, je le répète, 
que le terrain social soit préparé. Comment sera-t-il préparé ? II le 
sera surtout par l'initiative privée, et quand je pense à ce que 
peuvent déployer de dévoûment, d'activité, de volonté infrangible, 
des hommes convaincus, je rends, au nom de vous tous très certaine- 
ment. Mesdames et Messieurs, un public hommage au docteur 
Lcgrain, (applaudissements prolongés) à celui qui, avec tant de zélés 
collaborateurs, a fait vivre ces organisations de Tempérance qui com- 
mencent a couvrir notre pavs, surtout depuis quatre ans, et au premier 
rang, cette admirable a Union Française Antialcoolique », dont le 
docteur Legrain est le Président-Fondateur et qui compte aujourd'hui 
.'U),OOU membres et 435 Sociétés locales. Ce sont des chiffres plus élo- 
qncMits que des discours ! (Applaudissements.) 

Vous avez raison, mon cher Président ; dans votre tache vous pouvez 
^tre assuré, j'ai le droit de le dire, on m'a autorisé à vous le dire, et 
je lo dis aussi en mon nom personnel, que les Pouvoirs publics sont 
avec vous. 

Ils l'ont du reste prouvé : vous avez rappelé tout à l'heure que l'en- 
seignement antialcoolique a été officiellement introduit dans les Ecoles 
primaires et, ce qui est peut-être encore plus capital, dans l'Ecole 
normale, où se façonnent les instituteurs, par mon très éminent col- 
lègue et ami M. Raymond Poincaré. Vous avez rappelé également cette 



\ ■ 



106 vil' CONGilks INTERNATIONAL 

remarquable circulaire de M. le sénateur Rambaud, alors Ministre de 
rinstruction Publique, prescrivant aux instituteurs de créer dans les 
lilcules des Sociétés enfantines. Ainsi la propagande se fait là où elle 
peut produire les cOets les plus directs, dans iVime de Teniant ; elle 
se fait par la parole du maître, par des brochures spéciales, par des 
images appliquées aux murs, par les couvertures des cahiers que 
manie journellement Técolicr. 

Mesdames, Messieurs, le Ministre actuel de l'Instruction Publique, 
M. Georges Lcygues, est sur ce point de Tavis des prédécesseurs que 
je viens de citer : il a accordé son patronage h ce Congrès et il a 
obtenu pour lui du Parlement une importante subvention. S'il n'est 
pas ici, à cette place, et s'il ne préside pas cette séance d'ouverture, 
c'est (|ue de graves obligations font obligé de s*absenter de Paris. 
M. Georges Leygues, en eflct, doit se rendre h Toulouse, où Ton a 
eu l'heureuse idée de tenter cette année, pour la première fois, un 
essai de décentralisation intellectuelle, en y organisant la réunion 
annuelle du Congrès des Sociétés Savantes. C est uniquement ce 
motif qui Téloigne de nous, mais son cœur est avec nous, ses efforts 
seconderont les nôtres, et il m'a chargé de vous le déclarer. 

I/action publique et privée dont je viens de parler sera très énergi- 
(|uemcnt stimulée par le VIP Congrès international. Ce Congrès, en 
elFet, d'après les indications qui m ont été fournies, a un succès véri- 
tablement inouï; il compte plus de mille adhérents; 150 mémoires 
ont été annoncés. Ces chiffres n'avaient jamais été atteints jusqu'ici; 
c'est pour notre pays un empressement et par conséquent un honneur 
auquel nous sommes extrêmement sensibles, et si je voulais citer tous 
les noms qui me frappent quand je parcours la liste de ceux qui ont 
adhéré ii ce Congrès, je finirais par lasser votre attention. Permettez- 
moi simplement, Mesdames et Messieurs, de citer au hasard, pour 
ainsi dire, ((uelques-unes des illustrations qui nous ont apporté un 
précieux témoignage de sympathie. 

Pour la Belgique, je salue le nom de M^ Jules Le Jeune, sénateur et 
ministre d'hltat, qui a tant fait pour la lutte contre le terrible poison, 
(A/jjjltitidissv/fic/ils), le Docteur de Vaucleroy, Secrétaire général du 
\' P Co n g rès . ( . !/;/>/// iidisse/ncn Is) . 

Pour la Suisse, nous voyons les noms de Monseigneur Eggcr et de 
MonstMgneur Savoy «jui ont imprimé un mouvement si puissant ii l'ac- 
tion catholique contre l'alcoolisme. (Applaudissements), 

Pour l'Angleterre, rhonorable Conrad Dillon, qui a été réellement 
rame du mouvement de tempérance dans les armées britanniques. 
(Appla udissemcn /s) . 

Kn Danemark, une noble femme. Madame Selmer, qui doit être, je 
crois, \i\\ des orateurs du Congrès, a fait une propagande' admirable 
parmi les femmes danoises, dans un pays où cette propagande est si 
n éccssa i re . (. [ppla udissemcn Is . ) 

De la Russie nous avons de nombreux délégués olPiciels de la Com- 



*:;'•' > 



CONTnB L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQVB8 107 

mission Supérieure russe du monopole, les Docteurs Nijégorodzeir, 
RalFalovich, Borodine, etc. 

De nombreux américains, MM. Clarke Bell, le Docteur Crothet-s, etc. 
ont traversé TOcéan pour répondre ii rappelde la France. (AppUkndtV.) 
I) ailleurs, il faut que je m^arrète : qu il me suilise de dire que tous 
les Gouvernements et la plupart des sociétés des divers pays, nous 
ont envoyé des délégués. Tous ces délégués étrangers, je les remercie 
de leur concours : ils donnent un admirable exemple de solidarité 
internationale. 

Dans vos personnes, Messieurs les Délégués étrangers, je remercie 
et je salue les souverains et les Etats que vous représentez. [Applau* 
diasetnenU), 

Va maintenant, si je me tourne vers les délégués appartenant à notre 
pays, quelle abondance de noms illustres ! Nous avons parmi nos 
adhérents — ici surtout je cite au hasard — M. Barbier, Premier 
Président honoraire de la Cour de Cassation, — le Général Galiiéni, 
Gouverneur de Madagascar, qui, aux qualités du soldat ioint celles d'un 
administrateur de premier ordre, — M. Octave Gréard, dont le nom seul 
snllit il montrer la place que tient dans la préoccupation de TUniver- 
site la lutte contre le fléau de Talcoolisme, — M. Jules Claretie, de 
TAcadémie française, — M. Bouchard, de Tlnstitut, — le doyen de 
la Faculté de médecine, M. le professeur Brouardel. {Applaudissements.) 
Il y a ici des délégués de presque toutes les Sociétés savantes de la 
capitale et de la province. Vous savez que le Parlement aussi a donné, 
par des adhésions significatives, son concours au YII* Congrès ; 
plusieurs sénateurs, plusieurs députés se sont inscrits, et des séna- 
teurs et des députés appartenant k tous les partis, sans distinction de 
nuances, depuis la droite jusqu'à l'extrême gauche la plus avancée. 
/ Appla udissements) . 

Nous avons parmi les membres du Comité d'organisation M. ThuiN 
lier, Président du Conseil général de la Seine ; le Conseil municipal 
de Paris a envoyé une délégation ayant h sa tête M. Ranson, Vice- 
Président du Conseil général de la Seine. 

Kniin, et j'appelle votre attention sur ce point, Mesdames et Mes- 
sieurs, le clergé sentant qu'il y avait là une œuvre morale de premier 
ordre, le clergé est venu à nous. Je citerai entre autres, le nom du 
Cardinal Lécot, archevêque de Bordeaux, de Monseigneur Foucault, 
évêque de St-Dié, de Monseigneur Turinaz, évêque de Nancy, un des 
orateurs du Congrès. Demain soir vous devez entendre une confé- 
rence sur cette question : « Le clergé et les ministres des différents 
cultes dans la lutte contre Valcoolisme. » Deux orateurs sont inscrits 
pour cette conférence : Monseigneur Turinaz, évêque de Nancy, et 
.M. le pasteur Rochat, de Genève, Président-Fondateur de la Socirlé 
de tempérance de la » Croix-Bleue ». {Applaudissements prolongés ) . 

Le rapprochement de ces deux noms n est-il pas caractéristique ? Ne 
prouve -t-il pas que quand il s'agit d'une œuvre d'humanité, d*une 









108 VII* CONGRÈS INTERNATIONAL 

œuvre de relèvement, de prévoyance, il n*y a plus de distinction de 
confessions et que dans tous les clergés on trouve des hommes de 
cœur et de dévoûment. 

Perniettex-moi donc d*espérer que ce Congrès ouvre pour notre 
pays une ère véritablement nouvelle : il faut que tous les citoyens qui 
sont persuadés de la bonté de notre œuvre, nous donnent leur con- 
cours : il faut que ceux-là surtout qui, en raison de leurs fonctions 
sociales peuvent agir plus eifîcacement, viennent à nous, par où j*en- 
tends les prêtres, les professeurs, les médecins, les magistrats, les 
soldats ; et entin surtout. Mesdames, il impoi^tc que nous ayons avec 
nous les femmes. Je crois qu'a cette époque où Ton parle beaucoup de 
féminisme, un féminisme qui sera approuvé par tous, c'est celui qui 
peut se déployer dans nos réunions. 11 appartient a la femme: d'abord 
de donner rcxcmple de la sobriété, ce qu'elle ne fait pas toujours, 
hélas ! comme je l'indiquais tout h l'heure; puis d'exercer une action 
puissante sur l'homme. On ne peut, et je le dis, parce que c'est ma 
conviction intime, on ne peut rien, en matière sociale, sans la coopé- 
ration de la femme {Applaudissements) et volontiers je traduirais 
ainsi le dicton: u Ce que femme veut, l'homme le veut. » 

Il est indispensable d'organiser une vaste conspiration des intelli- 
gences, des volontés et des cœurs contre ce qui tue le corps et l'ame. 
Je vous invite, Mesdames et Messieurs, à prêcher comme une sainte 
croisade pour le triomphe de la raison sur une bestialité d'autant plus 
hideuse qu'elle est contraire à la nature, pour le salut de la race, pour 
la noblesse de Tètre pensant, pour le patrimoine commun de 
l'humanité. 

Mesdames, Messieurs, au nom du Gouvernement de la République, 
je déclare olliclellement ouvert le Vil* Congrès international contre 
l'abus des boissons alcooliques. [Applaudissements prolongés,) 

La parole est a M. Bayet, directeur de rEnscignement primaire en 
Fiance, représentant M. lé Ministre de rinstruction Publique. 

Discours de M. BAYET, 

Rrpréscntant du Ministre de l'Initruciion Publique. 

Mësdamks, Messieurs, 

Monsieur le Ministre de l'Instruction Publique m'a confié le grand 
honneur de le représenter au Congrès, et surtout il m'a recommandé 
de bien souligner auprès de vous le caractère de cette délégation. 

Il m'a prié de vous dire qu'il ne fallait pas y voir tout simplement 
une formalité, un acte de politesse, mais qu'il était personnellement 
et de cœur avec vous, qu'il s'as.Hociait entièrement ii votre œuvre et 
qu'il ferait tout ce qui dépendrait de lui pour seconder vos efforts. 



t 



1 






CONTRE L*ARUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 109 



M. le Docteur Legrain m'a prévenu hier soir que j'aurais h prendre 
la parole clans la séance d'aujourd'hui. Je n'ai pas eu le temps de 
préparer un discours, et je m'en excuse ; mais j'ai pensé cpie ce qu'il 
y aurait peut-être de plus utile à faire, puisque j'ai Thonneur de 
parler au nom du Ministère de l'Instruction Publique, ce serait de 
vous exposer ce que nous avons fait et ce que nous comptons faire 
contre Talcoolisme. 

J'ajouterai, car il faut être tout a fait sincère, ce que nous comptons 
no pas faire, et je m'expliquerai tantôt sur ce point. 

Il a été plusieurs fois question, ce matin déjà, de l'initiative qui a 
été prise par le Ministère de l'Instruction Publique afin de préparer 
les voies ii une action plus énergique des pouvoirs législatifs. C'est 
en 1896 que, sur la proposition de mon éminent prédécesseur, 
M. Buisson, (applaudissements et ovation à M, Buisson) qui, avant do 
quitter la direction de l'Enseignement primaire, a tenu h associer 
I Enseignement primaire sous une nouvelle forme si la défense de nos 
intérêts nationaux ; c'est sur la proposition de M. Buisson que 
M. Poincaré, alors Ministre de l'Instruction Publique, constitua une 
grande Commission chargée d'étudier un programme d'enseignement 
antialcoolique. 

Cette commission, presque tous ceux qui sont au bureau la connais- 
sent bien, ils en ont fait partie et y ont activement travaillé. C'est à la 
suite de ses délibérations que parut une circulaire du 9 mars 1897, 
où le Ministère prenait ouvertement et nettement position dans la 
lutte contre l'alcoolisme. 

Permettez-moi de vous en lire quelques passages : 

Il ne s'n^ii donc point ici d'an danger poiiager, maii d'un fléaa qnt prend un carac- 
tère permanent, dont lea effets s'aggraTent d'année en année et qui, par ta continuité et 
soM progrès, est plus redoutable que lei guerres ou les épidémiei lei plus meurtrières. 
L'ulcoolisine, en effet, ne frappe pai feulement celui qui boit, en ruinant sa santé et sou 
int<*Ui|;ciice, en le poussant souvent à la folie et ou suicide, il froppe autour de lui tous 
coux dont Texistencc est liée à la sienne et pour lesquels il devient une chorge et un 
(lnngi*r : il désorganise et ruine les familles ; il compromet la sécurité publique, et le 
nombre s'uccroit sans cesse des crimes commis par des alcooliques. Enfin, ce qui est 
plus grave encore, l'alcoolisme ne borne point ses ravages à la génération présente, il 
meiince do vicier dans son germe la génération de demain. Les enfants d'alcooliques, 
victimes des excès des parents, portent dans leur sein un poison dont le médecin est 
iiupin»flunl «N régler les effets ; c'est parmi eux que se recrute pour la plus grande ptirtie, 
ri'tlp fuule toujours croissuntG des enfants racbitiqucs, dégénérés, des gdteux, des hysté- 
riques, des épilcptiques qui onvobit nos hôpitaux, nos moisons de santé. 

Va plus loin : 

J'iii ponsé qu'il appartenait & l'Université de donner l'exemple. Elle y est d'autont plus 
intérriiséc que son œuvre serait stérile si, -après tant de généreux efforts pour former les 
intelligences et les Ames des enfants, l'alcoolisme pouvait compromettre cbex eux nvec 
la vie physique, la vie intellectuelle et morale. Il importe de leur signaler de bonne heure 



* 7 M 



110 vu" CONGItks INTERNATIONAL 



• 



le danger, de leur in«pircr lo crainte et le dégoût de ralcooHime, de leur en faire compren- 
dre toutes les conséquences. Les professeurs et les instituteurs s'ocquitteront de ce rôle 
avec la conscience de faire œuvre de bien public. Je leur recommande de donner ces no- 
tions sous In forme la plus simple, la plus familière, et, par suite, la plus pénétrante ; de 
faire appel h la réftexion des enfants, en un mot, de convaincre encore plus que d'ensei- 
gner. En dehors du programme, en dehors des heures de classe, je leur serai reconnais- 
sant de tout ce qu'ils pourront faire pour que leupri leçons et leurs coaaeili soient suivis de 
résultats : conférences aux adultes, êociété» de tempérance, etc. 

Le Ministre terminait en engageant les proiesseurs des Universités 
et de TKnseignement secondaire à s'associer à cette œuvre, à faire 
des conférences aux étudiants, afin que plus tard, lancés dans la vie, 
ingénieurs, avocats, notaires, professeurs, tous pussent faire œuvre 
de bons citoyens. {Applaudissements), 

Les programmes qui accompagnent cette circulaire s'adressent aux 
Lycées et aux Collèges d'une part, aux Ecoles Normales et aux Ecoles 
Primaires d'autre part, et, en ce qui concerne l'Enseignement primaire, 
ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'on se garde bien d'ajouter 
tout simplement aux programmes antérieurs cinq ou six leçons sur 
l'alcoolisme plaquées au hasard ; on veut que l'enseignement antial- 
coolique s'insinue dans toutes les études, qu'il soit donné sous toutes 
les formes, qu*il figure à renseignement des sciences physiques et 
naturelles, mais en même temps à l'enseignement de la morale, qu'il 
reparaisse dans le choix des dictées, des lectures et même des pro- 
blèmes, qu'en un mot, par tous les moyens possibles l'attention de 
l'enfant soit sans cesse mise en éveil sur les aangers de l'alcoolisme. 
{Très bien I Applaudissements), 

Le Ministre avait indiqué que, dès l'année suivante, il tenait à ce 
que les Inspecteurs d'Académie, par des rapports précis, le missent 
au courant de ce qui avait été fait et, s'il y avait heu, des résultats 
qu'ils nuraient déjà pu obtenir. 

Ces rapports ont été dépouillés au Ministère de l'Instruction 
publique, et un Inspecteur d'Académie, M. Pellisson, en a fait l'objet 
d'une étude d^ensemble, qui a paru dans le numéro de janvier de la 
lievue Pédai(Of^i{jue. Je ne puis pas songer a analyser ici cet article 
qui entre dans beaucoup de détails. Je ne signalerai que quelques 
points. 

Ce qui frappe tout d'abord, c'est que la circulaire et le programme 
ministériels ont trouve un terrain bien préparé, que, dans bien des 
endroits déjà, les instituteurs qui ont à donner l'éducation civique, 
avaient compris que l'enseignement antialcoolique en était une partie 
intégrante, bien qu'il ne figurât pas au programme. Mais la circulaire 
ministérielle est venue fortifier leur courage et en même temps encou- 
rager leurs e (Torts. 

Ce qui frappe ensuite dans cet article, c'est que ni les professeurs 
des Ecoles Normales, ni les instituteurs ne se sont contentés d'ap- 
pliquer docilement les programmes qui leur étaient envoyés f^ils les 



.•>«.^ 



CONTRE L*ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 111 

ont médités et ils ont cherché, selon les régions, selon le caractère 
des populations, le meilleur moyen de les adapter soit aux élèves, soit 
aux auditeurs dans les conférences complémentaires de TEcole. 

lin résumé, il est bien évident que ce n*est pas après une première 
campagne, une campagne d'un an, qu'on peut chanter victoire ; mais 
rcpoiKhint certains faits méritent déjà d'être signalés. « On m'assure, 
dit rinspecteur d'Académie de la Charente, que dans diverses localités 
les caliarcticrs ont vu diminuer leur chiiTrc d'aflaires, et môme (|iic 
quelques-uns ont dû fermer boutique. » Dans une localité du Khônc, 
un instituteur alfirme que depuis l'organisation des Conférences, la 
consommation de l'alcool a sensiblement diminué. Et enfin, c'est le 
témoignage le plus curieux, dans le Puy-de-Dôme,, tout récemment, 
un Inspecteur primaire entendait un voyageur en spiritueux dire : 

(c l«es commissions se font rares, les maîtres d'école, oui, les maîtres 
d'école font depuis quelque temps une campagne qui ne laisse psis 
que d'être inquiétante pour nous. » 

Voilà ce c|ui a été fait. Mais il est encore d'autres moyens d'action 
qu'il est dans l'intention de Monsieur le Ministre d'utiliser. 

Vous savez quel merveilleux développement ont pris depuis cinq ans, 
dans notre pays, les œuvres complémentaires de l'école, les cours 
d'adultes, les mutualités scolaires, les conférences populaires, les loc* 
turcs populaires, les associations d'anciens élèves avec leurs réunions 
du jeudi et du dimanche ; eh bien, nous nous servirons de toutes ces 
œuvres complémentaires de l'école pour lutter contre l'alcoolisme. 
(. {pplaudissements) . 

Car il ne suffit pas de dire aux enfants et plus tard aux adultes : 
« Mes amis, il ne faut pas boire d'alcool », il faut encore savoir ce que 
nous substituerons à l'alcool, il faut savoir quelles sont les distractions 
intelligentes et saines que nous offrirons à ceux qui avaient l'habitude 
d'aller au cabaret. (Applandissemenls). 

Il devrait y avoir dans tous les quartiers de nos grandes villes, et je 
dirais volontiers dans toutes les communes, une salle plus ou moins 
riche, plus ou moins bien décorée, mais aussi attrayante, aussi sou- 
riante que possible, où l'on pourrait organiser, et pour les jeunes gens, 
et pour les hommes faits, et pour les ouvriers et pour tous, des réunions, 
des fêtes populaires, non pour imposer aux auditeurs des sermons ou 
de graves leçons, mais pour les amuser et les distraire honnêtement. 
( . \fwla itdiêsemen Uf) . 

Il y a encore une autre forme de l'enseignement qu'il faut que nous 
utilisions, et ici. Mesdames, c'est à vous que je m'adresse : l'ensei- 

Îrnement ménager n'existe encore en France que par exception. Eh 
)i(Mi, j'ai la conviction^ue l'enseignement ménager bien organisé doit 
être un de nos plus précieux auxiliaires dans la lutte contre l'alcoo- 
lisme. Il ne faut pas croire que, quand l'ouvrier va pour la première 
fois et la seconde fois au cabaret, ce soit en général 1 attrait de l'alcool 
qui l'y conduise. Pourquoi y va-t-il ? Parce que le cabaret représente 






• . i 



112 vil" CONCnÈS INTSnNATlONAL 

pour lui comme une sorte de salon ; il donne à Touvrier une sensation, 
malsaine, fausse, mais enfin il lui donne une sensation de confort et 
de gaiié. Il va y retrouver ses compagnons ; il va causer avec eux, et 
il abandonne le logis qui trop souvent est misérable et mal tenu. Eh 
bien, quand renseignement ménager sera organisé comme il doit Tètre, 
je ne parle pas seiuement de la cuisine, je parle de tout ce qui con- 
cerne la vie, quand la femme, ayant véritablement le sentiment de son 
rôle et de son devoir saura, sans faire de grandes dépenses (de la 
propreté, une ilcur sur la cheminée, des rideaux aux fenêtres parfois 
y suffisent, ) quand elle saura donner au logis un aspect aimable, 
souriant, quand l'ouvrier, rentrant le soir, trouvera la taole bien mise, 
qu'on lui servira de bonne soupe, que ce logis enfin Tentourera, en 
quelque sorte, d'affection et de gaité, je suis convaincu qu'il n'aura plus 
aussi souvent la tentation de s'arracher a sa femme et à ses enfants, 
pour aller boire au cabaret. (Applaudissements.) 

Voilà ce qu'il faut faire. J*arrive à un point plus délicat, parce que 
certainement je vais froisser bien involontairement quelques convic- 
tions, mais enfin je crois que, quand on se réunit dans un Congrès, ce 
n'est pas uniquement pour s'applaudir, mais pour échanger très 
utilement et très loyalement des laées. 

Nous sommes décidés, dans l'Université, à lutter par tous les 
moyens possibles, de toutes nos forces, contre l'alcool ; mais comme 
nous poursuivons des résultats précis, nous ne voulons lutter que 
contre l'alcool ; nous laissons tranquilles le i^in, la bière et le cidre^ et 
cela pour une double raison : intrinsèque et extrinsèque. 

La raison intrinsèque, — croyez bien que ce n'est pas un plaidoyer 
pro domo ; je suis un buveur d'eau ! {rires) — c'est que, si je suis 
convaincu que le vin n'est pas un fortifiant, qu'il est inutile a la 
santé, je ne crois pas qu'il soit réellement dangereux, sauf dans certains 
cas de maladie avérée ; mais — c'est ce qui peut arriver pour tout ce 
que nous buvons et mangeons — les choses les plus saines du monde, 
peuvent, dans certains cas, devenir dangereuses. 

Si je suis convaincu encore que le vin a iait commettre bien des sot- 
tises, depuis Noé jusqu'à Alexandre, et depuis Alexandre jusqu'à Disraeli, 
dont un des orateurs, ce matin, citait un épisode parlementaire qui 
n'est pas à son honneur, je ne crois pas que les méfaits moraux du 
vin soient comparables aux méfaits de l'alcool. Quand il s*agit du vin, 
de la bière ou du cidre, on peut parler d'usage modéré, tandis qu'on 
ne peut pas parler d'usage modéré de l'alcool: il n'y a pas d^ usage 
modéré de V alcool. [Applaudissements,) 

Il y a plus : quand, en ce qui concerne le vin, on franchit 
imprudemment la frontière qui sépare l'usage modéré de l'excès, 
frontière qui n'est pas toujours très bien déterminée, les conséquences 
de CCS infractions ne sont pas graves au même degré. 

Sans doute, il y a une forme de péril dont il faut tenir compte : 
nous consommons, malheureusement, beaucoup de vin falsifié ; mais 



**V' '. 'il • '. 



CONTRE L*ADUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 113 

quand on parle de consommation modérée, c'est seulement du vin 
naturel qu il s*agit. S*il fallait proscrire absolument le vin parce qu'il 
est trop souvent falsifié, nous en arriverions a ne plus rien boire, car, 
malheureusement, Teau elle-même est souvent très falsifiée, ou du 
moins très contaminée. 

En résumé, en ce qui concerne la France, je serais pour ma part 
déjà très satisfait, si nous arrivions à reculer en arrière et a boire, au 
xix' et au XX* siècle, de la même façon qu'on buvait chez nous au xv' et 
au xvi' siècle, et vous savez qu'on y buvait sec et ferme, mais on 
buvait du vin. 

11 y a une autre raison pour laquelle je crois qu'il ne faut pas s'en 
prendre au vin, a la bière et au cidre : nous ne pouvons pas oublier 
que nous sommes en France, c'est-à-dire dans le pays ou les hou- 
blonnières verdoient au Nord, où les vergers se couvrent de pommes 
en Normandie, et où, depuis les rives de la Loire jusqu'aux Pyrénées 
et depuis les Vosges jusqu'à la Provence, les coteaux se chargent de 
vignes. 

Kh bien, si nous allions dire à tous nos compatriotes : u Arrachez 
vos houblons, arrachez vos pommiers et arrachez vos vignes, » cer- 
tainement nous serions mal reçus. Si l'instituteur, à l'école, dit aux 
enfants : « Il ne faut pas boire de l'alcool ; l'alcool est dangereux, » 
l'enfant, rentré chez lui, racontera à son père la leçon qu'on lui a 
faite. Le père, même s'il est alcoolique, n'osera pas répondre à l'enfant: 
« Ton instituteur ne sait ce qu'il dit », il gardera le silence et fera 
peut-être un retour sur lui-même. Nous avons même eu des exemples 
à Paris, et M. Baudrillard, Inspecteur primaire, qui s'est occupé tout 
spécialement de la question-, pourrait nous en citer, de papas qui se 
sont corrigés du cabaret, parce que les enfants intervenant tout naïve- 
ment, leur disaient : « Comment ! tu vas boire de l'alcool, mais cela 
fait mal, tu en mourras. » 

Donc si l'instituteur attaque l'alcool, on ne se moquera pas de lui. 
Mais s'il dit au contraire aux enfants : « Il ne faut boire que de l'eau », 
et que l'enfant rapporte ce propos chez lui, le papa haussera les épaules 
et répondra: « Un bon verre de vin n'a jamais (ait de mal. » Il exagérera, 
mais n'aura pas tout à fait tort. 

Voilà donc le programme de TUniversité, et ce programme s'il est 
modeste, je le crois pratique et prudent. Nous avons dans l'alcool un 
ennemi assez redoutable pour ne pas nous en mettre d'autres inuti- 
lement sur les bras. 

Quant aux résultats, il ne faut pas se faire d'illusions, il ne faut 
pas croire que nous allons moissonner dès demain : il est évident (|ue 
nous n'aurons guère d'action sur la génération présente. Nous tra- 
vaillons pour l'aveirir, mais j'ai la certitude que la génération prochaine 
vau<lra mieux que la nôtre. Je ne dis pas que tous les enfants (|ui 
s'enrôlent dans les Sociétés de tempérance seront impeccables toute 
leur vie, mais enfin, de ces leçons qu'ils auront reçues à l'Kcole, il 



ill vil" CONCnks INTERNATIONAL 

subsistera une impression première qu*ils n'eflaceront, pour la plupart, 
j ain a is . (. Xppla udisxemcnls) , 

Donc, armons-nous de patience, poursuivons courageusement notre 
tache; dans plus d*nn endroit nous serons plaisantes d'abord; acceptons 
les plaisanteries avec bonne humeur et persévérons. 

Kt, Mesdames et Messieurs, puisque vous avez bien voulu, h diverses 
reprises, me donner votre approbation, je vous demanderai en termi- 
nant, d'adresser un témoignage de sympathie !i nos collaborateurs, 
aux Inspecteurs d*académie, aux Inspecteurs primaires, et surtout aux 
instituteurs et institutrices qui travaillent si activement et si vaillam- 
ment pour notre cause. On leur a dit qu'il y avait lii un péril national : 
ils sont allés bravement a la bataille, sans se dissimuler les difficultés 
aux(|uelles ils se heurteraient. [Applaudissements), 

M. le Président. I/ordi*e du jour appelle la discussion de la ques- 
tion suivante : Du rôle de la jeunesse unioersitaire dans la lutte 
contre l'alcoolisme, La parole est à M. Buisson, professeur à la Sor- 
])onne. iBraoos et applaudissements prolongés), 

M. Buisson monte à la tribune. [Applaudissements réitérés). 

Discours de M. BUISSON. 
Mesdames, Messieurs, 

Vous me confondez : vous me coupez la parole avant que je Taie 
prise ; ce n'est pcut-i^trc pas le meilleur moyen de me donner les en- 
couragements dont vous sentez que j*ai besoin. Pourtant, je m*appuie 
sur cette confiance, je vous remercie de cette sympathie et j'espère 
nue maintenant que nous entrons dans la partie aride, si je peux ainsi 
dire, des travaux du Congres, puisque nous allons aborder 1 une après 
Tautre, les questions pratiques et techniques, vous voudrez bien 
continuer ii vous souvenir de Timportance aes petites choses et des 
petites résolutions ; vous ferez créclit h tous ceux des orateurs, h com- 
mencer par le premier, qui viendront vous entretenir en détail de 
choses qui ne sont en effet que des détails, que vous savez peut-être 
mieux que ceux qui vous les disent ou tout au moins aussi bien. Mais a 
(iiioi servent les Congrès, si ce n*cst précisément k appeler Tattention 
«le tous, Tattcntion de ceux qui y viennent, et surtout de ceux qui n*y 
viennent pas, sur des choses absolument claires, connues, certaines, 
passées il Tétat de lieu commun pour quiconque s'en est occupé ; 
malheureusement il y a beaucoup de gens qui ne s'en occuperaient 
jamais si Ton ne les y forçait pas et c'est pour les y forcer que vous 
êtes ici. 

La première question. Messieurs, que vous avez mise a l'ordre du 
jour me semble bien choisie pour montrer que vous n'avez pas en- 



'\ o; 




CONTRR L*ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 115 

tendu faire un Congrès de science pure, écartant les profanes. Vous 
avez tenu à donner a vos travaux un caractère plus large, plus laïque. 
La première question que vous vous êtes posée est celle-ci : Que peut 
faire la jeunesse universitaire dans la lutte contre V alcoolisme ? 

Merci, merci pour la jeunesse universitaire des deux sexes d'avoir 
pensé h elle en tout premier lieu. 

Vous avez eu raison de commencer par elle : la jeunesse, c'est en 
elle, en eflei, que réside Tespérance du pays. Si nous l'avons avec 
nous, nous pourrons nous endormir tranquilles le jour où nous aurons 
terminé notre tache; celle de la jeunesse commencera, et il lui sera 
peut-être donné d'achever ce que nous avons commencé. 

Sans la jeunesse, il n'y a pas d'avenir, ni pour l'antialcoolisme, ni 
pour l'enseignement, ni pour l'éducation morale ou sociale du pays, 
et je suis vraiment heureux en qualité d'universitaire de .voir que, 
comme l'Université, vous ne demandez rien de plus, par les convic- 
tions, par les idées, par les doctrines qui vous sont chères, que de 
les faire aimer par la jeunesse, sûrs de les faire ainsi triompher dans 
le pays. [Bravos). 

Ce principe posé, je laisserai à d'autres qui le feront mieux que je 
ne lo pourrais, le soin d'examiner point par point dans le vif détail des 
choses et de définir d'une manière rigoureuse le rôle que légitimement 
on peut assigner à la jeunesse. 

Mais puisque vous me chargez d'introduire la question, je me borne 
à l'introduction. Je demande avant tout dans quel esprit la jeunesse 
peut et doit aborder cette question de l'alcoolisme et tout d'abord si 
cette question peut réellement s'isoler et se traiter comme un pro- 
blème indépendant de tous les autres. 

Vous vous adressez à la jeunesse universitaire, pourquoi ? Pour qu'à 
son tour elle s'adresse h qui ? A tout le public, a la jeunesse non cul- 
tivée, a la masse de la population, aux familles, aux adolescents, aux 
enfants, pour qu'elle fasse œuvre de propagande et de prédication. 

Kh bien, Messieurs, je suis convaincu que la jeunesse que vous 
chargez de cette mission ne peut la remplir que si elle la prend d'une 
faron très large, très ample, laissez-moi dire très philosophique. La 
question de l'alcoolisme n'est pas simple,, quoi qu'elle le paraisse; 
même et surtout peut-être dans un Congrès antialcoolique, il faut voir 
tout autre chose qu'une réunion de spécialistes savants : il y a bien 
d'autres éléments du problème que l'élément médical. Non, Messieurs, 
il n'y a pas de question moins simple que celle de l'alcoolisme. 

Monsieur le Directeur de l'Enseignement primaire qui vous en par- 
lait tout à l'heure d'une manière si nette et si brillante, et qui vous a 
donné un si grand témoignage de sa conviction personnelle et de 
Taltention du Gouvernement à votre œuvre, vous disait avec justt* 
rnistin : Dans l'alcoolisme il n'y a pas seulement le fait de boire ; d*où 
vient Tattrait de l'alcoolisme? D'où vient le péril? 

Il vient précisément de ce que plusieurs des causes qui font le sue- 



'-'^•^'Ty^'^^: V''," /.' -i 'v^ • ^'^ 






t 



1 16 Vtl° CONGRÈS IXTBIINATIONAL 

ces fir rnicoolisine ne sont pas mauvaises par elles-mêmes, ne sont pas 
(Ml soi vicieuses. On parlait tout ix Theure etavec raison de cette sorte 
(le bestialité qui apparait douloureusement dans Talcooliquc invétéré. 
Mais n'ouhlions pas que c'est là un cas pathologique extrême, c'est le 
dernier terme, c'est Texcès du mal poussé h outrance. Au début, et 
pendant très longtemps, ce qui fait l'attrait de la passion naissante 
n'a rien d'odieux et de répugnant, et c'est en cela même qu'est le 
danger : ii cet égard vous aurez remarqué comme moi l'importance 
des observations (|ue M. Bayct vous présentait tout h l'heure. Le 
point de départ véritable de l'alcoolique, si paradoxal que cela semble, 
vr n'esl p;is l'attrait du liquide, ce n'est pas le plaisir de boire pour 
boire. D'abord, je pose en fait que si l'homme était ramené, rendu b 
sa nature primitive, toute franche, si l'homme pouvait récupéi'cr les 
g(»iits natifs <|ne l'instinct lui a donnés, je suis convaincu, pour ma 
part, (pie le plus grand des plaisirs — je parle du plaisir physicpic de 
boire — serait de boire un verre d'eau, de bonne eau limpide et fraî- 
che. {Af}p/a ndi'ssemen(s) . Je ne crois pas qu'il y ait de régal plus fin, 
pins délicat et meilleur. 

Mais là n'est pas la question: admettons que l'habitude ait modifié la 
nature, qu'un goût acquis ait, après des siècles, remplacé dans une cer- 
taine mesure le goût primitif. Je n'en maintiens pas moins que dans 
ralcooli(iuc l'alcool n'est pas tout, n'est même pas le principal aiguil- 
lon du désir. Si délicieuse que puisse être l'absorption d'un petit 
verre ou de plusieurs petits verres d'un alcool quelconque, ne croyez 
pas que ce soit cette jouissance qui h elle seule attire au cabaret. &fais 
ce petit plaisir ne vient jamais seul, il se relie à d'autres dont le char- 
me s'exerce sur tous, sur les gens cultivés comme sur les gens igno- 
rants, sur les jeunes comme sur les vieux, h la ville comme à la 
campagne. 

C'est un point sur lequel il me semble qu'on n'insiste pas assez. 
Quand l'ouvrier, le paysan, l'homme du peuple, l'employé h la fin de 
sa journée, (Ui dans un moment de répit, ou dans un jour de congé, 
éprouve ce besoin a d'aller boire un coup, » c'est un besoin qui n'est 
pas purement physiologique ; il n'a pas seulement envie de caresser 
son palais par le contact de cet alcool. Il y a autre chose. Il y a d'abord 
un plaisir assez délicat, dont tout homme a besoin, ce h quoi nous 
ne pensons pas assez, le plaisir de se faire plaisir, de s'accorder un peu 
de superflu, de faire quelque chose pour soi, de se dire: « Eh bien, 
maintenant, la tache est finie, le harnais est déposé, respirons; qu'est- 
ce qu'on pourrait bien faire pour s'amuser ? » Et de suite la première 
chose et la plus facile, en apparence la moins coûteuse, celle qui se 
présente d'abord, la seule qu'on puisse s'offrir à toute heure de la 
journée, celle (pie le camarade ou l'ami vous offre, c'est un petit verre, 
(le petit verre, c'est presque un symbole de liberté, d'épanouisse- 
ment, de joie, de rupture avec la contrainte habituelle. Et si cette 
tentation se présente h des gens dont la vie est tristement monotone, 






CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 1 1 7 

qui ne la voient pas souvent luire cette minute de liberté, fiU-ce de 
liberté apparente ou d'illusion , à des gens qui cherchent à se donner' 
à eux-mêmes un peu le change et à se faire croire un instant qu'ils 
s^appartiennent, qu'ils sont leurs maîtres, représentez-vous bien ce 
(|uc vaut pour eux cet éclair d'indépendance, cette jouissance du su- 
perflu, de l'inutile, du loisir et de l'oubli, cette satisfaction de pou- 
voir faire fête si soi-même sous prétexte de boire un petit verre ou do 
fumer une cigarette avec un ami ! 

Il faudra donc, quand nos jeunes gens voudront combattre cette 
tentation, qu'ils ne la combattent pas comme une sorte de passion 
abjecte, comme un appétit bestial, mais qu'ils tiennent compte de ce 
qu'elle a d'humain, de naturel et même de légitime. \ 

Et puis ce n'est pas tout : un moment de bien-être, un peu d'aban- 
don, un peu de récréation, passez-moi la comparaison, c'est pour 
l'homme quelque chose d'analogue à ce que sont pour l'enfant les 
jours de vacances ou les heures de récréation ; c'est si plaisant un 
instant de détente : si l'enfant en a besoin, on m'accordera bien que 
l'homme est un grand enfant ii cet égard. Est-ce que les professeurs 
n'aspiient pas tous les ans, au moins autant que leurs élèves, à l'heu- 
reux jour du départ pour les vacances ? (Hires et applaudissements). 

Mais je dis qu'il y a une autre cause qui fait la force de l'alcoolisme 
et la diiliculté de l'extirper, c'est que l'alcoolisme est lié par nos insti- 
tutions sociales 2i une sorte de sociabilité. Où est-ce qu on va boire ? 
C'est dans un endroit où Ton est sur de rencontrer ses semblables. Si 
l'ouvrier qui travaille a un moment de relâche, eh bien, il ne savou- 
rera pas ce moment ii soi tout seul, ni même dans son ménage, sur- 
tout si c'est un de ces ménages que décrivait tout à l'heure M. Bayet, 
où manque non seulement le superflu, mais le nécessaire, où tout 
rappelle ce qui manque, les soucis du père de famille, les souHrancos 
do la mère, les privaticins de l'enfant, où tout, sur les murs, ce qui y 
ost et ce qui n'y est pas, fait cruellement sentir la condition dure du 
prolétaire, ce n'est pas là qu'il jouira de cette espèce de petite trcvo 
qu'il s'accorde h soi-même ; c'est dans un lieu qui précisément l'attiro 
parce qu'on y va pour cela, parce qu'il y rencontrera d'autres qui 
vionnent aussi se délasser, parce qu il y va causer, oublier son mé- 
nage, oublier sa taiche, ses devoirs, son travail quotidien, et causer do 
quoi ? peut-être de bêtises et d'inepties, peut-être faire une partie de 
cartes, lire un journal, laisser au hasard errer sa pensée et sa parole, 
fumer, rire et oublier. Un savant a dit : « L'homme est un animal qui 
s'onnuie » ; ce q^ui est peut-être encore plus vrai, c'est que l'homme 
est un animal qui ne supporte pas l'ennui, qui a besoin de société, ol, 
suivant la vieille définition, il est un animal social. Or, tant qu'il n'exi.s- 
torn pas dans notre société, telle qu'elle est organisée, d'autre.ccntre de 
réunion libre, ailoctueuse, cordiale, familière, facile, accessible iitous, 
où tous se rencontrent sur le pied d'égalité, où personne ne soit le 
protégé de personne, où personne ne se sente sous tutelle, même 



118 VII* CONGBBS INTERNATIONAL 

SOUS tutelle philanthropique, tant ou*il n'existera pas de Heu réunis- 
sant les avantages que le café en ville, que le cabaret au village joi- 
gnent hélas, h tant trinconvénients graves, vous aurez beau faire, les 
hommes auront besoin d'aller la où on se sent entre soi, entre hom- 
mes. (. {ppla u dissem enls). 

S'il en est ainsi — '- et je borne cette analyse à quelques traits pour 
appeler votre attention et au besoin la discussion sur cette observa- 
tion — s*il cil est ainsi, voici comment je comprendrais le rôle de la 
jeunesse dont vous m'avez demandé de vous parler. 

Le rôle de la jeunesse ne peut pas être, ce me semble, de se constituer 
en compagnies de prédicants ou en sociétés de morale, religieuse ou 
laïque, allant prêcher Tabstinence ou la Semi-abstinence, ou la tem- 
pérance, ou toute autre l'orme de l'évangile antialcoolique. Je ne veux 
pas dire que les jeunes gens doivent s'interdire de faire h l'occasion 
leur petit sermon à qui de droit, pourvu qu'ils commencent par eux- 
mêmes, et que, prédicateurs, ils s'adressent leurs premières et 
leurs plus sévères prédications. Mais là n'est pas leur principal 
mode d'action, la tache essentielle que la nature a assignée aux jeunes 
gens. La jeunesse, c'est la joie, c'est le sourire, c'est la vie épanouie ; 
c'est la vie environnée d'illusions qui la font plus agréable; c'est la 
vie vue à travers l'idéal, quelquefois a travers la chimère et le rôve, 
mais malheur ii qui n'a jamais vu la vie à travers ce prisme-lii ! La jeu- 
nesse, c'est en somme la poésie de notre pauvre humanité, ne lui 
faites pas changer son rôle et son ton, elle ferait mal ce qu'elle ferait 
contre nature. 

Ce que vous pouvez demander à la jeunesse, c'est précisément de 
rester elle-même et de parler de tout, même de l'alcoolisme, avec son 
besoin de noblesse, avec les illusions et les exigences de son incor- 
rigible idéalisme. M. Lavisse, il y a quelques jours^ disait a nos 
étudiants dans une admirable séance où il a parlé de toute autre 
chose, mais où il a glissé un mot très utile et très cordial à propos de 
l'alcoolisme : (( Quand vous voyez un ivrogne, ne dites pas, comme 
vous entendrez dire à beaucoup de bourgeois : voyez donc cette 
brute ! dites-vous : dans cet homme-là, je suis une brute ». [Bra^oB 
et applaudissements). 

Eh bien, si la jeunesse arrive à ce sentiment-là, à ce véritable 
sentiment de fraternité humaine, alors elle peut se vouer à la cause 
de l'antialcoolisme. Ce ne sera plus un prédicateur, un missionnaire, 
non pas même un savant, un hygiéniste qui parlera, ce sera tout 
simplement un jeune homme ému de tout son cœur, par cette sorte 
de aouleur personnelle qu'il éprouve en voyant un de ses semblables 
et, à la lettre, un de ses frères tomber à ce rang abject. Il éprouve 
cruellement, douloureusement, jusqu'au fond des dernières fibres de 
son iîmc, ce reproche intérieur, énergique et poignant qui vous étrein- 
drait malgré vous s'il vous arrivait de voir quelqu'un de votre famille 
qui se déshonora. S'il sent cela, soyez certains qu'il parlera et 



CONTBB L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 119 

€|iril sera écouté, au*Il ramènera plus d*un alcoolique, qu*il trou- 
vera ce ciu*il faut lui dire et ce sera souvent très peu de mots, ce ne 
sera ni le sermon en trois points ni la démonstration en règle, ce 
sera le je ne sais quoi qui vient du cœur et qui va au cœur. Donnez-nous 
des jeunes gens qui aient ce sentiment-là, et nous promettons des 
apôtres incomparables à Tantialcoolisme. Le meilleur moyen donc de 
recruter ces apôtres dans la jeunesse, c*est de mettre au cœur de la 
jeunesse ce grand trésor de compassion, de pitié humaine, d^affectiou 
pour le peuple. Mais entendons-nous bien, Messieurs, la compassion 
philanthropique et bourgeoise n*est pas sufTisante. Pour que notre 
jeunesse universitaire et cultivée aille Taire des campagnes ahtialcooii- 
(|ut's au sein de la population ouvrière dans nos iaubourgs ^t dans nos 
campagnes, laissez-moi vous parler bien franchement, vous qui êtes 
des hommes de conscience, il faut d*a bord qu'elle soit bien persuadée 
que la question de Talcoolisme est intimement liée à la question 
sociale . [Bra\>os et applauffissemenls) . 

Je ne me sens pas le courage, je ne me reconnais pas le droit de 
dire, professeur, par exemple, à mes élèves, ou père de famille à 
mes eniiints : a Allez donc prêcher, allez au peuple, allez lui porter la 
bonne nouvelle, montrer à cet ouvrier, ii ce manœuvre, a cet indigent, 
que* c'est ignoble de se laisser ainsi dégrader par Talcool, et le lui 

fM'uuver, statistiques en main ! » Non. Je sais trop bien ce qu*on va 
eur répondre ; j entends d'avance le pauvre diable à qui ce discours 
s*udresse riposter au jeune missionnaire : « Vous en parlez ii votre 
aise, vous n'avez pas besoin du cabaret, vous, je le crois bien, et 
vous faites fi de mon tord-boyaux. Voulez-vous changer avec moi ? 
Je m'engage ii être aussi tempérant que vous, aux mêmes conditions, 
et je vous jure que cela ne me coûtera pas ». {Applaudissements). 

Où donc ai-je vu cette image qui m'a souvent fait rêver ! Un 
malheureux ivrogne, roulant dans le ruisseau, à qui on reprochait 
Tétat où il s'était mis, répondait : « Ah, je ne me soûlerais pas 
comme cela, si je pouvais seulement me griser lii-dedans. » Et il 
montrait un restaurant à la mode. L'alcoolisme grossier nous semble 
plus abject (|uo l'alcoolisme élégant et raffiné : l'ouvrier se dit qu'au 
ioiul il iren diflere que par le prix : c'est le seul genre d'ivresse ii la 
portôo de sa bourse. H faut tenir compte de ce sentiment-là. Nos 
jeunes gens, ne l'oubliez pas, ce sont après tout des fils de bourgeois, 
(|ui ne vont pas se déguiser pour aller dans les faubourgs, et qu'on 
recoiiiiaitra tout de suite pour ce qu'ils sont: des gens qui ont le 
bonheur de pouvoir s'accorder bien des choses interdites au pauvre 
diable. 

Quand ils arriveront dans les maisons où nous voudrions les envoyer, 
comment voulez-vous qu'eux-mêmes ne reculent pas gênés, confus, 
hésitants ? Les voyez-vous au bout de deux ou trois visites, par 
exemple dans un bouge du XIII* arrondissement, dans une cité de 
chilloiiniers, aux prises avec des hommes qui, pour toute réponse. 










' 4 



^ ' 



120 VII^ CONGRES INTERNATIONAL 

# 

leur montreront leur taudis, et leur diront: « Vous allez me repro- 
ciicr d'sivolr parfois une insurmontable envie d'échapper ii cet enfer, 
de sortir de ce logis infect, misérable, dégoûtant, pour aller passer 
une heure ou deux de liberté et d'oubli dans un endroit où il fait clair, 
où je suis bien avec des amis, le seul où Ton ne me tourmente pas, où 
je sois libre, où on me laisse un peu de répit ? » Ils ne sortent pas 
de cela, ils en reviennent toujours ii ce discours, et je sais des jeunes 
gens qui ont commencé ces tournées et qui sont revenus en disant : 
« Je n'irai plus voir ces malheureux avant de savoir ce que je puis 
bien leur répondre ? » 

J'y ai déjà réfléchi, moi aussi, et je vous le demande : <c Que peut-on 
leur répondre ? » 

Pour ma part, je n'ai trouvé qu'une chose, c'est de dire franche- 
ment aux travailleurs : Oui, il y a encore bien djes souffrances, bien 
des misères sociales ; oui, il s'en faut que nous soyons arrivés k la 
forme définitive de la justice sociale et de la fraternité qui en sera 
comme l'épanouissement. La société est en marche vers cet idéal 
qu'elle n'atteindra ni par un coup de fortune ni par une transformation 
magique. Que chacun y travaille et y contribue dans sa faible mesure 
et là où il le peut d Pour ce qui concerne le point particulier dont 
ncms nous occupons ici, peut-être y a-t-il pratiquement quelque chose 
il faire. Si nous reconnaissons qu'il faut aux travailleurs un lieu de 
réunion joyeuse et libre, essayons d'en constituer un certain nombre 
pour servir de modèle au type nouveau que nous souhaitons. Si nous 
pouvions ouvrir dans chaque quartier une au moins de ces maisons, 
non pas de fêtes seulement pour les grands jours de cérémonie, 
comme le disait tout h l'heure M. Bayet, mais de fête de tous les 
jours, de vraies maisons du peuple, attirant, retenant l'ouvrier, parce 
(|u'il y trouvera des distractions et des sympathies, nous aurions 
beaucoup fiiit pour nous convaincre nous-mêmes et pour convaincre 
ceux que nous voulons guérir de l'alcoolisme. Il faut les guérir de 
Talcoolisme, oui, mais non pas en supprimant le besoin de plaisir, de 
liberté, de réunion, de sympathie, de sociabilité; il faut, au contraire, 
ossayer de le comprendre ce besoin si humain, de l'élever, de l'en- 
noblir, et pour cela, il n'y a qu'un moyen, c'est de payer de nos per- 
sonnes, et voilà justement le grand service que peuvent rendre les 
jeunes gens. Allez, leur dirais-je, au milieu de ces populations ouvriè- 
res non pas en passant, mais avec suite et persévérance, allez, si pos- 
sible, vous y établir, pour vivre journellement avec ces gens-là; ils 
vous comprendront et vous aimeront. Allez-y tout au moins fréquem- 
ment, assidûment, prenez rendez-vous dans ces petits cercles à créer, 
<|ue j'appelais tout à l'heure faute d'un autre nom, les maisons du 
peuple. Vous voulez leur faire croire qu'il y a moyen de se passer de 
l'alcool, donnez leur l'exemple, commencez par vous-même, et mon- 
trez leur que vous vous trouvez très gai, de très bonne humeur, et 
très heureux sans le moindre petit verre; cela les convaincra. Montrez 



f 



CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 121 

leur ensuite que vous prenez plaisir à passer une soirée avec eux ; 
causez avec eux ; vous croyez que vous perdrez votre temps ? vous vous 
trompez; vous, jeunes gens de la bourgeoisie, de TUniversité, quand 
vous aurez consacré une soirée à causer avec un homme du peuple, 
savez-vous lequel des deux aura le plus gagné ? Ce n*est pas Touvrier, 
c'est vous. (Applaudissements), 

Vous aurez appris chez lui, sur l'organisation de la Société, une 
foule de choses que les livres n'apprennent jamais : vous pourrez sui- 
vre longtemps des cours de sociologie avant d'acquérir ce que trois 
mois de fréquentation avec l'ouvrier, sous prétexte d'antialcoolisme, 
vous auront appris ! 

Et, il est vrai, quand vous aurez fait cela, très probablement vos 
opinions sur la question sociale se seront sensiblement modifiées; 
vous serez moins sévère pour le pauvre, le travailleur, pour l'ouvrier 
imprévoyant, intempérant, vous serez moins sévère pour lui quand 
vous aurez vu de plus près sa vie qui n'est pas une vie, et vous taclierez 
de faire quelque chose pour qu'elle devienne enfin une vraie vie 
humaine. 

Ce n'est pas à dire que vous allez pouvoir changer d'un trait de 
lume la Société, et je ne prétends pas que vous alliez, d'apôtre de 
'antialcoolisme, vous transformer en apôtre du collectivisme. Hélas, 
vous non plus probablement vous n'apporterez pas au travailleur la 
solution dernière du problème social ; mais ce que vous lui apporterez, 
ce sera votre bon cœur, votre sincérité, votre droiture, votre intention 
de chercher le mieux et de vous approprier pour votre humble part 
cette belle parole qui mériterait d'être la devise de tous les républi- 
cains: « S'il y a un seul moyen d'améliorer équitablement la condi- 
tion de mes semblables, de réaliser une plus grande somme de justice 
sociale, je suis pour ce moyen,, quoi qu'il m en coûte, k moi et aux 
miens. » [Applaudissements,) 

Cette formule-là. Messieurs, évidemment ne résout pas la question 
sociale, mais elle résout la question morale; elle fait de vous un 
homme en qui l'ouvrier aura confiance, un homme qui sera une 
puissance. Vous croyez que j'exagère parce que vous jetez les yeux 
sur ces bancs, et vous vous dites : Nous sommes bien peu pour 
mener le monde. Ne vous en inquiétez pas: c'est toujours par le 
petit nombre que le monde a été mené. Depuis qu'il y a une civilisa- 
tion, la civilisation n'est pas autre chose que l'histoire des petits 
triomphe» obtenus par une infime minorité sur une immense majorité. 
(Applaudissements . ) 

C'est encore ce qui arrivera dans l'histoire de l'antialcoolisme. 
L'important n'est pas le chiffre de vos adhérents, c'est leur valeur. 

Et pour ne parler que de la jeunesse dont vous appelez si bon droit 
le concours, l'important n'est pas qu'elle s'enrôle sous vos drapeaux, 
c'est que ceux qui s'enrôleront soient animés d'un esprit absolument 
démocratique, que ce soit une jeunesse absolument amie du peuple^ 



122 VII* CONGBISS INTBBNATIONAL 

OU pour mieux dire qui se sente peuple elle-même et s'aflSrroe 
peuple. 

C est a cette condition seulement qu'elle a chance de pouvoir parler 
au peuple; il faut le comprendre pour s'en faire comprendre, Taimer 
pour s'en faire nimcr. C'est ce que je souhaite à notre jeunesse. Qu'elle 
ne prétende pas prêcher et réformer de haut et de loin. Il y a eu autre- 
fois des pharisiens qui louaient Dieu de n'être pas pareils aux péagers. 
Il ne faudrait pas qu'il v eût aujourd'hui des pnarisiens qui bénissent 
Dieu de ce qu'ils ne boivent pas d'alcool, qui méprisent leurs sembla- 
bles d'en boire, et qui ne font rien de plus pour les en corriger que de 
belles phrases ou de beaux graphiques. Il faut des gens de cœur qui 
aient le courage de se dire : « Nous ne valons pas mieux que ces pau- 
vres gens et il leur place je ne serais probablement pas plus capable 
de l'effort quasi héroïque que nous leur demandons; à nous donc de 
les y aider. » [Vifs applaudissements.) 

Pour que toute une jeunesse se pénètre de ces sentiments et agisse 
en conséquence, il y a un moyen sûr, et je suis heureux de m'accor- 
dcr une fois de plus avec M. Bayet, c'est que l'antialcoolisme ait pour 
lui très largement le concours de la jeunesse féminine. Si les femmes, 
si les jeunes femmes et les jeunes filles sont avec nous, nous pouvons 
(^tre sûrs que nous ne nous oornerons à faire ni une œuvre de science 
pure, ni une œuvre de pure politique, ni même une œuvre d'hygiène 
saine et froide : nous ferons une œuvre humaine au sens complet du mot. 

Vous vous rappelez le mot de Michelet ou plutôt le mot d'un ouvrier 
avec (|ui Michelet causait. Il lui parlait de la femme, de son rôle dans 
la Société républicaine de l'avenir, et l'ouvrier lui répondit : « J'ai 
très bien compris; la femme, c'est le Dimanche de l'homme. )» 

Naïve, grossière, mais bien touchante expression de ce que la 
femme, môme dans le cadre le plus étroit d un pauvre ménage et 
d'une humble vie, porte en soi de poésie vraie, de poésie vécue. 

C'est celte poésie qu'il faut absolument a notre campagne antialcoo- 
lique. Soûles les femmes et les jeunes filles lui donneront ce reflet de 
beauté et de bonté qui le rendront irrésistible. 

Les faits d*ail leurs l'ont prouvé : on vous parlera sans doute un de 
ces jours de ce qu'ont fait les Américaines pour combattre le fléau : 
leur triomphe est un exemple que l'on ne saurait trop mettre sous les 
yeux de leurs sœurs d'Europe. 

Puisse la jeune (ille devenir chez nous aussi la Providence du 
ménage pauvre où un sourire d'elle portera souvent ini éclair de 
bonheur ! VA que, jeunes filles ou jeunes gens, tous ceux ii qui rien 
n'a manqué, aient une pensée constante et tendre pour ceux ii qui 
tout man([tie ; que ceux qui doivent tout à la famille et ii la Société 
s'eiroi'cent de communiquer quelque chose de leur bonheur a de moins 
heureux: ils ont une dette ii payer ii la Société; qu'ils y consacrent 
un peu de leur temps, un peu de leur bourse, un peu de leur intelli- 
gence et beaucoup de leur cœur. [Applaudissements,) 






/ 



CONTBB l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 123 

M. le Président remercie M. Buisson et donne la parole à M. Ruys- 

sc^, professeur au Lycée de La Rochelle. 

* 

Discours de M. RUYSSEN 

Mesdames, Messieurs, 

Vous venez d'entendre des paroles si éloquentes, si autorisées que 
jVprouve le plus grand embarras, moi qui ne suis guère qu'un ap- 
prenti, h prendre a mon tour la parole dans cette assemblée. Je me 
hîUr, d'ailleurs, de vous rassurer ; je ne retiendrai votre attention que 
pendant quelques instants. 

Le seul avantage qui me permette ici de parler après M. Buisson, 
avantage qu'il ne me contestera pas, c'est simplement d'être un peu 

|)lus voisin que lui de l'âge d'étudiant. Or parmi les étudiants qui, 
lier encore, étaient mes camarades, l'alcoolisme fait d'incessants et 
continuels ravages. Et, il faut bien le dire, l'alcoolisme est d'autant 
plus répugnant chez l'étudiant qu'il n'a pas pour lui la double excuse 
que peut invoquer l'ouvrier : l'excuse de Tignorance, puisqu'il a reçu 
une culture développée et celle du travail physique, du labeur muscu- 
laire : l'étudiant n'a pas, comme l'ouvrier, à affronter la chaleur, l'air 
raréfié et malsain, les poussières desséchantes de l'usine, qui font 
que le soir, accablé, écrasé, abruti de fatigue, il va chercher au caba- 
ret une dernière excitation et l'apparence du bien-être. L'étudiant ne 
subit aucune de ces conditions, il semble donc impardonnable, et ce- 
pendant, il faut être juste pour tout le monde, même pour ceux qui 
s*alcoolisent. 

Or l'étudiant peut invoquer aussi quelques excuses. 

Tout d'abord, son éducation. Car si, théoriquement, l'étudiant doit 
connaitre les dangers de l'alcoolisme, eh fait, il les ignore ; et nous 
sommes tous, en ceci, victimes de ce qui a été fait jusqu'à nous, ou de 
ce qui nous a été caché à l'école. On peut dire que nous avons été 
élevés dans le culte ou dans la superstition de Talcool. Si nous n'avons 
pas gardé le souvenir des petits verres bus a notre naissance, on peut 
dite que toutes les circonstances de notre vie d'enfant ont été le 
prétexte d'incessantes libations ; tous nos succès scolaires, depuis le 
prix de grammaire jusqu'au diplôme de bachelier, tous ces menus 
tricmiphes de notre vanité, nos familles les ont pieusement célébrés 
le verre en main. Puis est venue pour nous ce qu on pourrait appeler 
u Tillusion littéraire. » On nous a montré Socrate buvant sec avec 
ses amis. 

M Fevundi calices quem non fecere disertnm ? », 

avons-nous cru sur la foi d'Horace. On nous a vanté Tivressc inspira- 
trice de Musset (qui devait en mourir), et quel est le garçon de dix- 



»-» *• 






124 VII* CONGBB8 INTBnNATiONAL 

huît ans qui, grisé par ces légendes classiques, n*a pas composé des 
vers sur la table d'un café ? II y a Ik tout un système.ae préjugés et de 
conventions qui nous enveloppe et nous dupe. Mais plus tard, quand 
nous quittons la famille et Técole pour la faculté, nous sommes encore 
les victimes d'une situation qui est celle-ci : 

L'étudiant arrive de sa province, seul, dans une ville inconnue; il 
n'a pour travailler qu'un logis étroit du cinquième étage. Mais l'hiver 
l'abri est froid, l'été il est orùlant en toute saison, peu avenant, pres- 
que inhospitalier. Aucune société intime, rien de ces détails familiers 
(lui révèlent une main féminine. L'étudiant, si son caractère n'est pas 
a*unc trempe aujourd'hui peu commune, s'ennuie dans sa petite cham- 
bre. Où va-t-il alors chercher un peu de luxe, de distraction et de 
confort? Au café ; il se trouve ainsi amené h boire comme l'ouvrier, et 
pour les mêmes raisons. ' 

Que trouve-t-il en effet au café ? Précisément tout ce qui lui man- 
quait chez lui. D'abord, il n'est plus seul : Le va-et-vient des clients, 
la rencontre assurée de camarades disposés à boire à ses dépens, lui 
donnent l'illusion de la vie sociale. Veut-il écrire aux siens? C'est au 
café qu'il trouve l'encre, la plume, le papier. A-t*il ii consulter le 
Bottin, l'Indicateur des chemins de fer, les journaux? Tout s'y trouve, 
jusqu'au téléphone, et il semble qu'à tout prendre il y ait économie à 
aller prendre un verre de liqueur au café plutôt que d'acheter 7 ou 
8 journaux. Par conséauent, pour l'étudiant comme pour le petit em- 
ployé de commerce, il faut bien dire que le café représente, dans l'état 
actuel des choses, une véritable nécessité sociale, d'où cette conclu- 
sion, qu'on ne détruira le café actuel qu'en créant en face de lui un 
succédané efFicace : on ne détruit que ce qu'on remplace. 

Que devons-nous donc répondre aux jeunes gens qui nous interro* 
gcnt sur leur devoir présent. Nous leur dirons tout d'abord, que l'al- 
coolisme ne risque pas moins de les contaminer que les ouvriers et 
qu'ils ont à faire entre eux une vigoureuse propagande antialcoolique. 
Leur devoir est de s'inscrire et de faire inscrire leurs camarades clans 
l'une des sociétés antialcooliques. Car cet acte n'a pas seulement une 
portée très considérable pour eux-mêmes ; il est d'une haute impor- 
tance sociale en raison de la solidarité naturelle qui unit entre eux 
les jeunes gens plus encore que les adultes. Supposez que dans une 
salle de calé, un jeune étudiant arrive, seul membre d'une société de 
tempérance, au milieu de huit ou dix camarades qui ne savent pas le 
premier mot de la question alcoolique : je doute fort que la vertu de 
mon jeune étudiant résiste aux sarcasmes et aux plaisanteries. Sont- 
ils deux, trois, au contraire, le point d'honneur les unira, et c'est par 
respect réciproque de l'engagement pris qu'ils ne failliront point. Ils 
feront ainsi, dès le premier jour, œuvre de propagande, car dans les 
cafés du quartier latin, un particulier qui demancle une limonade quand 
ses compagnons commandent une chartreuse ne passe jamais inaperçu; 






CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 125 

de la des discussions vives comme elles le sont toujours entre jeunes 
gens. L'idée est semée, la question est posée. En matière de propa- 
gande, tous les moyens sont bons, hors le silence. 

Toutefois, je crois que si l'action antialcoolique parmi les étu- 
diants se limitait à la simple propagande de camarade à camarade, 
nous arriverions à d'assez pauvres résultats. En effet, l'idée de la 
tempérance, si on la prend en elle-même, est une idée un peu étroite, 
et peu entraînante. Quand vous aurez convaincu un jeune homme qu'il 
a tout intérêt pour lui-même a s'abstenir d'alcool, vous aurez sans 
doute atteint un résultat individuel qui pourra bien, par la force de 
l'exemple, rayonner en dehors. Mais ce rayon d'action est encore trop 
restreint. Si l'idée de la tempérance n'est qu'une question d'hygiène 

fiersonnellc, si elle reste en quelque sorte isolée des conceptions rc- 
igieuscs, morales ou politiques qui constituent ou fortifient les grou- 
pements humains, elle ne saurait avoir une vertu bien eflicace. Si, au 
contraire, elle s'appuie sur quelque principe social déjà existant, elle 
lui empruntera sa lorce et sa fécondité. 

Pour ne parler que des étudiants, il ne faut pas croire qu'on aura 
fait grand chose quand on aura décidé une douzaine d'entre eux h se 
réunir pour boire des tasses de thé au lieu de verres d'absinthe. Mais 
si dans les groupements déjà créés et unis par la communauté des in- 
térêts on arrive h faire pénétrer la pratique de la tempérance, on 
aura allumé un foyer de propagande vraiment intense et durable. 

Il existe, par exemple, dans nos Facultés, des Associations d'étu- 
diants ; il me semble que dans ces groupes déjà constitués, il y aurait 
quelque chose à tenter. On pourrait, je ne dis pas conquérir tout le 
monde à la tempérance, mais créer au sein même de la société, de 

(petits comités qui s'efforceraient de faire tache d'huile, et de gagner h 
eur cause les membres du Bureau. 

Il existe aussi des groupes similaires, des associations sportives ; ne 
ourrait-on s'adresser à ces associations pour les engager à inscrire 
a tempérance dans leur programme ? Il est facile de leur montrer que 
les sports s'accommodent fort mal des alcools, et, grâce à la faveur 
dont jouissent ces sociétés, on arriverait k transformer des cadres 
déjà constitués en centres de propagande. 

Il existe encore d'autres groupements, assez nombreux dans certai- 
nes universités, auprès desquels notre propagande pourrait réussir : 
groupes d'étude pour les questions sociales, cercles d'étudiants for^ 
mes au nom d'une idée religieuse, ou en vue d'intérêts matériels. Il 
faut profiter de ces cadres afin de les envahir à notre tour. U y a lii, 
j'en suis convaincu, un très précieux terrain d'action. 

Par conséquent, que tout ce qui, parmi les étudiants, est association, 
union, comité, soit de notre part l'objet d'une propagande antial- 
coolique vigoureuse ; je crois que nous aurons plus de chances de 
réussir que si nous nous adressons aux étudiants en général ou à titre 
individuel. 



E 












126 VII* coNcnks international 

Mais il faut bien avouer que nous n'arracherons pas la grande masse 
des étudiants h Talcool si nous n'avons pas, nous aussi, notre café de 
tempérance : il faut que nous ayons ici, en plein quartier latin, un 
véritable palais qui puisse faire concurrence à tous les palais alcooli- 
ques qui l'entoureront. Car ils sont charmants, ces cafés du quartier, 
coquets et décorés au goût du jour, comme des salons de grande 
dame ou de banquier millionnaire. Ah! si les riches voulaient! Mais 
le (( bon millionnaire » se fait rare. Aucune œuvre pourtant n'en a 
plus besoin que la nôtre. Si donc vous comptez parmi vos amis un 
millionnaire ou même un milliardaire embarrassé de l'emploi de ses 
rentes, proposez-lui de nous aider a créer au cœur de ce Quartier 
Latin, dont Tabsinthe et l'alcool menacent d'anéantir la vie intellec- 
tuelle, un palais de tempérance capable de ruiner à bref délai les offî- 
cines où s'empoisonne notre jeunesse. {Applaudissements), 

La parole est à M. Barbey, avocat, président de la Section des Etudiants 
de r « Union Française Antialcoolique. » 

Discours de M. BARBEY, avocat à la Cour d'Appel de Paris 

Mesdames, Messieurs, 

Je représente au milieu de vous un petit groupement d'étudiants 
qui existe au quartier Latin depuis environ deux ans et demi. Ce 
groupement, qui s'était formé h la suite de conférences faites parmi 
nous par le docteur Legrain et ses premiers collaborateurs, ne 
compta guère, au début, qu'une dizaine de jeunes gens, appartenant 
aux différentes facultés. 

Nos premiers efibrts furent donc des plus modestes. L'Union pour 
l'Action Morale voulut bien nous autoriser à nous réunir dans son 
local, et nos réunions restèrent, à ce moment, fort peu nombreuses. 
J'éprouve d'ailleurs quelque confusion a avouer qu'elles n'ont guère 
changé sous ce rapport, et que le zèle de nos 150 membres actuels, — 
zèle qui, sans doute, est au-dessus de tout soupçon, — ne se mani- 
feste pas par une grande assiduité aux séances. 

La première question qui se posa pour nous fut naturellement celle 
de savoir comment nous poumons répandre nos idées au-dehors et 
intéresser la jeunesse universitaire de ce pays il la lutte que nous 
voulions essayer d'entreprendre. Nous fûmes assez heureux, dès ce 
moment, pour obtenir l'adhésion et le bienveillant concours de 
plusieurs ac nos maîtres. MM. Rabier, Directeur de l'Enseignement 
secondaire, Buisson et Lavisse, Professeurs a la Sorbonne, voulurent 
bien accepter l'invitation que nous leur avions adressée de venir un 
soir assister si une de nos séances pour nous y apporter le fruit de leur 



GONTnB L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 127 

cxpi'^rience et de leur autorité personnelles. Il résulta de la conver- 
sation que nous eûmes au cours de cette soirée, que le meilleur 
moyen de lutter contre l'alcoolisme qui fût à notre portée, était de 
répandre nos idées spécialement dans le monde universitaire, non 
seulement à raison des ravages trop fréquents de Talcoolisme parmi 
la jeunesse des Ecoles, mais pour faire de nos camarades des Univer- 
sités des auxiliaires précieux en vue d'une action plus large et plus 
profonde dans le pays. 

Nos premiers essais dans le Quartier Latin «lyant été assez infruc- 
tueux, il nous sembla qu'il serait peut-être plus habile d'aller frapper 
toul d*abord h la porte de nos lycées, et M. le Vice-Recteur de l'Aca- 
démie de Paris, voulut bien s'intéresser h notre projet et nous recom- 
mander, par une circulaire spéciale, au bienveillant accueil de MM. les 
Proviseurs. Nous commençâmes aussitôt notre tournée de conférences : 
au collège Sainte-Barbe, h l'Ecole Alsacienne, aux Lycées Louis-lc- 
Grand, llenry IV, Janson de Sailly, Carnot, Condorcet, Voltaire, 
Saint-Louis, eurent lieu des réunions variant de 25 à 200 élèves. Dans 
plusieurs de ces Lyeées, nous fûmes assez heureux pour fonder des 
sections de la Ligue antialcoolique. 

I^e succès de ces premières tentatives nous engagea à porter nos 
efforts sur un terrain plus vaste, et nous résolûmes d'aller essayer 
quelque chose en province. Sans plan de campagne arrêté, suivant le 
hasard de nos déplacements, nous essayâmes ae créer dans différentes 
régions de la France des sections analogues h celles que nous avions 
fondées à Paris. Je crois que la première conférence ainsi faite par un 
de nos camarades eut lieu à Condé-sur-Noireau, en Normandie. 
D*autres suivirent bientôt, à Valence, a Aix, a Avignon, si Montpellier, 
il Nimes, a Montauban, a Toulouse, à Pau, h Mont-de-Marsan, h Bor- 
deaux, il La Rochelle, à Poitiers, etc. Au cours de ces tournées nous 
avons trouvé auprès de tout le personnel de l'enseignement public, 
le plus dévoué et le plus précieux concours, et en particulier chez 
MM. les Inspecteurs d Académie de presque toutes les villes que nous 
avons traversées ; ceux-ci ont été pour nous les plus infatigables 
auxiliaires. En outre, nous nous permettons dé remercier spéciale- 
ment MM. les Recteurs de Dijon, de Lyon, et de Bordeaux, qui ont 
bien voulu nous faire espérer qu'ils deviendraient nos collaborateurs, 
MM. les Recteurs de Poitiers et d'Aix qui nous ont donné un témoi- 
gnage de sympathie en voulant bien assister h nos conférences, enfin et 
surtout M. le Recteur Benoist, de Montpellier, qui, par la fatigue qu'il 
s\\st imposée de venir présider lui-même plusieurs des réunions que 
nous avons tenues dans l'étendue de son ressort, a droit, pour les 
témoignages publics, et répétés de sa sympathie, a notre vive et 
respectueuse gratitude. [ApplaudiasemenU) 

Au cours de ces tournées, nous sommes parvenus ii créer des sec- 
tions de notre Ligue dont quelques-unes sont florissantes, et j'ai eu 
la joie de recevoir, il y a peu de jours encore, des cartes, des télé* 



t . 



128 vil* coNGnks international 

grammes et des lettres, de plusieurs de nos camarades de nos sections 
(le la province qui, en me chargeant de leurs hommages pour vous, ont 
tenu à vous donner une preuve de leur vitalité. 

Messieurs, tels sont les modestes résultats de nos efforts. J'aurais 
voulu pouvoir vous en dire davantage, vous montrer dans tous nos 
lycées et collèges notre jeunesse de France organisée pour la lutte... 
Malheureusement nous sommes bien loin de pouvoir le faire, nos 
sections antialcooliques n'atteignent qu'une infime partie de la 
jeunesse, et il se passera sans doute encore bien des années avant que 
nous ayons seulement visité tous les Lycées et tous les Collèges. Et 
dans le sein même des sections déjà existantes, nous voudrions trou- 
ver plus d'initiative et plus de persévérance dans l'action. La section 
des étudiants de Paris, cette section mère h qui plusieurs autres 
sections universitaires sont soudées, n'a pas été sans nous causer à cet 
égard quelques regrets. Beaucoup de nos camarades semblent atten- 
dre pour agir un mot d'ordre et des instructions précises que nous 
ne pouvons pas leur donner, puisque chacun d'eux est seul juge de 
l'action dont il se sent capable, de la sphère où cette action peut 
s'exercer, et des moyens qu'il peut y employer. De là beaucoup 
d'hésitations, du temps perdu, et quelquefois même des défections qui 
peuvent nous surprendre ou même nous peiner, mais qui ne sauraient 
nous décourager. 

Mon rapport serait terminé, Messieurs, si je ne devais vous parler 
que du passé. Mais nous avons ici le droit d'avoir toutes les audaces, 
1 avenir nous appartient, et peut-être me permettrez-vous maintenant 
de vous exposer sommairement comment nous entendons continuer 
notre campagne et quelles sont à cet égard, nos espérances. 

Ce qui fait la diflTiculté spéciale de notre tâche, c'est que le problème 
qui nous occupe est un problème complexe, dont la solution dépend 
Je plusieurs autres questions tout aussi ardues à résoudre. L'alcoolisme, 
il faut bien le dire, n'est pas seulement une cause, c'est aussi le 
résultat des grandes difficultés économiques que nous traversons. Et 
ce n'est pas seulement un accident momentané, une maladie passagère, 
c'est le symptôme trop visible d'un état morbide plus ^rave et plus 
profond, d'un affaiblissement général des caractères et des volontés. 
A ce point de vue, Messieurs, peut-être me permettrez-vous de penser 
que les jeunes gens de ma génération sont entrés dans la vie dans des 
circonstances assez singulières. Ils sont arrivés à l'âge d'homme au 
milieu d'agitations politiques et de crises économiques. On leur avait 
vanté les bienfaits de notre liberté nouvelle, la stabilité de nos 
institutions, et ils ont trouvé le pays en plein désarroi, vivant dans le 
provisoire, et comme incertain de ses destinées. Et au lieu de cette 
sorte de République idéale dont on avait bercé leur enfance, ils ont 
trouvé une démocratie encore informe, tumultueuse, ignorante 
d'elle-même, de ses droits et de ses devoirs. Ils ont compris dès lors 
que, malgré l'optimisme officiel des discours de distributions de prix, 



CONTnB l'abus 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 129 

on ne fonde pas une République en quelques jours, ni même en 
quelques années, qu*il y faut de très longs et de très patients eflbrts, 
et qu'ils avaient devant eux tout un travail d'éducation à faire. 

Messieurs, je ne voudrais pas dire du mal de nos aines. Je crois 
qu*ils ont été sincères, qu'ils ont fait ce qu'ils ont pu ; je respecte leur 
ellort, là même où il est resté impuisant, et je suis prêt, et nous 
sommes tous prêts h accepter loyalement leur héritage, sans réclamer 
le bénéfice d'inventaire. Mais, ces réserves faites, il ne nous est pas 
défendu de dire en quoi nous nous séparons d'eux, et comment nous 
voulons orienter notre propre vie. Nous n'avons pas connu l'Empire, ni 
la Défaite, ni la Guerre civile. Notre enfance n'a pas été assombrie par 
ces douleurs qui ont attristé nos pères et paralysé leur énergie. Nos 
rêves de jeunesse n'ont pas été, comme les leurs, anéantis au choc des 

[»Ius brutales douleurs. Nous avons pu conserver, au fond de nos simes, 
a notion confuse et joyeuse d'un bonheur possible, dont ils avaient 
appris, de la vie même, a douter. Notre pensée ne s'est pas formée 
aux leçons de cette philosophie positiviste, fille de l'Empire et de la 
Défaite, qui avait ouvert h Timagination humaine des perspectives 
grandioses, sans doute, mais qui avait plié, enfermé, broyé toutes les 
volontés dans l'engrenage de son déterminisme de fer, et qui, en 
proclamant que la vertu et le vice ne sont que des produits, que 
l'homme lui-même n'est qu'une résultante de forces supérieures h lui, 
avait ébranlé toute énergie morale. 

Nous sommes, au contraire, et nous voulons être des idéalistes. 
Nous croyons à la puissance de la pensée qui travaille la Matière. 
Nous croyons qu'une Idée peut vaincre, parce que toute Idée est une 
force. Nous sommes résolus h nous refaire une Foi, sans très bien 
savoir encore laquelle. Mais nous n'attendrons pas de l'avoir trouvée 
pour la défendre. Comme l'a dit un des nôtres, nous tisserons notre 
drapeau tout en combattant. Car nous voulons être avant tout des 
hommes d'action. Nous avons confiance dans l'eflicacité de notre efl*ort, 
dans les conséquences éternelles de nos actes, et, par la, nous sommes 
déjà des croyants. Et nous avons confiance aussi dans une liberté 
profTi'ossive, s'aiïirmant de plus en plus dans son propre efTort. 

Nous travaillerons donc au bonheur des autres, puisque nous le 
croyons possible. Nous essaierons de réconcilier les hommes entre 
eux. A ceux qui font de leur intérêt, de leur égoïsme ou de leurs 
préjugés la mesure du vrai, nous insufllerons une sainte passion de 
solidarité et de tolérance. A ceux que le servage économique écrase, 
et que broie la dure machine industrielle, nous annoncerons la joie 
dos réparations prochaines. Nous deviendrons ainsi les médecins de 
la misère humaine. Nous rendrons les hommes meilleurS| parce qu'ils 
seront plus heureux. Nous viderons les bagnes, et nous renverserons 
les écliafauds. 

Kt nous travaillerons ainsi à la liberté des autres, puisqu'elle nous 
paraîtra, elle aussi, réalisable. Nous mettrons de la liberté partout, et 



■"• '^ -\ 



130 vu" CONGRÈS INTERNATIONAL 

d'abord dans les âmes, forgeant des caractères, émancipant Faction 
individuelle. Nous ferons de chaque citoyen un « droit vivant » égal 
aux autres droits, une (c volonté vivante » égale aux autres volontés. 
Nous essaierons d\Hre la conscience de notre démocratie naissante. 

Dans la misère, daris rohscurité,dans la souffrance des agglomérations 
monstrueuses de nos villes, nous jetterons de la lumière, de la joie, 
de la snnté. Nous élargirons, nous épanouirons la personne humaine, 
nous donnerons à toutes les individualités le plus large, le plus libre 
ossor. A cette humanité qui porte encore en elle tout un douloureux 
héritage de son animalité originelle, des esprits incertains, des instincts 
brutaux, dos volontés hésitantes, nous apporterons la révélation de la 
Vie nouvelle, pour laquelle nous construirons la « Cité des Esprits ». 

No dites pas, Messieurs, que ce sont là des rêves d*utopistes. Aussi 
bien les faits eux-mêmes se chargeraient de vous démontrer le contraire. 
Ce programme d^éducation populaire commence déjii à se réaliser 
partout. On fonde des sociétés d assistance par le travail, de protection 
de Tenfance, de coopération des idées, d'extension universitaire, 
de retraite pour la vieillesse. Les Bourses du Travail deviennent, dans 
nos villes de province, des succursales de nos Facultés. Les préaux 
des mairies et des écoles sont a Paris le rendez-vous, chaque semaine, 
de grands auditoires frémissants. Plus de 60 associations se sont fondées 
depuis moins de deux ans pour aller donner périodiquement ii notre 
peuple un peu de Pensée et d'Art. La Société des conférences populaires 
a donné l'an dernier plus de 50.000 réunions pour adultes. D'un bout 
de la France h l'autre des sociétés d'anciens élèves se groupent autour 
des écoles primaires, et la salle d'école devient l'antidote du cabaret. 

Et si l'on se rappelle que toutes ces choses sont le résultat d'un 
effort de quelques années, — si l'on veut bien remarquer que notre 
société de tempérance, qui compte aujourd'hui 20.000 membres et 
400 sections, n'existait pas il y a cinq ans, — l'on devinera sans 
peine quelles perspectives infinies de travail et de progrès nous offre 
le siècle qui va commencer. Un siècle de joyeux et pacifiques efforts, 
voilii le cadeau de majorité que nous offre la vie. Et j imagine qu'en en 
franchissant les bornes, et en embrassant du regard ces espaces 
immenses, nous nous sentirons saisis de crainte et d'admiration car, 
i\v cette terre encore en friche et que nous foulerons les premiers, 
sortiront peut-être des moissons de bonheur qui feront plier nos 
granges ! Et peut-être qu'après cette époque qui va finir et dont la 
tache aura été d'affranchir la Pensée humaine, nous verrons briller 
devant nos yeux l'aurore radieuse des temps nouveaux, qui apporteront 
h la Volonté humaine encore appesantie, la joie de sa Liberté enfin 
conquise. ( Vifs appla udissemenls, ) 

La parole est à M. Hercod, professeur, rédacteur en chef de VAbS" 
tinence (Suisse). 



CONTRE L*ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 131 

Discours de M. HERCOD 

Je voudrais dire deux mots sur ce qui se fait en Suisse, puisque le 
rapporteur désigné n*a pas pu assister au Congres. 

Nous sommes en Suisse gens pratiques ; nous nous sommes dit que 
le premier devoir de Tétudiant aans fa lutte antialcoolique, c*était de 
gagner h la cause d'autres étudiants, et, pour ce faire, nous avons 
fondr dans nos six Universités suisses des sections antialcooliques 
(rêludiants ; mais nous en avons fait des sections d'abstinents totaux^ 
et voici pourquoi: c'est que pour nous, si nous voulions lutter contre 
les alcools proprement dits, les liqueurs, la lutte serait ii peu près 
terminée, car je ne crois pas que parmi nos étudiants nous trouvions 
plus de un pour cent qui fassent usage de liqueurs, et cependant nous 
sommes fortement alcoolisés. Donc nous avons fondé des sociétés 
d'abstinents totaux. 

Ces sections, nous les avons fondées absolument distinctes et sépa- 
rées des autres sociétés que nous avons dans nos universités suisses ; 
autrement dit nous n'avons pas simplement créé de petits groupe- 
ments au milieu des associations déjà existantes. Nous avons reconnu 
par l'expérience que nous pouvions avoir au moyen de sociétés distinc- 
tes de meilleurs résultats. 

En eiFet, si Ton nous voit boire notre sirop ou notre limonade, dans 
1rs sociétés ordinaires d'étudiants, on dit: « C'est très bien»; et on 
ne nous imite pas; les traditions sont si bien ancrées dans une vie 
universitaire comme la nôtre que l'habitude de boire résiste quand 
même. Nous avons donc jugé plus utile de nous séparer, (ramorn* 
d'autres casquettes (vous savez que ces marques extérieures jouent nn 
grand rôle dans les universités suisses) et nous nous sommes fondes 
en associations spéciales de propagande parmi les étudiants suisses. 

PcMir cela nous avons des travaux, et, aussi souvent que possible, 
des di.scussions sur l'alcoolisme, auxquelles nous invitons nos profes- 
seurs et les étudiants. 

.\insi. cet hiver, h Zurich, la section des étudiants abstinents a 
convo(|ué les étudiants et les professeurs ii deux soirées de discussion. 

La première s'est terminée sans décisions bien arrêtées, et a duré 
jus(|u'ii minuit ; la seconde, car on a été très satisfait de ces premiers 
débats, s'est également terminée très tard, mais en créant une convic- 
tion chez beaucoup d'auditeurs. i 

C'est donc dans cette direction-la que les étudiants suisses au n<Mn 
desquels je parle, entendent la lutte et pour nous la propagande ne 
piMil-étre utile et pratique que par l'abstinence totale. [Applau- 
dixsvments). 

Discours de M. le D' FOREL 

Les personnes qui viennent de parler nous ont dit beaucoup de 
bonnes choses. Je tiens à remercier M. Buisson et h lui dire que nous 



1 



132 VII* CONGRÈS INTERNATIONAL 

sommes parfaitement d'accord avec lui, et que nous autres Suisses, 
nous avons réalisé précisément ce qu'il préconise. 

M. le professeur Hcrcod vient de vous dire quelques mots de notre 
système : nous nous abstenons complètement de vin et de bière, parce 
ne c'est le vin et la bière qui grisent les étudiants en Suisse et en 
llemagnc. Nous n'y perdons rien. 

Or, nos sociétés d'étudiants n'ont pas commencé dans TUniversité ; 
elles ont commencé dans les gymnases sur l'initiative de jeunes gens. 
En 1888, cinq étudiants du gymnase de St-Gall, bravant les risées de 
leurs camarades, de leurs maîtres, de leurs parents, et même d'un 
pasteur, ont fondé la première société d'abstinence des gymnases 
suisses. Le pasteur les attaqua dans un journal. Ils répondirent et ga* 
<{nèrcnt l'opinion publique. Ils fondèrent une seconde section a Baie 
et rinircnt par former une société centrale suisse qui compte mainte- 
nant une quinzaine de sections. De ces sociétés sont sorties celles des 
étudiants des six universités suisses, car les étudiants du Gymnase 
passent ii l'Université. Nous avons de ces sections qui comptent de 
20 h 30 étudiants abstinents de tout âge qui s'abstiennent de boissons 
alcooliques. Cela représente une force, car les membres de ces sociétés 
deviendront plus tard des médecins, juristes, pasteurs, ingénieurs, 
etc., et influenceront ainsi les destinées de notre pays. 

M. Buisson a dit qu'il y avait une chose importante à noter dans l'al- 
coolisation des masses : c'est le plaisir du superflu. 

C'est parfaitement vrai et c'est précisément ce que nous voulons 
obtenir; nous voulons aussi nous amuser, mais sans les boissons al- 
cooliques, car s'empoisonner n'est pas jouir. Nos jeunes abstinents 
organisent des soirées dramatiques, des discussions, des bals, des 
cours, des amusements de toute espèce. Nous avons organisé des lieux 
de sociabilité précisément pour jouir du superflu et l'on ne peut nous 
reprocher d'être des ascètes. Mais pas de boissons, car toutes les bois- 
sons, nous les considérons, le vin, la bière et le cidre y compris, je 
tiens h le dire ici, en France, nous les considérons comme des trou- 
ble-fôtes ! [Bravos), 

N'allez pas croire pourtant que nous voulons arracher les vignes : 
C'est une erreur, mais nous commençons a faire du vin non alcoolisé 
rt h le boire. Nous conservons nos vignes pour en faire du vin non 
fermenté. Nous avons le plaisir et le superflu sans le mal. 

Nos petites réunions, nous en avons lait ce que M. Buisson nous a 
recommandé : nous avons été vers le peuple. Mais nos étudiants n'y 
vont pas en prédicateurs : ils y vont en frères, en vrais socialistes, et 
dans ces associations de frères et de sœurs on apprend plus qu'on n'y 
enseigne. Nous apprenons au point de vue moral, au point de vue 
social, à des points de vue de toute sorte. Les Bons Templiers sont 
une organisation fraternelle, surtout populaire où la femme a les mê- 
mes droits que l'homme, l'ouvrier les mêmes droits que le profes- 
seur. Nous avons en Suisse environ 2,000 Templiers. L'ouvrier en 



CONTnB L*ABU8 0B8 BOISSONS ALGOOLIQUBS 133 

devenant abstinent voit bientôt qu'il n'a rien perdu, mais tout ga^né, 
Il n^oublie pas, comme avec l'alcool, ses maux pendant quelques neu- 
rcs pour les retrouver empires après, cela est vrai, mais il apprend à 
les réparer et même à les supprimer, ce qui vaut mieux. 

Tous, tant étudiants qu'ouvriers et bourgeois, nous sentons, comme 
l'a dit aussi M. Buisson, le besoin de la sociabilité. Et pour souscrire 
il ce qu*il a dit nous avons été obligés de créer des lieux de sociabilité. 
Un congressiste vous disait qu'il faudrait rencontrer un bon million- 
naire pour créer un palais du peuple : nous le cherchons aussi, mais 
comme nous n'avons pas trouvé de millionnaire, nous avons travaillé 
avec le peu que nous avions. C'est ainsi que nous avons décidé des 
dames de Zurich à fonder une société de tempérance et des locaux où 
l'on ne donne aucune boisson alcoplique quelconque, (car élever un 
palais au vin et à la bière, c'est tout bonnement créer un cabaret de 
plus.) [Applaudissements), 

Dans nos locaux de tempérance, nous avons de grandes salles où 
Ton s'amuse, où l'on fait des conférences populaires. Avec des bois- 
sons et des mets exempts d'alcool, des sirops, des vins non fermentes, 
des limonades, des repas substantiels, bien servis et bon marché, ces 
restaurants se tirent d'affaire tout en faisant de la vraie sociabilité, 
comme la désire M. Buisson. Dans nos villes suisses et même dans 
nos villages, ces locaux de sociabilité sont bien supérieurs au cabaret. 
On y trouve encore des bibliothèques, des salles de lecture, etc. 

A Zurich, je vous l'ai dit, une commission de dames a fondé 7 lo- 
caux de tempérance dont un grand café avec billards, et tout à côté, 
sur le Zurichberg, elles vont encore créer un magnifique local pour 
restaurant d'été. Vous citerai-je encore les établissements de la Croix 
Bleue et ceux des Bons Templiers ? (Applaudissements), 

C'est lit qu'on se réconforte, que l'on se récrée. Mais ce ne sont 
pas des lieux où Ton oublie. Non, nous ne voulons pas ce mot. Au 
cabaret on oublie la misère, c'est parfois vrai, mais pendant combien 
de temps ? Pendant le temps où l'on est h moitié gris, et le lendemniii 
fllo est encore» lii, la misère. Quand on parle du petit verre néces- 
saire il rhomme pauvre, on fait de la flatterie démagogique, mais on 
tra((it pas en véritable ami du peuple. (Applaudissements). 

Le véritable ami du peuple est celui qui, a l'abri de l'orgie alcoolique 
laide ii s'élever !i tous les points de vue en même temps qu'il sVIève 
I u i - m ô m e . (Applaudissements répétés) . 

M. Jules Legrand : 

Mesdames, Messieurs, 

Nous avons terminé la première partie de l'ordre du jour : la séance 
va continuer par Tétude de cette question : a le rôle des établissements 
d'enseignement secondaire dans la lutte contre ValcooL » 



r-vTv-i 



134 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

Une besogne des plus urgentes m'appelle au Ministère de Tlntérieur, 
j*ai donc le très vif regret de me séparer de vous : laissez-moi vous re- 
mercier encore de l*accueil sympathique que J*ai trouvé dans cette 
Assemblée. Je prie M. le Docteur Legrain de vouloir bien me remplacer 
à la présidence. 

M. le D' Legrain. La parole est à M. Gilbault, professeur au lycée 
de Toulouse. 

I^OLE 

de l'enseignement secondaire dans la lutte antialcoolique, 
par M. H. GILBAULT, agrégé de l'Université, docteur ès- 
sciences, professeur de physique au Lycée de Toulouse. 



Messieurs, 

Il est aujourd'hui parfaitement établi, à notre honte, que la France 
est un des pays où Ton consomme le plus d'alcool, et, ce qui est plus 
grave c'est quf tontes les classes de notre société sont atteintes. La 
bourgeoisie elle-même, qui pendant longtemps est restée presque in- 
demne, subit aujourd'hui l'atteinte du mal. 

Depuis la Révolution, le Tiers-Etat, ce qn'on appelle aujourd'hui 
la bourgeoisie, est devenu prépondérant par le nombre, les situations 
qu'il détient et les capitaux qu'il possède, il englobe, en effet : la petite 
bourgeoisie constituée par les fonctionnaires à faible traitement, les 
employés de bureau, les petits commerçants, etc.; la bourgeoisie 
moyenne formée de professeurs, d'avocats, de médecins et de fonc- 
tionnaires importants ; enfin la haute bourgeoisie comprenant la ban- 
que, le liant commerce et la grande industrie. Or, par l'instruction 
et les aptitudes, toutes ces catégories forment l'élite, ce qu'on est 
convenu d'appeler la classe dirigeante, ceux par conséquent sur les- 
quels la nation compte pour l'œuvre d'évolutiQn et de progrès ; il 
serait donc très important d'établir la consommation en alcool de cette 
élite et, si elle est très grande, de faire comprendre les dangers que 
l'alcool peut faire courir à la bourgeoisie et par suite à la France. 

Le premier point est donc de trouver une mesure de la consomma- 
tion de Talcool dans la classe bourgeoise. 

J'avais pense que les apéritifs pourraient servir a cette mesuré étant 
donné que beaucoup des personnes aisées que je connais sacrifient il 
cette habitude ; il ne restait qu'à montrer que le peuple ne boit que 
peu d'apcritifs. Je me rendis, avec l'intention de faire une enquête, 
au faubourg St-Cyprien de Toulouse, ii Theure de la sortie des ateliers, 
et je vis tous les tuivriers boire des apéritifs, par exemple des absin- 



COUTRB L*ABII8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 135 

thcs et des picons k deux sous le verre. J'interrogeai même un cabare- 
licr qui me dit que le matin les ouvriers prenaient bien la goutte avant 
de se rendre au travail, mais que, avant le dincr, ils buvaient toujours 
des apéritifs et le soir des verres de bière. Il n*y a donc pas de diiFc- 
rence, au moins h Toulouse, entre les genres de boissons consommées 
par le peuple et la bourgeoisie et je crois qu'il en est de même un peu 
partout aujourd'hui où, grâce à un petit flacon d'essence d'un prix 
très minime, le premier marchand de vin venu peut fabriquer 15U li- 
tres d'un mélange imitant une liqueur de marque quelconque. 

I/usage de ces essences ne permettrait pas plus d'arriver à séparer 
les consommateurs en s'appuyant sur les prix des alcools employés 
parce que des alcools à des prix très bas et aromatisés sont ensuite 
vendus sous des étiquettes dorées, dans des cafés de belle apparence 
et, si l'on admettait que les alcools à prix élevés sont seuls consom- 
més par la bourgeoisie, on commettrait une erreur grossière qui aurait 
pour résultat oe diminuer de beaucoup la consommation de celte 
classe. 

Poursuivi par la même idée, je me laissai un jour entraîner, dans 
un des premiers cafés de Toulouse, par des amis qui étaient en rela- 
tion avec le maître de la maison ; j'entamai avec ce négociant une 
longue conversation en ayant bien soin de ne pas me présenter sous le 
jour défavorable de l'abstinence et, incidemment, je lui demandais, ô 
catulcMr ! s'il croyait que la bourgeoisie consommait beaucoup. Il me 
répondit que la bourgeoisie ne buvait pas, que tous ceux qui venaient 
chez lui consommer régulièrement y venaient simplement « pour 
trouver des amis avec qui causer. » Cette réponse est celle qui est 
faite par tous les consommateurs, elle montre un grand danger puis- 
que beaucoup boivent régulièrement des liqueurs alcoolisées sans 
vouloir s'en rendre compte. 

Il est difficile d'évaluer en, nombre la consommation totale de la 
bourgeoisie et, a plus forte raison, la consommation par tète. Du reste 
si on pouvait avoir ces résultats il faudrait se garder de les comparer 
h ceux qui représentent la consommation du peuple, attendu que, par 
sa vie sédentaire, la bourgeoisie est plus facilement alcoolisable et 
qu'une certaine dose d'alcool produit plus d'effet à un homme de bu- 
reau qu*à un homme du peuple qui vit au grand air et se livre a un 
exercice violent. 

Mais, si nous ne pouvons pas évaluer en nombre la consommation 
(Ir la bourgeoisie, il nous est facile de montrer que cette consomma- 
tion au<rtnoi)to dans d'énormes proportions. Nous pouvons remar(|urr, 
par cMMiiple, la progression suivie par la fabrication des liqueurs do 
lu\<' dont le prix est garant qu'elles ne sont pas achetées par des pro- 
Irlaires. Ainsi, au milieu du siècle, à la Grande-Chartreuse, on fabri- 
ciuait en quantité relativement minime la liqueur connue sous le nom 
do <( Chartreuse », aujourd'hui la fabrication à la Grande-Chartreuse 
a décuplé, les bsitiments se sont étendus, les granges sont trans- 



136 VII* CONGRBS INTBRNATIONAL 

formées en distilleries et cependant nous savons tous que la plus 
grande partie de la chartreuse que Ton trouve dans le commerce est 
de rimitation fabriquée par de nombreuses maisons ; sans compter, 
qu*h côté de ces imitations hypocrites, il existe de nombreuses imita- 
tions avouées : la Bénédictine, la liqueur jaune du Couvent, la liqueur 
des Cordeliers, la liqueur du R. P. A. Kermann et des extraits, ven- 
dus jusque dans les pharmacies, avec lesquels tout petit ménage bour- 
geois confectionne sa chartreuse. Or, les fabricants de toutes ces li- 
queurs, font fortune, c'est assez dire qu'ils en vendent... que la 
fabrication augmente dans d'énormes proportions et par suite la 
consommation. 

Du reste, autour de nous, ne voyons-nous pas certaines habitudes 
s'établir dans presque toutes les familles bourgeoises ? On prend vo- 
lontiers un apéritif avant le repas, on boit abondamment du vin en 
mangeant, et dans combien de maisons aisées ne prend on pas, après 
le repas, du café additionné d*un alcool quelconque variant de la fine 
Champagne au rhum? Le soir, suivant la saison, pour étancher une 
soii qu'on n'a pas, on prend de la bière, des grogs ou du thé avec de 
l'alcool et, comme le dit si bien M. le D' Monin dans son Hygiène des 
riches : a Nous voulons insister ici sur cette forme, presque incons- 
ciente, d'empoisonnement alcoolique, que l'on rencontre, assez cou- 
ramment, dans la classe aisée de la société. Beaucoup de personnes 
arrivent, sans s'en douter, b dépasser tous les jours la ration inoffen- 
sive et normale de boisson alcoolique compatible avec la santé : un 
apéritif, un ou deux verres de liqueurs, une bouteille de bon vin aux 
repas, un ou deux verres de bière, répétés quotidiennent, finissent par 
accumuler, peu à peu, dans l'organisme, surtout chez les sujets arthri- 
tiques — comme on l'est ordinairement dans le tiers-état français — - 
non seulement des prédispositions morbides, mais les lésions sour- 
noises des tissus et organes les plus importants de l'économie. i> 

Aussi la bourgeoisie fournit-elle aujourd'hui un appoint nombreux 
de délirants alcooliques k nos asiles. 

A Ville-Evrard, 1 année passée, sur 250 alcooliques observés par 
M. le D' Legrain, il y avait: 

42 trafiquants de vins et liqueurs, garçons de café, placiers en 
spiritueux. 

23 EMPLOYES DE BUREAU. 

21 cochers. 
8 mécaniciens. 
7 selliers. 
6 jardiniers. 
cordonniers, etc. 

Plus d^employés de bureau alcooliques que de cochers et cependant 
Paris est la ville des pourboires. 



CONTiim l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUKS 1.(7 

I.a bourgeoisie s'alcoolise, il faut lui montrer qu'elle court a un 
danger. Or, si nous nous adressons aux personnes adultes qui ont 
déjà pris des habitudes et se sont pénétrées de l'esprit individualiste, 
nous risquons fort — je le sais par expérience — d'être reçu avec un 
sourire sceptique et prié très poliment de nous occuper de nos ad'ai- 
H's. Noire action ne pouvant se porter sur les adultes, doit donc se 
porter « sur les êtres jeunes et tendres, comme le dit Platon, car 
c*cst alors qu'ils se façonnent et reçoivent l'empreinte qu'on veut leur 
donner d et puis aussi parce qu'il est plus facile de préserver que de 
gurrir, la médecine préventive est préférable h la médecine expoc- 
tautc. Il faut donc que les filles et fils de bourgeois et les jeunes 
^ens (|ui, par leur instruction, deviendront des bourgeois soient pré- 
servés du fléau et instruits des dangers de l'usage de l'alcool. Le but 
de l'éducation étant, d'après Kant, de « développer dans cha({ue 
individu toute la perfection dont il est susceptible » il faudra dans 
l'éducation de ces jeunes insister sur la question qui nous tient au 
cœur et que nous considérons comme une question vitale pour notre 
patrie. 

Mais, même si la bourgeoisie n'était pas atteinte, il y aurait lieu de 
procéder de la même façon ii l'égard ae ces jeunes gens puisqu'ils 
deviendront l'élite, la classe dirigeante, qui pourra, dans quelques 
années, par son exemple, par sa parole, montrer au peuple, qui sûre- 
ment est très atteint par l'alcoolisme, la vérité et le ramener à la 
sobriété, assise des nations fortes. Il ne faut plus que la bourgeoisie 
soit, suivant la définition de Victor Hugo, « la partie satisfaite du 
peuple », la partie égoïste par conséquent qui vit pour elle seule sans 
se (louter que nous sommes tous en ce monde comme des alpinistes 
qui font une ascension liés de telle sorte que la chute de l'un entraîne 
au moins une secousse pour les autres; il faut que la bourgeoisie 
consciente de sa supériorité intellectuelle s'adonne au peuple, ii son 
prriVctionnement, il son bonheur, pour la grandeur de la* France. 

Quant à cette action éducative, elle doit être exercée par rensei- 
gnement secondaire, car, comme le dit la Grande Encyclopédie^ « ce 
(|ui caractérise l'enseignement secondaire, c'est d'abord d'être l'ins- 
truction générale de la bourgecnsie ou des classes dirigeantes; c'est 
ensuite île constituer, ii la suite de l'enseignement primaire, une cul- 
ture plus élevée et profondément distincte, pour les jeunes gens capa- 
bles ou censés tels, qui peuvent donner une longue suite d'années h 
l'étude sans aucune préoccupation professionnelle ». L'enseignement 
secondaire s'adresse donc ii ta classe qui nous occupe, il a devant lui 
le temps nécessaire et pour but une éducation sufliisamment large et 
virile pour qu'on y introduise les notions d'hygiène cérébrale, m<irale 
et physique qui forment la question antialcoolique. Du reste tellr fut 
la pensée de M. le ministre Rambaud qui, après avoir, par le décret du 
\) mars 181)7, créé l'enseignement antialcoolique, introduisait d'impor- 
tantes modifications aux programmes de nos lycées et collèges. Ainsi, 

10 



r^v 



l.')8 VII* CONGRES IirrBRNATIONAL 

dans les classes de philosophie, de l*** lettres et de f* sciences, il 
doit être traité en 

Hygiène. — Boissons fermentées : cidre, bière, vin. 

Action physiologiaue des boissons fermentées. — Effets 
pathologiques de leur abus. 

Boissons distillées : Eaux-de-vie. — Effets pathologi- 
ques de leur usage habituel. 

Boissons alcooliques additionnées d'essences. — Absin- 
the et autres liqueurs prétendues apéritives. Graves effets 
pathologiques de leur usage. 

Ivresse et alcoolisme. — Influence de Talcoolisme sur 
la race. 

Psychologie. — La folie. — Influence de l'alcoolisme sur la genèse 

de la folie. — Affaiblissement de l'intelligence et de 
la volonté par l'usage des boissons alcooliques. 

Morale. — Dommages causés par l'alcoolisme à la race, à la famille, 

à la société, au pays. 

Influence de Talcoolisme sur l'appauvrissement et le plus 
souvent sur la misère de l'individu et de la famille. Effet 
sur la richesse publique. Ce que Talcoolisme coûte k la 
France. — Autres effets: criminalités, suicides, accidents. 

La classe de Mathématiques élémentaires a un programme d'hygiène 
semblable. Enfin les lycées de jeunes filles ont des programmes au 
moins aussi développés. 

Ces programmes sont parfaits, produiront certainement un très bon 
effet et notre gratitude pour M. Rambaud doit être sans borne : mais 
nous ne saurions nous contenter que l'enseignement secondaire 
applique simplement ces programmes, nous lui demandons plus 
parce que nous savons que les programmes sont peu, que les méthodes 
et Tesprit de renseignement influent beaucoup plus sur les élèves et 
que c*est par des causeries souvent répétées sur un même sujet qu*on 
fait pénétrer des idées dans les cerveaux et non par un exposé magistral 
fait du haut de In chaire une fois pour toutes, nous voudrions que 
renseignement secondaire prit à cœur la tache que M. Rambaud a 
voulu lui donner et que, secondant les vues ministérielles, il élargisse 
son action, chacun de ses membres travaillant suivant ses moyens et 
sa fonction. C*cst ainsi que les Proviseurs et les Principaux, encore 
appelés Administrateurs, devront avoir une action différente de celle 
des Professeurs et des élèves; mais tout le monde devra avoir son rôle. 

I. — noLB DE l'administration 

C'est il dessein que, dans les administrateurs de nos Lycées et 
Collèges, je n'ai pas fait figurer MM. les Inspecteurs d'Académie : 



fZ.u ' '^ ' .* ' ,.^^r»--Tr^ r '.wv^ff*'^: 



CONTRE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 139 

leur zèle pour toute œuvre d^éducation et de relèvement, et pour noire 
œuvre en particulier, est trop connue pour au^on en parle et s'est 
manifesté assez pour qu*on ose lui demander davantage. 

Les Proviseurs et les Principaux pourraient avoir une action très 
intense et très efficace, d*abord sur les Professeurs dont un certain 
nombre, persuadés par eux-mêmes du danger alcooliaue, consentiraient 
si on leur en parlait ou si on les en priait, à faire des causeries 
antialcooliques. — Je suis même persuadé que beaucoup de jeunes 
professeurs , s'ils se sentaient soutenus , fonderaient des ligues 
antialcooliques, ou provoq^ueraient leur éclosion parmi les élèves. Or, 
les ligues sont notre véritable moyen d'action, elles seules peuvent 
n'ninir dans un but déterminé des élèves pendant plusieurs années, 
elles seules permettent les causeries répétées auxquelles ie faisais 
allusion précédemment, elles seules peuvent enfin, en réunissant les 
volontés éparses, former une volonté plus forte que les volontés 
individuelles. Les ligues sont notre grand espoir et les Proviseurs ont 
la possibilité de contribuer à leur lormation. 

Les Proviseurs pourraient également parler favorablement de notre 
œuvre en dehors du milieu universitaire et intéresser aux ligues des 
personnalités qui, sans cela, pourraient rester indifférentes, si ce 
n*est hostile. 

Malheureusement les Proviseurs et les Principaux n'ont même pas 
entrevu l'œuvre très belle qu'ils pourraient accomplir. Je me souviens 
encore — quoiqu'il y ait environ trois ans qu'on m'ait conté le fait — 
d'un Proviseur qui, tourmenté par un proCesseur, consentit à ce qu'on 
fit une conférence antialcoolique dans son lycée ; le professeur agrégé 
et docteur n'avait pas dû, tout porte à le croire, dire des choses 
fausses, mais il parait que la conférence ne plut pas au Proviseur qui 
à la lin fit, à haute voix, des observations au professeur devant les 
élèves. Celui-ci me disait à cette époque qu'on ne l'y reprendrait plus, 
et nous avons perdu ainsi une bonne volonté. 

On m'objectera que cela se passait avant l'organisation de 
renseignement antialcoolique et que depuis tout a changé. Il y a 
certainement une part de vrai dans cette remarque^ mais la modification 
n'est pas encore très grande. Ainsi, dernièrement, un de mes collè- 
gues, fondateur d'une ligue antialcoolique de lycée, demandait h son 
Proviseur de l'autoriser d'adjoindre k sa ligue une association de jeux 
de façon à pouvoir faire jouer tous les jours les élèves pendant une 
récréation : le proviseur lui répondit qu'il n'accorderait jamais cela 
parce que sous prétexte de développer l'hygiène il ne fallait pas 
détruire la morale et que c'était détruire la morale que de permettre 
il une certaine catégorie d'élèves déjouer en cour... attendu que les 
autres élèves voyant leur plaisir ne manqueraient pas de vouloir entrer 
dans l'association, ce qui constituerait une contrainte et une hypocrisie. 
Ce Proviseur ne se rendait pas compte que les élèves de nos Lycées, 
très logiques et pas encore déformés — d'autant plus qu'il s'agissait^ 



140 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

dans le cas que je rapporte, d*une ligue entre élèves de philosophie — 
comprennent très bien le but que nous poursuivons et viennent à nous, 
non par hypocrisie, mais par conviction. Si du reste les élèves de nos 
Lycées faisaient partie de nos ligues et se condamnaient à des causeries 
antialcooli(|ues par distraction, on serait conduit ii se représenter la 
vie de nos maisons d'éducation comme très peu récréative. 

Dans une autre Académie h la suite d une circulaire rectorale, 
engageant les Prineipaux à faire faire des conférences antialcooliques, 
un Principal obtint d'un de mes amis, de faire une conférence. La 
conférence eut lieu, mon ami y réussit pleinement et, encouragé par 
le succès, voulut continuer en fondant une ligue ; mais il avait compté 
sans le Principal qui, intervenant, lui fit comprendre qu'il fallait 
en rester lii, attendu qu'on avait fait ce que le Recteur avait demandé 
et que c'était suflisant. 

De sorte que les Proviseurs et les Principaux qui, d*après les 
instructions de 1890, devraient être les premiers a encourager notre 
œuvre d^éducation et de moralisation, non seulement ne secondent pas 
notre action et en particulier la formation de. nos ligues, mais même 
paralysent les e (Torts qui sont orientés dans ce sens et font qu'un 
mouvement sérieux dans l'enseignement secondaire sera très dimcile. 

Il n'est pas cependant possible que nos associations soient assimilées 
aux anciennes associations, telles que la taupe, la corniche et la cogne, 
qui existaient entre les élèves qui se préparentaux écoles, ces anciennes 
associations qu'on a dû supprimer l'année passée, n'avaient d'autre 
but que d'imposer des amendes aux élèves qui avaient été premiers en 
composition et de fortes cotisations à tous ; ces sommes étaient desti- 
nées h former une caisse qui servait a payer un bon dîner aux élèves 
reçus aux écoles. Notre but est par trop différent pour que j'insiste. 

Il y a simplement un préjugé qu'il faudrait déraciner et je crois que 
nous devrions émettre un vœu et demander h l'autorité compétente de 
recommander aux Proviseurs et aux Principaux de favoriser et d'en- 
courager les ligues antialcooliques qui voudraient se former dans leurs 
établissements. 

II. RÔLE DU PROFESSEUR 

Dès aujourd'hui l'action des professeurs peut être très grande, 
mais elle se développera encore bien plus le jour où tous les empô- 
ehcments disparaîtront, elle pourra s'exercer alors dans des voies très 
diflerentes que nous allons examiner successivement. 

Action sur lui-même, — Nous avons, nous professeurs, une existence 
très sédentaire, passée à faire des cours, à préparer des leçons, h cor- 
riger des compositions et !i lire ou faire des travaux personnels. Cette 
existence anormale nous donne une santé généralement assez mauvaise 
et la mortalité parmi nous est même très élevée, ce qui fait que si 



CONTRE L^ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 141 

nous buvions nous serions rapidement atteints par l'alcoolisme, nous 
pratiquerions un véritable empoisonnement volontaire ; nous sommes 
assez sages pour ne pas arriver à Talcoolisme, mais je crois que nous 
devrions essayer dé ne boire qu'accidentellement des liquides alcooli- 
sés, nos santés seraient meilleures et notre esprit n'en serait que plus 
lucide et plus alerte. J'ai connu quelques professeurs qui l'ont essayé 
et s'en sont trouves très bien, certains contraints par leurs médecins, 
ont ainsi guéri de leurs maladies d'estomac, d'autres, qui l'avaient 
essayé par curiosité, en sont tellement satisfaits, qu'ils continuent. Ne 
faut-il pas, comme le disait Leibniz, « nous garder de répéter de bou- 
che les maximes morales comme des perroquets, sans éprouver au 
dedans de nous le désir sérieux de les mettre en pratique ? » 

Le professeur devenu ainsi abstinent d'alcool sera un exemple et 
rien n'est plus contagieux que l'exemple. Convaincu, par lui-même, 

3ue l'alcool, loin d'être nécessaire, est néfaste, il aura plus d'ardeur, 
e conviction et d'autorité dans la croisade que nous entreprenons. 
Kniin, h leurs moments de loisir, ceux d'entre eux qui ont le savoir 
approprié pourraient poursuivre des recherches sur l'action physiolo- 
gique, morale ou économique de l'alcool et, tout en enrichissant le 
savoir humain, nous donner de nouvelles armes. 

Action sur ses élès^es, — Nous avons établi, au début de ce rapport, 
que la bourgeoisie consomme de plus en plus d'alcool et qu'elle arri- 
vera fatalement h l'alcoolisme en même temps qu'a la perte de sa force, 
de son intelligence, de son prestige et de sa puissance. Or, l'enseigne- 
ment secondaire a pour mission l'éducation de la bourgeoisie, il est 
donc de notre devoir de montrer aux futurs bourgeois les dangers 
individuels et sociaux de l'alcoolisme de façon que, instruits par nous, 
ils sachent plus tard se diriger. La patrie nous a donné pour mission 
la préparation de cet être qui demain sera l'élite, nous ne devons pas 



faillir \\ notre tache ; nous devons trouver que les programmes de 1897 
nr sont pas tout et savoir que pour réussir dans la tâche d'éducateur, 
comme le disait si bien M. Bourgeois, au Congrès de la ligue de ren- 



seignement du Havre, « il faut une qualité essentielle, une qualité né- 
cessaire et su disante : le don de soi. » 

Donnons-nous ii nos élèves, consacrons-nous a leur développement 
non seulement pendant nos heures de classe, mais encore en dehors 
en les suivant dans leurs travaux, dans leurs pensées et dans leurs dé- 
faillances, donnons-nous à eux de façon si avoir le droit de leur deinan- 
der plus tard de se donner a nous et de conserver encore sur eux une 
action alors qii'ils auront quitté les bancs de nos lycées. Encourageons* 
les il fonder des ligues auxquelles nous pourrons nous consacrer en y 
apportant la vie de notre parole, de notre exemple, de notre foi. 

Ces ligues, si nous le voulons, pourront être assez facilement fon- 
dées. Nous avons besoin, cela est évident, du concours de l'Adminis- 
tration et nous devons avant tout tâcher de nous l'assurer. Pour cela il 



les élèves par trop ngés^qui préparent les Ecoles, car n'ayant pas été 
[)réparés ils seraient trop sceptiques et puis ils ont le souci du con- 



142 vii^ coNcnks international 

faudra tsicher de convertir nos administrateurs, soit en leur montrant 
d'un côté. le péril et de l'autre côté le salut, soit en leur disant que 
renseignement antialcoolique aurait tout à gagner à la formation de 
nos Ligues qui sont nécessaires à la lutte et par cela même préconi- 
sées et soutenues par le pouvoir central. Il faudra sous différents pré- 
textes en parler h des intervalles de temps convenables sans en taire 
le but apparent de notre entretien, de cette façon, étant donné la jus- 
tesse de nos raisons, il est à peu près certain que nous convaincrons, 
puis un beau jour — le procédé est un peu jésuite, j'en conviens, — 
il faut s'arranger pour que l'administration prenne 1 initiative, ou ait 
Pair de prendre l'initiative, de la formation d'une ligue. De cette 
façon la ligue est l'œuvre du Proviseur qui en a toute la gloire et ne 
peut faire autrement que de l'encourager. 

Cette première difTiculté écartée, il reste à savoir à quels élèves on 
s'adressera pour former la ligue ou au moins son noyau. Il est évident 
qu'il ne faut pas s'adresser a des élèves jeunes parce qu'ils ne nous 
comprendraient pas et qu'on leur apprendrait des défauts et des 
hontes qu'ils ignorent] et qu'il vaut mieux qu'ils ne connaissent pas 

f tendant quelques années encore. Il ne faudra pas prendre tout d'abord 
c - - . . _ . 

préparés ils seraient trop sceptiques et pui 
cours. Ceux qui m'ont paru jusqu à présent les plus aptes à cet enrôle- 
ment ont été les élèves de Matliématiques élémentaires et de 2* mo- 
derme, puis ceux de l''*£sciences, de l*** lettres et surtout de philoso- 

fthie, et il n'y a pas b invoquer aue ces derniers avaient déjà étudié 
es questions antialcooliques de leur programme et que c'était à la 
connaissance de ces questions qu ils devaient leur supériorité, 
parce que nous avons toujours fondé nos sections au début des années 
scolaires; leur supériorité tient a ce que sevrés jusqu'à 16 ou 17 ans 
de vérités scientifiques et sociales, us se les assimilent immédiate- 
ment dès qu'on les leur expose, ne sont-ils pas du reste philosophes? 
Le mot y est peut-être pour quelque chose. 

C'est donc aux philosophes qu il faudra s'adresser pour former le 
noyau de nos|^sections, ils amèneront ensuite des camarades des autres 
classes et dans quelques années, lorsque ces jeunes philosophes d'au- 
jourd'hui seront élèves des Ecoles nous pourrons peut-être compter 
parmi nos sections des élèves appartenant à toutes les classes supé- 
rieures de nos lycées. 

Une fois la section constituée, pour qu'elle soit vivante et efficace il 
faut provoquer des réunions. Ces réunions peuvent très bien avoir lieu 
pendant le temps de la dernière étude'fqui précède tout congé car 
alors les élèves sont distraits et impropres à tout travail et l'adminis- 
tration ne verra certainement aucune difficulté ii nous les accorder, 
on pourrait également de temps en temps demander la permission de 
les réunir pendant une étude. Dans ces différentes réunions le profes- 
seur peut exposer des questions antialcooliques, par exemple, un jour 



CONTRE L*ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 143 

Sarler des apéritifs, une autre fois faire une causerie sur le rôle 
es associations au point de vue de la lutte antialcoolique, etc., ou, 
donnant aux élèves une part plus active et, leur demandant plus d*ini- 
tiative, leur faire traiter certaines questions, ou engager une discus- 
sion avec un élève du lycée non converti à notre cause ; c'est ce que 
font les membres de la société de gymnasiens suisses « tHeWétia » 
comme me le disait dans une de ses lettres M. Hercod, professeur ii 
Baugy-sur-Clarens, que je vous demande la permission de citer : u Ce 
qui me frappe dans la société VHels^étia^ c est qu'elle est une très 
bonne école d'initiative et d'individualité; ces jeunes gens sont très 
convaincus et savent défendre leurs convictions ; ils convoquent de 
temps a autre leurs camarades non abstinents h une conférence con- 
tradictoire et ils connaissent la question de l'alcoolisme assez pour 
réfuter leurs adversaires. Ils estiment en outre que abandonnant les 
plaisirs vulgaires de la boisson, ils doivent, au contraire, être les pre- 
miers quand il s'agit de plaisirs intellectuels ou d'exercices physiques. 
Deux de leurs séances sont consacrées a la discussion de travaux lit- 
téraires ou scientifiques préparés par l'un d'entre eux. Il est évident 
que les travaux témoignent souvent de plus de bonne volonté que de 
compétence; cela fait un peu sourire de les voir faire des travaux sur 
Tart antique, le tolstoïsme, le matérialisme, etc.; mais l'efTort intel- 
lectuel y est toujours. L'exercice physique n'est pas oublié ; les gym- 
nasiens abstinents font souvent des courses en commun, du canotage, 
etc.. Je me souviens d'un fait intéressant qui montre qu'il ne bou- 
dent pas devant la fatigue : à notre Congrès d'Olten, le 5 juin der- 
nier, les gymnasiens de Baie étaient venus a pied de Baie à Olten ; 
c'était je pense huit heures de marche ; ils étaient partis au milieu de 
la nuit et leur petite troupe, le sac au dos, faisait très bonne impres- 
sion. » 

Comme le font les gymnasiens suisses, il faudrait que les lycées 
français de nos Ligues organisent des jeux et des excursions; mais, 
comme en France, nos enfants sont moins libres que ne le sont ceux 
des étrangers et ont par conséquent moins d'initiative, il faut les 
encourager et les aider et qui, mieux que le professeur, peut exercer 
cette action. Des fêtes peuvent également être organisées : on peut 
projeter d'aller déjeuner sur l'herbe, h la campagne, emporter des 
instruments de musique et faire un concert, comme on l'a fait l'année 
passée à Toulouse. 

Va je ne comprends pas que l'Administration ne pousse même pas 
h ces choses, car ces réunions ont pour conséquence un rapproche- 
ment entre professeurs et élèves et, à ce point de vue, elles n'ont pas 
seulement une action en hygiène, mais encore une action éducative 
générale dont les élèves se trouveraient très bien. L'influence du 
professeur sera accrue à cause de ce contact et aussi parce que la 
pensée sera plus forte. « Pour penser juste, disait Guyau, il faut vivre 
dans la réalité. » 



3 



14^1 vii° coxr.nks international 

Qihint il nous, professeurs, conscients du rôle social qu'on nous a 
confié, nous devons être enthousiasmés de notre influence bienfai- 
sante et rcvendfqncr notre part de travail dans l'œuvre de relèvement 
national qu'est la lutte antialcoolique. Nous ne devrions pas souffrir 
ue des étrangers à TUniversité nous donnent l'exemple et viennent 
ans nos lycées fonder des sections et empiéter sur nos devoirs et sur 
notre ascendant. Et, comme le disait M. Richard, professeur de phi- 
losophie au Lycée du Havre, dans le chaleureux appel qu'il fit en 
novembre 1897 aux membres de l'enseignement secondaire : a Le 
lycée faillira 2i sa tâche s'il n'en sort pas des champions, de vigoureux 
lutteurs animés d'une haine sacrée contre l'alcoolisme. Une croisade 
est nécessaire, mais il faut la prêcher. Qui la prêchera, sinon l'homme 
à la fois instruit et ardent, connaissant le fléau et capable d'en révéler 
à tous l'étendue ? 

(( Déraciner l'alcoolisme autour duquel se groupe une coalition d'in- 
térêts si formidable, ne peut être l'œuvre d'une seule génération. 
Plusieurs devront se transmettre la tâche comme un héritage. Notre 
œuvre aujourd'hui, est de former les cadres de l'armée qui pourra 
espérer vaincre. Un puissant eflbrt ne sera possible que le jour où la 
presse, les assemblées locales, les fonctionnaires, les ofliciers, les 
magistrats, les membres des sociétés de bienfaisance, les étudiants 
compteront dans leurs rangs une majorité d'abstinents. D'où sorti- 
ront-ils si nous ne les formons pas ? Les formerons-nous en nous 
contentant de leur faire étudier froidement quelques leçons? » 

Oui ! si nous ne voulons pas être frappés de déchéance, n'abandon- 
nons pas le rôle social qui nous est confié et, cessant de prêcher 
l'action, pratiquons-la, ce qui est encore la meilleure manière de 
l'enseigner. 

Lorsque je parlais, il y a un instant, des membres étrangers ii 
rUniversité qui nous donnaient l'exemple, ie faisais allusion hM. Barbey, 
avocat h la Cour d*appel de Paris, chaleureux apôtre, qui vient de 
fonder h Paris, dans nos lycées, plusieurs sections et qui parcourant la 
province, porte sa parole chaude et persuasive aux différentes sections 
existantes avec l'idée de leur donner plus de force, ne serait-ce qu'en 
les faisant se connaître mutuellement. Malheureusement, le nombre de 
nos sections est faible : 

Une il Condorcet comprenant 60 membres actifs et 90 adhérents ; 

Une h Jennsonde Saillycomp* 120 » 

Uneb Condé-s-Noireau » 21 » 

Une au Havre » 200 » 

Une il Rouen » 48 » 

Une il Toulouse » 51 » en ce moment, 

l'année passée, 120 » 

Une au lycée Louis-le-Grand 38 » 

Une au lycée Carnot compr^ 40 » 



CONTRB l'aOUS OBS BOISSONS ALCOOLIQUES 145 

Deux sections sont en formation à Henri lY et a Saint-Denis ; enfin 
il'aulrci» conférences se préparent pour les lycées Voltaire, BufTon, 
Lakanai et Vanves, et entraîneront certainement la création de 
nouvollos sections. 

Soit en tout 14 sections. L'enseignement secondaire ne fait qu'appa- 
raître sur notre champ de bataille, il se lève dans une aurore radieuse 
c|ue nous saluons tous émus d'espoir, sûrs qu'il continuera sa marche 
et décidera de la victoire par l'apport de ses bataillons de jeunes et 
généreuses générations. 

Action du professeur sur ses collègues non con^fertis, — Beaucoup de 
professeurs de l'enseignement secondaire ne sont pas convaincus 
dr Tutilité de notre œuvre et ont peur, par exemple, que la lutte 
antialcoolique ne fasse diminuer la consommation du vin qu'ils consi- 
dôriMit comme notre boisson nationale. 

M*iis nous ne défendons pas Tusage du vin et qui plus est, nos ligues 
auront peut-être, pour effet, d'augmenter la consommation du vin. En 
ellcl, le docteur Lcgrain, dans la remarquable conférence qu'il a 
publiée avec le docteur Laborde sous le nom de V Alcoolisme en France, 
montre ^uc la consommation de l'alcool augmente, tandis que la 
consommation du vin tend à diminuer, et cela non à cause de la 
décroissance de notre production, car nos vignobles sont aujourd'hui 
reconstitués, mais h cause d'habitudes nouvelles : nos mœurs changent 
et le consommateur remplace le vin par l'alcool, ce qui du reste 
explique la mévente des vins. Il faudra donc, s'armant de ces docu- 
ments, convaincre autour de nous et montrer que nos ligues auront en 
particulier pour effet de supprimer la consommation de l'alcool et 
<raugmenter peut-être celle du vin. En tout cas, nous ne dirigeons pas 
notre lutte contre le vin. 

Puis il faudra entraîner h l'action ceux qu'on aura convaincus. Je 
sais bien que ce sera le point le plus diilicile car nous sommes un peu 
dans rUniversilé comme des poissons élevés dans un bocal de verre 
et ([ui sont tellement dépaysés lorsqu'on les place dans l'océan qu'ils 
ne peuvent y vivre ; il faudra tacher d'habituer peu h peu nos collègues 
il Tocéan de la vie humaine et de l'action : il faudra leur parler des 
sections prospères qui se fondent à l'étranger, leur montrer les quelques 
sections qui existent en France et surtout fonder sous leurs yeux de 
nouvelles ligues auxquelles ils ne pourront faire moins que d'adhérer. 

Ai' lion des professeurs sur renseignement primaire, — Pour que les 
professeurs de i enseignement secondaire s'occupent de la (piestion 
antialcoolique à l'école primaire, il y a des raisons d*ordre général et 
des raisons d'ordre particulier ii Talcoolisme. 

I.cs raisons d*ordrc général qui existent quelle que soit la question 
dont on s'occupe en pénétrant à l'école primaire sont : 1" le désir 
que Ton a de participer à l'éducation du peuple, à une coopération 






146 vil* CONGIIBS INTBRNATIONAL 

dans laquelle les prolétaires donnent assez et où il faut bien que nous 
donnions quelque chose; le désir également d'instruire celui oui a 
succédé au Prince et dont Téducation doit être soignée, formée 'd*idées 
générales et moralisatrices. 

2° Nous pouvons songer k soulager l'instituteur, non qu'il ne rem- 
plisse pas bien sa tache, ni qu'il n'y apporte assez de zèle — nous 
connaissons tous son inaltérable dévouement — mais pour lui venir en 
aide, étant donnée l'écrasante besogne qui lui incombe. Déjà M. Buisson, 
au Congrès de la Ligue de l'enseignement de Nantes en 1894, poussait 
le cri a alarme. « C est a qui, disait-il, étendra la mission de 1 école... 
mais que restera-t-il pourapprende à lire, pour enseigner l'orthographe 
et les quatre règles ? Si l'on pouvait voir dans nos classes, comme les 
jours passent et comme la tâche est lourde. » Que l'instituteur enseigne 
a lire, qu'il s'occupe de l'éducation de ses élèves, mais que, dans les 
autres missions sociales qui incombent k l'éducateur, il rencontre des 
aides. Nous savons, en e£fet, que dès qu'une réforme est jugée néces- 
saire, on s'adresse k l'instituteur pour l'accomplir: s'agissait-il de 
former des soldats, l'école était transformée en caserne ; plus tard on 
veut renouveler les méthodes de culture et l'instituteur doit devenir un 
agronome : aujourd'hui où le fléau alcoolique nous ravage, on demande 
h l'instituteur de faire de l'enseignement antialcoolique, sans compter 
les différentes sociétés protectrices des animaux ou destructrices des 
hannetons... qui ont recours k son action. C'est k y perdre la tète... 
Venons donc en aide k l'instituteur et secondons-le dans sa mission. 
Ce sera une façon de consacrer nos loisirs au peuple. Allons d'autant 
plus volontiers vers l'instituteur que sa collaboration pourra être 
précieuse, étant donné qu'il nous apporte la connaissance du peuple 
et des méthodes d'éducation, qui ne sont pas a dédaigner, en échange 
desquelles nous lui fournirons les idées générales qui lui manquent. 
Au point de vue antialcoolique notre action dans ces conditions, est 
lus nécessaire qu'en tout autre peut-être, car pour extirper l'alcoo- 
isme il faut une longue action — cent ans, dit M. Franck dans son 
livre : La femme contre V alcool — et l'instituteur tiraillé par des 
exigeances constamment nouvelles, par des enseignements changeants, 
serait entraîné k brève échéance, k abandonner, faute de temps, 
renseignement antialcoolique ; au contraire, dans chaque ville, 
quclaues professeurs de l'enseignement secondaire peuvent consacrer 
leur loisirs uniquement k cette œuvre et la mener alors k bonne fin, k 
cause de la continuité même de l'action. 

3^ En pénétrant dans les écoles primaires, nous prendrons contact 
avec le peuple duquel nous pourrons apprendre beaucoup, sur lequel 
nous pourrons par contre exercer une action soit directement, soit 
par l'intermédiaire de l'instituteur. Notre influence directe tiendra au 
savoir que le peuple nous reconnaît ; notre influence par l'intermé- 
diaire de l'instituteur résultera de ce qu'il est très écouté et très estimé 



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CONTRB L*ABU$ DES BOISSONS ALCOOLIQUES 147 

depuis qu'en suivant ses conseils le paysan a fait pousser deux fois 
plus de blé dans le même sillon. 

4" Knfin nous augmenterons le prestige de l'Université. 

A côté de ces raisons générales il existe des raisons particulières h 
la lutte antialcoolique qui veulent que nous pénétrions dans les écoles 
primaires et y apportions notre concours. 

lia première de toutes ces raisons est que le peuple de France, dans 
son ensemble, est fortement atteint par l'alcoolisme qui est une cause 
de déchéance physique, intellectuelle et morale, et peut être considéré 
comme un Fléau national. Un simple devoir patriotique veut que tous 
ceux qui ne sont pas atteints combattent le fléau, de même que pour 
combattre le fléau dans la bourgoisie nous avons préconisé l'instruction 
et la formation de ligues parmi Tes élèves de l'enseignement secondaire, 
de même pour comoattre l'alcoolisme chez les prolétaires nous con- 
seillons l'instruction et la formation de ligues parmi les élèves des 
écoles primaires. 

Dans les villes de second ordre, où il n'existe pas des Facultés, les 
professeurs de l'enseignement secondaire sont 1 élite; dans les villes 
plus importantes, siège d'Universités, ils sont les égaux des profes- 
seurs de Faculté, mais dans l'un et l'autre cas il est certain qu'us sont 
les plus qualifiés par leur instruction et leur indépendance pour en- 
courager, aider, ou provoquer la formation de ligues parmi les élèves 
des écoles primaires. Ils pourraient, par exemple, comme cela s'est 
fait dans une ville de France,, visiter les écoles delà ville et de la 
banlieue en encourageant les directeurs a fonder des ligues. Puis aider 
les directeurs auxquels cette idée agrée en faisant des conférences et 
des causeries antialcooliques dans les écoles, y apportant des périodi- 
ques ainsi que les livres et brochures d'une bibliothèque circulante 
antialcoolique alimentée par les cotisations des membres protecteurs. 
Le professeur de l'enseignement secondaire pourrait être, en quelque 
sorte, dans chaque localité, le point central d'où partent les encoura- 
gements, les dons et où aboutissent les demandes. 

En second lieu, si l'on est sobre, on peut se proposer, en pénétrant 
h Técole, de donner l'exemple de la sobriété et espérer produire une 
contagion morale salutaire. 

30 — Enfin on peut se proposer d'apporter l'encouragement de sa 
réscnce a une œuvre que Von considère comme essentiellement 
onne. « Rien n'est décourageant, disait M. Bourgeois, !i un Congrès 
de la Ligue de l'Enseignement, pour celui qui s'efiorce comme l'indif- 
férence de ceux qui l'entourent : rien de mortel comme la raillerie, la 
dérision. Entre le jeune homme et l'opinion de méchants qui raillent 
ou simplement de niais qui a blaguent » il faut mettre l'opinion des 
bons esprits et des bons cœurs. » 

Action sur le peuple, — Tout être instruit a un ascendant moral 



i 



r. 



148 vu* CONGRES INTERNATIONAL 

considérable sur le peuple qui a soif de vérité. Les professeurs de 
renseignement secondaire bénéficient de cette disposition des esprits 
el seront écoutes à cause de leur savoir et aussi à cause du désintéres- 
sement qu'ils ont et qu'on leur reconnaît. Ils pourront dire toutes les 
vérités, dire son fait h Tsilcool, montrer la marée montante de l'ai-- 
coolisme et mémo s'attaquer au marchand de vin, ce dieu moderne, ils 
no seront pas conspués, /ils seront écoutés, voire même encouragés et 
applaudis. 

Ainsi h Toulouse, la Ligue de l'enseignement, Tannée passée, avait 
fait distribuer aux auditeurs de ses conférences, k la fin de Tannée 
scolaire, des feuilles imprimées portant un certain nombre de deman- 
des, entre autres : 

« Quelles sont, parmi vos soirées d'instruction populaire de cet hi- 
ver, celles dont vous avez gardé le meilleur souvenir? Et pourquoi ? 

» Quelles intentions et quelles espérances avez-vous en assistant 
régulièrement aux soirées ainstruction populaire ? » 

Il était dit, à la suite de ces questions, que si Ton voulait bien y ré- 
pondre, la Ligue aurait des renseignements dont elle tiendrait compte 
)our organiser la campagne des conférences de cette année. Or, toutes 
es conférences antiiilcooliques faites par la Ligue toulousaine contre 
V alcoolisme avaient été faites sous les auspices de la Ligue de l'ensei- 
gnement parce que les conférences antialcooliques, comme les autres, 
étaient faites dans le même local, celui de Técole ; aussi parce que les 
buts poursuivis par les sociétés étalent les mêmes et puis à cause de 
commodités qui provenaient de ce que'le président d*une des sociétés 
était vice-président de l'autre. 

Le peuple a répondu en masse a ces demandes et parmi les réponses 
beaucoup nous intéressent parce qu'elles montrent qu'on accepte 
notre action éducative et que ta conférence antialcoolique, malgré son 
aridité et son manque de gaieté, a été aussi prisée que les autres con- 
férences, voire même que les lectures qui sont>, dans certains cas, des 
petites représentations. Du reste, h la question. « Quelles sont, parmi 
vos soirées d'instruction populaire de cet hiver, celles dont vous avez 
gardé le meilleur souvenir ? Et pourquoi? » 

Voici quelques réponses : 

« La conférence sur l'alcoolisme, parce que cela donne des leçons 
de morale et nous fait détester l'ivrognerie. » 
Ou encore : 

« Une conférence sur l'alcoolisme parce que cette conférence nous 
montre les ravages que produit l'alcool dans notre organisme. » 
Ou: 

(c C'est le cours sur l'alcoolisme. Parce qu'il affaiblit nos forces mo- 
rales et physiques, il faut le combattre. » * 

Quoique la phrase soit incorrecte, l'idée en est bien encourageante, 
comme pour cette autre réponse : 



CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 149 

« La conférence dont j*ai gardé le meilleur souvenir est la confé- 
rence sur Talcoolisme parce qu*elle est très instructive, sérieuse et de 
la plus haute importance. » 

Permettez-moi de vous citer également les réponses faites par les 
mêmes ouvriers à la deuxième question. « Quelles intentions et quelles 
espérances avez-vous en assistant régulièrement aux soirées d*instruc- 
iion populaire 1 » Un a dit : 

(( C'est de nous rendre meilleur et de nous instruire sur les notions 
qu*on y enseigne. » 
Un autre : 

(( Elles me préserveront des mauvais vices. » 
Un troisième : 

(f De passer ses. soirées agréablement et en même temps de s'ins- 
truire. » 
Ou: 

c( J'ai l'intention d'inspirer à mon fils le goût d'y assister régulière- 
ment lorsqu'il sera grand. » 
Encore : 

« Me rendre plus savant en écoutant la parole chaude et vibrante 
d'excellents coniérenciers. » 

Il y a là, pour ceux qui ont approché le peuple^ un grand encoura- 
gement et un appel irrésistible a ceux qui n'ont pas encore osé, pour 
une raison quelconque, venir k l'école primaire instruire la démocratie. 

Il faut que nous allions tous au peuple et que quelques«uns en par- 
ticulier se consacrent à l'œuvre antialcoolique. Ce dernier point est 
absolument nécessaire, autrement, étant donnée la pente sur laquelle 
nous glissons, vous pouvez vous représenter ce que sera le peuple de 
France si beau, si fier, si robuste, lorsque quelques générations d'al- 
cooliques se seront succédées : voyez, dans le miroir de Macbeth, nos 
descendants et regardez, si vous osez, ces êtres chétifs, malingres, 
nerveux et contrefaits. Non! vous n'avez pas le courage de supporter 
une pareille vue et vous aurez par conséquent le courage de moraliser 
le peuple dans des causeries et des entretiens où, en échange de votre 
temps, vous serez sûr d'avoir contribué a faire forte la France de 
demain. Et, nous élevant encore davantage, vous aurez contribué ii 
l'évolution humaine car, comme le dit Guyau : un Français avec li\s 
aptitudes scientifiques et critiques de sa race, représente en moyenne 
un capital cent fois supérieur h un nègre, tout ce qui tend à diminuer 
son intelligence diminue d'autant les chances totales du progrès 
humain. 

III. RÔLE DBS BLÎiVES 

A nos élèves incombent également des devoirs qui pourront être 
aussi vastes qu'ils le souhaiteront, aussi vaste que leur initiative et 



*»,» • » 



150 VII* CONGRBS INTERNATIONAL 

leur individualité et pourront développer ces qualités en les exerçant. 
D*abord nos élèves pourront s'occuper de fonder des ligues ou, s*il 
en existe parmi eux, ils pourront s'efTorcer de les développer et de 
les rendre prospères en y amenant le plus de camarades possible et 
en tachant d'y introduire Faction fécondante de la discussion et du 
travail en commun comme cela se fait en Suisse, comme cela a été 
tenté h Toulouse. Et qu'ils ne reculent pas devant ce travail, ils seront 
bien payés de leur peine, puisque ces associations auront pour but de 
les affermir dans la décision de bonne conduite qu'ils ont prise, de 
les rendre plus purs : et quelle force que la pureté, n*est-ce pas avec 
des fragments de diamants qu'on perce les montagnes ? Ils se prépa- 
rent, en môme temps que cette force, le bonheur que nous sommes 
obligés de reconnaître comme résultant de la rectitude de conduite. 
Byron, qui n'est pas suspect, dit dans ses Mémoires : « Je commence 
«H m'apcrcevoir que dans ce monde damné, il n*y a de bon que la 
vertu. Je suis las du vice dont j'ai goûté toutes les variétés. » Nos élè- 
ves pourront également, au moyen de leurs associations, se procurer 
les plaisirs des promenades, des excursions et des fêtes. Chez nous, 
les jeunes gens se réunissent trop peu ensemble pour voyager à peu 
de frais et tirer, de leur réunion et des voyages, tous les plaisirs qu'ils 
contiennent, nos associations antialcooliques pourraient, il me semble, 
h certaines époques de vacance, étendre leur action éducative et, sous 
prétexte de développement physique, nos lycéens pourraient faire de 
belles excursions : par exemple, la ligue antialcoolique de tel lycée 

[murrait aller rendre visite à la ligue antialcoolique de tel autre, mais 
es voyages se feraient a pied ce qui est encore, après le voyage k bi- 
cyclette, la façon la plus agréable de se promener. 

Et quel plaisir encore de se trouver entre camarades étroitement et 
amicalement unis sur une même question, de s'associer dans un but 
utile, de se donner aux autres. Quel plaisir, par exeniple, pourraient 
retirer nos lycéens en se rendant dans les écoles primaires encourager 
les fils du peuple dans leurs fermes résolutions. 

A Toulouse, l'année passée, la ligue antialcoolique a donné une 
fête aux élèves des écoles primaires. Six cents élèves de ces écoles se 
pressaient dans un grand amphithéâtre où, après quelques causeries 
et projections antialcooliques, ils entendirent des monologues, des 
chansons et une comédie : toutes ces distractions étaient exécutées 
par les élèves de la section du lycée, et combien ces jeunes hommes 
étaient fiers de faire quelque chose, d'être utiles, d'accomplir une œu- 
vre ; leurs yeux étaient brillants de joie et je crois que ce sont eux qui 
se sont le plus amusés. 

Nos lycéens devraient prendre de pareilles initiatives, ils sont à 
l'nge où l'on est bon par nature, où l'on croit à la solidarité, au devoir 
social de Tclite h l'égard de la foule obscure, ils devraient aller au 
peuple en supprimant les barrières qui séparent les classes. Michelet 
aimait ii répéter ii ses élèves du collège de France : u Le mal de rave- 



^>/, 



CONTRE L*ABU8 DB8 BOI880N8 ALCOOLIQUES 151 



nir est la, il y a un abime entre vous et le peuple. » Cet abime sub- 
siste toujours ; nos élevés, dont quelques-uns iront plus tard sur les 
bancs où se trouvaient les étudiants k qui Michelet parlait, pourront 
combler cette lacune si, préparés par notre éducation et par les mo- 
destes associations antialcooliques, ils se sont habitués à Vaction so- 
ciale : ils iront, plus tard, lorsqu'ils seront devenus hommes, vers le 
peuple auquel ils consacreront leurs loisirs avec le haut idéal de for- 
mer une Patrie forte par Tunion de tous ses membres dans la pensée 
d*évolution et de honneur. (Applaudissements prolongés). 

M. le Président, la parole est à M. le D*" Tappolet. 



Sun L ENSEIGNEMENT ANTIALCOOLIQUE DANS LES ECOLB8 SECONDAIRES SUISSES 

Je considère Futilité de renseignement antialcoolique comme suiTi- 
samment démontrée et j'ajouterai seulement que nous voyons dans 
Talcool non pas seulement un ennemi très dangereux, épouvantable 
même, mais aussi un ennemi qu*il est dans notre pouvoir de vaincre y 
voire même de vaincre à toujours. Là où il y a combat, et combat 
victorieux, la jeunesse ne manquera pas d'être dans les premiers rangs. 

Ainsi donc l'enseignement antialcoolique est aussi nécessaire qu'il 
est pédagogiaue. 

Comment doit-il s'effectuer? 

On peut procéder de trois manières : 

1® On peut faire de cet enseignement une matière à part^ semblable 
par exemple a l'enseignement oe la morale, c'est le système pratiqué 
en Belgique. C'est celui qui promet le plus. C'est la reconnaissance 
la plus complète du mouvement antialcoolique. En Suisse, l'opinion 

Publique y serait tout a fait contraire, elle est encore trop amie de 
alcool pour reconnaître, comme le fait implicitement ce système, 
l'importance de la question de l'alcool. 

2** On peut incorporer l'enseignement antialcoolique dans des 
matières déjà inscrites au programme, dans des leçons d'hygiène et 
de chimie. Ce sera un enseignement avant tout physiologique et 
partant forcément incomplet. Le vrai point de vue, le point ae vue 
social y sera plus ou moins négligé. Mais au moins ce sera un ensei- 
gnement systématique qui a beaucoup de chance, chez nous, d'être 
accepté. Plusieurs professeurs de chimie m'ont assuré qu'ils ne 
manquent jamais de traiter en détails les effets physiologiques de 
l'alcool. Quelques-uns même vont jusqu'à recommander l'aDstinence 
comme régime hygiénique, sans cependant la pratiquer eux-mêmes. 

3® On peut donner un enseignement antialcoolique occasionnel et 
c'est ce qu'il nous faudra faire en attendant que tous nos vœux se 
soient réalisés. Je ne prétends nullement passer en revue toutes les 



I 



152 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

occasions qui se présentent ou peuvent se présenter pour parler 
d'alcoolisme. 

Je crois qu'il est possible d'en parler dans toutes les branches impor- 
tantes de renseignement, sans en exclure les mathématiques, où le maitre 
choisira de prciércncc des exemples tirés de nos relevés statistiques. 

Sans entrer dans des domaines qui ne sont pas les miens, je me 
bornerai h vous exposer quelques expériences et propositions faites 
dans renseignement des langues étrangères. 

Dans cet enseignement, ce ne sont pas naturellement les leçons de 
grammaire ou d'exercices grammaticaux que j'ai en vue, ces Icçons-lh 
sont du reste beaucoup moins nombreuses dans les écoles de la Suisse 
allemande que dans celles de la France. 

Je pense avant tout aux leçons où Ton fait Texercice pratique de la 
langue étrangère, soit en lisant, soit en parlant, soit en écrivant. En 
d'autres termes, l'enseignement antialcoolique peut se faire ii propos 
de la lecture comme sujet de « devoirs français m et comme rapports 
ou conférences donnant lieu à une discussion entre maître et élèves. 

Voici mes expériences a ce sujet : 

Bien entendu, je ne choisis pas expressément le texte du point de vue 
antialcoolique, — ce serait considéré par mes supérieurs comme un 
abus de liberté — mais je profite de chaque occasion pour appeler 
l'attention de mes jeunes gens sur la question qui nous occupe ici. 

Ainsi par exemple je lis avec mes élèves la charmante histoire de 
La belle Nivernaise d' Alphonse Daudet. Vous vous en rappelez cer- 
tainement le premier chapitre intitulé « Un coup de tète. i> Qu'est-ce 
autre chose, ce a coup de tète, » qu'une sotte étourderie commise 
sous l'influence directe de l'alcool. Le père Louveau marinier, patron 
de la Belle Nii'ernaise « qui n'est pas un ivrogne — Dieu non — mais 
qui aime le vin blanc, » est le vrai type du buveur d'habitude. Rien de 
plus facile que de constater h l'aide de Daudet, page après page, les 
efTets troublants de cette habitude et l'obligation sociale qu'elle impose. 
Le père Louveau, un peu égayé, s'engage dans un de ces moments 
d'attendrissement si fréquents chez Tes buveurs, ii prendre h sa 
charge un enfant trouvé. Il faut lire la scène tragi-comique au bureau 
du commissaire de police, et voir comment il est reçu par la mère 
Louveau. une « femme de tète, » pour comprendre le côté tragique de 
son état d'esprit et de la situation qui en résulte. 

Les (Mèvos qui aiment h faire opposition ne manquent pas de faire 
observer qu'après tout l'enfant trouvé fait le bonheur de la famille 
L<mveau — ce qui est vrai en cflet, — et d'en conclure que l'usage de 
l'alcool peut avoir d'excellentes suites. 

Il est facile de leur démontrer que tout malheur peut avoir des suites 
heurcnsf^s, mais que, néanmoins, ce malheur ne cesse d'être un mal- 
heur. Ainsi, le courage d'alcoolisé que Louveau a eu en se chargeant 
de l'enfant, n'en ost pas moins un courage de fou, un courage qui a 



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CONTRE l'abus 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 153 

trop risqué, qui a manqué de bon sens, et quelque bonne qu*ait été 
son action, il a fait une folie qui, vu la situation, avait plus de chance 
de mal tourner que de finir ainsi qu'elle a fini. 

Voulez-vous le portrait fidèle d'un buveur de bière allemand, ouvrez 
V Histoire d*un Conscrit, par Erkmann-Chatiuan, et vous trouverez la 
description d'un gros brasseur, qui a le nez épaté, les yeux ronds et 
les joues en forme de citrouille, et qui crie d'une voix grasse : 
« Gesundheit ! Gesundheit ! » 

Ou bien nous lisons, dans le même livre, les joyeuses scènes, si 
riiôpital, où le vieux canonnier veut faire accroire à Joseph que tout 
ce qui ne sent pas bon ne vaut rien, et que si on leur donnait tous les 
jours une bouteille de vin blanc d'Alsace, ils seraient bientôt guéris. 

Ce sont ces superstitions alcooliques qu'il s*agit de ridiculiser et de 
détruire impitoyablement, partout où elles se présentent, pour qu'elles 
ne se transmettent pas aux générations futures. 

En lisant que tous les soldats malades recevaient du vin à l'hôpital 
pour se c( refaire, » c'est le moment, pour le maitre, de parler des 
résultats positifs obtenus dans les Tempérance Hospitals de Londres, 
où Ton ne connaît pas l'alcool. 

Un deuxième moyen de faire entrer l'antialcoolisme a l'école, ce sont 
les compoiitions . En général, les élèves aiment les questions qui sont 
SI Tordre du jour, et au point de vue pédagogique , il est fort souhai- 
taUle qu'ils y réfléchissent sérieusement et n'acceptent pas sans cri» 
tique ce qu'ils entendent dire a d'autres. 

Voici quelques sujets de ce genre : 

Les effets du vin blanc sur le père Lout^eau. — Les effets physiologiques 
de r alcool sur le cerveau, sur les muscles. — L'alcool et C antiquité. — 
Mahomet et P alcool. — Vérité du proverbe : « Abusus non toUit 
nsum, » etc. 

3. — Une troisième occasion d'intéresser les élèves à la question, ce 
sont les rapports ou conférences qu'il est d'usage de faire chez nous de 
temps en temps. Ces travaux ont pour but de préparer la discussion ; 
aucune question actuelle ne s'y prête mieux que précisément celle qui 
fait le sujet dé ce Congrès. 

Ainsi, je prie un élève d'exposer les avantages que présente Veau 
sur le vin. Une autre fois, c'est Vabstinence totale qui se défend contre 
ce les modérés. » Jamais la discussion ne manque d'être très animée, 
et il faut voir le regret qu'ils ont de ne pas savoir mieux le français 
pour faire bien valoir leurs arguments. 

On peut aussi leur faire faire de simples rapports sur les brochures 

classiques de MM. Bunge, Forel, le D*" Legrain, etc.; et quand je serai 

de retour en Suisse, je ne manquerai pas de parler longuement b mes 

élèves de toutes les bonnes paroles que j'ai entendues au Congrès 

antialcoolique de Paris. 

11 






154 vil* CONGRES INTBRN. CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 

M. le D' Legrain. 

Mesdames, Messieurs, 

Je vous remercie de votre attention; nous avons épuisé exactement 
le programme de notre première séance. Nous aurons ce soir une seconde 
assemblée générale, en raison de la réception qui doit avoir lieu demain 
à THôtel-de- Ville ; c*est donc une somme véritablement inouïe de bonne 
volonté que nous vous demandons pour ce soir; mais il faut absolument 
que le programme de notre seconde séance soit abordé en raison de son 
importance. 

Avant de lever la séance, Je dois vous donner lecture d*une adresse 
rédigée sous la signature de MM. J. Lejeune, délégué du gouvernement 
belge, président et délégué de la Ligue patriotiaue belge contre Talcoo- 
lisme; Hocart, pasteur, vice-président et délégué de la môme Ligue; 
D' de Vaucleroy, secrétaire général de cette ligue et du Congrès de 
Bruxelles. 

> Le 7« Congi'ès contre Talcoolisme adresse Texpression de ses pro- 
» fondes sympathies aux instituteurs, professeurs et inspecteurs de Ten- 
» seignement dans tout les pays engagés dans la lutte contre l'alcoolisme; 
» il applaudit à leurs efforts et leur souhaite courage et persévérance 
7> dans leur œuvre patriotique et humanitaire. » ^ 

Cette adresse, mise aux ooix, est adoptée à l'unanimité. 
La séance est levée à 5 heures. 



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TROISIÈME SÉANCE GÉNÉRALE 

Mardi 4 Avril (soir). 



Présidence de M. le D' LEGRMN 
Assisté de M. Conrad DILLON, Président étranger (Angleterre) 



Ordre du Jour s 
ENSEIGNEMENT & ÉDUCATION 

THÈMES PROPOSÉS : t* De l'eoMÎi^amaBt antialcoolique aprèi l'école primaire. 
2* Dei lociétéi tcolairei et poit*icolairei de Tempérance. 

Préparation du perionnel enielgnant à la lutte antialcoolique dam l'école et bort 
de l'école. — Sociétés de Tempérance entre initituteuri. 



SÉANCE GÉNÉRALE DU MARDI SOIR 4 AVRIL 



La séance est ouverte à 8 heures 1/2. 

M. le D' Legrain, président du Congrès, prie M. Conrad Dillon, 
représentant TAngleterre, d'occuper le fauteuil de la présidence pour 
cette séance. 

Plusieurs membres du Congrès faisant partie de la presse étrangère 
ayant manifesté le désir d*avoir des renseignements précis et positifs ou 
m^rae le compte-rendu des séances, M. le Président avertit qu'on a, 
pour les séances d'aujourd'hui, rédigé un certain nombre de commu- 
niqués qu'on pourra donner aux membres de la presse étrangère. Des 
communiqués seront mis chaque Jour à la disposition de la Presse. 

M. le Président. — L'ordre du Jour appelle l'exposé et la dis- 
cussion de la question suivante : De l'enseignement antialcoolique 
après récole primaire* . 

La parole est à M. Flelden Thorp, d'York (Angleterre). 



DB l'enseignement ANTIALCOOLIQUE APRES l'bCOLE PRIMAIRE 

En me proposant de présenter ce sujet aux membres du Congrès, 
je n'ignore nullement qu'il y a très peu de fait en Angleterre sur ce 
terrain dans les écoles secondaires et supérieures. Le système anglais 
(si Ton peut parler de système où il n'y a presque pas de régle- 
mentation, — où, en effet, tout le monde est libre d'établir son col- 
lège, son académie, et de faire de la réclame a son gré pour se pro- 
curer des élèves) — le dit système ne se prête à aucune organisation 
visant i\ introduire un sujet Quelconque dans le programme des études 
obligatoires. Tout dépend de la volonté du directeur et des sous-maitres, 
qui dirigent ordinairement chacun leur classe. S'il y a parmi ce per- 
sonnel enseignant des abstinents, convaincus de l'importance de 
l'abstinence pour la sauvegarde et le bjen-ètre de leurs élèves, ils 
trouveront bien une occasion de les y intéresser, soit pendant une 
leçon de physiologie ou d'hygiène, soit en en faisant le sujet d'une 
allocution spéciale, et en l'envisageant du côté moral. 

Si, au contraire, le corps d'instituteurs est indifférent ou hostile a 

i M. Bajrat, directeur de l'enseignement primaire, inecrit pour prendre la parole sur 
la qnettion, a déjà expoaé aa thèie dana ton diacoura à la précédente aéance. (V, 
page lOS). 






158 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

rabstinence^Ies élèves ne recevront aucun enseignement sur la question. 
Il y a même des directeurs abstinents qui hésiteraient à donner une 
leçon sérieuse contre Tusage des boissons enivrantes, de crainte de 
Hicher quelques parents, de perdre par la quelques élèves, et de voir 
aussi leurs bénénces diminués. 

Malgré toutes ces difficultés il y a déjà quelque chose de commencé. 
On sait qu*un grand nombre d'écoles primaires ont été visitées par 
les conférenciers de la Band ofHope Union (Union, des Ligues de 
TEspoir). Pendant la période de cinq ans de 1888 a 1893, ils ont fait 
une ou plusieurs conférences dans plus de douze mille écoles ; confé* 
rcnces suivies par 1.400.000 élèves et instituteurs. La statistique pour 
les cinq ans depuis 1893 n*est pas tout k fait complète ; mais il parait 
que d*avril 1896 k avril 1897, plus de 450.000 enfants et maîtres ont 
assisté k ces leçons : elles ont été, presque partout, des discours scien- 
tifiques, exposant les effets de Talcool, sous toutes ses formes, sur le 
corps humain et tout spécialement sur le cerveau, plutôt que des ser* 
mons ou exhortations k propos des suites horribles de Talcoolisme. 

Quoique Tobjet de ces conférenciers fàt en premier lieu la propa- 
gande dans les écoles primaires, on les a aussi invités k prendre la 
parole dans quelques établissements supérieurs, en général pension* 
nats. Pareille invitation a de temps en temps amené k ces écoles 
secondaires d'autres personnes intéressées a la fois a Téducation de la 
jeunesse, et au progrès de la cause antialcoolique. 

Ayant moi-même eu le plaisir de profiter assez souvent de ces in» 
vitations, je crois devoir exposer en quelques mots au Congrès la 
méthode ordinairement suivie. Si la visite d'un pensionnat donné 
exige un long voyage, on peut souvent arranger les choses avec le 
directeur (ou la directrice, car les pensionnats de jeunes demoiselles 
ne sont pas négligés,) de manière k donner deux leçons, d'une heure 
environ chacune, — la première, peut être le soir a l'arrivée, 
tout-k-fait scientifique, sur la nature et les effets de l'alcool, exposant 
surtout son action toxique sur le cerveau et le système nerveux. Le 
lendemain, un discours plus général développera, comme conséquence 
des faits déjk constatés, combien il est important pour l'individu et 
pour la société de renoncer k l'emploi d'un agent si dangereux, et 
combien la « modération » tant vantée est insuffisante k garantir celui 
qui veut la pratiquer contre la séduction de la boisson. — Si l'on se 
trouve dans un milieu franchement chrétien, on fera appel au devoir 
suprême de ne pas se permettre une indulgence quelconque qui puisse 
amener la chute et la misère de son prochain. On rappellera aux 
jeunes auditeurs la triste vérité énoncée par M. le prof. Bunge, que 
ce sont toujours les modérés qui sont les séducteurs ! 

Quelquefois les exigences des cours ordinaires ne permettent 
qu'une seule leçon : on doit alors abréger, en cherchant toutefois k 
combiner l'exposition des faits physiologiques et l'appel aux principes 
moraux et philanthropiques des élèves. 



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CONTRE L*ABU8 DB8 BOISSONS ALCOOLIQUES 159 

Comme dans les écoles primaires^ il est toujours avantageux d^inviter 
les auditeurs des conférences k en écrire un petit résumé. On offre quel- 
que livre ou tout autre récompense aux meilleurs rapports. J*ai souvent 
été surpris de leur excellence ; un jeune garçon ou une jeune fille de 
treize à quatorze ans reproduisait parfois textuellement mon discours. 

Il va sans dire qu*on doit pronter pour ces leçons de planches 
physiologiques, etc. Pour peu que le temps a la disposition du confé- 
rencier ne soit pas trop limité, Ton peut aussi démontrer par des 
expériences plusieurs faits concernant l'origine et la nature de 
Talcool. 

Depuis 1879, il existe en Angleterre une Association dite « L*Union 
des jeunes abstinents, » par laquelle on cherche à agir sur les enfants 
des classes les plus instruites, et qui jouissent d'une aisance considé- 
rable. Ces enfants, pour la plupart, ne font jamais partie d'une Ligue 
de l'Espoir, où leurs parents trouvent peut-être qu'ils se mêleraient 
aux enfants d'une couche sociale bien inférieure a la leur. Ils appar- 
tiennent en outre assez souvent aux familles riches où le vin n'a pas 
été banni de la table ; où les habitudes de la haute société les accou- 
tument à sa présence surtout quand arrivent des visiteurs, et les 
exposent a être invités a en boire. Des petites sociétés établies pour 
gagner ces enfants a l'abstinence doivent donc se borner k englober 
ceux qui se rencontreraient naturellement dans des salons amis. On 
les invite k des soirées, des réunions de société chez des personnes 
comme il faut, quelquefois, pendant l'été, dans le jardin ou le parc 
d'un château. On invite des conférenciers distingués, appartenant k la 
même classe sociale, kleur expliquer le sujet, et l'on envoie de temps 
en temps aux membres des circulaires, ou des livres spécialement 
aflectés k ce service. Il va sans dire qu'une association aussi limitée, 
et pour ainsi dire privée, ne saurait être nombreuse. Elle compte 
cependant 60 sociétés dans différentes localités, et environ cinq mille 
membres, tous abstinents. 

Quelque chose de très semblable mais exclusivement pour les jeunes 
demoiselles, a été établi par la « Société de Tempérance des femmes 
britanniques, » Britiah Y/omerCt Tempérance Association, sous le nom 
de Y branches, où l'initiale sert d'abréviation pour young, c'est-k-dire : 
(( Branches pour les jeunes fiUçs. » Une de ces branches vient de se 
constituer parmi les demoiselles qui suivent les cours universitaires 
d'Aberystwyth (Pays de Galles), des membres étudient sérieusement 
la question, et font leur possible pour y intéresser leurs jeunes amies; 
le résultat sera sans doute qu'k leur sortie du Collège elles seront très 
capables de faire de la propagande avec un succès prononcé chacune 
dans sa patrie ; et l'on peut espérer que chaque branche « Y » «lura 
parmi ses membres au moins une personne assez instruite pour bien 
surveiller l'enseignement des principes scientifiques sur lesquels repo- 
sent la doctrine et la pratique des abstinents. 

On a essayé, dans plusieurs endroits, d'organiser une série de con- 



160 vil" CONGRÈS INTERNATIONAL 

rérenccs, soit des cours adaptés aux besoins d'étudiants plus ftgés et 
probablement plus instruits que la plupart des élèves de nos écoles 
populaires. Ces cours se donnent surtout aux environs de Londres ; 
mais on espère développer partout ce moyen d'encourager Tétude 
systématique de notre sujet et de préparer ainsi un corps d'institu- 
teurs capables de mieux conduire nos Sociétés de l'Espoir. La Société 
de Tempérance de Reading a maintenu une pareille série de leçons 
pendant cinq ans, et a montré que les jeunes gens et les jeunes filles 
y assistent volontiers et apprennent avidement les faits scientifiques 
qu'on leur explique. 

Ceux qui désirent un rapport détaillé sur les classes de Reading, 
le trouveront dans le « Band o( Hope Chronicle » pour novembre 
1898. 

M. le Président.. — Nous passons à la seconde question de notre 
ordre du jour. 'Z)e« Sociétés scolaires et post-scolaires de Tempérance. 

La parole est à M. Baudiillard, inspecteur primaire è Paris. 

SOCIÉTÉS SCOLAIRES DE TEMPÉRANCE 

L'influence de l'école dans la lutte contre l'alcool ne saurait être 
exagérée. 

C est l'Ecole qui donnera aux nouvelles générations, sur le rôle phy- 
siologique et moral de ce liquide, des notions vraies qui tiendront la 
place des préjugés actuels si vivaces. 

Cependant il a paru dans presque tous les pays où la lutte contre le 
fléau est sérieusement engagée, que l'enseignement antialcoolique à 
Técole avait besoin d*ètre fortifié par l'agrégation des enfants ii des 
sociétés ou ligues de tempérance. 

Dans les contrées où l'initiative privée est puissante, telles que la 
Suisse, l'Angleterre ou les Etats-Unis, ces sociétés sont extérieures k 
l'école. Sous cette forme, elles peuvent acquérir une très grande pros* 
périté. Rappelons en passant que les fameuses a Bands of Hope » sont 
au nombre de plus de 22.Ô00 et comptent plus de 3 millions 
d*adhérents. 

En Belgique et en France, pays plus centralisés, il a semblé que l'école 
pouvait servir de support à ces créations, s'intéresser à elles, les fa- 
voriser en leur oflrant comme cadre le personnel de ses maîtres, les 
généraliser par les encouragements de la haute administration de 
I Instruction publique. 

Cette deuxième forme des sociétés d'enfants sera seule étudiée dans 
rc travail. 

I. ORIGINB DBS SOCIBTÉS SCOLAIRES 

C*est en 1887, que M. Robyns, inspecteur des écoles de la pro- 



CONTRE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 161 

vince de Limbourg (Belgique), prit Tinitiative d'organiser des sociétés 
scolaires de tempérance. 

Cette œuvre s est rapidement développée en Belgique. Aujourd'hui, 
clic fonctionne dans plus de 3.000 écoles, soit plus des 2/3 des écoles 
de garçons, et elle compte au moins 100.000 membres. 

En France, l'organisation de semblables sociétés n'a guère été ten- 
tée que depuis trois ou quatre ans, sous les auspices de la Société 
contre Fiisage des boissons spiritueuses. Disons tout de suite qu'elles 
se développent, en ce moment même, avec une très grande rapidité. 
A l'heure actuelle, 450 sociétés scolaires existent en France, presque 
toutes adiliées à la société précitée * . 

II. CREATION ET FONCTIONNEMENT DE CES SOCIETES' 

Ces sociétés doivent-elles être encouragées ? 

En enrégimentant les élèves dans des sociétés de tempérance, on 
donne à chacun un appui moral sans lequel il est bien difficile, en 
France surtout, de persister dans l'abstention des liqueurs fortes. 
L'opinion publique, en effet, a été jusqu'ici favorable a fa consomma- 
tion de l'alcool sous toutes ses formes. Elle est même indulgente 
aux ivrognes. Mais elle prodigue quolibets et sarcasmes à ceux 
qui ont assez de volonté et de raison pour accorder leur conduite et 
leurs convictions. 

Dans les sociétés de tempérance, chacun s'appuie sur l'exemple du 
voisin et l'ensemble constitue une force capable d'inspirer respect et 
attention a ceux qui sont restés en dehors a'elles. 

En outre, formées entre élèves, elles facilitent k chaque mem- 
bre la lutte contre cette tendance néfaste des enfants à imiter les 
adultes dans leurs vices. Or il n'est pas une mauvaise habitude des 
hommes qui fascine plus l'imagination des enfants et s'offre mieux h 
leur imitation, que celle de prendre des liqueurs fortes. 

Il est donc a craindre que l'enseignement antialcoolique seul ne 
convainque pas suffisamment l'enfant pour devenir en lui mobile de 
conduite. Il saura qu'il nuit k sa santé en consommant de l'alcool, 
mais son amour-propre sera flatté de boire comme un homme, sans 
sourciller, sans grimaces ; et c'est k l'amour-propre qu'il obéira. A un 
faux point d'honneur, on doit opposer un autre point d'honneur, tel 
que le respect d'un engagement pris. 

L'enfant possède encore un second défaut qui le livre sans défense 
a l'ennemi. Il est gourmand, surtout de sucreries. Si l'alcool ne s*of- 
frait k lui que sous sa forme ordinaire de cognac, rhum, kirsch, etc., 
peut-être, malgré son désir de faire l'homme^ serait-il rebuté par un 
premier contact que la nature a rendu peu agréable. 

I Au moment de mettre tout preste, le nombre de cet tociétit Atteint 700. 






162 VII* CONGRES INTBRIfATIOMAL 

Mais, malheureusement, on a su multiplier les formes agréables de 
présentation du poison, et, poussé par la gourmandise et aussi fré- 
quemment par les exhortations inconscientes de son entourage, il cède 
s'il n*est retenu que par les conseils et les enseignements de ses livres 
et de ses maîtres. 

Objections formulées contre les ligues scolaires, — I/enfant a plus 
besoin que les adultes de s'associer, en raison de la double faiblesse 
que nous venons d'exposer. Il semblerait donc que les ligues enfan- 
tines devaient échapper aux critiques, du moins k celles qu'on n'adresse 
plus aux ligues d'aaultes. Cepenaant, les objections n'ont pas manqué. 

On s'est demandé s'il n'était pas périlleux d'imposer a des enfants 
très jeunes un engagement qui, pris k la légère, pourra être trop aisé- 
ment oublié et rompu. 

Disons d'abord mi'il ne s'agit pas d'imposer quoi que ce soit, puis- 
que, en tout état de cause, les parents, sans l'aveu desquels rien ne 
se fait, ont le dernier mot. Du reste, s'il y avait contrainte, tous les 
enfants ou du moins la grande majorité des enfants d'une école, mu- 
nie de société de tempérance, s'y affilieraient. Or l'expérience de cha- 
que jour prouve que beaucoup restent en dehors du groupement. 

Quant h l'argument tiré de la jeunesse des enfants, il ne tient pas k 
la réflexion. Les élèves n'entrent, en eifet, dans la société, qu'après 
10 ans. Un an plus tard, a l'époque de la première communion, le 
clergé leur demandera de renouveler solennellement leurs vœux de 
baptême. Remarquons encore que tel s'indigne que l'on fasse prendre 
k l'enfant l'engagement, de s'abstenir de liqueurs fortes, qui accepte 
très bien de sa part un engagement de ne pas dénicher les nids d'oi- 
seaux, de faire la guerre aux hannetons, de s'abstenir du tabac, de 
verser une cotisation k la mutualité scolaire. Pourquoi donc repousser 
seulement l'engagement de s'abstenir d'alcool ? 

Eh outre, l'expérience a montré que l'engagement était très géné- 
ralement respecté. Souvent même, bien que, contracté pour une année, 
il n'ait pas été renouvelé après la sortie de l'école, il continue encore 
k s'imposer k l'adolescent pendant et après le' passage au régiment. 

Ennn n'est-ce pas un résultat que de soustraire k l'influence de 
l'alcool, ne serait-ce que pour peu de temps, un organisme en voie de 
développement? 

Côté éducatif de l'engagement et de V adhésion aux sociétés. — Au 
surplus, il nous semble que l'école n'utilise pas assez ce précieux outil 
d'énucation morale qui est le respect dû k la parole donnée. 

On raconte queFénelon, après avoir longtemps souflert des caprices 
du duc de Bourgogne, lui fit prendre un jour l'engagement d'être plus 
convenable par la suite. Et 1 histoire dit que le prince respecta la pa- 
role donnée. Or, nos élèves sont les vrais dauphins de Theure présente. 
Pourquoi ne pas éveiller chez eux, dès l'enfancei le sentiment de la 



CONTRE L*ABU5 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 163 

dignité personnelle et leur donner pratiquement l'horreur de la vio- 
lation d'une promesse faite. — Parole d'honneur^ foi de genUlhommCy 
je 90US en donne ma parole , — toutes expressions que notre démocra- 
tie doit ressusciter à l'usage de ses enfants. Cette opinion était expri- 
mée implicitement par m. Maurice Pellisson dans le numéro de la 
Repue pédagogique de janvier 1899: « Nous pensons aussi, disait-il, 
que tout essai de groupement en vue d*un but commun est éminemment 
éducatif et que la lutte contre l'alcoolisme offre aux essais de ce genre 
une occasion opportune entre toutes. 

Opinion des parents. — On avait prédit aux créateurs des sociétés 
qu'ils se heurteraient a Tindifférence de la généralité des parents et a 
rhostilité de beaucoup. La encore les faits ont montré qu'on a toujours 
raison d*entreprendre le bien. Nous recevons souvent les confidences 
les plus touchantes des parents, surtout des mères. Si un des adultes 
de la famille se rencontre parmi les victimes du fléau, du moins la mère 
est-elle heureuse que Teniant ait des chances de rester indemne, grâce 
h la Société. Nombre de marchands de vin autorisent même leurs en- 
fants h s'aiTilier. 

En tout cas, partout l'œuvre a été accueillie sérieusement. On a 
senti qu'elle avait une haute portée. Aux fêtes qui sont données dans 
les écoles, les parents viennent, contents de s'associer à l'entreprise. 

Opinion des autorités locales, — Peut-être, nous disait-on, surmon- 
terez-vous certaines difficultés de l'organisation des ligues de tempé- 
rance, mais il coup sûr vous vous heurterez a l'hostilité des pouvoirs 
locaux. Ils sont à l'heure actuelle dans^ une dépendance très étroite 
du marchand de vin qui leur dictera leur conduite à votre égard, et, 
soyez assurés qu'elle ne sera pas bienveillante. L'école laïque se créera 
de nouvelles inimitiés, très puissantes, très tenaces, dont elle n'a que 
faire en ce moment 

Les promoteurs du mouvement ont agi sagement en ne s'embarras- 
sant pas trop de ces sombres pronostics. Evidemment, par ci, par là, 
de petites guerres intestines ont été allumées, dont de braves et dignes 
instituteurs ont pu être victimes. Mais ces faits sont fort rares, et l'on 
peut affirmer qus les Sociétés scolaires ont eu généralement les sym- 
pathies très vives et très avouées des pouvoirs locaux. 

Les Sociétés scolaires de tempérance conviennent^eUes aux écoles de 
Filles P — La femme, a-t-on dit, boit moins que l'homme, et quand 
elle boit, elle a commencé moins tôt que l'homme; et on conclut que 
les Ligues de tempérance sont inutiles dans les écoles de filles. 

La conclusion tirée de la sobriété relative de la femme paraîtra ha- 
sardée quand nous dirons qu'il est établi qu'elle boit déplus en plus ; 
que son goût pour les liqueurs sucrées, analogue à celui de l'enfant, 



164 vil* CONGRÈS INTERNATIONAL 

lui fait faire connaissance de très bonne heure avec l*alcool sous une 
de ses formes les plus dangereuses. 

Mais nous devons ajouter que la femme, plus que Thomme, doit être 
éclairée sur la question, et que tous les moyens de faire dans son esprit 
une vive lumière doivent être employés. N*a-t-elle pas une influence 
très grande sur son mari et ses enfants ? 

Ne peut-elle pas souvent les retenir à la maison en leur rendant la 
vie agréable ? Et quand elle n*y réussit pas, n*est-elle pas la martyre 
do Talcool, avec Tenfant, du reste? Pourquoi donc vouarait-on qu'elle 
n'eiU pas ce réconfort pour elle, cette puissance de persuasion pour les 
autres, que peut donner le séjour dans une Société de tempérance. 

Influence des Sociétés sur les parents des élèves, — On nous dît 
souvent : C*est Tadulte qu*il faudrait atteindre et convaincre. Nous n*y 
contredisons point, et précisément, nous constatons que Técole est, 
par rapport h la famille, un instrument de pénétration et de propagande 
incomparable: Tout ce que dit le maître se répète au foyer domestique, 
et Técho est souvent plus fidèle qu*on ne croit. 

Analysons ce qui se passe dans la famille a Toccasion de la Société 
de tempérance. Tout d*abord le père et la mère sont obligés de réflé- 
chir a la question, ne serait-ce qu*au moment d'autoriser leur enfant 
h devenir sociétaire. 

Ils écoutent ses raisons, les arguments qu'il a entendus, et c'est pour 
eux un premier profit. Dès que 1 élève est enrégimenté, sa psychologie 
est bien intéressante ii étudier. Convaincu comme il l'est que l'alcool 
est un poison, il est animé d'un esprit de prosélytisme extraordinaire, 
surtout quand il songe que ses parents, qu'il aime, sont victimes du 
fléau. Il renouvelle ses démonstrations, revient constamment sur le 
sujet sans crainte d'être indiscret. 

Il rapporte ses devoirs, des brochures, des images, des livres. Et 
voila pour les parents une deuxième chance d'être éclairés sur la 
question. 

Enfin, une Société qui vit activement, donne au moins par an deux 
séances recréatives où les parents sont invités. Et c'est une troisième 
voie par où peut cheminer la vérité, c'est-à-dire le salut. 

Ce développement a propos de l'influence des Sociétés sur les pa- 
rents des élèves n'est pas une œuvre d'imagination. Il ne fait que tra- 
duire des faits réels que les instituteurs constatent tous les jours. 

A la question que nous posons plus haut : les Ligues scolaires 
doivent-elles être encouragées? nous pouvons donc avec assurance 
répondre afTirmativcment. Leurs avantages sont inappréciables, et les 
objections qu'elles ont soulevées ou sont détruites parle raisonnement 
ou ne résistent pas à l'expérience. 

Organisation des Sociétés scolaires, — Encouragements des admi- 
nistrations centrales. — Si les Sociétés scolaires de tempérance pré- 



CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 165 

sentent une telle utilité, il semble que les autorités universitaires 
devraient en imposer (l*urgence et partout l'organisation. Ce serait, 
h coup sûr, le moyen d'obtenir, sur le papier, un efTectif énorme de 
Sociétés et de sociétaires. Cependant, aussi bien en France qu'en 
Belgique, les ministres n'ont pas parlé d'obligation, mais seulement 
d'encouragements. 

Ainsi, dans sa circulaire du 2 avril 1898, M. Schollaert, après avoir 
constaté que ces Associations sont en voie d'accroissement constant, 
exprime le vœu qu'elles se développent dans les écoles encore trop 
nombreuses où elfes n'ont pas pénétré. 

En France, voici ce que dit M. Rambaud, dans sa circulaire aux 
Recteurs, du 9 mars 1897 : 

« En dehors du programme, en dehors des heures de classe, je 
serais reconnaissant aux professeurs et aux instituteurs de tout ce 
qu'ils pourront faire pour que leurs leçons et leurs conseils soient 
suivis de résultats : conférences aux adultes. Sociétés de tempé- 
rance, etc. » { 

I 

Qualités nécessaires aux organisateurs. — La raison de cette 
réserve est qu'on a compris partout qu'il ne suffisait pas d'obtenir, 
de l'obéissance des maîtres, ni même d'un élan généreux, des créations 
peu durables. Ce qu'il faut, en effet, pour faire vivre et prospérer 
une Société, c'est de la suite dans la conduite, de la ténacité, la volonté 
de surmonter les obstacles. Or, ces desiderata ne se rencontrent que 
chez les maîtres convaincus, tempérants eux-mêmes, et ces maîtres, un 
arrêté ministériel ne suffit pas pour les faire naitre. 

En dernière analyse, c'est donc la conquête personnelle, individuelle 
des instituteurs qu il faut entreprendre. Dès qu'elle est réalisée sur un 

f»oint, une nouvelle Société peut naitre, car le ferment nécessaire k la 
evée de la pâte existe. 

Relations avec les Pouvoirs locaux, — Le plus souvent les créations; 
de Sociétés de tempérance ont la pleine approbation des pouvoirs 
locaux. En Belgique même, elles n'ont pu, et je crois, ne peuvent 
pas encore se produire sans cette approbation. 

En France, elle n'est pas régulièrement exigible. Cependant il sera 
sage de se rendre favorables, si possible, les Municipalités, surtout dans 
les petites villes et les campagnes. L'offre discrète d'une présidence 
d'honneur, la demande d'un discours ou d'une allocution un jour de 
fête enlèveront bien des concours qu'il n'est pas, du reste, interdit 
d'obtenir par de bonnes et solides raisons. 

En cas d'hostilité avérée d'une municipalité, nous conseillons 
de passer outre. On peut, du reste, tourner la difficulté, comme le 
dit M. Schollaert dans la circulaire précitée : « Pour organiser ren- 
seignement nouveau, qu'il y ait ou non une Société de tempérance 
dans l'école, aucune autorisation préalable de l'administration com- 






166 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

munale n*e8t requise; l'instituteur peut prêcher la tempérance à ses 
élèves et leur faire prendre la résolution de s'abstenir de boissons 
spiritueuses, comme il leur prêche la sincérité et la probité, et leur 
fait promettre de ne jamais mentir ni voler. » 

Les Sociétés scolaires doivent^elles s'affilier à une Ligue centrale? <-* 
Les dangers de Tisolement sont les mêmes pour une Société que 
pour rindividu. Comment, si elle est seule, saura-t-elle ce qui se passe 
ailleurs ? Comment éprouvera-t-elle les craintes qui aiguillonnent, 
Tcspérance qui encourage ? Abandonnée à elle-même, elle sera faible, 
sans ressort, sans défense contre les mauvais procédés de ses ennemis. 

Au contraire, afTiliée à une Ligue centrale, avec l'autorisation uni- 
versitaire, bien entendu, elle fera partie d'un organisme important. 
Sans rien abdiquer de sa personnalité et de son indépendance, elle 
empruntera à l'ensemble de ses pareilles la force que donnent l'union 
et le nombre. 

Age minimum des Sociétaires. — Pour entrer dans une Société 
scolaire et prendre un engagement qui ait une signification, il nous 
semble que Ton ne peut le faire avant dix ans révolus. En Belgique, 
Tàge requis est onze ans. 

Durée de t engagement. — Dans certains pays, les enfants doivent 
s'engager a s'abstenir de liqueurs fortes jusqu'à 20 ans. C'est une exa- 
gération évidente qui n'aurait aucune chance d'être acceptée en France. 
Alors que la loi n'admet plus pour la vie conventuelle que des vœux de 
courte durée, émanant d adultes, comment peut-on sérieuseniîent de- 
mander h des enfants de s'engager, pour des années assez lointaines, 
pendant lesquelles, étant devenus hommes, ils auront changé de genre * 
de vie et peut-être aussi malheureusement d'idées sur la question. 

Nous estimons que l'engagement réduit à une année est de durée 
suffisante. 

Comité des Sociétés, — Il convient, sauf exceptions dues à des 
exigences locales, que le Comité des Sociétés scolaires se compose en 
partie d'adultes et en partie d'élèves. Cette fusion des deux éléments 
a l'avantage d'intéresser les enfants a la prospérité de l'œuvre, de les 
habituer à l'administration d'une association, de leur faire connaître 
leurs maîtres plus complètement que par les rapports ordinaires 
d'élèves h maîtres. Quant à ceux de ces derniers qui entrent au Comité, 
il est indispensable qu'il soient tempérants, avec une rigueur au 
moins égale a celle que définissent les statuts. S'il n'existe pas à l'école 
assez de maîtres de cette catégorie pour faire fonctionner la Société, 
il vaut mieux ajourner la création. Rien ne serait plus démoralisant 
pour l'élève que la constatation d'un désaccord entre les paroles et les 
actes de son maître. 



CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALGOOLIQUBS 167 

Faut^il exiger une cotisation ? — En prinoipe, il faudrait bien 
essayer d*obtenir une coUsation. Toute Société a des besoins d* argent; 
et le moyen le plus simple et le meilleur de Tobtenir est de le deman- 
der aux Sociétaires.. On n'estime bien que ce que Ton paie. Cependant, 
si l'exigence d'une cotisation est de nature à nuire à l'œuvre, on se 
souviendra qu'après tout, les Sociétés de tenjpérance sont parmi 
celtes qui peuvent le moins dépenser. 

Quel engagement demander ? — En ce qui concerne les boissons 
fermentées, la plupart des Sociétés se tiendront sur le terrain de la 
modération. Quant aux boissons distillées, il conviendra d'en pros- 
crire résolument l'usage, L'expérience a prouvé que toute transaction 
sur ce point équivaut h une inexistence d'engagement. 

I. PONCTIONNBMBMT DBS SOCIETES 

On ne doit pas ou'blier que les Sociétés scolaires auront toujours 
les maîtres pour chevilles ouvrières, et que les instituteurs qui entre- 
ront les premiers dans le mouvement sont les zélés, les convaincus, 
ceux que toute œuvre d'amélioration sociale par l'école trouve tou- 
jours à son service. 

Or, k l'heure actuelle, ces maîtres sont bien occupés. Les cours 
d'adultes, les conférences, les Associations d'anciens élèves, les patro- 
nages, la mutualité scolaire, etc., tout cela réduit a rien leurs loisirs. 
Nombre d'entre eux n'ont plus ni soirées, ni jeudis, ni dimanches. 
C'est merveille qu'ils puissent tenir. 

Il conviendra donc de rendre le fonctionnement des Sociétés aussi 
simple que possible. Aussi bien, le travail de conviction et de recru- 
tement des enfants se fait en classe. Et il n'est pas besoin de très 
nombreuses réunions pour amener les Sociétaires k respecter leur 
engagement. 

Je crois même qu'à un autre point de vue, des réunions nombreuses 
présenteraient des inconvénients. Il serait k craindre, du moins en 
France, qu'elles ne puissent être assez variées ni suffisamment gaies. 
Or, nous aimons la gaieté et la variété, et elles ne s'obtiennent 
qu'avec des dépenses dont nos Sociétés ne peuvent guère prendre la 
charge . 

Le mouvement, du reste, est tellement récent chez nous, qu'il 
n'existe encore presque rien a l'usage des Sociétés : deux ou trois 
journaux, peu de chants, pas de comédies spéciales. 

Tout cela se développera k coup sûr; mais il ne faut pas devancer 
son temps, et sous prétexte de mouvement, se livrer k une agitation 
stérile pour les élèves, en même temps que fatigante pour les maîtres. 

Peu et bien, voici quel est le désir que j'exprime. 

D'abord la fête des engagements, le baptême annuel de la Société. 



168 vil* CONGRES INTBRNATIOIfAL 

• 

Il conviendra cl*y inviter les familles, les autorités, et delà rendre aussi 
solennelle que possible; puis une autre fête, vers la fin de Tannée, 
également très poussée comme préparation. On y fera le compte-rendu 
des travaux de Tannée. 

Enfin, une réunion par mois, il Técole, de tous les Sociétaires, pour 
In lecture des iourna|ix, les réceptions, radiations, etc. En outre, quel- 
ques promenades. 

L*ensemble de ces réunions suffira pour affirmer Texistence de la 
Société, en rendre le séjour agréable a ses membres et désirable pour 
les autres élèves. 

La parole est à M. Edouard Petit, Inspecteur Général de instruction 
publique, pour sa communication sur ce Y Antialcoolisme et le lende^ 
main de Vécole, > (Applaudissements,) 

Mesdames, Messieurs, 

Avant de vous faire lecture de ces notes, de ce rapport que j*ai remis 
il y a quelque temps ii M. Legrain, je tiens si vous annoncer, au re- 
tour de la tournée hivernale que je fais depuis cinq ans au pays des 
étudiants populaires, que je rapporte au point de vue de la lutte an- 
tialcoolique de bonnes nouvelles. 

Dans nos cours d*adultes d'Etat, qui se monteront cette année à 
plus de 30,000, et où 400,000 jeunes gens sont venus d'une façon ré- 
gulière le soir vers Técole, la lutte a été engagée d'une façon systé- 
matique et continue. {Applaudissements») 

Je puis vous dire aussi que dans toutes nos associations d'anciens 
élèves et c'est là une création toute française, Messieurs, c'est 
pourquoi j'y insiste un peu, dans toutes nos associations d'an- 
ciens élèves qui se montaient il y a quelques années à 55 (il y en 
avait 35 dans la réffion du Nord) et qui s élèvent cette année à plus de 
3,000, réunissant 400,000 jeunes gens : des médecins, des hygiénis* 
tes, des pharmaciens, tous ceux qui ont voulu venir a nous et à qui 
nous avons ouvert Técole se sont tournés vers cette lutte. Et d'un au- 
tre côté les 50,000 instituteurs et institutrices de France qui ont tra- 
vaillé avec nous se sont systématiquement opposés au progrès du 
fléau. 

Dans les patronages laïques, qui sont au nombre de mille mainte- 
nant, et qui comptaient à peine quelques unités, il y a peu de temps, 
c'est même bon combat livré a l'ennemi. 

Mais je n'ai l'intention de faire ni une conférence ni un discours. 
Je veux simplement vous lire ces notes, ce rapport, qui est un appel, 
un programme d'action. En somme nous avons déjà travaillé avec 
vous : cette année, nous désirons systématiser ce que nous avons fait, 
si nous voulons, nous autres volontaires de l'enseignement et insti- 
tuteurs, continuer la lutte d'une façon méthodique. 



CONTRE L*ABUS OBS BOISSONS ALCOOLIQUES 169 

I 

Dès recule, on s*est décidé» enfin, en France, à entamer la lutte 
contre Talcoolisme. 

Mais il appartient surtout au a lendemain de Técole », de livrer un 
combat méthodique, de tactique serrée et précise, contre le tléau 
meurtrier. 

N*est-ce pas pendant la période de Tadolescence que le mal est le 
plus SI redouter ? C*est Tépoque de crise, d'incertitude. Le jeune hom- 
me, au sortir de Tatelier, de la boutique, le soir, est parfois désœu- 
vré. II est sujet aux faciles entraînements. 

On lui persuade aisément que la prise de contact avec la boisson, 
la fréquentation de la buvette, du cabaret, c*cst rafTirmation de son 
indépendance. Bientôt le pli est pris, Thabitude contractée. 

C'est aux années d'apprentissage, bien avant la date de la majo- 
rité, que s'ouvre la conscription pour Tarmée de Tivresse et de la 
folie : elle n'attend pas le tirage au sort pour recruter ses victimes. 

Aussi dès que l'enfant, sur qui déjà l'on a commencé d'agir au mo- 
ment de la scolarité quitte le livre pour l'outil, l'étude désintéressée 
r^our le gagne-pain, il faut le ressaisir, continuer ii le défendre contre 
a contagion des mauvais exemples. 

Or, précisément, l'ensemble des œuvres post-scolaires aujourd'hui 
organisées dans tant de villes et de villages fournit le moyen par la 
parole et par l'action, de résister à l'ennemi. 

L'enseignement antialcoolique peut et doit être systématiquement 
établi dans les Cours d'adolescents et d'adultes. Il peut et cioit être 
répandu par les Cpnférences, par les Lectures populaires. Il a sa place 
marquée dans les associations d'anciennes et d'anciens élèves, dans les 
Patronages, et, par extension, dans les Sociétés de tir, de gymnasti- 
que, d'instruction militaire. Tous les groupements qui, depuis quel- 
ques années^ sont nés autour de l'école ne sauraient se proposer une 
(m plus louable, plus utile au bien public, que la résistance aux pro- 
grès menaçants de l'alcoolisme. 

II. MOYENS d'action 

A. Cours d'adolescents. — L'éducateur national, instituteur ou bien 
ami de l'école, arrêtera un programme très net et très ferme d'action. 
Une lois par semaine, par exemple, dictées, problèmes, explication de 
textes pourraient porter sur les dangers, sur les résultats déplorables, 
— financiers, physiologiques, moraux — de l'alcoolisme. 

H. Cours d'adolescentes. — Outre les mêmes exercices, mais moins 
nombreux, plus exacts, les professeurs de jeunes filles rendront un vé- 
ritable service aux épouses, aux mères de demain en leur montrant 
comment, ii peu de frais, on peut rendre presque élégant le logis le 

it 



\.'*i-\ 



170 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

plus pauvre, comment, avec de la propreté, du goût» un rien de 
coquetterie, on donne h la chambre, a la salle ii manger un aîr aimab!e, 
riant et comme invitant qui fait concurrence au luxe criard et de mau* 
vais aloi attirant le client au cabaret. Car trop souvent le désordre, la 
mauvaise tenue de la maison, sont un prétexte aux sorties du mari. Il 
va demander a ce que Baudelaire appelait « les paradis artificiels » 
Toubli de spectacles qui lui répugnent. 

L'éducation ménagère et domestique ne sera pas négligée non plus. 
Les mets bien préparés retiennent rhomme au foyer, Te lui fait aimer, 
lui font préférer la table de famille au comptoir. Ils contrebalancent 
Tattraction de Tassommoir. 

6^. LeclureSy conférences populaires, — A condition qu*on ne les 
répète pas trop, qu'on ne leur donne pas un air de prêche et de ser- 
mon, il convient d*utiliser les lectures, les conférences populaires 
dont rcfTct sera encore augmenté par des vues exactes, scientifique- 
ment obtenues. La leçon collective exerce une influence profonde sur 
les auditeurs qui se pressent a l'école du soir. De plus elle n'atteint 
pas seulement les adolescents. Elle s'adresse aux pères, aux mères 
qui, s'ils ne peuvent se corriger eux-mêmes, empêcheront que leurs 
hlles, que leurs fils absorbent le poison à leur tour. 

Z). Associations, Patronages. — Sous forme de cours, de causeries, il 
y aura lieu de prévenir contre les tentations de l'alcool, les masses 
compactes de jeunes gens qui, le dimanche, se pressent dans les 
tf Petites A, » dans les a Patronages. » 

Là surtout pourraient se constituer des sections de tempérants, qui 
déjà ont conscience du serment qu'ils font, qui déjà savent le pourquoi 
de leurs actes. Lii, on pourra généraliser — ce qui se fait déjà dans 
un certain nombre de groupements — l'usage des Cercles antialcooU" 
f/ues où Ton ne sert aux adhérents que du cidre, du vin, des boissons 
rafraîchissantes. Chaque association, chaque patronage semble destiné 
à devenir un centre de résistance et d'action. C'est la qu'il est néces- 
saire de faire surtout porter l'efTort. 

E. Sociétés de tir, de gymnastique, d* instruction militaire. — Il y 
aura utilité aussi à faire des démarches auprès des trois Unions pa- 
triotiques qui serrent en faisceau la plupart des Sociétés de tir, de 
gymnastique, d'instruction militaire où se prépare l'élite de nos 
soldats. De môme qu'il y a tendance de la part des Comités à faire sa 
part à l'éducation intellectuelle et morale, au moyen de cours et cau- 
series, dans les sections de pupilles, de même l'éducation antialcooli- 
que pourrait être recommandée. Salles de gymnase, stands, donne- 
raient asile à des devises, à des graphiques, à des tableaux qui y 
figureraient comme, déjà, à Paris, ils s'étalent aux murailles, en pleine 
caserne, dans les chambrées. Gymnastes, tireurs^ marcheurs, la jeune 






CONTRB L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUBS^ 171 

et brillante clientèle des sports et des jeux physiques, en entendant 
la parole des inaitres, en contemplant sur les visages les ravages ai- 
iVoux produits par Talcool, apprendraient que \*alcool brise les l'orccs, 
dt'truit Ténergie, supprime toute endurance. 

VŒUX 

En conséquence les vœux suivants sont proposés a Tadoption du 
Congrès : 

Considérant que IVige de Tadolescence est celui surtout où il convient 
de combattre Tabus de Talcool, le Congres émet les vœux suivants : 

1"* Que l'éducation populaire sous toutes ses Formes : cours d'adul- 
tes, lectures, conférences, associations d'anciens élèves, patronages, 
sociétés de tir, de gymnastique, d'instruction militaire, soit orientée 
nettement dans le sens d'une active et méthodique propagande 
contre l'alcoolisme. 

2" Que les instituteurs, les amis de l'école prolongée, prêtent leur 
concours aux eflbrts tentés par les promoteurs de la lutte contre 
l'abus des boissons alcooliques. 

M. le D*" Legrain. — L'exposition fort intéressante de M. Petit 
m*amëne à rappeler qu*il y a une décision absolument sans réplique, dé- 
cision de principe prise par le Comifé permanent, qui interdit de pi^ 
senter des vœux au Congrès ou du moins de les soumettie à un vote ; il 
est admis, en principe, que-ces vœux ne seront pas soumis à la discussion. 
Le vœu émis par M. Petit est évidemment dans la pensée de tous et il 
sera inscrit dans les procès-verbaux du Congrès. 

M. le Président. — La parole e.st à M. Van der Woude (Hollande). 

M. Don. — M. Van der Woude regrette beaucoup de ne pouvoir 
assister au Congi'ès, mais il m'a donné mission de lire son rapport. 

M. le Président. — La parole est à M. Don pour lire le rapport de 
M. Van der Woude sur les Sociétés de Tempérance scolaires et 
post-scolaires. 

Mesdames et Messieurs, 

Si j'ai la hardiesse de dire, à côté de personnes comme par exemple 
M. Robyns, mon opinion sur des Lignes d'enfants, ce n'est pas cpio 
je les connaisse beaucoup par ma propre expérience, mais parce que, 
selon mes idées pédagogiques, elles prêtent si de nombreuses objections, 
et que je crois souhaitable qu'on entende aussi, après l'éloge de ces 
sociétés par mes co-rapporteurs, un avertissement grave, qui provient 
non d'un vain amour d opposition, mais de la ferme volonté de chercher 
pour nos enfants le meilleur que nous puissions trouver. 



■ *^- 






172 vu' CONGRES INTERNATIONAL 

« Donnez-moi Téducation en main, et je changerai Taspect du 
monde », dit I.cibnitz dans sa pleine conviction de la toute-puissance 
de rédiication, conviction qui fut exprimée par un Italien de la manière 
suivante : u Pour chaque école que Ton ouvre, on peut fermer une 
prison. » 

Il est inutile de vous démontrer que, dans ces paroles, Tinstruction, 
même l'instruction cducatricc, est très surfaite. Bien que convaincu, 
moi aussi, que nous autres instituteurs nous pouvons avoir une grande 
iiillucncc sur les générations futures, — pourvu que nous donnions 
noire cœur ii nos élèves et les regardions et traitions comme nos enfants, 
— je ne suis pas assez naïf pour m*imaginer être plus puissant i\ la 
fois que Thérédité et le milieu. I/influence de l'éducation est-elle si 
grande sur les enfants de dégénérés que par elle Taction de la dégé- 
nération s'arrête ? Voici une question il laquelle je n'oserais pas ré- 
pondre afTirmativement. Une nutrition et un habillement insullisants, 
une mauvaise demeure, un traitement sans amour, ce qui est souvent 
le sort de Tenfant des prolétaires, et tant d'autres tristes circonstances 
ont un edet démoralisant et corrupteur sur le caractère de nos élèves. 
Si nous autres instituteurs, nous étions en état de neutraliser ces elTcts 

démoralisants, — ce serait superbe, pour l'enfant, pour la société et 

pour notre propre vanité, mais j'ai grand'peur qu'il n'en soit pas 
ainsi ! 

Et c'est justement ce doute qui me fait voir tout de suite un grand 
danger en un parti qui attend tQUt ou presque tout de l'éducation à 
l'école — aussi dans notre lutte contre l'alcoolisme. Les hommes de 
ce groupe diront donc (et ils le disent! — ) : « Si nous avons l'enfant, 
à nous l'avenir ; pour cela groupons partout les enfants en ligues et 
en sociétés, afin que nous les ayons tout-ii-fait sous noire influence ». 
Et Ton croit qu'alors l'aflaire est en règle et que hors de la rien ne 
peut plus être fait pour la propagation de la cause de la tempérance. 
C'était la crainte de ce danger-lii qui me poussait à écrire déjii dans 
mon rapport pour le Congrès de Bruxelles en 1897 : « Que, pour 
celte raison, on ne dise pas toujours : l'école, l'école ! — mais qu'on 
commence par être abstinent soi-même et par gagner son voisin ou son 
ami pour la cause, afin que le travail des instituteurs soit vraiment 
prospère ». Je m'empresse d'ajouter que ce n'était pas l'Angleterre, 
qui était cause de celte crainte. 

Si nous nous efTorçons sérieusement de chercher vraiment pour 
l'enfant ce qu'il y a de meilleur, il nous faut intervenir partout, où se 
font sentir des influences nuisibles il l'enfant dans son corps et dans 
son âme et qui, peut-être, le corrompent jusqu'au fond pour toute sa 
vie — et pour beaucoup de vies après lui encore. Agissons aussi sur 
les parents, afin que l'atmosphère dans laquelle l'epfant respire chez 
lui, soit' aussi pure que possible. Et n'hésitons pas non plus à colla- 
borer, de tout notre cœur et avec dévouement, a tout ce qui peut faire 
de ces parents de véritables éducateurs. 









CONTRE L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 173 

Conclure de tout ce qui précède que je suis d*avis, que provi- 
soirement il faut renoncer à faire de la propagande parmi les enfants, 
serait tout à-fait contraire h mon intention : mon travail à Técole et 
mes efforts pour persuader h mes collègues de donner à leurs enfants 
Tcxcmple de Tabstinence sont là pour démentir une pareille con- 
clusion. Avertir du danger qu*il y a à surfaire notre influence sur les 
enfantSy voilà le but de cette introduction. 

Assurément, à côté de la propagande parmi les adultes il faut pour 
les enfants un avertissement sur le danger menaçant, il faut rensei- 
gnement qui fait connaître l'ennemi, et surtout l'exemple de l'institu- 
teur, qui seul peut donner force et chaleur à ses paroles et animer 
l'enfant à faire de même. Si ces deux pouvoirs, école et famille, col- 
laborent, il y aura sans doute plus de chance pour que la génération 
future grandisse plus chaste et meilleure que la génération actuelle ; 
que ceux qui sont nés de dégénérés succomoent moins vite et 
surtout avec moins de sûreté à l'influence fatale, leur part d*héritagc 
sur le chemin de la vie ; et enfln grandira la possibilité pour la race 
humaine de tenir tète, avec plus a espoir de succès, aux puissances 
qui empêchent le développement harmonique de l'être. 

Pour cela, travaillons, parents et instituteurs, parmi les enfants par 
la f<ircc des paroles et de l'exemple. Et cette œuvre, commencée avec 
énergie pendant les années scolaires, doit être continuée plus énergi- 
qucment encore ensuite, puisqu'alors la tentation trouve un allié dans 
la crainte de la moquerie tant à l'usine que dans un établissement 
d'instruction supérieure. Chez l'enfant, il faut éveiller le désir de faire 
le bien ; chez le jeune homme et la jeune fille, ce désir doit être 
appuyé f renforcé. 

Faire le bien, ce qui n'est pas la même chose que s'abstenir de toute 
boisson alcoolirjnef quoique ce dernier en soit une condition nécessaire. 
L'abstinence est un moyen^ et non le but ! Un moyen pour être 
susceptible de bien, pour apprendre à apprécier ce qui est beau et à 
aimer ce qui est pur ! 

Que, pour cela, notre œuvre parmi la jeunesse s'étende plus loin 
qu*à l'exhortation à l'abstinence de boissons alcooliques et à notre 
propre exemple. A quoi bon dire au jeune homme qu'il ne faut pas 
chercher ses jouissances dans l'alcool, si nous ne lui apprenons pas 
les moyens non de tuer son temps au cabaret, mais de le rendre pro- 
ductif tX utile au dehors? Tout instituteur en a l'occasion dans des 
réunions régulières avec ses anciens élèves, où l'on Ht et discute de 
bons livres ; où l'on parle des affaires du jour en ajoutant ses éloges 
ou sa désapprobation, où l'on regarde des tableaux, en un mot, où 
l'on essaye tout, pour éveiller les meilleurs sentiments, pour extirper 
le mal dans Thomme, et où par conséquent on parle entre autres de 
l'abstinence complète, comme condition nécessaire du développement 
physique et moral de l'homme. 

Des assemblées périodiques avec des enfants et des jeunes gens, où 






174 vil" CONGRB8 INTERNATIONAL 

Talcool est le cheval de bataille de tous les discours ; où aucun récit 
ne peut être fait sans que Talcool y joue son rôle on du moins n*ait 
place prédominante dans la conclusion ; où l'alcool s'empare tellement 
de toutes les pensées qu'on le relie littéralement a tout, — il faut com- 
prendre fort peu Tesprit des enfants, pour croire qu'il se laissera 
captiver par de tels moyens ! — Sans doute, les enfants continueront 
il assister aux assemblées : n'ont-ils pas la perspective d'une fête, ré- 
compense promise aux assidus ? Mais bien que les corps soient pré- 
sents, les esprits s'occupent de billes, de toupie, de corde à sauter, 
puisque ce sont des enfants sains! — Si l'on sait varier les sujets 
traités, la chance de captiver un auditoire plein de vie grandit ! 

Je nomme en premier lieu l'instituteur comme conducteur de pa- 
reilles réunions puisque son expérience pédagogique lui permettra 
d'éviter les fautes qu'on peut attendre de la plupart des personnes qui, 
saus aucun doute pleines de bonne volonté et de grand dévouement, 
mais n'appartenant pas au corps enseignant, se chargent actuellement 
de cette œuvre le plus souvent. 

La pédagogie est aussi une science qui ne vient pas en dormant, 
dès qu'on a embrassé la cause de l'abstinence complète ! « Il nous faut 
des éducateurs abstinents et non des abstinents éducateurs, » comme 
disait avec raison un des orateurs au premier Congrès national pour 
l'abstinence complète en Mollande. 

Est-il nécessaire maintenant de fonder, pour atteindre notre but, 
des Sociétés spéciales, des Ligues (T enfants ? 

Je suis fermement d'avis que non seulement ce n'est pas nécessaire, 
mais que c'est même h déconseiller, 

Pendant les années scolaires, ces Ligues sont superflues pour les 
élèves d'instituteurs qui se sont rangés déjà aux côtés des lutteurs 
contre l'alcoolisme. Et pour les élèves des maîtres non abstinents? Ne 
vaudrait-il pas mieux, pour eux, que nous nous eiTorcions de con* 
vaincre leur instituteur de la nécessité de l'abstinence? Alors l'absti* 
nence devient une substance intime de son enseignement, et les 
enfants ne la regarderont pas comme quelque chose h part, qui accom- 
pagne quelques personnes comme un trait particulier de caractère. 
c( Que l'abstinence soit dans notre instruction comme le sel que l'on 
fait bouillir a^ec les mets, et non pas comme le sel que l'on jette sur 
eux, » écrivais-je dans mon rapport du Congrès de Bruxelles, et c'est 
lii encore mon opinion. On comprendra donc que je crois ces Ligues 
non seulement 5/i/;e/'///ie«, mais encore peu souhaitables pour le mouve- 
ment. Je ne les crois pas non plus recommandables pour les enfants 
eux-mêmes : le jeu de tenir des assemblées, d'imiter le travail d'adul- 
tes, — on l'a remar(|ué déjà plus d'une fois, — voilà ce qui doit déci- 
dément être déconseillé. Que l'enfant resié enfant aussi longtemps que 
possible ! Cela nous aidera plus à obtenir une race saine et énergique 
que nos cITorts pour transformer nos garçons et nos filles, vifs et en- 
joués, en de vieux hommes et de vieilles femmes qui ont leur cercle 






CONTRR l'abus OBS BOISSONS ALCOOLIQUES 175 

et oui parlent plus des sujets à Tordre du jour dans les assemblées que 
de leurs jouets! Comment? Nous autres instituteurs , nous nous effor- 
çons de diminuer autant que possible les devoirs afin de laisser a nos 
élèves autant de temps que possible pour le jeu en plein air ; et nous 
les réunirions, après la classe, pour les instruire de nouveau, avec des 
thèmes comme devoirs et toute la série ! Si Ton ajoute , en outre, 
(comme on le fait en effet), des concours avec prix pour les meilleurs 
thèmes, qui ne sent pas quels doivent être le découragement et la 
dépression de ceux qui, moins doués par la nature, ne voient jamais 
couronnés leur plus grand zèle et leurs meilleurs efforts ; qui ne sent 
pas comment la vanité et Torgueil doivent corrompre le caractère des 
mieux doués? Ne faudrait-il pas noter cela comme une perte? 
Et pour les anciens élèves? 

Pour eux, les Ligues auraient plus leur raison d'être que pour les 
élèves qui n'ont pas encore quitté l'école, surtout à cause des tenta- 
tions plus grandes auxquelles ils sont exposés. Mais, comme je le disais 
dcjh, dans ce cas, il ne faut pas une Société qui discute seulement 
l'alcoolisme, mais une qui comprenne l'éducation entière. 

Cependant, je crois que, dans ce cas aussi, il faut préférer les petites 
réunions intimes de l'instituteur et de ses anciens élèves aux a séances » 
d*une « Société. » Et que la où l'on ne pourrait pas obtenir ces 
réunions du maître et des anciens élèves, on ne fasse pourtant pas une 
« Société, » mais une réunion volontaire de bonnes connaissances, 
comme un cercle intime de famille. 

Voila mon opinion sur les Ligues d'enfants scolaires et post-sco- 
laires. Pourtant je ne puis ternuner sans dire un mot de la question 
de l'engagement. Je pourrais, pour cela, renvoyer a mon rapport du 
Congrès de Bruxelles; mais comme le compte-rendu du Congrès se 
fait toujours attendre, je prends la liberté d'en copier la partie 
suivante : 

u L'excès de zèle conduit aisément l'instituteur à faire promettre h 
ses élèves qu'ils s'abstiendront de boissons alcooliques pendant toute 
leur vie ou jusqu'à un certain fige. Or, ceci est une grave méprise péda- 
gogique, une triste faute dans 1 éducation du caractère. Comment l'en- 
tant peut-il comprendre la valeur de ce qu'il a promis? Et si toutefois 
la promesse était nécessaire, elle devrait être donnée a la fin et non 
au commencement : une promesse est une conséquence et non la 
cause, La promesse ne sera jamais cause qu'on agit bien. Bien agir, 
c'est une conséquence d'une opinion faite, de connaissances acquises. 
Et celles-lh pourraient mener ii faire une promesse qui serait alors 
absolument superflue. La promesse, comme elle se fait ordinairement, 
n*est pas la conséquence d'une conviction, mais de l'envie de satis- 
faire h la volonté d un autre, d'imitation, de suggestion. 

» En outre, combien ne rompront pas plus tard leur promesse? Et 
l'enfant ne doit-il pas, au lieu de traiter légèrement les promesses, 
regarder la parole donnée comme quelque chose de sacré ? » 






176 vil" CONGRISS INTERNATIONAL 

Je n'ai que fort peu h ajouter. Cependant, je voudrais encore remar- 
quer ceci : assurément le grand nombre de ceux qui tiennent ferme 
parmi les membres des ligues d'enfants, sont très beaux et indiquent 
(|ue la fidélité a la promesse n'est pas une exception. Mais à côté des 
centaines de milliers qui restent fidèles, n'y a-t-îl pas les dizaines de 
milliers qui ont succombé h la tentation et qui en outre sont devenus 
parjures, ce q h on aurait pu prés^enir en n exigeant pas la promesse? 
Eh bien, ces chiiTres ne parlent-ils pas aussi? Et le dommage causé au 
caractère par ce manquement, est-il arbsolument insignifiant ? 

Cependant la question de la promesse est d'une importance secon- 
daire : on peut très bien s'imaginer des ligues d'enfants, sans pro- 
messe. 

Les idées exposées plus haut se résument dans les conclusions 
suivantes : 

I. Bien que sans contradiction l'influence de l'éducation par l'école 
soit grande, c'est surfaire cette influence de croire qu'elle soit en état 
de neutraliser tout-à-fait celle de l'hérédité et du milieu. 

II. Quiconque veut créer pour l'enfant des conditions aussi avan- 
tageuses que possUile, ne doit pas se borner à l'enfant seul, mais devra 
nécessairement agir aussi sur les parents, et en même temps s'eflbrcer 
de rendre Tcducation possible pour les parents, afin que la collabora- 
tion de la famille et de l'école soit possible. 

III. Pour le développement moral du jeune homme il est nécessaire 
de faire connaître à l'enlant l'influence de l'alcool sur la vie, — néces- 
sité plus grande encore pour les anciens élèves. — Cependant on fait 
une méprise, en traitant la question de l'alcoolisme comme une 
adaire à part et en représentant l'abstinence comme but, 

IV. Des ligues spéciales d'enfants ne sont pas ii recommander pour 
celle instruction. Ce qui offre le plus de chance de succès, ce sont 
les réunions d'instituteurs (ou d'institutrices) avec leurs anciens élèves. 

V. Ces réunions doivent avoir pour but le développement de 
Thommc entier ; elles ne doivent pas avoir un caractère liant; de petits 
groupes intimes sont préférables h des assemblées fréquentées par un 
grand nombre de personnes. (Applaudissements,) 

M. le Président. — Nous abordons la dernièi^e partie de notre pro- 
gi'ainme de ce soir : Préparation du personnel enseignant à la lutte 
antialcoolique dans l'école et hors de l'école; Sociétés de tempe- 
rance entre instituteurs. 

La parole est à M. Hercod, professeur, rédacteur en chef du Journal 
Y Abstinence (Suis.se\ 









CONTRE L*ABUS 0E8 BOISSONS ALCOOLIQUES 177 

RAPPORT 

de M. HERCOD, Professeur 



Tout le inonde reconnaît que l'enseignement antialcoolique est un 
des plus puissants moyens de lutte que nous possédions. Que sont 
toutes ces conférences antialcooliques données partout, sinon un appel 
à la raison, ii Tintelligence des auditeurs, donc un enseignement! 

C*estde ce côté qu'il faut porter nos efforts ; pour exercer une action 
durable, il ne faut pas agir exclusivement sur le sentiment, mais plu- 
tôt sur l'intelligence et nous ne pouvons que souscrire aux^ remarqua- 
bles paroles par lesquelles Fouillée aflirme la supériorité de l'intelli- 
gence comme moyen d'éducation : « L'intelligence est plus flexible, 
» plus mouvante, plus progressive que le reste de notre constitution ; 
» par cela même, on peut agir sur elle avec plus de facilité... L'intel- 
» ligence est aux autres facultés de notre esprit ce que les yeux sont 
» aux organes de notre corps, un tact h distance. Il en résulte nue 
» rintelligence a une puissance supérieure pour diriger et transfor- 
» mer les autres genres d'activité. Comme elle découvre dans les 
n choses des côtés nouveaux, elle produit par cela même un double 
» eiTet; elle excite de nouveaux sentiments, elle ouvre de nouvelles 
» voies a l'action. Toute idée nouvelle tend à devenir ainsi un senti- 
» ment et une impulsion, par conséquent une idée-force. » 

Ces quelques lignes caractérisent exactement le rôle que l'intelli- 
gence et par suite l'enseignement sont appelés a exercer aans la lutte 
contre l'alcoolisme. 

Il y a un âge entre tous où l'enseignement est ii sa place, où l'édu- 
cation a le champ plus libre, c'est l'enfance. Faire des conférences 
antialcooliques devant des adultes, c'est très bien; mais vous n^avcz 
jamais devant vous qu'un auditoire restreint; la majorité vous échappe 
et vos auditeurs mêmes sont difficiles à persuader; les habitudes, les 
idées de toute leur existence antérieure opposent aux vérités nouvel- 
les que vous essayez de leur inculquer, une résistance tenace. L'état 
d'esprit d'un enfant est bien différent ; un jeune cerveau est une table 
rase sur laquelle les bonnes suggestions se graveront aussi bien que 
les mauvaises ; la place est encore vide, à la disposition du premier 
occupant; vous y entrez sans résistance. Vous avez bien, il est vrai, 
contre vous, les suggestions de l'hérédité et de l'entourage ; mais h cet 
âge, pour un enfant normal, elles ne se manifestent pas encore avec la 
puissance qu'elles acquerront quelques années plus tard. L'éducation 
peut donc accomplir son œuvre dans une indépendance relative. 

La lutte contre l'alcoolisme doit profiter de cet heureux concours 
de circonstances et c'est à l'enfant surtout qu'il faut dire la non-valeur 
et les dangers de Talcool. Pure idée au début, cette conviction ten- 
dra (I se réaliser dans la pratique ; persuadé théoriquement que l'alcool 



t 



178 vil* G0NGRB8 INTBRNATIONÀL 

est mauvais, l'enfant le sera à la longue pratiquement et finira par 
s'arracher à nos funestes habitudes de boisson. 

Qui donnera cet enseignement antialcoolique? Le maître ; c*est à 
lui» Téducateur par excellence, qu*il appartient d'ouvrir les yeux de 
ses élèves sur les conséquences douloureuses de Talcoolisme. Lui seul 
peut exercer sur Tenfant une influence durable et de tous lea instants. 
Confier renseignement antialcoolique a des étrangers^ qui ne sont 
que pour une ou deux heures en contact avec l'écolier, c'est s'exposer 
h de lamentables échecs. Il est impossible dans ces conditions d'exer- 
cer une action prolongée et définitive. Aussi le système anglais me 
parait-il un fiicheux pis-aller; faire donner une ou deux leçons an« 
miellés par des conférenciers spéciaux, inconnus des enfants, c'est 
dépenser beaucoup de peine, de temps, d'argent, pour de piètres ré- 
sultats. L'enseignement antialcoolique doit être donné avant tout par 
le inaitre qui, plus que tout autre, a charge d'umes. 

Pour combattre l'alcoolisme avec succès, il faut à l'instituteur une 
préparation technique suffisante ; l'idée de l'enseignement antialcooli- 
(|ue est née d'hier sur notre continent et l'on ne peut exiger de tous 
les maîtres d'être comme quelques-uns de leurs collègues, à l'avant- 
giirde des antialcooliques. Les séminaires et écoles normales d'insti- 
tuteurs seront donc tout naturellement appelés à armer les futurs 
maîtres pour cet enseignement nouveau ; c'est déjà le cas en Améri- 
({ue où c'était une conséquence naturelle des lois sur l'enseignement 
antialcoolique. 

Mais une question se pose : est-ce que, à l'heure actuelle, l'ensei- 
gnement antialcoolique et la préparation officielle à cet enseignement 
clans les écoles normales sont possibles en Europe ? Quand les adver- 
saires résolus et actifs de l'alcool se comptent encore, peut-on deman- 
der qu'une loi, c'est-à-dire l'expression aes sentiments de la majorité, 
donne h l'enseignement antialcoolique dans les programmes d'études, 
la place qui lui revient de droit de par son importance sociale ? 

L'opinion publique accepterait peut-être un enseignement a l'eau 
de rose et par suite une préparation mitigée, préconisant vaguement 
une très élastique modération, mais le mot décisif et scientifique; 
l'alcool, même l alcool contenu dans le pin^ est un poison, avec toutes 
les conséquences pratiques qui en découlent, une loi ne le dira pas 
encore et même, contre toute attente, le fit-elle, l'opinion resterait 
réfractaire et l'efTet atteint serait nul. Dans l'état actuel des mœurs et 
de l'opinion, une préparation officielle à l'enseignement antialcooli- 
que, j'entends une préparation vraiment scientifique, me parait 
impossible. 

Mais, nous dira-t-on, vous hachez la proie pour l'ombre, sous pré- 
texte ({uc, introduit maintenant, l'enseignement antialcoolique ne 
serait pas assez vigoureux et pour courir après une vaine chimère, 
vous fermez la porte et pour longtemps h toute réforme ; acceptez au 
moins ce qu'on vous ofTre ; c'est autant de gagné. Je ne le crois pas ; 



CONTRE L*ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 179 

ne compromettons pas par trop de précipitation ravènement prochain 
de la vérité ; mieux vaut encore Terreur que la demi-vérité ; Terreur 
s'adirme au moins franchement et crûment ; mais la demi-vérité, 
équivoque et perfide, une fois implantée dans le cerveau ne se déra- 
cine pas facilement grâce justement a son faux air de raison tolé- 
rante et à Tapathie qui nous pousse h favoriser les solutions moyen- 
nos. Guerre donc à I erreur, mais guerre aussi aux demi-mesures et 
aux demi-vérités. 

Nous croiserons-nous donc les bras, attendant que le temps, le 
travail des autres, et que sais-je, forcent Topinion h demander la loi 
dont elle ne voudrait pas aujourd'hui ? Non certes, le laisser faire n'est 
pas de notre goût. Si nous ne pouvons encore attaquer Tennemi en 
l'ace par une bonne loi sur Tenseignement antialcoolique, une diversion 
importante est au moins possible et voici comment : 

Il existe déjà dans tous les pays où la lutte contre l'alcoolisme est 
engagée, des maîtres, abstinents ou tempérants, qui prévoient le rôle 
futur de l'école dans la lutte. Mais isolés, souvent entravés par les 
oppositions locales, leur action est restreinte, elle est même nulle sur 
leurs collègues. Cet isolement est fatal a la cause de Tenseignement 
antialcoolique : les grandes réformes scolaires viennent surtout du 
corps enseignant, de son insistance a les réclamer ; cela se comprend 
car Topinion de gens du métier pèse plus que celle des profanes. Il 
en doit être de même, croyons-nous, pour Tenseignement antial- 
coolique ; mais il faut pour cela un groupement des maîtres ; quelques 
voix isolées et éparses sont condamnées à l'impuissance, les demandes 
d\ine agglomération bien disciplinée, consciente de son but et de 
ses aspirations, ont une tout autre importance. 

Des sociétés antialcooliques de maîtres sont en outre particulière- 
ment propres h faire de la propagande parmi les instituteurs ; voir 
quelques collègues bien unis prendre l'initiative devant laquelle on 
reculait soi-même, quel encouragement pour les faibles que l'isole- 
ment écrase et que l'initiative individuelle épouvante! 

Tout cela est trop évident et l'importance d'une union spéciale des 
maîtres pour lutter contre l'alcoolisme a été bien comprise dans plu- 
sieurs pays d'Europe, en Danemark, en Hollande, en Allemagne, en 
Suisse, où se sont fondées, ces dernières années des sociétés antial- 
cooliques d'instituteurs. 

Le mot antialcoolique est trop vague ; élucidons une grosse question : 
Voulons-nous des sociétés d'abstinents complets, ou de tempérants? 
I/irritant dilemme : modération ou abstinence, se pose ici comme 
part«>ut. Dans ce cas particulier la réponse me parait aisée. 

On ne conteste plus, en éducation, l'axiome de Bacon : « Exempla 
magis prosunt quant prœcepta, les exemples valent mieux que les 
préceptes. » Le maître qui veut exercer quelque influence sur ses 
élèves doit conformer ses actes à ses paroles. Pas plus à l'église qu'à 






• 



180 VIl" CONfîRliS INTERNATIONAL 

Técole on ii*admet le « fais ce que je te dis, ne fais pas ce <|ue ie 
fais. » On ne vent pas de Tivrôgne qui prêche la modération, ou du 
paresseux qui exhorte au travail. Pour nous donc, la question se réduit 
h ceci : Faut-il recommandera Tenfant, Tabstinence ou la modération? 
Dans le premier cas, Tabstinence s'impose a un maître consciencieux ; 
dans le second, Tusage modéré lui est permis. Que décider ? La 
réponse ne nous parait pas douteuse. On peut — non pas nous, 
certes — faire des réserves sur Tabstinence complète de Tadulte, mais 
pour reniant, le courant en faveur de l'abstinence totale est de jour en 
jour plus fort. Les observations des médecins d'enfants et des éducateurs 
confirment toutes ce fait : Les boissons alcooliques, même fermentées, 
exercent sur Torganisme délicat de l'enfant une influence fâcheuse. 

Le maître recommandera donc aux enfants l'abstinence et par suite, 
sera abstinent lui-même, l'enfant ne comprenant pas les subtilités 
par lesquelles son maître chercherait à excuser pour lui-même l'usage 
modéré qu'il lui défend. Par suite aussi, les sociétés antialcooliques 
de maîtres se donnant pour mission de préparer l'avènement de 
l'enseignement antialcoolique et de gagner leurs collègues a la cause, 
seront donc, si elles veulent agir activement et faire autre chose 
que d'enfoncer des portes ouvertes, des sociétés d'abstinents complets. 

« Non pas, nous dit-on, des sociétés de maîtres tempérants avec plus 
de sagesse, feront d'excellente besogne ; il faut modeler l'instruction 
donnée h l'enfance sur la vie de l'adulte, l'idéal est la modération ; 
tout au plus paricra-t-on d'abstinence de liqueurs ; prêchons donc a 
l'enfant l'usage modéré des boissons fermentées. » Autant alors ne 
rien faire, dans notre pays tout au moins et dans beaucoup d'autres, 
je suppose. En Suisse, en effet, engager les enfants à boire modéré«> 
ment des boissons fermentées et a s abstenir de liqueurs, c'est leur 
dire : « Mes chers enfants, continuez comme vous avez commencé, 
tout est bien dans le meilleur des mondes.^) L'enfant ivrogne, l'en- ' 
faut buveur de liqueurs, est chez nous une exception, un cas patholo- 
gique ; pour les adultes mêmes et, je dirai plus, pour les alcooliques, 
os liqueurs ne sont pas les grandes coupables, mais les boissons 
fermentées, dites hygiéniques, et pourtant notre peuple est fortement 
alcoolisé ; les conditions peuvent être — pour un temps — difTércntes, 
dans un peuple qui s'alcoolise par les liqueurs, je ne le nie pas, mais 
chez nous, et aucun Suisse ne me contreaira, des sociétés de maîtres 
tempérants, conseillant aux enfants la modération et préparant un 
enseignement antialcoolique fondé sur cette base, ne feraient rien et 
assisteraient impuissantes au développement de l'alcoolisme. 

Une preuve que dans d'autres pays on pense comme nous, c'est que, 
sauf en Hollande^ les sociétés antialcooliques de maîtres, reposent 
toutes sur le principe de l'abstinence complète. 

' Eli Hollande mvini^, une décision intervenue depuis le Congrès restreint aux seuls 
abstinents la qualité de membres de la Société antialcoolique des instituteurs. 



i; 






CONTRE l'abus 0B6 BOI880lir8 ALCOOLIQUES 181 



Kn t|uoî consistera, dans ses grandes lignes, Tactivité des sociétés 
de maîtres abstinents ? Je Tai indiqué déjà en partie : elles groupe- 
ront les maîtres abstinents et préviendront ainsi les défaillances et 
les découragements. Mais elles ont ù faire plus que cela et se propo- 
seront deux buts principaux : 

t** Par une propagande énergique et bien entendue, rallier h la lutte 
contre Talcoolisme un nombre de maîtres aussi grand que possible. 

2** Préparer ravènement de renseignement antialcoolique en insis- 
tant pour cela auprès des autorités scolaires et en rassemblant les 
matériaux nécessaires à renseignement nouveau. 

Les maîtres abstinents ont a leur disposition de nombreux moyens 
de propagande parmi leurs collègues. Le seul fait de leur groupement 
exercera sur beaucoup de faibles une attraction puissante. Mais cette 
propagande passive ne suffît pas. Les maîtres abstinents introduiront 
aussi souvent que possible Palcoolisme parmi les sujets à Tordre du 

I'our dans les conférences et réunions d'instituteurs. Que le sujet soit 
>ien introduit, une discussion nourrie s'engagera et avancera d'autant 
notre cause. Les sociétés de maîtres ont aussi le devoir de participer 
oinciellement aux congrès scolaires et de s'aflirmer ainsi ; c'est ce que 
nous avons fait en Suisse pour le congrès national de Berne qui sié- 
gera dans quelques mois. Notre société a demandé sa place oifîcielle 
dans le programme du Congrès, et nul doute que nos idées, notre 
activité, aflirmées devant tous nos collègues réunis, n'excitent sinon 
la sympathie, du moins l'intérêt. 

La presse spéciale, les nombreux journaux pédagogiques nous four- 
niront aussi une tribune ; nous pourrons y traiter avec une entière 
liberté d'esprit les rapports de I alcoolisme et de l'école, et l'article 
lu, en corroborant les impressions reçues dans une conférence ou un 
Ccingrrs, nous gagnera des adhérents. Dans certains cas, un journal 
spécial consiicré à cette question : l'école et l'alcoolisme, sera d'une 
grande utilité h condition qu'il soit largement répandu parmi les 
maîtres encore indifférents ii notre causée 

Une œuvre importante aussi et qui incombe aux maîtres abstinents, 
c'est l'organisation de conférences régulières dans les écoles normales. 
.\ (Icfaiit il enseignement antialcoolique régulier, ces conférences don- 
nées par dos hommes du métier prépareront en une certaine mesure 
les luturs maîtres à la lutte et en tout cas les v intéresseront. 

Les .maîtres abstinents s'efTorceront aussi d'être des maîtres modè- 
les ; pour paraître puéril, ce moyen de propagande est important. 

I C'ctt atn»i que lo société aUemande des mnltrei abttinenU, publie depuis déceni- 
lire 1H*JH, un jouriittl spécial ; Die Eiithaltêamkeit, qui rendra sans doute de grands 
services. 



r>/. 'r 



182 vu* COKGRB8 INTERNATIONAL 

Le monde — les collègues aussi — est dur pour ceux qui sont capa- 
bles d'une initiative ; gardons-nous donc de donner prise à la moindre 
interprétation maligne ; que maître abstinent soit synonyme de bon 
maître. Soyons hommes de progrès non seulement en matière 
d*alcoolisme, mais dans toutes les questions d'éducation; nous y gagne- 
rons le silence de nos adversaires, la considération de nos collègues 
et une influence grandissante. 

Les maîtres abstinents sont aussi mieux placés que tout autre pour 
acclimater auprès des autorités scolaires Vidée a'un enseignement 
antialcoolique. 

On se défie souvent des. conseils du dehors, des laïques qui, sans 
connaître Tenfant et sans expérience éducative, veulent encombrer 
les programmes de matières nouvelles; le forgeron veut des leçons sur 
Tart de forger, le commerçant un apprentissage de commerce complet; 
Técole doit être la seule préparation à tout ; des expériences malheu- 
reuses ont rendu l'autorité prudente. Nul doute que, si des profanes 
seuls réclamaient l'enseignement antialcoolique, en traçaient le pro- 
gramme, leurs demandes rencontreraient un accueil plutôt réservé ; 
mais si les maîtres eux-mêmes, conscients de la mission de l'école, au 
clair sur ce que Ton peut exiger d'elle, affirment hautement que la 
lutte contre l'alcoolisme est pour elle un devoir, les préventions, les 
méfiances n'auront plus de raison d'être. 

Mais il ne suffit pas de gagner à renseignement antialcoolique les 
gouvernements, il faut préparer pratiquement, techniquement son 
avènement. On n'enseigne pas avec rien. L'opinion générale aujour- 
d'hui est que l'enseignement antialcoolique ne doit pas être spécialisé, 
que les devoirs français,. la dictée, la lecture, l'arithmétique, l'hy- 
giène, lui serviront de prétexte ; il y a donc lieu de préparer des dic- 
tées, des problèmes, des devoirs antialcooliques afin qu'au jour de la 
victoire il soit possible de mettre aux mains de chaque maître les ma- 
tériaux nécessaires. 

Aux sociétés de maîtres abstinents, bons juges en la matière, 
incombe ce travail préliminaire^; un homme seul ne l'entreprend pas 
facilement ; pour des œuvres qui demandent moins d'originalité que 
de raison bien équilibrée, une société est un excellent atelier de tra- 
vail ; peu à peu, sous la direction du comité, à l'occasion de concours 
ou que sais-je, s'élaboreront tous les instruments nécessaires a l'en- 
seignement antialcoolique. Cette tâche est ingrate, mais importante ; 
seules les sociétés de maîtres abstinents la mèneront à bien. 

Leur mission ne cessera pas au jour où, cédant à la pression de 
l'opinion publique et aux réclamations des maîtres eux-mêmes, l'Etat 
aura introduit un enseignement antialcoolique sérieux. A ce moment, 

I Dans notre société suisse de maîtres abstioenis, nous avons organisé ceci : chaque 
membre est prié de préparer 20 projets de problèmes antialcooliques ou des sujet* de 
devoirs, nous les recueiUons, et, dans quelques années, nous aurons un recueil de deToirs 
antiiilcooliques de toute nature, préparé petit à petit par des spécialistes. 



CONTRB L*ÀBUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 183 

de sociétés de propagande, elles deviendront des comités de surveil- 
lance. Elles demeureront vivantes et agissantes, entretenant dans le 
personnel enseignant un intérêt éclairé pour renseignement nouveau, 
prévenant des retours ofTensiis de Tennemi, veillant à ce que les livres 
et manuels antialcooliques enseignent bien la vérité et non des con- 
trefaçons de vérité. Avant comme après la victoire, les sociétés de 
maîtres abstinents ont devant elles une grande tache. 

Elles sont bien faibles encore, mais elles doivent grandir, elles 
grandiront ; elles surgiront dans les contrées qui ne les connaissent 
pas, elles entraîneront après elles les hésitants et les peureux; si, 
comme on Ta dit, Técole doit tuer Talcoolisme, les sociétés de maîtres 
abstinents rendront possible et eflicace cette intervention de l'école. 

CONCLUSIONS 

I/enseignement antialcoolique est un des moyens les plus eflicaccs 
de lutter contre Talcoolisme. 

L'enseignement antialcoolique doit être donné par le maître et non 
par un conférencier occasionnel. 

La préparation technique du personnel enseignant à cet enseigne- 
ment nouveau, devrait lui être donnée dans les écoles d'instituteurs ; 
mais, dans l'état actuel de l'opinion, une préparation sérieuse et radi- 
cale est impossible. 

Les sociétés antialcooliques de maîtres combleront un peu cette 
lacune et prépareront l'avenir. 

Elles seront composées de maîtres abstinents totaux. 

Elles se proposeront un double but : 

1^ Gagner d'autres maîtres ii la cause antialcoolique ; 

2® Préparer l'avènement de l'enseignement antialcoolique en y pré- 
disposant favorablement les autorités et en rassemblant les matériaux 
nécessaires à l'enseignement nouveau. 

L'enseignement antialcoolique introduit, elles auront le devoii* 
d'assurer par leur activité et leur vigilance, l'application de la loi. 

M. le Président. ^ La parole est à M. Don (Hollande). 

RAPPORT 

de M. DON, sur les • Sociétés de tempérance entre instituteurs • 



C'est un fait réjouissant que, ces dernières années, il se manifeste 
dans presque tous les pays civilisés un intérêt grandissant pour la 
lutte contre le grand ennemi des nations, l'alcool. Nombre de non- 






T^-^^ièj TT . ' . - iJiMK.VSBW''. ^^} 







184 vil" CONGRB8 INTERNATIONAL 

vclles sociétés se fondent partout et sans cesae on imagine de nou« 
veaux moyens pour continuer la lutte avec plus d*énergie encore. 

Ainsi on a songé aussi à Téducation et Técole. Et pour cause ! Car 
bien que le proverbe connu : « Qui a Técole, a Tavenir » ne soit pas 
sans exagérer la puissance de Téducation, on ne peut contester, tout 
simplement, que Tintluence de ceux qui, pendant quelques années, 
ont à élever et à guider les enfants, ne soit très grande, et quUl ne 
soit en bonne partie en leur pouvoir de développer chez leurs élèves 
de bonnes ou de mauvaises habitudes. 

Partout, on s*écrie : ce Engagez Técole a la lutte contre Talcoolisme 
et nous en obtiendrons les meilleurs résultats ! » 

Cependant, ce n'est pas Ui le langage dé Vinstituteur ! Pour lui, ce 
n'est pas Futilité pour la cause elle-même qui décidera si Técole doit 
prendre ou non part \\ la lutte pour une cause quelconque. Tout 
dépend de la réponse à cette question : « La lutte est-elle d'impor- 
tance pour VécoLs, pour les enfants ? » Si la réponse peut être afTir- 
mative, si en outre la question en jeu n'est pas trop didicile pour les 
élèves, alors seulement Tinstituteur se résoudra à servir la cause dans 
Técole. Et alors avec beaucoup d'énergie et de dévouement ! 

Voyons ce qui en est à cet égard de la lutte contre l'alcoolisme. 






On a nommé l'alcoolisme le fléau de notre siècle.' L'école et les 
enfants subissent les atteintes douloureuses de ce fléau. 

Les suites de l'alcoolisme pour l'enfant et l'école sont en partie 
directes, en partie indirectes. Directes en tant que les enfants eux- 
mêmes consomment des boissons alcooliques. Il est inutile de rappe- 
ler ici une fois de plus, que les enfants sont beaucoup plus sensibles 
au poison « alcool »que les adultes, et que, selon le professeur Demme, 
l'usage régulier, même de petites quantités, leur est nuisible. Je suis un 
profane et il ne me convient pas de iuger de l'efTet de l'alcool sur le 
corps des enfants. Nous autres instituteurs, nous faisons souvent la 
triste expérience de son effet sur V intelligence. L'usage même des 
boissons plus légères, comme la bière, est toujours suivie d'une dimi- 
nution dans rintcUigence, la précision, l'attention, la mémoire. Je 
connais même une école où l'on explique par l'expression « enfant 
de cabaret » la lenteur intellectuelle de beaucoup a'enfants, dont le 
père est aubergiste. 

Plus tristes encore que les suites de l'usage par les enfants eux- 
mêmes sont celles qui ont leur cause dans l'usage ou l'abus des 
parents; plus tristes, puisqu'ici les enfants sont'frappés quoique tout-à- 
fait innocents. Je pense ici en premier lieu a l'hérédité, dont M. le 
D** de Vaucleroy nous donne tant d'exemples frappants dans son livret 
connu, si estime dans ma patrie. Combien d'enfants nerveux, remuants, 
imbéciles, doivent leur anomalie h l'ivrognerie de leurs parents ! Et 






CONTRE L*ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 185 

combien d*cntrc eux sont inférieurs a leurs camarades en dévcloppe- 
menl corporel ou moral ! 

Uiio source de beaucoup de chagrin pour tout instituteur, ce sont 
les écoles buissonnières, si funestes ii l'enseignement et h Tenfant. Et 
cela arrive souvent dans certaines familles, dont le père ou la mère ou 
tous les deux sont adonnés k la boisson. Quelquefois dans ce cas le 
manque de vêtements — car Talcool dévore tout — est une excuse 
valable aux absences de Tenfant; cependant, le plus souvent Tabsence 
provient d*une grande indifférence pour toute aspiration élevée, — 
indifférence qui entre avec Talcool dans maintes familles. Et «'lY» parais- 
scnty ces enfants de buveurs, insuflisamment vêtus et mal nourris, en 
proie il la faim et au froid, ils ne peuvent avoir l'attention . nécessaire 
et ne profitent guère de rinstruction qui leur est donnée. 

Mais malgré tout, l'instituteur persévère. N'est-il pas juste et néces- 
saire que précisément ces pauvres petits, si mal pourvus déjii dès leur 
naissance, reçoivent à l'école du moins (jueUjue compensation, si peu 
que ce soit, pour ce qui leur manque chez eux ? Avec des soins et de 
la tendresse la graine du développement moral sera confiée au sol 
maigre et la jeune plante, germant lentement, sera choyée et nourrie. 
Mais voilà V a éducation » reçue dans la famille du buveur, qui foule 
aux pieds le germe, qui depuis peu de temps seulement jouissait de 
la vie, et écrase sans pitié le fruit d'années de travail et de dévouement. 

Heureusement, tous les enfants ne sont pas si mal entourés. Il en 
est beaucoup, de qui l'instituteur n'a que du plaisir. Mais il s'inquiète, 
quand il pense au danger qui les menacera, eux aussi, quand ils 
auront quitté l'école et au'iU seront entrés dans la grande société, où 
la tentation leur sourit de tous côtés. Seront-ils assez forts pour résis- 
ter? Ou succomberont-Ils devant les moqueries de leurs camarades et 
l'attrait de la boisson? 

Ainsi, l'alcool annule aussi le travail de l'instituteur au'il lui avait 
laissé achever d'abord, et — qui pis est — il rend misérable plus 
d'une vie qui promettait. La pensée de l'avenir de ses élèves dans une 
société alcoolisée fait frissonner l'instituteur. Ne sont-ils pas ses 
enfants ? 

Ainsi, l'école et les enfants souffrent de l'alcoolisme et tout ce oui 
sert h le combattre sera un bienfait pour renseignement et pour les 
enfants. Et comme du reste — comme nous le démontrerons bientôt 
— plus d'un sujet de la question n'est pas trop diflicile pour les 
enfants, nous croyons avoir entièrement le droit d exiger que l'école 
et rinstituteur prennent part a la lutte. 

Mais pourquoi une société spéciale pour les instituteurs? 

Pour plus d'une raison. 

Premièrement, parce que l'instituteur se trouve dans une position 
toute particulière vis-à-vis de l'alcoolisme, à cause de ses élèves. On 
peut différer quant au principe de la lutte contre la boisson, — pour 

13 



186 vu*' CONGRBS INTERNATIONAL 

moi l'abstinence complète est le seul principe pour tout le monde, — 
on sera cependant d'îiccord avec moi que pour les enfants Tusage d'une 
boisson alcoolique, quelle qu'elle soit, est absolument fôcheux. Il 
faudra donc comb<ittre l'usage chez les enfants par tous les moyens 
possibles. Oublierait-on alors le moyen le plus eflicace, l'exemple, 
dans lequel se trouve justement le secret de Téducation ? [/instituteur 
qui veut vraiment être le bienfaiteur de ses enfants, ne peut être 
({u'abstinent complet pour l'amour de ses élèves. 

Kn outre, dans une société générale, la propagande parmi les 
enfants ne peut être traitée qu'en passant et de temps h autre, et il 
est pourtant absolument nécessaire, que les instituteurs qui se sont 
engagés à combattre l'alcoolisme, se tiennent régulièrement au courant 



tils, s'intéressent a la lutte et deviennent des collaborateurs de pre- 
uîicr ordre. 

Voilà pourquoi une organisation pour les instituteurs abstinents 
seuls nous parait fort désirable. 



* 



Les travaux d'une pareille société de maîtres abstinents se divisent 
aisément en deux groupes : 

a) IjCs travaux dans l'école; b) Les travaux hors de l'école. ^ 

Les travaux dans l'école, — Parmi ceux qui attendent beaucoup de 
la collaboration de l'école, il en est qui verraient avec joie, que, par 
ordre supérieur, l'enseignement antialcoolique fiH introduit dans le 
programme des écoles, convaincus qu'alors seulement il serait possi- 
ble d'obtenir des résultats importants. 

Notre opinion est tout-h-fait opposée a celle-là. Un grand nombre 
d'instituteurs — actuellement la grande majorité encore, — ne savent 
rien ou presque rien de la question et, par conséquent, n'en sau- 
raient communiquer rien il leurs élèves, ou leur enseigneraient des 
notions incorrectes. VA même quand ils en sauraient assez, notre opi- 
nion ne changerait pas. La question a aussi un côté moral. Il faudra 
souvent s'adresser au cwur des petits. Mais tel qui vient de faire son 
entrée dans l'école se croit encore beaucoup trop peu sigé pour cela. 
D'autres, hélas, sentent qu'ils sont trop fautifs dans leur propre vie 
morale pour exercer quelque influence sur l'àme de leurs élèves. Puis 
il y a des classes, où les rapports entre instituteur et enfants sont 
tels, qu'il n'y a pas la moindre intimité et que même les paroles les 
plus cordiales, prononcées avec les meilleures intentions, seraient 
plus ([uc gaspillées et auraient plutôt un elTct contraire ii celui qu'on 



CONTRE l'aHUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 187 

aurait voulu atteindre. D'autres encore, connaissant bien la question, 
qui ne sont pas trop jeunes et s'entendent bien avec leur classe, 
u osent pas entamer fa question. Tant d'instituteurs ne sentent pas 
encore, combien plus intimes seraient leurs rapports avec leurs élèves 
et combien plus grande leur influence, s'ils n'avaient pas de fausse 
honte et s'ils osaient davantage s'abandonner et montrer leur iime avec 
toutes ses émotions ! 

Enfin, tous les instituteurs, à quelques rares exceptions près, 

appartiennent actuellement encore aux buveurs, modérés ou immo- 
dérés. Leur influence sera-t-elle grande, si la doctrine qu'ils prêchent 
est en pleine contradiction avec leurs actions ? Les enfants ne seront 
touchés et émotionnés par un principe que s'ils le trouvent devant 
eux, vivant; s'il est incorporé en père, mère, instituteur. 

Toutes ces catégories de maîtres ne doivent pas, d*après notre opi- 
nion, toucher ii la question. Et ce ne sera possible que si l'enseigne- 
ment antialcoolique n'est pas obligatoire, mais facultatif. 

Une seconde question. Est-il désirable que le tableau des leçons 
indique les heures, où l'alcoolisme est traité Bystéinatiquemenl, ou 
faut-il préférer un traitement occasionnel ? 

L'enseignement systématique n*a pas notre sympathie. Notre pro- 

f gramme déjà surchargé; la tendance a concentrer notre enseignement; 
e risque que l'instituteur qui ne sait pas beaucoup de la question ne 
finisse par dire des riens ou par répéter toujours la môme chose, et 
que les enfants ne regardent la question de Talcoolisme comme le 
cncval de bataille du maître, tout cela s*y oppose. Et en outre, l'en- 
seignement peut si aisément être donné d'une tout autre manière. 

Il n'y a pas de matière d'enseignement, qui n'oflTre de temps en temps 
l'occasion de dire un mot sur la question. Nos leçons de lecture, qui 
souvent parlent légèrement de la boisson, sanctionnant les tristes habi- 
tudes régnantes, encourageant même ou représentant comme souhai- 
table l'usage du vin ou de la bière, répétant à plusieurs reprises les 
vieilles erreurs que l'alcool nourrit, réconforte, réchauffe, obligent 
l'instituteur à remplacer ces idées fausses par de vraies; la géographie 
aussi (les expéditions aux régions po!aires, l'armée dans les Indes 
anglaises, la Norvège, l'Amérique), l'histoire (l'expédition de Russie 
en 1812j et l'histoire naturelle (le corps humain, l'hygiène), se prêtent 
excellemment à un traitement de la question ; pendant que, dans les 
leçons d'arithmétique, d'écriture et de langue maternelle, les élèves 
peuvent pratiquer ou rendre avec concision ce qu'ils ont appris dans 
d'autres heures. De cette manière, chaque partie de la question a son 
tour, sans que les défauts de l'enseignement systématique se fassent 
sentir. 

Si nous ne sommes pas d'accord pour traiter avec les enfants, à des 
heures fixées d*avance, la partie « scienlifir/ne » de la question, notre 
antipathie se prononce encore plus forte contre un pareil traitement 
de la partie morale. Quiconque veut semer dans l'ame de l'enfant, doit 



'• 4 



188 VII* CONGRÈS INTERNATIONAL 

attendre le temps où le sol offre le plus de chance de produire des 
fruits. liC meilleur instituteur même a parfois des heures ou des jours, 
où pour rœil d\in étranger sa classe est en ordre parfait, mais où il 
sent pourtant lui-même que la cordialité si ardemment désirée et si 
nécessaire h l'éducation, est absente ou du moins n*y est pas entière- 
ment. Qu'il s'abstienne alors d'un discours qui s adresse au cœur, 
même si la leçon en offrait l'occasion. Mais, grâce à Dieu; il y a aussi 
des heures magnifiques pour le maître et les enfants, des heures d'in- 
timité profonde, des heures sacrées, où l'éducateur sent que chacune 
de ses paroles passe directement de son âme dans celle de ses petits 
et y reste ! Qu'il profite de ces moments précieux, et sa récolte sera 
grande . 

Mais ces heures ne s'inscrivent pas au tableau des leçons ! 

Nous sommes donc pour un enseignement facultatif, donné chaque 
fois que l'occasion paraît favorable à l'instituteur. 

En dehors des travaux d'école proprement dits il y a les fêtes et 
les excursions scolaires. Inutile a'obsecyer que, dans ces occasions 
aussi, il faut que toutes les boissons alcooliques soient bannies et que 
même les instituteurs non abstinents doivent s'en tenir, pour aes 
raisons pédngogiques, aux boissons des élèves. 

Nous ne sommes pas amis des ligues scolaires. Les motifs de M. 
Van der Woude contre elles sont presque entièrement les nôtres. 

Les travaux hors de l'école, — L'instituteur abstinent qui comprend 
bien sa tache, ne la croit pas accomplie, dès que la classe est terminée, 
mais sait aussi occuper ses heures de loisir à la lutte. 

En premier lieu, le but de la société des maîtres abstinents doit 
être de gagner autant de collègues que possible h la cause de l'absti- 
nence complète. On y arrivera par les visites et les conversations de 
chaque membre en particulier; par des rapports ou discussions dans 
des assemblées, convoquées par la société elle-même ou d'autres cor- 
porations d'instituteurs ; puis par des articles nombreux dans la presse 
générale et scolaire. Les rapports des travaux de la société et des 
résultats obtenus par elle, peuvent aussi faire beaucoup de bien. 

Une enquête sur les livres scolaires qui contiennent des expressions 
ou des théories que l'instituteur abstinent ne peut pas passer sans 
protestation, et la prière aux auteurs de modifier ces passages dans 
de nouvelles éditions, voilà qui est dans l'intérêt des enfants et qui 
doit être sans doute l'œuvre cie la société des maîtres abstinents. 

Nous disions tout ii l'heure, que souvent on démolit dans la famille, 
ce qui a été édifié, avec bien de la peine, il l'école. Il importe donc 
beaucoup, que l'instituteur s'efforce autant que possible d'obtenir la 
collaboration des parents de ses élèves. Il y a deux manières d'arriver 
il ce but. liC maître peut de temps en temps faire visite aux parents, ce 
qui lui permet en même temps de voir ses enfants dans un autre milieu 
et de mieux apprendre leur naturel et leurs inclinations; il peut aussi 



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CONTRE L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 189 

les inviter, tous à la fois, a assister à une assemblée k Técolcy où h 
coté d'autres questions importantes pour Técole et les enfants, il 
disente aussi la question de Talcoolisme. Peut-être les parents ne 
seront-ils pas convaincus de la nécessité de s'abstenir pour eux-mêmes. 
Si cependant on obtenait qu'ils ne donnent plus de boisson alcooli- 
que à leurs enfants et qu'ils ne leur disent pas que le maître veut leur 
en faire accroire, auand il leur parle des dangers de l'alcool, on aurait 
fait un grand pas clans la bonne direction. 

Si l'on pouvait, dans un cas pareil, renseigner les parents sur l'opi- 
nion de médecins connus touchant l'usage de boissons alcooliques 
pour les enfants, on aurait beaucoup plus de chance d'atteindre le but 
proposé. Il est donc il recommander que les sections de la société 
fassent une enquête auprès des médecins de chaque ville, comme Ta 
fuit déjà plusieurs fois avec beaucoup de succès la société hollandaise 
des maîtres abstinents, que j'ai l'honneur de représenter ici. 

De cette manière le danger pour nos garçons pendant les années 
scolaires peut être beaucoup diminué. Après ce temps-la nous les per- 
dons de vue la plupart du temps, ii un âge, où ils ont justement le 
plus besoin de nous. Eh bien, que l'instituteur insiste chez les enfants 
qui vont quitter l'école, pour qu'ils le visitent de temps à autre, et lui 
racontent, comment cela va ; de préférence à des époques fixes, tous 
les quinze jours ou une fois par mois. Sans doute quelques-uns ne 

Paraîtront pas, mais ceux qui viennent régulièrement, restent sous 
influence ae leur maitre. Ainsi les garçons sont un peu moins dans 
la rue, les soirées peuvent être consacrées à des divertissements et 
au développement de tous (œuvre à la Toynbee), et les relations régu- 
lières avec leur instituteur et surtout son exemple leur seront un bon 
appui, quand la tentation deviendra un peu forte. 

Tout cela exige bien du dévouement de la part de l'instituteur et 
aussi bien des connaissances sur l'alcoolisme. Plusieurs d'entre nous 
— nous le disions déia — sont encore dans une triste ignorance sur 
ce sujet. Il est donc iort recommandable de faire enseigner la question 
dans nos séminaires et écoles normales. Mais qu'on désigne pour 
cette instruction ceux seulement qui ont fait une étude spéciale de 
Talcoolisme et qui sont abstinents de tout leur cœur ! 

Car ce ne sont pas des idées fausses ou le sUitu quo en matière de 
boire, qu'il nous faut ! 

Une révolution dans les idées et dans les mœurs, et un dévouement 
ccmiplet au salut du prochain, voilà ce qu'il nous faut pour changer un 
peuple alcoolisé et démoralisé en une nation saine et morale ! 

Mes collègues qui êtes ici, c'est beaucoup ce que je demande de 
vous. Mais grande sera la récompense que vqus recevrez par la plus 
grande somme de bonheur de vos enfants ! 

Rt n'est-ce pas pour eux que nous travaillons ? (Applaudissements). 



190 vil' CONGRES INTERNATIONAL 

M. le Président. — La parole est h M. Marillîer, ma!(re de 
conréi*ena»s à 1 école des Hautes Etudes sur la Préparation du per- 
sonnel enseignant à la lutte antialcoolique. 



Discours de M. MARILLIER 

J^cssaycrai d'être très bref, car Theure s'avance et je voudrais vous 
retenir le moins qu'il se pourra. 

La question dont je vais rapidement traiter devant voUs, c*est celle 
de la préparation technique de Tinstituteur à renseignement antial- 
coolique. Sur un très grand nombre de points je suis a accord avec les 
précédents orateurs, sur ces points là, je n'insisterai donc pas. 

Sur quelques détails au contraire, et d* autre part en ce qui concerne 
une question très importante, je me trouve en divergence avec eux ; 
c'est de cette question seule que je demanderai a parler avec quelque 
développement. 

Tout d'abord il est un point où, à mon sens, M. Hercod a pleinement 
raison : il est indispensable, au moins dans nos pays romans, que 
renseignement soit donné sur les matières qui touchent ii Talcoolis- 
me, dans Técole, par l'instituteur ou l'institutrice. Seuls, chez nous 
du moins, ils ont une autorité suflisante, ils inspirent ii l'enfant une 
confiance assez entière pour pouvoir faire d'une façon utile et fré- 
quente cette tache d'éducateurs. Des conférences occasionnelles, 
uelle ([ue soit l'autorité, autorité qui n'est jamais entièrement connue 
e l'enfant, do ceux qui les feront, n'auront point sur son âme cette 
action ({ue le contact prolongé du maître exercera nécessairement. Un 
maître convaincu des dangers de l'alcoolisme, même s'il ne s'occupe 
point spécialement de la question, même s'il ne consacre pas a l'en- 
seignement antialcoolique des leçons particulières, laissera voir dans 
tous ses actes, dans sa conduite, dans sa façon d'être, sa conviction 
avec tant de force, qu'elle entrera, qu'elle s'imprimera dans l'amc des 
enfants sans même qu'il le cherche. C'est Ih le fruit d'une expérience 
longtemps prolongée en France, et je crois que c'est la vraie méthode, 
la seule efTicace en ce pays. [Applnndissements), 

Mais il importe que linstituteur soit informé; il ne suflit pas qu'il 
soit plein de bonne volonté. On vous a dit, Messieurs, cet après-midi, 
et avec une autorité que je ne puis avoir, que pour l'instituteur, l'es- 
sentiel, c'était la chaleur du cœur, le dévoûment, c'était le don de 
soi aux enfants. Quand il s'agit d'apporter aux travailleurs, k ceux 
qui soufTrent un peu d'aide et de réconfort, quand il s'agit des classes 
populaires, je ne contredis pas absolument à cette laçon de voir, 
mais même en ces familières et amicales causeries, il ne suffît pas 
d'aimer et de laisser apparaître sa sympathie, cela ne suffit pas, au 
moins dans notre pays ; ceux qui n'auront que la bonne volonté 
courront risque de ne pas saisir l'attentipn et de ne pas convaincre. 



3 



CONTRE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 191 

Mais la bonne volonté réduite à elle seule est plus insuiïisante encore 
lorsqu*il s*agit des enfants : il est indispensable que l'instituteur ait 
i) sa disposition des arguments, des arguments d'ordre scientifique, 
qu*il prouve ce qu*il dit ; pour pouvoir convaincre, il faut d'abord 
savoir. Il faut qu'il ne s'appuie sur aucune raison qui n'ait une entière, 
une parfaite solidité, qu il ne dise rien dont il ne soit sûr ; il ne faut 
pas qu'il se contente de prendre dans des manuels faits à son usage des 
phrases qu'il récite parce qu'il a confiance dans le nom de celui qui les 
a écrites, il faut qu'il connaisse les questions personnellement par une 
expérience des choses qui les lui ait fait comprendre; il faut que quand 
il pourra — ce qui m'a paru plus efficace que tout autre moyen pour 
entraîner la conviction — répéter des expériences devant les élèves, 
il ne les fasse pas comme s'il célébrait un rite, mais qu'elles aient 
pour lui la valeur d'une démonstration, et qu'il s'en serve à propos, 
sachant ce qu'il fait et pourquoi. 

Daillcurs, le rôle de l'instituteur dans la lutte antialcoolique ne se 
limite pas à son école : il peut et il doit agir au dehors, en fait, il 
dopasse sans cesse l'enceinte de l'école ; par des conférences, par la 
fondation de Sociétés de diverses natures, par des réunions et surtout 
par sa conversation de tous les jours, il peut faire rayonner son action 
très au delà de cette enceinte étroite où il se trouve limité. Il peut 
agir sur les autres parce qu'en bien des communes, il est l'homme de 
confiance ; dans les campagnes, c'est lui bien souvent qui a pris le 
rôle essentiel : il est directeur d'âmes, directeur de consciences, et 
il est aussi b lui tout seul comn\e un bureau de renseignements, on va 
le questionner sur toutes choses. Il faut, quand on le consulte sur les 
questions d'hygiène publique, qu'il puisse répondre avec compétence, 
autorité, sécurité ; il faut que nulle question venant soit des enfants, 
soit des adultes, ne puisse le démonter. C'est chose essentielle. 

ninfin, et ce n'est pas là le moindre rôle de l'instituteur dans cette 
lutte contre l'alcoolisme, il est absolument indispensable qu'il puisse 
servir d'informateur aux grandes sociétés antialcooliques. Nous ne 
pouvons la plupart du temps, nous renseigner sur ce qui se passe, 
savoir Telficacitc des différents procédés dont nous nous servons, que 
ar l'instituteur. C'est ii lui de nous faire connaître l'état de l'alcoo- 
isme dans un pays, de concert avec les médecins, de nous apprendre 
quelle est dans une région l'étendue et la nature particulière du mal, 
la nature, elle aussi, spéciale des remèdes a apporter. Il n'y a pas de 
panacée en matière d'alcoolisme : ce qui réussit dans un département 
réussit moins dans le département voisin : il faut varier son action 
avec l'objet même de cette action ; on ne doit pas seulement avoir en 
vue un but idéal et lointain, mais un but tout proche, un objectif 
changeant et dont le choix tient à des conditions variables. C'est l'ins- 
tituteur qui peut nous faire connaître ces conditions, mais s'il n'est 
pas au courant des détails de cette lutte contre l'alcoolisme, il nous 
renseignera mal, parce qu'il ne saura pas ce qu'il faut regarder. 



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192 vil* CONORBS INTBIINATIOIIIAL 

Cet enseignement, que nous demandons essentiellement scientifi- 
que, fait du reste des maintenant partie intégrante, en France, du pro- 
Errammc de nos Ecoles normales, il en fait partie odiciellement. A 
a suite de cette circulaire de Monsieur le Ministre de l'Instruction Pu- 
blique Rambaud, dont il a été fait mention dans le discours de M. le 
Directeur de THnseignement Primaire, cet après-midi, est annexé 
un long rapport et un ensemble de programmes indiquant dans quel 
esprit ot (|uclles matières seront enseignées relativement à Thvgiène 
antialcooli(|ue, dans les écoles primaires et primaires supérieures, 
dans les lycées et collèges, et enfin, c'est le seul point qui nous inté- 
resse, dans les écoles normales. 

Cet enseignement existe en ces écoles avec une sorte d'autonomie : 
des leçons spéciales sur Talcoolisme figurent dans le cours d'hygiène, 
dans le cours d'histoire naturelle, dans le cours de chimie, dans 
le cours d'économie politique, dans le cours de morale. Les institu- 
teurs sont par conséquent informés largement, copieusement, exacte- 
ment informés et d'après les instructions des Ministres de l'Instruction 
Publique qui se sont succédés au département, en dehors de l'enseigne- 
ment qui devra leur être donné par les professeurs ordinaires de 
l'Ecole, des conférences spéciales leur seront faites par des hommes 
du métier, par des médecins, des hygiénistes, qui viendront compléter, 
et d'une façon méthodique et régulière, les leçons de leurs maîtres 
habituels, les compléter par les indications pratiques et précises que 
peuvent donner les hommes qui ont vu les choses de près, et qui, 
dans la mesure du possible, tenteronlt d'ailleurs de leur mettre les 
faits même sous les y^ux, les faisant pénétrer dans les asiles, dans 
les prisons, leur montrant en toute leur réalité les ravages du fléau. 
( Applaitdissements) . 

On disait tout h l'heure qu'il ne fallait pas songer à inscrire odliciel- 
lement renseignement antialcoolique dans les programmes, parce 
que, il l'heure présente, l'opinion et les pouvoirs publics s'oppose- 
raient «H ce que cet enseignement présentât ce caractère d'exclusion 
radicale h l'égard de toutes boissons alcooliques, fermentées ou dis- 
tillées, que, d'après l'orateur précédent, il est essentiel de lui imprimer. 
Je me permets ici de n'être point en accord d'opinion avec lui. Je 
sais que je soutiens une thèse qui est impopulaire dans ce Congrès, 
mais je demande la permission de la soutenir avec une entière indé- 
pendance et une complète liberté d'esprit. Je ne me permettrai pas 
d^engagcr la discussion sur le terrain physiologique avec un maître 
tel que le Docteur Forel, je ne me servirai ici que de considérations 
d'ordre pratique et qui n'ont peut-être pas hors de France la même 
portée. 

Actuf^llcmenl niuisavons en face de nous une résistance considérable, 
une résistance qui est telle que si nous ne savons pas user d'une 
politique prudente, nous arriverons k perdre brusquement les conquê- 
tes acquises jusqu'à ce jour, à faire effacer de nos programmes d en- 






CONTRE L*ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 193 

soigncmcnt ce que nous y avons fait h grand peine inscrire, et a susciter 
dans Ip pays un mouvement d'opinion si violent que contre lui toute 
notre propagande sera stérile et inutile. Nous sommes essentiellement 
un pays de viticulteurs, et, aussi comme on vous le rappelait, un pays 
<lc brasseurs et de fabricants de cidre. Il y a la des Syndicats d'intérêts 
qui ont une puissance et une solidité extrême, et nous devons tenir 
compte de la résistance qu'ils nous peuvent opposer. Actuellement le 
plus gros adversaire de la campagne antialcoolique n'est pas le 
cnbaretier, c'est le producteur, le distillateur. Mais le distillateur, 
* sachant très bien qu'il ne peut pas lutter h visage découvert, s'abrite 
derrière les viticulteurs et les brasseurs, qu'il fait marcher, qu'il 
mobilise, se rendant très bien compte que leur campagne a infiniment 
plus de chances de réussir que la sienne. Aujourd'hui, notre intérêt b 
nous est évidemment de diviser ces intérêts groupés contre nous, mais 
qu'on pourrait aisément mettre en conflit. 

Je ne sais pas ce que sera l'avenir dans cinquante ans, je n'ai pas 
des prévisions d'aussi longue portée, je ne parle que de l'heure pré- 
sente. Mais, aujourd'hui il est indispensable en France que nous 
divisions ces intérêts fédérés, que nous montrions aux viticulteurs et 
aux brasseurs, aux fabricants de vin, de cidre, de bière, non seule- 
ment que nous ne nous somnfes pas groupés pour les combattre, 
3U0 nous ne menaçons pas leurs recettes, que nous ne sommes pas un 
anger pour eux, mais encore que nous pouvons être pour eux 
une protection contre la consommation envahissante de l'alcool, 
consommation qui se fait à leur détriment, autant qu'au détriment de 
la santé publique. C'est là l'argument essentiel pour moi, l'argument 
qui nous oblige a avoir une politique prudente. 

J'ajoute que si, dans d'autres pays, l'initiative privée a le rôle 
essentiel, elle a bien sans doute en France, un rôle considérable, 
mais que chez nous l'initiative privée n'est jamais arrivée à des résultats 
consiciérables et permanents que quand les mouvements d'opinion ont 
réussi il prendre une forme concrète dans les décisions des pouvoirs 
publics et des Assemblées délibérantes. 

C'est un mal, je le veux bien, nous ne sommes peut-être pas un pays 
de libre et féconde activité au même degré que les pays germaniques 
ou anglo-saxons, mais nous sommes ce que nous sommes, il faut nous 
prendre tels ; il ne dépend pas de nous de modifier notre caractère 
naticuial eu deux ou trois ans. 

Donc, nous ne ferons rien de définitif chez nous tant que nous ne 
pourrons donner à nos vœux une forme législative. Il n'y a quoi que 
ce soit il espérer de nos efforts en ce milieu, si l'on adopte la plate- 
forme de l'abstinence totale, sinon une formidable déroute et la mise à 
néant <les résultats obtenus par une campagne diflicile, pénible et 
rude, qui dure depuis plusieurs années. 

Je vous demande pardon d'avoir présenté les choses comme je les 
voisf avec l'expérience que je puis avoir des choses politiques de ce 



l^^T.T^.'^'r " •• ' . ''-.^ 



194 vil' CONGRES INTERNATIONAL 



?. 



p«iys, telles qu'elles in'apparaissent. Il y a des nécessités inéluctables 
ue tel d'entre nous peut déplorer, mais il ne servirait ii rien de se 
aire des illusions qui peuvent être nobles et généreuses, mais qui ne 
cadrent pas avec les faits. 

Je n*ai que quelques mots h ajouter : il me semble essentiel que 
TKtat ne se désintéresse pas de renseignement libre : il a, sur ren- 
seignement libre, un droit de haute inspection, il a le droit d'exiger 
nue l'enseignement libre soit un enseignement conforme ii des règles 
(rhygiène et do moralité publiques. Or un enseignement qui passerait 
sous silence la c|uestion de Talcoolisme ne serait conforme ni aux 
conceptions actuelles de Thygicne, ni aux règles de la morale publi- 
que : TKtat a, par conséquent, le devoir de faire sentir, par le droit 
d'inspection dont il est muni, son autorité sur les écoles libres pour 
les amener dans la voie où il a mis ses propres écoles. 

Quant aux instituteurs déjà en fonctions, il est indispensable que 
cet enseignement techiiique, qui sera donné si leurs successeurs, leur 
soit donné à eux aussi : c''est par des réunions, par des conférences 
pédagogiques, par des séries de leçons, où ils seront ofliciellement 
invités a assister, qu'on peut tenter de leur fournir ces notions de 
philosophie, d'hygiène, que leur instruction première ne leur a pas 
fournies, et ces notions, il est indispensable qu'ils les reçoivent, 
puisqu'ils sont de tous les hommes de bonne voldnté ceux qui peu- 
vent le plus aisément et le plus utilement les répandre au sein du pays. 

Enfin, la place toujours plus grande donnée à la question de l'al- 
coolisme dans les journaux d'instruction qui sont mis a la disposition 
des maîtres et des élèves, les sociétés de tempérance entre institu- 
teurs, qui pourront et devront être des sociétés où les discussions 
aideront ii acquérir cette instruction technique ceux ii qui leur sortie 
déjii ancienne des Ecoles normales n'a pas permis de la recevoir, nous 
permettront de faire plus répandues et mieux comprises de saines 
notions d'hygiène. 

Messieurs, je résume en quelques mots ce trop long discours : il est 
indispensable que renseignement soit donné par Tes maîtres eux- 
mêmes : il est indispensable qu'ils y soient préparés, soit dans l'école 
normale, soit en dehors des écoles normales par un enseignement 
revêtant un caractère exclusivement scientifique, qui les arme de 
toutes pièces et les rende capables de former 1 esprit de leurs élèves, 
et de discuter utilement avec les habitants de la ville ou du village, 
avec lesquels leurs fonctions les mettent en contact. Il est nécessaire 
qu'ils se groupent et se rapprochent. 

Et maintenant je crois que si en d'autres pays le terrain de combat 
approprié, c'est celui de l'abstinence totale, chez nous c'est celui seu- 
lement de Tahstincnce limitée aux spiritueux. Je ne parle pas de la pure 
et simple modération, à laquelle nous avons tous renoncé. Si en d'au- 
tres pays les agents essentiels de l'alcoolisme sont les boissons fermcn- 
tées, chez nous, en fait, l'alcoolisme est pour une large part, pour la 






CONTnE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 195 

plus large part et de beaucoup, Tœuvre des spiritueux. Et quand 
nous nous serons débarrassés de cette forme d^alcoolisme, la pire de 
toutes, la tache sera déià bien avancée. S'il reste encore une œuvre à 
fairi^ nous serons la. L opinion que j*ai défendue n*est point populaire 
parmi nos compagnons de lutte, mais j'ai cru nécessaire de Texposcr, 
parce qu'elle me semble vraie. {Applaudissements). 

M. le D^* Legrain. — Messieurs, nous vous demandons encore 
quelques instants de patience... Il faut ^Ire réellement abstinent pour 
pouvoir supporter 14 heures de travail dans une première journée de 
('ongrès, mais plusieurs personnes ont demandé la parole à titro de 
contradicteurs ou d'orateurs, et il y a intérêt à les entendre.^ 

La parole est à M. Dryessens, créateur des cours de cuisine ména- 
gère. 

Mesdames, Messieurs, 

Yu l'heure avancée, il ne m'est accordé que quelques minutes pour 
vous exposer la manière dont j'entends combattre utilement l'alcoo-^ 
lisme. 

Je serai forcément bref et certainement incomplet, car ce n'est pas 
dans un délai aussi court qu'on pourrait épuiser un pareil sujet. Je 
pose en principe, que c'est par le développement des qualités fonda- 
mentales de la femme dans son rôle d'épouse et de mère, que l'on 
arrivera à combattre, le plus sûrement l'alcoolisme. 

Je me suis d'abord posé cette question : Si nous supprimons l'alcool, 
par quoi le remplacerons-nous ? Nous le remplacerons par les aliments 
préparés suivant les besoins et le tempérament de chacun. 

Il y a onze ans, n'ayant pas d'enfants, ma femme et moi avons voulu 
payer notre dette ii la Société (c'est une originalité comme une autre) 
et sachant que l'enseignement pratique de la tenue de la maison et de 
la cuisine n'était pas donné aux jeunes filles pendant la période 
qu'elles passent à l'école, nous avons voulu combler cette grave lacune 
en nous vouant à cet enseignement. Examinons quel est le rôle de la 
femme dans la société. 

F!st-il celui d'une concurrente ou d'une rivale ? La femme peut*elle 
physiologiquement remplacer l'homme au lieu de le suppléer, de le 
c<»mpléter ? est-elle appelée à lui nuire au lieu de l'aider ? Non. La plus 
belle mission de la lemme, celle à laquelle nous devons la préparer 
d(*s sa plus tendre enfance, c'est de devenir épouse dévouée, mère 
éclairée, bonne ménagère; son plus beau rôle est de tenir le nid chaud, 
tiède de sa présence, et par conséquent, de faire aimer cette maison à 
son mari, ii ses enfants, et de les rendre heureux. J'ajouterai que c'est 
au sein de la famille qu'on apprend il aimer son pays et par conséquent : 
pas de famille, pas de Patrie. 

Si nous divisons la Société en trois classes, nous y voyons : 1" la 



^' -yi^- "v.v oîssj:-*fv:. 7 ;^ : ^' ^•^■'r^■^-^ 



1U6 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

femme appelée à se faire servir ; 2* celle qui devra se servir elle-même 
et enfîn celle qui devra travailler en servant les autres. 

Pour la première, on pourrait croire que les connaissances ména- 
gères ne lui seront pas indispensal^les puisqu'elle aura un personnel 
pour suppléer à son insuflisance. J'estime aue celle-là a besoin encore 
plus de connaissances que les autres par l'importance de sa maison, 
mais aussi qu'elle ne peut conserver sa supériorité sur son inférieulre 
si elle no peut pas dire : mon enfant, c'est comme cela que ça se fait. 

Celle qui est appelée à se servir elle-même, la femme au travailleur, 
ne disposant presque toujours que d'un budget trop modeste, ayant 
(luclquefois une famille nombreuse a élever, aura besoin tout particu- 
lièrement de grandes connaissances pour remplir son rôle intelligem- 
ment. 

La femme appelée h servir les autres, la plupart du temps sort de 
Técolc pour entrer en condition ; elle ignore les choses les plus simples 
et ne peut donner satisfaction aux personnes qui l'occupent. Bien des 
déboires lui seraient évités si elle avait reçu a l'école les premières 
notions qui lui sont indispensables. 

Par conséquent j'estime que c'est il l'école primaire, puisque toutes 
les jeunes filles doivent y passer, «qu'incombe le soin de les préparer 
à Tavance, pour remplir leur noble rôle. 

Malheureusement le personnel n'est point propre à donner cet 
enseignement aux jeunes filles. 

Autrefois les mères restaient davantage au foyer; on avait songé a 
cette époque qu'il leur appartenait d'apprendre it leurs filles la tenue 
du ménage et même la cuisine. Chose bizarre que ce raisonnement : 
la mère devait apprendre ii sa fille ce qu'on ne lui avait jamais appris. 

On comprenait fort bien la nécessité d'apprendre k lire et à écrire 
aux enfants, mais la science du ménage et la pratique de l'art de la 
cuisine semblaient devoir venir par intuition ; ce qui fait que chaque 
génération se trouvait dans l'obligation d'inventer la cuisine. Que de 
dépenses et de déceptions ! 

Ce raisonnement manque de logique puisque aujourd'hui, toutes les 
femmes savent lire et écrire,» et comme elles doivent apprendre à leurs 
filles ce qu'elles ne doivent pas ignorer, pourquoi donc avoir un per- 
sonnel spécial enseignant ? Chaque mère ne pourrait-elle instruire 
son enfant ? 

J'ai donc pensé qu'il fallait absolument, pour arriver à un résultat, 
faire des conférences dans toutes les grandes villes de France pour 
propager nos idées et provoquer la création d'écples pratiques de 
ménage et de cuisine. 

J'estime que cet enseignement doit être donné par les institutrices 
et dans ce but nous devons commencer par un cours d'économie 
domestique et de cuisine pratiqué dans toutes les écoles normales de 
jeunes filles afin de rendre les professeurs aptes a donner cet utile 
enseignement. 






CONTRE L*ABI)S 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUB8 197 

Cette question vient d'être traitée avec une grande autorité par 
Monsieur Edouard Petit, mon ami. 

Il vous a dit que Tenseienement de Téconomie domestique devrait 
être donné k Tenfant au dehors et à la sortie de l'école. Il paraît 
croire que cette éducation complémentaire doit rester facultative 
« quoique indispensable » et en quelque sorte à la charge de Tini- 
tiative privée. Je ne suis pas de cet avis ; j'estime que cet enseigne- 
ment doit, au contraire, figurer au nombre des matières obligatoires 
dans les programmes universitaires. Il est de toute nécessité que les 
notions de cet enseignement soient inculquées aux jeunes filles sur les 
bancs de l'école. Elles se les assimileront mieux et en tireront ainsi 
le meilleur profit dès leur entrée dans la vie. \ 

Ne pouvant vous exposer aujourd'hui ma méthode, laissez-moi 
seulement vous soumettre une simple figure : 

J'apprends par exemple à mes jeunes élèves de quoi se conîpose un 
aliment complet ; je leur explique quel rôle jouent les substances qu'il 
renferme ; je leur mets sous les yeux du vin et de l'alcool et je leur 
demande de vouloir bien m'expliquer si ces liquides ont des propriétés 
nutritives et elles me répondent que non, puisque le vin et l'alcool ne 
renferment ni graisse, ni fécule, ni albumine. 

Je n'ai pas la prétention d'empêcher les gens de boire, mais je 
voudrais que chacun sache bien que le vin et surtout l'alcool n'est pas 
un aliment, qu'il ne nourrit pas. 

Pour ne pas gaspiller nos rorces faisons, comme les pompiers dans 
un incendie, la part du feu. Laissons les adultes à leurs Donnes ou 
mauvaises habituctes, préoccupons-nous de l'avenir. 

Apprenons aux enfants qui seront les hommes et les femmes de 
demain, à connaître la valeur des aliments, leur emploi, leurs propriétés. 

Dans l'avenir, celui qui boira saura qu'il ne se nourrit pas et qu'il ne 
se donne pas de force réelle. S'il boit, c'est que cela lui plaira de se 
faire du mal. L'homme ne sera, pas, comme celui d'aujourd'hui, de 
bonne foi en croyant que le vin et les alcools le soutiennent. 

Quand, devenue femme, la jeune fille mettra toutes les qualités qu'elle 
aura acquises a l'école, au service de son intérieur, l'alcool aura un 
ennemi de plus et un consommateur de moins et (lous arriverons alors 
à combattre eflicacement, non seulement l'alcoolisme, mais aussi la 
diminution des naissances et l'avilissement des salaires. 

Je termine en formulant le vœu suivant : La création dans les écoles 
normales d'un cours pratique de la science du ménage et de l'art de la 
cuisine au foyer domestique. {ApplaudUsemenU). 

M. le D^* Legrain. — Nous sommes convaincus qu'une bonne ali- 
mentation, surtout une alimentation bien préparée est un facteur utile 
pour lutter coatre Talcoolisme et les réflexions de M. Dryessens avaient 
tout à fait leur place ici. 

Maintenant, je crois qu'il est utile de ne pas laisser croire que les 






198 vil' CONGRÈS INTERNATIONAL 

buveurs, même adultes, ne peuvent pas guérir, ainsi que Ta avancé 
l'orateur. . 

Je vois plusieurs de nos amis de la Croix Bleue qui protesteront avec 
raison. Ils ne manqueront pas de dire bien haut qu*il n*est pas juste de 
rayer d*un trait do plume les admirables efforts qu'ils ont realises et qui 
ont donné tant de résultats consolants et encourageants. (Applaudisse^ 
ments). 

M. Byse a demandé la parole ainsi que M. James Capper. 

M. James Capper prend part en anglais à la discussion ."^ 

M. le Président. — La parole est à M. Charles Byse, pasteur à 
Lausanne. 

Discours de M. Charles BYSE 

Je ne dirai que quelques mots, appelés par le discours si intéressant' 
de M. Petit. 

Je ne voudrais pas laisser passer une des idées qu'il a émises, car 
elle est en contradiction avec notre expérience. Ce n'est pas- que je 
prétende faire la leçon à nos amis de France : je voudrais seulement 
rappeler avec quels principes nous avons réussi, dans une certaine 
mesure, h atteindre les enfants dans la Suisse française. M. Petitnous 
a parlé de contrées de la France où on produit du vin ; c'est la richesse 
du pays, et il lui semble qu'on ne peut pas combattre directement ces 
habitudes, que par conséquent il faut demander aux enfants de s'abs- 
tenir uniquement des liqueurs fortes. 

C'est ce qui se fait aussi chez les Belges, et je comprends très bien 
que, vu l'état des mœurs en Belgique, ce soit déjà une grande chose 
que la Ligue scolaire, qui permet aux jeunes gens l'usage modéré du 
vin et de la bière. 

Nous aurions pu croire qu'en Suisse il n'était pas possible de faire 
davantage, et j'avoue la faiblesse de ma foi : lorsque M. Rochata fondé 
la Croix Bleue, il y a une vingtaine d'années, l'entreprise me parais- 
sait impossible. Il me semblait que dans le canton de Vaud on ne pour- 
rait pas renoncer au vin, qui est le produit principal du vin. Eh bien, 
la Société de la Croix Bleue s'y est développée d'une façon admirable, 
et on peut dire que l'état des mœurs est changé, il telles enseignes 
que le Conseil d'Etat rend hommage aux immenses progrès faits aans 
cette contrée au point de vue de la sobriété. 

Quand nous avons fondé VEspoir, société pour enfants, nous avons 
adopté ce même principe de 1 abstinence totale, et je puis dire que 
nous avons progressé beaucoup plus largement que nous ne l'avions 
supposé. 

Même dans les contrées où tout le monde buvait du vin, on com- 
prend maintenant fort bien que^ comme réaction, il faut tout de suite 
arrivera rabstinencc, et nous sommes convaincus que, si nous n'avions 
pas proclamé ce principe absolu pour les membres de notre société, 



CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 19i) 

nous n'aurions pas réussi, ou plutôt nous aurions fait une œuvre qui 
n'aurait abouti ii rien. 

J'ui demandé ii nos enfants de Lausanne quels sont ceux qui ont bu 
des liqueurs. Très peu en avaient goûté. Ainsi leur demander de ne 
pas boire, ce serait ne rien demander du tout ; au lieu d'avoir 5,000 
enfants dans notre fédération, nous en aurions 50,000, mais cela ne 
rimerait a rien, de sorte que, sans contester la sagesse de ce qui se 
fait en France, nous avons lieu d'être satisfaits de la voie que nous 
avons suivie. Dans la Suisse française, en particulier, nous avons eu 
des résultats qui nous remplissent d'espérance. Nous les «devons pré- 
cisément a notre principe d'abstinence. Je crois donc qu'il ne faut 
pas avoir trop peur de demander beaucoup ; quand on demande plus, 
on obtient plus aussi. 

Nous avons des sections importantes dans lesquelles il n'y a pas 
même de membres auditeurs, où tous les enfants s'engagent immé- 
diatement il l'abstinence pure, et cela pour un temps illimité. 

Permettez-moi quelques mots encore sur un ou deux sujets où je 
suis en désaccord avec ce qui a été dit. 

Dans le rapport fait par un congressiste des Pays-Bas, ce collègue, 
M. Van der Woude, s'est opposé a la formation des ligues d'enfants. Il 
les trouve superflues ; il craint même que les membres ne se considè- 
rent comme de petits hommes, et que cela leur fasse plus de mal que 
de bien. 

Je ne sais pas si j'ai bien compris notre collègue. S'il a voulu 
combattre toutes les sociétés qui, comme VEspoir, enrôlent les enfants 
des écoles, je serai en désaccord formel avec lui. L'expérience des 
pays tels que la Grande-Bretagne et les Etats-Unis nous montre que 
des sociétés spéciales d'enfants peuvent arriver ii de magnifiques 
résultats. 

Tout ceci se rattache \\ un point de vue qu'on a exagéré, je crois. On 
nous a montré, avec beaucoup de justesse et d*une façon admirable, 
que ridéal, c'est d'avoir des instituteurs abstinents, comprenant à 
lond la question de l'alcoolisme, et devenant de véritables apôtres de 
la tempérance dans l'école et hors de l'école. 

Mais, Messieurs, cet idéal est extrêmement loin de la réalité. On 
vous a dit qu'il n*y a que ces instituteurs-là qui puissent exercer une 
action ; mais malheureusement vous ne les avez pas, ces instituteurs ! 
Ils forment une infime minorité, et je crains qu'il en soit toujours de 
même dans nos diverses contrées. C'est ainsi que vous avez en France 
des millions de catholiques de nom, tandis que les bons catholiques 
sont en petit nombre. 

Kh bien, nous ne pouvons pas nous attendre à ce que notre cause 
devienne, ii brève échéance, tellement victorieuse que l'on puisse 
compter sur les instituteurs et institutrices pour répandre efficacement 
les idées qui nous sont chères. Si les maîtres des difierentes écoles 
publiques en étaient là, il n'y aurait assurément pas besoin de socié- 



200 vu" CONGRES INTERNATIONAL 

tes de tempérance pour enfants. Ces sociétés sont une espèce de mal 
nrccssairc, elles sont provoquées par un mal ; mais, tant que ce mal 
existe, olles ont un rôle considérable h jouer. 

A tout ce ([uc je dis j*iii travaillé de tout mon cœur. Nous avons fait 
des efforts mnlheurcusement infructueux jusqu'ici, auprès de tous les 
cantons suisses, pour qu'ils introduisent dans les écoles un enseigne- 
ment antialc(»oli(|ue. Nous sommes très heureux de ce qui se fait ac- 
tuellement en Krance dans ce sens ; mais avant de longues années nous 
ne pouvons pas attendre que ce qui se fera odiciellement dans Técole 
soit sullisant. Par conséquent il faut des sociétés, et des sociétés d'en- 
fants, pour faire ce que les maîtres ne font pas. Il n'y aurait pas môme 
besoin des maîtres, si les parents faisaient leur devoir, s'ils étaient h 
la hauteur des circonstances; mais, pour la plupart, ils ne le sont pas. 
Il faut donc que des personnes convaincues forment des sociétés, et 
tachent d'exercer sur les enfants une influence à la fois théorique et 
pratique. Kt quant à cette influence, je puis dire que des personnes 
ainsi libres et sans autorité ofTicielle en auront tout autant que les ins- 
tituteurs, d'autant plus qu'en général on ne peut pas compter que 
ceux-ci réunissent toutes les conditions nécessaires h cette œuvre. 

Ainsi je conclus que, dans les circonstances actuelles, les sociétés 
d'enfants sont d'une immense importance. En dépit des difTércnces 
nationales qui sont assurément très réelles, et qui font que nous ne 
devons pas nous copier les uns les autres, mais simplement nous ins- 
pirer de ce qui s'est fait ailleurs, je crois que les sociétés dans le genre 
des Bands of/lope sont un des plus grands moyens de la pro- 
pagande antialcoolique, et que ces sociétés juvéniles seront d'autant 
plus fortes qu'elles reposeront sur le principe le plus absolu, le prin- 
cipe préconisé, au point de vue hygiénique, par vos médecins, le D*" 
Labordc et le D** Legrain, par exemple, comme en Suisse par le pro- 
fesseur Fo r e I . [Appla iidissemen ts) . 

M. le D*" Legrain. — Je crois que nous avons bien mérité quelques 
heures do repos après une pareille journée. Diverses personnes deman- 
dent encoi'c à diie quelques mots ; je n'ose pas le proposer aux congi'es- 
sistes : il est 11 heures. (Parlez). 

M. Raous, instituleur à Nîmes. 

A Nimes, nous avons été des premiers à répondre à l'appel de 
M. Lograin. 

Nous avons actuellement huit sections, 800 membres, dont les 3/4 sont 
des ocoliors. 

Je vous déclare franchement que si nous nous plaçons sur le terrain 
de l'abstinr^nco complète, non seulement on se moquera de nous mais les 
l'ésultats que nous obtiendrons seront bien maigres. 

Nous pouvons prêcher l'exemple en étant abstinents nous-mêmes, 
on élevant nos enfants en abstinents, en recommandant l'abstinence 
aux huvours qu'il s'agit de guérir et en prêtant notre concoui-s aux 
sections de la Croix Bleue. Mais pour la propagande dans le public 









CONTRE l\bU8 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 201 

et dans les écoles il n*est pas opportun de demander Tabstinence 
complète. 

A Nîmes, la section de la Croix Bleue, malgi'é le dévouement de ses 
mein))res, n*est pas ti*ès prospère parce «lue même les membres les plus 
actifs des Eglises ret'usentde prendre rengagement d'abstinence complète. 

Dénichons le terrain par Tabstinence partielle, nous sèmerons plus 
tard et nous moissonnerons par Tabstinence totale. * 



;. le D^* Legrain. — Quelqu*un demande-t-il encore la parole sur 
la question ? 

Je répondrai seulement un mot à M. Raous : vous savez combien nos 
pnncipes sont fermes, justement pour des raisons politiques qne M. Ma- 
nllier a soulignées et vous aussi. Il n*est pas dans noti*e pensée d'impo- 
ser quoi que ce soit, tel ou tel système d'abstinence ou de ifkiodération. 
Nous essayons ici de nous convaincre mutuellement dans un sens ou 
dans l'auti'e, cela ne veut pas dire qu'à l'issue du Congrès, il doit se livrer 
dans l'Ecole française une bataille selon les idées qui auront pu prédo- 
ininei' au sein du Congrès. 

VUnion Française antialcoolique continuera sa marche en avant 
avec ses principes d'abstinence partielle jusqu'au jour où, si cela semble 
indiqué, elle pourra substitue)* l'abstinence totale à l'abstinence partielle, 
mais il est loin d'en être question. C'est une question d'opportunité sou- 
tenue par M. Marinier, et je tiens & ce que le principe soit nettement 
souligné. 

Je ne suis pas susceptible d'être opposé à l'abstinence totale, puisque 
je suis abstinent ainsi que tous les miens, ma\s je tiens à souligner ici la 
déclaration de principes de Y Union française pour ne pas laisser s'in- 
troniser une idée qui pourrait être préjudiciable à la lutte contre l'al- 
coolisme en France. V Union française n'a pas cette idée de derrière la 
lôte de faire virer l'opinion dans )e sens de l'abstinence complète. Ceci 
serait une erreur, et je tiens à ce que le procès-verbal le relate. Si le 
vira?e vers une doctrine plus absolue se produit plus tard, ce ne sera 
pas (*n vertu d'une tactique de la société. 

M Quiévreux, pasteur à Lille. 

Je vois si peu l'intérêt d'engager une lutte entre les deux systèmes 
que je voudrais dire ceci : 

Â. Lille, nous avons eu cette pensée : à la fin de nos conférences nous 
offrons» en distinguant les choses très nettement, les deux régimes à la 
signature des auditeui*s : régime libre antialcoolique et régime d'absti- 
nenre totale pour ceux qui compi*ennent la nécessité d'aller jusqu'au 
bout. J'ajoute que dans nos régions du Nord, le grand mal c'est l'eau-de- 
vie, les spiritueux et non pas le vin coûteux, le cidre rare, ni la bièi*e, 
parce qu'elle est relativement faible. La situation n'est pas la même 
qu'en Suisse ou en Allemagne. Si J'engageais la lutte en Allemagne, je 
ne suivrais que l'abstinence complète. En France, je crois qu'en effet, 
tout en étant convaincu que l'abstinence complète est excellente, la lutte 
n*a de chance de réussir que si on l'engage en mettant en avant la ligue 
antialcoolique et en laissant la Croix Bleue ou plus généralement l'abs- 
tinoncG totale pour les plus décidés et pour les buveura invétérés. Je 

u 



ri 



202 vu** CONCRÈS INTBRN. CONTRE l'abUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 

crois que les deux Sociétés ne doivent absolument pas entrer en conflit 
ou m^me en roncuri'ence, mais qu'elles sont faites pour êti*e associées et 
se fortifier Tune par Tautre. 

M. le D^ Legrain. — Personne ne demande plus la parole?... La 
discussion est close. 

Le séance est levée à 11 heui*es 1/2. 



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;r>'7T:'.7-'. 



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TROISIEME SEANCE GENERALE 



ENSEIGNEMENT à ÉDUCATION 



ANNEXES 



(Rapports non discutés par suite de l'absence de leurs 

auteurs). 



*» ^ v^ 









L'enseignement antialcoolique à l'école 

PAH M. A. MAILLBT, INSTITUTEUR, VICB-PRESIDBNT OB l'uNION FRANÇAISE 

ANTIALCOOLIQUE 



Instruit le jeune enfant à l'entrée de su 
voie; lors même qu'il sera^ devenu vieux, 
il ne s'en éloignera point. 

I/instituteur et le professeur ont mission de se préoccuper de cette 
grave question de Talcoolisine. Cela est bien naturel lorsqu'on songe 
aux progrès eflrayants que fait ce fléau dans notre pays. Ceux qui ne 
seraient pas encore convaincus suffisamment n'auraient qu'a lire les 
journaux ou à observer ce qui se passe dans leur entourage et ils ver- 
raient combien de malheurs journaliers sont dus aux boissons. 

Comment lutter avec succès contre ce fléau ? 

Médecins, hygiénistes, économistes se sont coalisés pour le com- 
battre : les médecins et les hygiénistes en voyant la santé fortement 
atteinte, les économistes, la fortune compromise et les moralistes, les 
mœurs relâchées. 

Le gouvernement a pensé, avec raison, que l'école avait sa place 
toute marquée sur ce champ de bataille et que l'instituteur et le pro- 
fesseur devaient prendre rang parmi les lutteurs contre Talcoolismc. 

Il est certain qu'il est des cas dans lesquels l'instituteur et le pro- 
fesseur ne peuvent pas grand chose. Par exemple en ce qui concerne 
les lois relatives h la répression de l'ivresse publique et à la réduction 
du nombre des débits de boissons ; mais il est des cas où l'instituteur 
et le professeur peuvent et doivent intervenir. 

Il y a ce préjugé si répandu parmi les travailleurs qu'une goutte 
d'cau-de-vie est un excellent réparateur des forces, je dirai même que 
ce préjugé est aussi commun dans les classes éclairées que parmi le 
peuple, et, il faut bien le dire, on ne se rend pas compte au mal et du 
tort que fait l'alcoolisme. 

La tache des éducateurs de la jeunesse est donc toute tracée; ils 
doivent s'attaquer au mal et détruire tous ces préjugés. 

Lorsque nous nous adressons a des adultes, la plupart du temps il 
est trop tard. Je ne parle même pas des adultes esclaves de fa boisson, 
mais des gens plus sobres. Ils sont persuadés pour la plupart que 
boire, c'est le brevet d'une longue vie et d'une vieillesse heureuse et 
c'est un préjugé qu'il est bien difficile de déraciner de l'esprit de 
rhomme de 40 ii 5U ans. 



206 VII* CONGRÈS INTERNATIONAL 

A cet sigc OU lie s'enflamme plus guère pour une cause pour laquelle 
on n'a pas combattu étant jeune. Ce oui fait la force d'un parti ce 
ne sont pas les jeunes gens, mais ce sont les hommes d'nge, mais h con- 
dition qu'ils y soient entres jeunes. 

On s'associe dillicilcment au moment où vient la vieillesse ii une 
cause qui nous parait inutile. C*est au contraire au moment où Tesjirit 
est vierge de tonte impression mauvaise, où il est encore en état de se 
laisser convaincre par des arguments lorsque les habitudes prises, les 
préjugés, les traditions ne Tout pas encore saisi et enserré, c*est ii ce 
moment que la propagande est véritablement efficace et utile ; il est 
plus facile de préserver que de corriger. 

C*est donc dans ce monde des enfants, des jeunes gens et des jeunes 
filles, que ti)us les éducateurs sont appelés a travailler pour combattre 
ce terrible et cffravant fléau de Talcoolisme. 

Pour défendre efficacement une cause, il faut tout d^abord la con- 
naître, être convaincu de son utilité et avoir les moyens d*agir. Or, il 
faut bien le dire, tous les membres de TUniversité, ne sont pas sur 
ce point aussi convaincus qu*il le faudrait. Il est de toute nécessité de 
les entraîner dans la propagande contre Talcool en leur fournissant 
les moyens d'étudier h fond la question, car ce sont les instituteurs et 
les professeurs qui fourniront Tarmée qui combattra la maladie de 
Talcoolisme. 

Jusqu'il ces derniers temps, ceux qui voulaient mener cette campa- 
gne, ne savaient pas s'ils avaient le droit de lutter contre ce péril ; ils 
ne savaient pas dans quelle mesure il leur était permis de combattre 
l'alcool. Etaient-ils sûrs de faire plaisir a leurs chefs, ii leurs voisins. 
Pour rendre les gens du village sobres, il aurait fallu qu'ils se 
fissent mal voir. M. le Ministre de l'Instruction publique, par sa 
circulaire du 9 mars 1897, non seulement autorise, mais prescrit 
l'enseignement antialcoolique dans les écoles et les lycées. Partout la 
lutte contre l'alcoolisme a trouvé sa place, et pour la première fois on 
a admis ouvertement que l'alcoolisme atteint toutes les classes de la 
société ; et l'on a reconnu qu'il était nécessaire de faire une active 
propagande parmi la bourgeoisie. De plus il était coutumier de dire 
que les hommes seuls cèdent ii cette funeste passion. Or il n'en est 
rien, nous savons quels ravages le fléau de l'alcool fait parmi les fem- 
mes; il est temps de divulguer cette maladie du sexe faible afin d*y 
porter remède. 

Si donc le mal est général, la lutte doit s'engager sur tous les 
points. On boit h tous les étages de la société, et ce fait mérite d'ar- 
rêter notro attention. 

Nous avons des littérateurs, des artistes, des peintres, des mathé- 
maticiens, des hommes de sciences, de grands parlementaires, des 
médecins, dos hommes de loi, des magistrats qui mériteraient aussi 
bien le n(»m d'ivrognes que n'importe quel ouvrier, quel paysan, quel 
individu de bas étage ; seulement ce sont des ivrognes pleins de tact. 



CONTRB L*ABUS DBS BOISSONS ALGOOLIQUBS 207 

raiFinés ; ils ne s'enivrent pas en public, ils ne s*enivrent que chez 
eux en tète à tète avec la bouteille. 

Apres avoir montré que le mal est profond et général, indiquons le 
moyen de le combattre par Técole. 

Il est selon nous quatre points sur lesquels nous devons tout parti- 
culièrement attirer l'attention des élevés et des jeunes gens : 

l*" L'alcoolisme détruit la vie de famille^ pas de paix dans le ménage 
quand il y a un ivrogne dans la maison. 

2"* L'alcoolisme est une ruine pour un ménage ; l'ivrogne dépense 
son urgent au cabaret. 

3^ L'alcoolisme fait perdre la dignité au buveur; sa dignité physi- 

3ue car l'ivrogne ressemble plus à une bète qu'à un être humain, sa 
ignité intellectuelle car l'alcool abrutit, sa dignité morale, car l'ivro- 
gne oublie SCS devoirs. 

4^ L'alcoolisme est une ruine pour la santé; de nombreuses mala- 
dies sont occasionnées par l'ivrognerie. 

Maintenant est-il besoin d'un nouvel enseignement pour combattre 
Talcoolisme ? 

Non, une circulaire de M. le Ministre le dit expressément. Nous 
avons dans nos programmes tout ce qu'il faut pour lutter contre ce 
fléau. 

Les leçons de morale, d'hygiène, de choses, d'économie domestique, 
d*instruction civique, nous fourniront les armes dont nous avons 
besoin et dont nous n'avons qu'à nous servir. 

En morale, nous aurons à montrer aux enfants l'influence de l'alcool 
sur la dignité de l'homme, sa responsabilité, ses devoirs de famille, 
les conséquences des mauvaises compagnies, la nécessité de bien 
choisir ses amis, etc., etc. 

En leçons d'hygiène, nous ferons connaître aux enfants les maladies 
engendrées parTalcool. 

Dans les leçons de choses, surtout dans les cours supérieurs, nous 
devons leur parler de la fabrication de l'alcool, de la distillation, etc. 

En économie domestique, nous montrerons les avantages qu'il y a à 
ne jamais faire de dépenses inutiles ; celles du cabaret sont non seu- 
lement inutiles, mais nuisibles. 

En instruction civique, nous parlerons des criminels dont un grand 
nombre sont des alcooliques. Nous les entretiendrons aussi de l'assis- 
tance publique en ayant soin de leur montrer que la plus grande 
partie des personnes assistées doivent leur triste état à l'ivrognerie. 

Nous avons les lectures, le calcul, les dictées, les rédactions qui 
nous viendront puissamment en aide. Les modèles d'écriture pourront 
être quelquefois des sentences antialcooliques. 

Dans les écoles de filles, il faut aussi se préoccuper de l'alcoolisme 
puisqu'il y a malheureusement des femmes qui boivent. 



208 vil' CONGRES INTERNATIONAL 

S*il est aiTreux de voir un homme ivre, c'est plus triste encore quand 
c'est une femme oui se met dans le même état. 

En elTet, (|uana la femme boit, il n\ a plus de foyer domestique, 
les enfants sont abandonnés et la vie ae famille détruite. 

Les institutrices devront aussi montrer à leurs élèves que plus tard 
il sera de leur devoir de rendre leur intérieur agréable pour y retenir 
leur mari. 

D'après les indications que nous avons données, il n*est donc pas 
nécessaire d'établir un enseignement spécial sur cette question de 
l'ivrognerie, nos programmes nous fournissant toutes les matières 
dont nous avons besoin. 

Ce que nous demandons ii l'instituteur et au professeur c'est (|u'ils 
s'en occupent d'une façon toute particulière. Le mal est grand. Kh 
bien ! il faut que nous fassions beaucoup et mie nous ne marchan- 
dions ni notre temps, ni notre peine, ni nos eflorts. Pour qu'un tel 
enseignement soit profitable, il faut le rendre attrayant par des exem- 

Eles propres si frapper h la fois les yeux, et l'imagination des enfants, 
'exemple joue un grand rôle, dans l'enseignement de la morale. 

Prenons des exemples qui se produisent dans notre voisinage. Il 
ne se passe pas de jour sans que l'alcool ne soit la cause de crimes 
tous plus abominables les uns que les autres. Il est donc nécessaire 
d'attirer l'attention sur tous les méfaits des boissons alcooliques. 

Il faut que notre enseignement soit concret pour qu'il porte des 
fruits et que nous arrivions à faire prendre aux enfants et aux jeunes 
gens le vice de 1 ivrognerie en aversion. 

Nous rencontrerons quelques diUicultés. Nous voulons parler des 
mauvais exemples que les enfants rencontrent malheureusement trop 
souvent dans leur famille. Il faudra surtout bien se garder de donner 
aux exemples que nous présentons un caractère personnel. Si indigne 
que soit un père, il a droit au respect de ses enfants. 

Dans cette lutte contre l'alcoolisme nous ne serons sans doute pas 
approuvés de tout le monde ; mais quand il s'agit d'un bon combat, il 
ne faut pas craindre de se faire des ennemis. 

Les éducateurs de la jeunesse ne devront pas craindre de dire u 
leurs élèves, par tous les moyens que nous avons indiqués, et ils sont 
nombreux, que l'alcool est un des poisons les plus dangereux. Eclai- 
rons tout le monde, mais surtout l'enfant. Sauver 1 enfant, c'est 
assurer l'avenir de la patrie. 



■1 ' ■ '.••■■ 



CONTRE l'aDUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 209 

VThere to begin our tempérance vrork 

PAR MISS JBssiB FORSYTH (boston-btats-ums), international 

superintendant i. o. g. t. 

Où commencw notre œuvre de tempérance? 

PAR JE88IE FOR8TTII (bOSTOM) 



Analyse. — Ce n'est pni auprès de Tadolte, qui o déjà ses idées faites et ses habitudes 
prises, mais auprès de l'enfant qu'il convient de dépenser le meilleur de ses forces dans 
la lutte contre l'alcool. Il vaut mieux provenir que guérir — et l'expérience a montré qu'il 
n'ctoit pas d'œuvre de tempérance plus fructueuse que celle delà préservation des enfants. 
Une double méthode est à notre disposition : faire prendre aux enfants des engagements 
d'ubstincnce et leur ouvrir les yeux sur les dangers des boissons alcooliques. Les objections 
de certaines personnes h foire prendre & des enfants un engagement, qui n'est apr^s tout 
qu'une simple promesse et ne revêt pas la forme d'un serment, qui d'ailleurs virilise ci 
fortifie leurs consciences, sont frivoles. Plus puérils encore sont les scrupules de ceux 
qui ne veulent pas troubler l'dme des enfants en leur révélant les maux et les* vices que 
crée l'alcool : c'est mal entendre l'intérêt de l'enfant que de le livrer désarmé à l'ennemi 
et d'ignorer les dangers, cela ne les fait pas disparaître. On ne peut s'en remettre unx 
f.imillc8 du soin d'éclairer les enfants et de les tenir h l'abri de la contagion de l'al- 
coolisme ; les instituteurs et les ministres des divers cultes sont, dans l'exercice de leurs 
fonctions trop absorbés par de multiples devoirs pour donner à cet unique objet toute 
luttention qu'il comporte. De là la nécessité d'organisations spéciales de préservation et 
d'enseignement antialcooliques pour les enfants et les jeunes gens. 

Le meilleur type en est fourni par les « Juvénile Templars » qui se rattachent directe- 
ment h V International Order of Gootl Templars et compte aujourd'hui plus de 150,000 
membres répartis en un grand nombre de sections ; la majeure partie des adhérents se 
recrute dans les pays de langue anglaise ; l'association est née aux Etats-Unis en 1867 : 
elle a reçu en tS74 son organisation définitive. Elle repose sur une base religieuse, mais 
inconfensionnelle. L'engagement pris par ses membres est un engagement d'abstinence 
totale. Ils s'engagent en outre à ne pas jouer, à ne point faire usage de tabac et à s'abs- 
tenir de jurements et de mots grossiers. — Ces sections s'administrent elles-mêmes — 
— mais d'ordinaire sous le contrôle d'une loge. — Le rituel observé dans ces séances est 
tr('!« simple, mais majestueux et impressionnant. Des distractions d'ordres divers sont 
assurées aux enfants auxquels on donne d'autre part dans l'œuvre elle-même la part lu 
plus active possible. 



It is generally conccded in the présent day, by even the inost 
conservative of thinkers that, alcoholic liauor/is the source of much of 
the nûscry wich afllicts the world. We find médical men in many lands 
arraying themselvcs against the use of intoxicants and proving the 
rîghteousness o'f their contention by scientific déduction. The Church 
is slowly but surely assuming towards it an attitude of disapproval, 
if Ilot of positive condemnation, and the statistician is able to prove 
hy sirtual figures that to this one cause may be attributed a vcry 
largo proportion of the crime, poverty and disease with which mankind 
is cursed. Thèse facts being admitted, it is natural that in scvcral 
countries there should be large and steadily increasing bodies of 



210 vu* C0NGRB8 INTERNATIONAL 

pcopic who arc uniting in opposition to this gigantic evil and who 
arc hattUng with minci and hcart, with tongue and pen, a^ainHt its 
rîivages. Tlic moans employcd arc many and varied, but cacn mcthod 
has lis place and use. Tcmpcrance reformers cannot ail think aliko and 
cannot always agrée upon methods. To one the weapon used by another 
may seein loo swilt and dcadly, while to that othcr the blows aimcd at 
the destroyer by his more limid brother may appear puérile and wcak. 
But ail agrée that the drink casts a blight over countless livcs, which 
but for its induencê niight be beautiTul and blessed, and ail désire 
to sec mankind redeemed from this blight. And as « prévention is 
better than rure, » ail must admit that the safest, surest and most 
thorough method of work consists in the éducation of the chiidren. 

This truth has not always been recognised. Ifithad been understood 
at tho beginning of the tempérance moyement, it is probable that in 
ihe countries >\'liere that movement has existed longcst the visible 
results would be far gréa ter to day than they are. One would do wrong 
to déplore the time and eflbrt and money which hâve been expendea 
in the attempt to reform the drunkard, even though the apparent 
results are far less than was hoped and expected. But after many 
ycars of such effort, even the most enthusiastic of the workers along 
this line are compelled to acknowledge that the work is only good as 
it goes, but that it does not go far enough. 

VVhen General Booth, the honored head of that noble organisation, 
the Salvation Army, gave to the world in his book called (c Darkest 
England, » the détails of his plan for rescuingthe (c submerged tenth » 
of the population of London, the criticism was made by some one that 
the scheme was lacking in one essential feature. It provided for the 
uplifting of those who were sunk in the hideous slough of sin and 
misery, but it deviscd no mcans for preventing others from falling into 
the depths. Therc was no proviston for « stopping the supply. » This 
same charge might bave been justly laid against the tempérance reform, 
until — within the last forty ycars in America and England, and more 
recently still in other countries — the movement has broadened out so' 
that it could embrace every member of the human family, beginning 
with the chîld. 

And if the importance of the object to be gained détermines the 
value of the efîort, surely the niatter of juvénile tempérance éducation 
is one of suprême significance. In the first place, chiidren are the 
principal sufTerers from the drinking habits and customs of the day. 
Those who believe in (( the divine right of every child to be well 
born, » may wril lake issue with an evil which curses the nnborn 
child with an inheritcd appetite and with a will too weak to resist it. 
Persons who hâve inade a study of heredity know that the olFspring of 
drinking parents are often thus cursed ; that chiidren corne into the 
world already predisposcd to become drunkards. For such cases the 
only safety is found in rigid total abstinence and, as it is impossible 



CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 211 

to discrîminate, it is for the best interests ofthe race that aUchildren 
should be pledged against the use of intoxicants from their earliest 
years. 

Almost equal in its effects with those of inherited tendency is 
acqiiircd appetite. The infant oFten imbibes the poison, and the tastc 
for it, from a drinking mother ; the child is given his share of the 
social glass as it passes around the family table ; the unwise physician 
prescribes alcoholic liquor as a medicine ; it is used in many homes 
a!( a dainty flavoring for food, and in various ways the snare is spread 
for the feet of the unconscious child. Thus a depraved taste is created 
whtch requires a life-long fight to overcome. Hère again is shown the 
nced for tlie juvénile tempérance organization which shalbpledge the 
child to total abstinence and teach him the danger ofthe drink. It will 
not do to wait until the child becomes a man. Before that time, the 
carly-acquired appetite, fostered by bad examples ànd social usages, 
will hâve become a chain too strong to break, and a perpétuai bondage 
may be the lot ofthe one upon whom the fetters were forged in youtn. 

Référence bas been made to the two methods employed by those 
who work among the children. The first is that of pledging thcm to 
total abstinence and the second is the no less important one oTteaching 
theni the danger of the drink. To both methods objections havc bcen 
niadc which it may be necessary to réfute. Parents will somctimes 
refuse to aliow their children to take a pledge on the ground that thcy 
may be tempted to break it, or upon some other supposealy conscientious 
scrupule. And yet thèse same parents will be ready, when enjoining 
obédience to some command, to say (c Now, promise me that you will 
do thus or so. » This is only exacting a pledge from the child and^ 
very often, one with a far less reasonable oasis than the tempérance 
pledge. It should be made plain to ail that the tempérance pledge is 
not an oath, but only a simple promise, given in good faith with the 
intention to keep it sacredly. The assumption that children will not 
koep a pledge is found to be baseless in view of the well-known fact 
that a very large proportion of those who are pledged in childhood 
remain true to the obligation through life. So far Irom the pledge 
having any ill efTect upon the conscience of a child, it bas bean proved, 
over and over again, that it bas helped to develop high moral principics 
and that young and timid children hâve become strong and courageous 
when tempted to break their word. 

That children should not be troubled about such matters is a plea 
somctimes urged by the sentimental believer in the doctrine o( laissez 
faire, u There is time enough for them to learn about thèse things 
when they are older, » says one, forgetting the fact that a child undiM* 
ordinary conditions, especially if reared in a city, cannot be kept fronj 
the knowledge of existing evils. The reply to such an objection is 
that it is bctter that a child should be taught that there are evils 
which must be resisted, than that he should be suffered to go forth 



212 vil* coNtinks international 

unwarncd, niinrmed, to bccome fainiliar with vice and to Icarn to « fi rat 
endure, thcn pity, thcn embrace n il. The lime has arrived whcn ail 
should iiiulcrsUiul that ignorance is not innocence and that we cannot 
dispose of bnd and dangerous things by simply ignoring them. 

And now a few words to demonstrate the necessity for organizations 
devotcd to the spécifie duty of training the youngin the truths of 
tempérance. Home influence and tuition cannot be trusted becauscy 
as we hâve seen, it is very often directly opposed to what we believe 
and would incnicate. Many parents use the drink themselvcs and are 
therel'orc disciualilied IVoni warning the child against it. Then too, a 
hirgc proportion of the people in au lands find the stuggle of life so 
hard that they can barcly supply the temporal needs of their oiTspring 
and hâve little timc left to dévote to their moral and spiritual training. 

Tlu* t(Mnp(M'ance tcaching in the schools is a long siep in the righi 
direction but il must not be regarded as covering the whole of the 
ground. It very often happens that the course of study adopted for a 
school inchidcs so many branches that teachers and pupils are alike 
overbtirdenrd. The resuit is that some of the studies must be slighted 
and, if the (cacher happens to be not very much in sympathy witn the 
subject, the tempérance lesson will be often ignored, or if given, it 
will be gone through with in snch a perfunctory manner that but 
little interest will be aroused in the minds of the children. 

Nor can the churches, sunday schools, or young people*s religions 
societies be depended npon for the necessary instruction. It is true 
that the subject of tempérance is sometimes dealt with by thèse 
organizations, but it is not given the prominence which so serious a 
question demands. We would not depreciate the usefulness of and the 
need for religious instruction, but we claim that an evil so great as 
intempérance is proved to be ; one so far-reaching and destructive of 
ail that is noble and pure and beautiful, requires something more than 
an occasional word of caution and comdemnation.lt must be recognised 
in its true light ; people must be taught to hâte and shun it and to 
this end spécifie instruction is requireo. 

It is understood then that the Juvénile tempérance organization is 
needed for the purpose of teaching children the evils of the drink 
and while this must be donc and donc most thorougly, the opportunity 
must aiso be found for inculcating a love for a whatsoever things are 
pure, whatsoever things are lovely. » The child should learn the 
sacrcdness of his own body and be warned to avoid whutcver will 
d(*(ilc it. lie should be taught that « keep ihyself pure » is the 
injiinction laid upon hiin and that the purity demanded must be 
something more than the mère outward seeming. It must be the 
purity of mind and heart which will make itself manifest in the life. 

Another thought U> be kept before him is that of denying himself 
for the good of others. The power and extent of personal influence 
must be shown and the idéal presented of a noble, unselfish and 



••T':»- "v. 






* . ' < 






CONTIIB L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



213 



upri<rht lii'e. This means much labor to those who ongege in this 
wnik, of course, and much consécration and dévotion. But it will bc 
rich in rcsults. The toil which we givc to the cultivation of a gardon 
spot is more than repaid by the beauty and fragrance of the (Towcrs 
which burst into bloom under our care. And surely there will not be 
a smallcr reward for the time and efTort spent in training and 
devnloping the human flower. In the future days to which we who are 
growing old in the fight, look for the victory which must surely corne , 
thcre will arise the young men and womcn who arc to do their part 
towards makingthe world nobicr and better. And as we — ready to lay 
(lown our arms — look into the faces ofthc new rccruits who come to fill 
the vacant places in the ranks, we shall know thcm for th^ boys and 
giris whom we inspired to onlist for the war, and whom we taught to 
hâte the evil and to love the good. 

Much more might be said in support of the claim that tempérance 
work to be really eiTective must begin with the child. But the few 
thoughts presented above will give suITicient food for reflection to 
those who désire to cxpend such time and effort as they can give to 
the cause in the most profitable manner. The remainder of this paper 
will there fore bc devoted to a brief résumé of i/ie juvénile work of 
ihe order ofGood Templars and ihe resiills oblained from it. 

Vcry carly in the history of this great organization, which has now 
roundcd out nearly half a century of existence, while it was yet 
confined to the American continent, efforts were niade in several of 
the iurisdictions to form juvénile tempérance societies. But it was not 
until 1867 that the matter was brought before the Right Worthy 
Grand liodge, as the suprême body was then called. At the session 
held that ycar a resolution was introduced to the effect that it was tho 
duty of Good Templars to takc steps to enroU the childrenj 

At tho session held in Richmond, Virginia, in 1868, Rev. Daniel 
Wilkins, thcn the hcad of the Order in the State of Illinois, gavo a 
pnicticul démonstration of juvénile Good Tcmplary by initiating 
sovciiil children in the présence ofthc members ofthc Right Worthy 
Grand Lodgc. The Suprême body approved the wgrk and Grand 
I.odges were advised to adopt it. In 1870 the name of Cold Wator 
Templars was given to the juvénile Order and in 1871 the Chiof 
Suporintendent was made an oJiicer of the Right Worthy Grand Lodgc. 
In 1874 Mrs. M. B. 0*Donncll of New York was elected to the ollicc 
of Chief Suporintendent and she entered upon the work with such 
onorgy and zcal that at the session of 1875 she was able to report that 
ihirty-cight jurisdictions had adopted the System. 

In 1808 Good Templary was planted in the British Isles, and, fol- 
lowing its introduction tne juvénile work was ciuickly taken up. Its 
succcss was so great that in 1876 Mrs. O'Donnell reported a membcr- 
ship of 100,000, « a majority of whom were in Great Britain ». The 
lirst organisation (brmed by the Good Templars of England was 



214 vil' CONGHÈS INTERNATIONAL 

Moiitpelicr Temple, No. 1 of Southport, in 1871. This Temple still 
tlourishes aftcr holcling weekly meetings for abuut twenty-eight ycars. 
Upon thc introdiicûon of the work into England the name was chan- 
gée! froin Colcl Watcr Templars to Juvénile femplars, the rituals and 
picturcs were reviscd and the inethods of work iinprovcd. In 1874 the 
Right Worthy Grand Lodge adopted the English ritual for internatio- 
nal use and with it thc name oi Juvénile Templars and the motto of 
« Truth, Love and Piirity ». 

Thc pledge of the Juvénile Templars is : — « I promise that I will 
not drink cider, becr, wine, spirits, or aiiy alcoholic or intoxicating 
drink. 1 promise that I will not use tobacco in any form. I promise 
that I will not use ciiher profane or wickcd words. I promise that I 
will not gainhie. » The ritual is short and simple yetdignified. Whilo 
it is largely ccnnposcd of sélections from the Scriptures il is free from 
any doctrinal teachiiig. It is found to be adapted to children of ail 
naiionalitics and ofall creeds. As a matter offact, many Temples in 
American citics are composed of thc children of Catholic, Protestant, 
ilcbrcw and frcethinking people. 

The Temple is conducted upon a plan similar to the Good Templar 
Lodge, the oflices being nearly identical with those of the adult orga- 
nization. As a gênerai rule the offices are fiUed by children but there 
is nothing to prevent an adult member of the Temple from holding 
oHice, if nccessary. A Temple is usually affiliated with a Lodge which 
is expected to take an interest in its junior branch and provide for its 
maintenance. Many Temples are, however, carried on independently 
of any adult organization, or in connection with churches, schools, 
etc. Persons not connected with a Good Templar Lodge may join a 
Juvénile Temple if willing to accept the fourfold pledge. Such persons 
are rccognised as regular members of the juvénile branch of the 
I.O. G. T. 

Each Temple has an adult Superintendent who is responsible for 
it to the Grand Superintendent. The Grand Superintendent is an 
executive officer of the State or National Grand Lodge and it is his 
duty to report to the International Superintendent, wnose busines it 
is to control and direct the work and advise the workers. This oflicer 
issues the quarterly password which is uniform throughout thc world 
and usually consists of some simple motto or sentence, such as « Help 
one another », « Speak kindly », etc. 

To further exemplify the practical character ofthe organization, I 
quotc from a recently-published article written by thc head of the 
International Lodge, Mr. Joseph Malins of England. Mr. Malins says, 
(( There can be no doubt that the more elaborate methods of the 
Juvénile Temple systein ; the thorough character of its fourfold pled- 
ge ; its teachings of the dutv of giving something to the maintenance 
of the branch ; the strict discipline ; the beautiful teaching of the 
enrollment service, and thc training the young people receive in 



CONTKB L*ABV8 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 215 

prcsicling over thc meeting, in keeping the records and accounts, ail 
tend to makc it one of the most notable instrumentalities for the 
éducation of the yoiing in the principles of pnrity and tempérance 
and for titting them, as thcy grow up, to render useful service in the 
varions phases ofthe tempérance movemcnt. » 

The membership ofthe Juvénile section is over one hundred and 
nfty thousand. It isdistribuied in about eighty jiirisdictions, represen- 
ting the United States, the Dominion of Canada, South and Central 
America, the West Indies, England, Scotland, Ireland, Wales, the 
Channel Islands, Switzerland, Germany, HoUand, Denmark, Sweden, 
Norway, Iceland, Malta, Gibraltar, the Straits Settlements, Ceyion, 
India, Cape Colony, Natal, Cape of Good Hope, thc Tra^isvaal, the 
Orange Free State, the Gold Coast, Sierra Leone, the Australian 
colonies and New Zealand. Many interesting incidents might be rcla- 
ted of the growth and progress of the work in différent places did 
timc permit. Among other things is the fact that in India tne work is 
carricd on chiefly by the soldiers ofthe British Army, and the equally 
striking fact that the temples on the Gold Coast and in Sierra Leone 
are composed of native children and superiritended by native workers. 

The membership of each Temple is required to be reported every 
quarter to the Grand Superintendent ofthe jurisdiction in which it 
Works, or in cases of isolated organizations direct to the International 
Lodge. In most jurisdictions a small fee must accompany each report. 
This usage and the fact that each child is regularly enrolled and 
registerea makes it possible for a correct record of membership to be 
kept. We take pride in the fact that each child can be found and that 
our reported numbers are accurate. 

The number of members composing a Temple differs in différent 
localities. In places where the population is small and the territory 
large, as in some of thc States of America, small organizations are the 
rulc. But in large cities and towns it is not an unusual thing to find 
Temples with several hundred members. In many parts of Great Bri- 
tain such large organizations are quite common. The « World*5 Prize 
Bannor » which was offered in lo95 to the largest Temple in the 
world was secured by a Temple in Scotland vith a certitied mem- 
bership of iUl9. In 1897 the bannerwas offered to the Temple making 
the largest proportional increase in a given time and this was won by 
a Temple in Belfast, Ireland, with a membership ofover four hundred. 
The banner for this year, offered upon the same terms, will probably 

(ro to a Welsh-speaking Temple in Wales which reports nearly as 
arge a membership as the one which captured the prize two years 
ngo. The Scandinavian countries, in wnich the juvénile work is 
making very satisfactory progress, hâve aiso some very large organi- 
zations. 

Numerous tempérance catechisms, text-books, lesson leaflets, black- 
board lessons and other methods of instruction are published for use 






216 VII*' CONGRKS INTBRNATIONAL 

in tiie Temple work. Singing, marcliinff, drilling, calesthcnic exerci- 
ses, etc. iirc also loiiiid vcry helpful. The wise Supcrintcndent will 
always encourage tlie children to do as much of the work as possible 
lliemselves and will thus retain their interest. England, Swcden/ 
Norway, De n mark, India and New South Walcs havc each a paper 
publishcd in the intercsts of the juvénile work and many othcr juris- 
dictions dévote some pages of the odicial organ to the children. It goes 
without saving thnl the ritnals and other things used by the Temples 
are printed in many languages. 

To (|iiote again IVom Mr. Malins, a The lessons being taught to 
tins army of children the world round are well epitomized in the 
suminary of its teachings which is repeated week by week by ail the 
membcrs présent at every Juvénile Temple. The Superintendent having 
askcd the question : As we are about to close our meeting, what tesson 
shall we carry wilh us till we meet again ? the whole membership 
makes the following response : We must be' faithful to our plcdge ; 
obedient to our parents ; dutiful to our teachers ; kind to our associâ- 
tes ; diligent in our duties ; innocent in our pleasures, and careful 
in ail our conduct ». 

The results of this branch of our work are shown in the fact that 
the jurisdictions where the greatest attention has been given to the 
children are the ones in which the Order has the greatest strength, 
numcrical and moral. Children who hâve been educated in the Order 
make the most carnest and practical workers for the tempérance 
cause. They gravitalc into the adult Lodge from the Temple, already 
trained to the work, and with a loyal ty to the Order and a dévotion 
to the cause which make them most valuable members. 

Among the many methods of work which the Good Templars are 
pursuing successfully, whelher the effort to reform the inebriate, the 
endeavorto secure tempérance législation of varions kinds, the attempt 
to secure the enforcement of existing laws, or the trying to creatc a 
tempérance sentiment in the community, it is safe to say that not onc 
is so prolific of good results as is the work among the children. 






QUATRIÈME SEANCE GÉNÉRALE 

Mercredi 5 A or il (soir). 



Séance solennelle avec Conférences 

Sous la présidence de M. le D' LEGRAIN 



PRESIDENT OU C0N(;RES 



(Cette séance, organisée spécialement à l'adresse du grand public^ a eu 
lieu dans le grand Amphithéâtre de l'Ecole pratique de la Faculté 
de médecine,) 



LE CLERGE. — LA FEMME 

DANS LA LUTTE ANTIALCOOLIQUE 



Ordre du Jour : 

CONFÉRENCES PROPOSÉES : 1* Du rôle de la femme dane la lutU amiialcoolique. 
Ornieur : Madame EIim. Selmi-R, préiidenie de la « Société dei femmes danoises 

pour la Tempérance, » (Danemark). 
2* Le clergé et les miniêtres des divers cultes dans la tulle contre l'alcoolisme. 
Orateurs : Monseigneur Turinaz, évéque de Nancy et de Toul. 
M. le Pasteur L.-L. Ro<:hat, président* fondateur de la « Société de Tempérance de 

la Croix-Bleue, u (Genève). 

IS 



'». 



SÉANCE GÉNÉRALE DU MERCREDI SOIR 5 AVRIL 



Allocution de M. le D' LEGRAIN, Président. 

Mesdames, Messieurs, 

Je* ii*ai pas rîiitcntion, dans cette soirée, qui est destinée h laisser 
dans vos souvenirs et dans vos cœurs une impression toute particu- 
lirrr. je n'ai pas Tintention, dis-je. de faire une conférence, mais j*ai 
le devoir non seulement comme Président de cette soirée, mais comme 
Président du VU" Congrès international, m'adressant au grand public 
que SCS occupations tient éloigné de nos travaux, de vous dire quel- 
ques mots sur la lutte antialcoolique en France à Theure actuelle, et 
comment on la comprend. J*aurai ensuite la tache agréable de vous 
présenter en quelques mots les orateurs que vous aurez Thonneur 
d'entendre ce soir. 

I/alcoolisme, Mesdames et Messieurs, bat son plein dans notre pays; 
cela vous ne Tignorez pas ; tous les jours les gazettes sont pleines nés 
drames de Talcoolisme. Nous n^apprenons donc rien k personne quand, 
en tenant en France le VII* Congrès international contre ralcooiisme, 
nous déclarons que c'est une œuvre d'actualité . 

Nous savons aussi que dans la lutte contre le fléau, la France arrive 
bonne dernière; ce n'est pas un blâme à son adresse, c'est plutôt un 
compliment, car si elle arrive bonne dernière dans la lutte, c*est qu'elle 
est arrivée bonne dernière dans l'empoisonnement. 

Les nations étrangères se sont intoxiquées avant nous ; elles ont 
été par suite amenées à lutter les premières contre le mal. La France 
a eu par la suite le très grand tort de se laisser contaminer. Il n'y a 
pas à récriminer; le mal est fait ; à nous de le réparer. 

Comment a-t-on procédé tout d'abord ? On a agi de la façon la plus 
simple, je dirai la plus logique. Lorsque l'on s'adresse à un malade, 
on cherche tout d'abord a le soulager : la France, intoxiquée, s'est 
aperçue de son mal vers 1870; elle a songé alors h se soulager ; elle a 
inventé, après bien d'autres d'ailleurs, le mot de tempérance. 

Dans sa pensée, la tempérance devait être purement et simplement 
la modération, une sorte de sourdine h l'empoisonnement dont elle 
se plaignait. C'est ainsi que les choses ont marché pendant un certain 
nombre d'années ; pendant ce temps, dans les pays étrangers, plus 



"y 



220 VII* coNcnks intennational 

avancés (|iie nous, la tempérance devenait petit à petit synonyme 
(rabstinence ; vous savez qu'à Theure actuelle, dans tous les pays sans 
cxcc|)ti<in, quand on parle de tempérance, on veut dire abstinence. 
La tempérance ne signifie modération que dans notre pays. 

Il y a (|ucl(|ues années, c'était en 1895, quelques jeunes esprits, 
très épris de progri:s, ont pensé que la simple modération ne sullisait 
plus. On pouvait constater, en elFet, que si la tempérance avait autant 
que possible et pendant un certain nombre d*années, atténué le mal, 
pendant ce temps la courbe de la consommation des boissons alcooli- 
ques dans notre pays avait monté d*une façon régulière et que cette 
consommation devenait alarmante. Il était* clair que la seule mo* 
dération était synonyme d*impuissance et Ton a pensé que le plus 
simple, le plus lo^itiue pour se guérir était encore de rompre en 
visière d'une façon définitive avec la cause du mal. 

Mais ici surgissaient de nombreux obstacles; on se heurtait ii de 
graves inténVts. h des intérêts d'ailleurs respectables, on se heurtait 
à de nombreux préjugés, ii des préjugés véritablement séculaires, 
par conséquent très enracinés ; on s'imaginait et on s'imagine encore, 
je n'entre pas dans le fond du débat, que le vin, les boissons fer- 
mentées en général, sont utiles à riiomme, particulièrement à celui 
qui travaille. 11 ne pouvait donc venir ii l'esprit de prendre corps à 
corps le mal et de Tattaquer dans toutes ses parties à la fois. Il fallait 
se limiter sagement, l'aire un pas en avant sur le passé et permettre 
ainsi ii ropliuon de s'orienter petit ii petit dans une nouvelle voie. 
Et lorsque <|uelques-uns d'entre nous commencèrent ii s'abstenir 
de la iaçon la plus rigoureuse de ce que la science a démontré 
d'une façon pcremptoire être un poison, c'est-ii-dire de l'alcool 
distillé, ils rencontrèrent de suite un accueil très favorable, et de- 
puis (|uatre années, cette idée de V abstinence des spiritueux s'est 
petit à petit acclimatée dans notre pays. C'est, comme vous le voyez, 
un progrès sur le passé, en ce sens que pour lutter contre l'intem- 
pérance une idée nouvelle s'est inscrite dans nos cerveaux fran- 
çais. On ptMise de plus en plus que dans une œuvre de relèvement 
social connue celle ([ue nous poursuivons, on ne peut rien obtenir 
sans un sacrifice. Ce sacrifice, on commence ii le faire volontiers : c'est 
un sacrifice qtieU|uefois inéclairé, lorsque par le fait de simples entre- 
tiens ou de rexemple, nous amenons l'ouvrier ou le bourge(tis b 
signer un engagement d'abstinence, mais c'est un sacrifice dont la 
nécessité devient par la suite de plus en plus tangible h la faveur de 
la propagande ccMisidérable faite par V Union française antialcoolif/uCf 
dont j'avais siirt«uit l'intention de vous parler. 

Vous trouverez Ions ii vos places des notices détaillées qui vous 
mettront au courant de ce ({u'a fait V Union française depuis quatre 
ans. Vous verrez (jue c'est une œuvre considérable. Je ne veu.x pas y 
insister davantage ; mon seul désir serait qu'il l'issue de cette séance, 
lorsque vos cœurs auront été véritablement remués par les paroles 






'j 



CONTRE L*ABU8 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 221 

chaleureuses que vous aurez entendues,' vous tous sans exception nous 
accordiez un concours dévoué en vous inscrivant dans les rangs de 
V Union française. (Applaudissements.) 

Telles sont les seules paroles que je voulais prononcer ; je voulais 
vous dire en quelques mots comment en France on comprend actuel- 
lement la lutte contre Talcoolisme ; je voulais dire bien haut que main- 
tenant on la comprend par le sacrifice personnel, individuel; je vou- 
lais exprimer que c'est en sacrifiant quelque chose b une cause qu*on 
la sert véritablement bien. (Applaudissements.) 

Mesdames, Messieurs, ce soir vous entendrez un certain nombre 
d\)rateurs ; on ne les a pas réunis tout exprès pour constituer une 
attraction ; telle n*a pas été notre pensée. La séance de ce^soir n*est 
pas autre chose qu'une des séances de notre Congres international. 
Ce Ccmgrës, qui s est ouvert hier matin, a déjà tenu trois assemblées 
générales; vous assistez ce soir à la quatrième. Mais, comme nous 
avions Tintcntion de donner une certaine publicité h notre Congrès, 
nous avons invité tout particulièrement ce soir les dames, les membres 
des divers clergés, pour entendre quelques orateurs inscrits comme 
orateurs du Congrès sur ce qu'on pourrait faire tout particulièrement 
dans ces divers groupes de la Société dont vous faites partie. 

Kn quelques mots, permettez-moi de vous présenter les diflerents 
confcrcnciers. Tout d'abord, honneur h Madame Selmer, ici présente, 
[applaudissements) f qui représente à notre Congrès le Danemark. C'est 
une de ces femmes généreuses, qui sont l'orgueil des pays du Nord. 
C'est une des illustrations les plus fameuses dans la lutte contre l'al- 
coolisme; elle a joué dans le Danemark et dans les pays Scandinaves 
un rôle analogue à celui que joua Miss Franccs AVîllard dans les pays 
angid-saxons, une 'autre admirable femme dont vous avez pu voir uans 
les locaux du Congrès, la statue destinée h perpétuer chez nous sa 
mémoire. Madame Selmer a organisé dans le Danemark une œuvre de 
tcnipêrancc qu'elle dirige avec la plus grande énergie et la plus grande 
distinction féminine. Non seulement elle a travaillé dans le Danemark, 
mais dans d'autres pays, en Hollande et même en Belgique, où elle a 
tenté de propager V Union unii^erselle des Femmes chrétiennes pour la 
tempérance. (World' s Womens Christian Tempérance Union. (Applau^ 
dinsemcnts.) 

Je salue maintenant en votre nom la personnalité si connue déjà et 
si aimée de M. le pasteur Rochat, de Genève. 

Il fait partie de cette pléiade de sauveteurs qu'il a créée, ii laquelle 
il a donné depuis longtemps déjà le nom de la Croix Bleue. Il y a ici beau- 
coup <le membres de cette grande Association, qui, à l'heure actuelle, 
compte près de 23,000 membres. Vous penserez peut-être que ce nom- 
bre est peu élevé, en regard de l'ancienneté de rœuvre. ^lais ne vcuis 
fie/ pas aux apparences : L'œuvre de la Croix Bleue est une œuvre 
spéciale ; tout le monde n'est pas admis à l'honneur d'y collaborer. 
C*est une armée d*élite. Ne peut s'y enrôler que celui qui sent son 



222 vu" CONGRÈS INTERNATIONAL 

cœur vibror en présence des misères humaines et qui veut en outre se 
vouer de la iac^tm la |)lus dêlermince à leur soulagement. Les membres 
de la ('roi.r Bleue prennent le buveur tombé dans le ruisseau, le relè- 
vent, en font lin homme di^nc de porter le nom d'homme ; telle est 
Tœuvrc de la Croi.r lileue. J'en ai dit assez pour que vous ayez pour 
son fondalcur une véritable admiration. [Applaudissements ,) 

Kniln, Mesdames et Messieurs, j'ai l'honneur et le plaisir de vous 
présenter Monseigneur Turinaz, qui a bien voulu être des nôtres et 
^tre notre porte-parole ii l'adresse du clergé français. [Applaudis^ 
se m en (s.) 

Le clergé caliioliquo est appelé, vous n'en doutez pas, ii jouer dans 
notre |)ays un rôle extrêmement considérable dans la lutte contre l'al- 
coolisme ; en contact perpétuel avec les misères qu'engendre l'alcool, 
il est, autant que le médecin l'est de son côté, il môme d'y porter 
remède. Quand le médecin soigne les corps usés par l'alcool, le prêtre 
peut s'approprier, s'il le veut, le très beau rôle de relever les aines. 

Si, dans notre Patrie, Tattention du clergé n*a pas encore été appe- 
lée justprii présent sur l'alcoolisme, c'est (|ue Talcoolismc n'était pas 
encore un mal français. Il l'est devenu aujourd'hui, et le clergé ne 
l'ignore pas. 

Le rôle de celui-ci commence et j'ai l'espoir, j'ai la certitude même, 
qu'il n\v faillira pas. Honneur il tous ceux qui, dans le clergé français, 
auront été les initiateurs. Honneur en particulier il l'homme d'action 
<|ui est devant vous [applaudissements) et qui, il la suite de quel- 
ques précurseurs, Monseigneur de Coutances, Monseigneur de Rouen, 
Monseigneur de Saint-Bricuc, est entré résolument aans le vif de la 
lutte. La brochure qu'il a publiée récemment sur Trois fléaux de la 
classe ouvrière, sera l'un des premiers monuments de la lutte et sur- 
tout l'une des plus vigoureuses protestations qui illustreront le clergé 
français. Cette brochure est arrivée ii son heure, au moment même où 
V Union française faisait appel ii tous les Français, nés hommes de 
volonté. Ceux d'entre vous qui connaissent Mgr Turinaz, ne s'éton- 
neront pas qu'il ait, l'un des premiers, répondu a cet appel. 

Je remercie, Mesdames et Messieurs, en terminant, ces trois ora- 
teurs (In concours considérable qu'ils veulent bien nous apporter. 
Cette collaboration ne sera pas une des moins frappantes parmi celles, 
si utiles, ([ni auront été l'honneur du Congrès. Je ne veux plus insister 
davantage, et je donne la parole immédiatement il Madame Selmer. 
{ . \ppla II disse nie n ts) . 






CONTRE L*ÀBUS 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 223 



Discours de Madame SELMER 



LA FEMME CONTRE L'ALCOOL 



Mesdames, Messieurs, Chbrs amis. 

Nous voilà arrivés a la fin du xix* siècle, et nous nous félicitons de la 
grande civilisation que nous avons atteinte, mais il ne faut pas oublier 
que malgré cette grande civilisation, il se trouve parmv nous une 
quantité d*hommes et de femmes qui mènent une vie misérable, une 
vie qui ruine et leur corps et leur âme. 

Pour cela il y a une quantité de raisons différentes. Pour le moment 
ce soir, nous allons parler un peu d'un des grands fléaux de notre 
siècle : Talcoolisme. Comme vous Pavez entendu déjà, nous nous 
sommes assemblés ici, dans votre grande ville, quelques centaines 
dMiommes et de lemmes représentant un assez grand nombre de 
nations, pour chercher à bien étudier cette question de l'alcoolisme 
et pour chercher à y trouver des remèdes : il le faut bien, mes amis, 
puisque l'humanité en souffre tellement autour de nous, dans tous nos 
pays différents, chez nous, dans le Nord, et ici, en France. Partout, 
co grand mal nous crie : Au secours ! 

On a commencé, comme vous Pavez entendu tout à l'heure, h lui 
faire la gueri'e aussi dans votre pays, de même qu'on le fait depuis 
bien des années dans les pays anglais et dans la Scandinavie. 

Mais la grande différence c'est que dans tous les pays où on parle 
anglais, les femmes ont bien vite compris que c'est un de leurs devoirs, 
ou, pour mieux dire, un de leurs privilèges sacrés... (applaudissements) 
que de commencer cette lutte, que de donner leur énergie, leur force, 
leur affection, de payer de leur personne pour faire quelque chose, 
pour relever tous ces pauvres êtres misérables qui sont déjà tombés 
sous le fléau et pour empêcher une quantité d'autres d'en devenir les 
victimes : les enfants, les jeunes, est-ce que ce n'est pas à nos cœurs de 
mère qu*ils s'adressent? (Applaudissements), 

Mais, mes chères sœurs, c'est un triste fait qu'ici, au Continent, 
vous ne comprenez pas du tout l'importance du rôle de la femme dans 
cette guerre. On s'imagine que c'est tout naturellement Pœuvre des 
hommes, et on dit : Ce sont les hommes qui sont des buveurs ; ce sont 
les hommes qui prennent les boissons alcooliques, ce sont les hommes 

ui se ruinent eux-mêmes et leur famille, en laissant aller leur passion 

e cette manière ; ce ne sont pas les femmes. C'est vrai, sans doute, 

les hommes buveurs sont beaucoup plus nombreux, heureusement 

(applaudissements),,, mais il me semble que, à cet égard comme 
toujours, c'est notre devoir d'aider aux hommes à faire cette guerre. 



3 



'<r. 



224 vu' CONGRBS INTERNATIONAL 

d*aider aux hommes à se relever de nouveau au même niveau où nous 
nous trouvons, nous autres femmes. (Applaudiêêements). Noblesse 
oblige, et c*est aussi cette noblesse d*âmes pures qui nous oblige à 
aider où on a besoin de nous, et vraiment il y a un grand besoin d*aller 
au secours de ces pauvres, pauvres gens qui nç peuvent pas s* aider* 
eux-mêmes. Ce sont des hommes, c*est vrai, ils ont de la force 
physique, c'est parfaitement vrai, mais néanmoins ils sont parfaitement 
incapables de s uider cuK-mèmes. (ApplaudUsemenU), 

Les hommes ont les plus grandes tentations ii devenir des buveurs, 
parce que pendant des centaines d'années on leur a appris que c'est 
une vertu virile que de pouvoir prendre une grande quantité de 
boissons alcooliques. 

Jusqu'ici on nous a ménagé ces leçons, k nous autres femmes, mais 
du reste nous sommes arrivés à présent a une autre période, parce 
qu'on commence aussi à apprendre à nous femmes, qu'il faut boire, 

[ (rendre des boissons alcooliques avec les hommes. C*est très triste que 
a plupart des hommes ont envie de nous faire partager leurs frivolités 
et tout ce qu'il y a de mauvais, tandis que c est aifficile pour nous, 
sur notre demande, de les aider et d'avoir les mêmes privilèges et le 
droit de soulager l'humanité ; alors on nous dit : « Mes chères sœurs, 
ce n'est pas possible pour le moment. » 

Cependant dans cette guerre contre l'alcoolisme en France, comme 
partout, les hommes (uit dit tout autrement, mais c'est, je pense, 
parce qu'ils ont déjà vu les résultats de la guerre qu'ont fait nos 
sœurs anglaises et américaines. Nous ne pouvons pas être assez 
reconnaissantes d'avoir vu leur exemple et d'avoir vu que c'est possible 
pour une femme qui n'a pas la force de l'homme, qui n'a pas les 
privilèges de l'homme, qui n'a pas les droits de l'homme, d'accomplir 
quelque chose. Sans doute, c'est bien le rôle de la femme de venir à 
1 aide de l'homme pour résoudre cette grande question sociale de 
l'alcoolisme, et c'est notre devoir, k nous qui voyons clair, de venir 
prêcher k toutes les femmes au Continent qu'il faut étudier cette 
question k fond, qu'il faut savoir ce dont il s'agit. C'est une bien 
simple chose, parait-il, quand on dit : il faut laisser un verre de vin, 
de bière, de liqueur, mais si vous essayez de pratiquer cette chose, 
vous trouverez bien vite que c'est très, très difficile de le faire. 
Ici, en France, on me fait partout, comme en Belgique et d'autres 
pays, ces réponses : « Nous avons ici le vin, il faut le boire, etc.... et 
c'est parfaitement impossible que nous arrivions k une abstinence 
totale que vous pouvez pratiquer dans vos pays anglais et vos pays 
de la Scandinavie. » On nous dit qu'il y a des raisons de climat, etc.. 
c'est pourtant drôle, mes amis, parce que dans nos pays on nous dit 
parfaitement la même chose et on nous dit bien : c'est impossible de 
nous passer de l'eau-de-vie, de la bière, il fait trop froid. Ici en France, 
je pense, qu'il fait trop chaud. (Applaudissements). 

Et si en Angleterre et dans les pays anglais, on est très content, les 



CONTRE L*ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 225 

hommes sont très contents de Tassistance que leur rendent les femmes, 
ici, dans ces pays, au Continent, toutes les femmes répètent en chœur: 
« Nous autres femmes, nous ne pouvons abf.olument rien faire de 
sérieux, laissons tout cela aux hommes. » 

Mes sœurs, les hommes peuvent bien faire la guerre si Talcoolismc, 
et ils le font, heureusement, mais jamais, jamais de la vie ils ne 
triompheront, ils ne seront vainqueurs si vous ne voulez pas venir leur 
aider: c'est simplement impossible. (Applaudissements), 

Va quand on dit que c*est Thomme qui boit et que c*est Thomnie 
qui sfuiHre des boissons alcooliques, il me semble que c*est seulement 
parler de la moitié du fait, parce que c*est vraiment la femme qui en 
souffre autant que Thomme, au moins. [Applaudissements). 

Cette pauvre malheureuse femme qui a pour époux un ivntgne, 
est-ce qu'elle ne souffre pas des boissons alcooliques ? Et ces pauvres 
enfants nés de parents alcooliques, ou d'un père alcoolique, est-ce 
(|u'ils n'en souflVent pas, des boissons alcooliques? Et du reste, comme 
je vous Tai dit, malheureusement il y a des femmes qui en souiTrent 
directement, puisqu'elles tombent victimes de ces boissons alcooliques. 
Ici, on France, mes amis, il faut être heureux que jusqu'ici l'alcoolisme 
parmi les femmes n'est pas très prononcé ;. mais comme c'est devenu 
aujourd'hui la mode de boire pour les femmes, ce jour arrivera dans 
une trentaine d'années s'il n*y a pas en France un prompt changement. 
(. ippltiudissements) . 

Et puisque les femmes souffrent de la sorte, est-ce qu'elles ne 
doivent pas s'intéresser à faire la guerre ii ces boissons alcooliques ? 

Je vais ajouter encore autre chose qui va vous frapper peut-être, 
car en effet, il n'y a pas une seule femme qui n'a pas à craindre les 
coiLséquences des boissons alcooliques. 

Nous nous promenons toutes en voiture, en chemin de fer, en 
omnibus, par bateau a vapeur. Est-ce que vous savez si les boissons 
alcooliques ne sont pas tellement entrées dans le cerveau du contluc- 
teiir, qu'il n'y aura des iiccidents ? Il y a très souvent des accidents, 
el dans la plupart des cas ce sont les boissons alcoolicpies qui en sont 
I a ca n s<* . (. \p/}lnudiHsements) . 

(^uand il faut faire la guerre h l'alcoolisme, il faut faire une double 
œuvre : une œuvre de sauvetage, comme nous en avons entendu par- 
ler dans la Croix Blene^ Société qui s'occupe tout spécialement de 
l'œuvre de sauvetage, de relever les pauvres buveurs, et encore une 
œuvre d'empêchement. (Applaudissements). 

Il faut empêcher tous les enfants, tous les jeunes gens, toutes les 
fiMumes et tout le inonde qui se sentent faibles à cet égard, de prendre 
1rs b<»issons alcooliques en se rendant abstinents pour aider d'exemple. 

Kh bien, les femmes sont très, très bien équipées pour faifc celte 
double œuvre. Pour la première œuvre, l'œuvre du sauvetage, qui a 
le plus d'affection, le plus de pitié pour les souffrances humaines : la 
femme ou l'homme? Je pense que c'est la femme. (Applaudissements. 






226 Vll^ CONGBÈS INTERNATIONAL 

Qui est en état d*ètre le plus alTectueux, le plus sensible aux souf- 
frances de ces pauvres êtres ? Je crois que c*est la femme. Et quant à 
empêcher de boire, nous autres femmes, nous avons fait de grands 
malheurs et de grandes misères dans notre ignorance, nous avons cru 
que c'était, comme je vous Tai dit, une vertu que de savoir bien 
boire, et il y a une quantité de jeunes filles qui. ont offert à boire aux 
jeunes gens et qui ont été la première cause de leur ivresse, — pour 
cela, nous avons de grands malheurs à réparer. Nous ne sommes pas 
du tout innocentes, nous avons une très grande œuvre à faire certai- 
nement pour dédommager un peu Thumanité de ce que nous avons 
fait du mal, nous aussi. Nous avons bien péché, il faut bien tacher de 
le réparer, et c'est bien dans notre pouvoir de le faire, car, je vous 
rassure, si les jeunes filles ont bien compris Timportance de cette 
question, elles n'offriront jamais ii boire aux jeunes hommes, mais 
elles vont les engager h se rendre abstinents, sobres, maîtres d'eux- 
mêmes. Comment est-ce possible d'offrir des boissons alcooliques ii 
une personne si on a jamais vu dans la rue un buveur, un ivrogne, si 
on a vu que c'est possible pour un homme de se dégrader ainsi qu'il 
se trouve an-dessous de l'animal? Est-ce que ce n'est pas ii nous de 
tacher dr relever l'humanité, de relever les hommes de manière h les 
faire conduire à la vertu, à Dieu? Eh bien, mes sœurs, il y a une grande 
œuvre h faire pour les femmes. (AppixiudissemenU») 

Comme M. le D*^ Legrain vous l a déjà dit, il y a eu un long temps 
que la France n'a pas tellement souffert sous le fléau de l'alcoolisme que 
les autres pays ; mais depuis la dernière dizaine d'années ces circons- 
tances ont parfaitement changé, et aussi vous avez entendu comme on 
a commencé h faire la guerre bien sérieusement. Eh bien, ce n*est 
pas de trop de vous dire que cela dépend parfaitement des femmes si 
on peut continuer cette guerre et si on peut même arriver ii de bons 
résultats. Ce n'est pas du tout pour dire quelque chose d'agréable, 
d'aimable, pour vous chatouiller les oreilles, parce que je vais vous 
dire comme jel'ai déjà dit, que c'est une œuvre bien dimcile : on va rire 
de vous, se moquer de vous, et vous demander si vous croyez que vous 
serez les réformateurs du monde ; on va vous demander si la femme a 
pris le désir de courir en laissant en arrière l'homme, parce qu'il a si 
longtemps couru au devant d'elle. (Applaudissements,) 

Si vous commencez tout de suite, mes sœurs, h faire cette guerre, 
vous allez bientôt sentir ce que nous avons eu k souffrir par toutes les 
moqueries qu'on a faites sur nous, et je crois que nous autres fem- 
mes nous y sommes encore pl.us sensibles que les hommes. 

Vous savez si bien qu'au moyen-age, ici, dans votre pays, il se trou- 
vait une petite paysanne bien dévouée ii sa patrie, à son Dieu, Jeanne 
d'Arc : elle a été appelée à sauver sa patrie, parce qu'il y avait un 
grand, grand danger de ce que cette patrie fût parfaitement 
vaincue par l'ennemi. Je vous assure qu'il y a pour le moment un 
plus grand danger que cette patrie si chère à vous soit parfaitement 



CONTRE l'aHUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 227 

vaincue par l'ennoml, par les boissons alcooliques. (Ajjplandixfie- 
mvnts. ) 

Va p(»ur cela c'est bien nécessaire que les femmes de la France 
écoulent, que les femmes de la France ouvrent leur intelligence, leurs 
oreilles, mais surtout leur cœur... [Applaudissements) h ce cri qui sort 
(le riiumanité pour être changé, pour être réformé, et c'est h vous, 
mes sœurs, de venir ii Taide de vos frères français, qui ont déjà coni- 
niiMicé la guerre. Vous savez toutes que cette paysanne dévouée, que 
cette jeune fîlle héroïque a payé de sa vie son héroïsme et son 
courage et son désir de servir sa patrie. Eh bien, je suis parfaitement 
sine qu'il y a des personnes parmi nous qui font cette guerre, qui 
paiont de leur vie la guerre qu'elles font, mais pour la plupart ce n'est 
ptiiut de leur vie, mais de leur personne ; et certainement il y aura 
une quantité de dillicultés ii vaincre, aussi devez-vous tout d abord 
vous renilre abstinentes totales de toute boisson alcoolique quoiqu'on 
aille vous répéter mille fois que c'est une chose impossible. Malgré 
tout f\ vous avez la conviction que c'est une chose possible, que c'est 
la vérité que vous suivez, alors vous pouvez être parfaitement siires de 
devenir en état de faire quelque chose, de faire une œuvre, d'aider h 
votre patrie bien-aimée, et de vous mettre h côté des hommes qui ont 
déjii connnencé cette guerre. 

Jeanne d'Arc avait eu une vision céleste et elle savait ce qu'elle 
avait il faire et qu'elle se trouvait dans la vérité. Que Dieu vous donne 
aussi des visions célestes et que vous soyiez parfaitement sûres que 
vous êtes dans la vérité, qu'il faut faire votre devoir et qu'il faut aller 
vous joindre ii ces hommes et ces femmes qui ont déjii commencé la 
guerre, que vous devez faire le sacrifice, si c'est un sacrifice, pour 
vous, de vous rendre abstinentes totales de toutes les boissons al- 
cooli(|ues, pour, si c'est possible, arrêter le torrent de misères et de 
inalheurs qui se trouve au milieu de vous et de relever une quantité 
di' vos frères et sœurs déjii tombés, et d'empêcher encore beaucou|> 
plus d'autres de devenir les victimes malheureuses de ce iléau. 

Venez assister, s'il vous plart, aux séances du VU" Congrès contre 
l'abus des boissons alcooliques, et vous aurez des renseignements sur 
ci'tlc i|iieslion de I alcoolisme, cl vous serez convaincues <|ue vous de- 
M*/ faire parfaitement la même chose que muis avons laite. ,Lon^s 
tipplu udissentenls . y 

Si tous ces applaudissements veulent dire (|ue vous êtes de mon 
axis, j'en suis charmée. {Appluiidissemcnls.) 

M. le Président. — La |»ai'oln est à M. le pasteui- Louis-Lucien 
Ho« liai. il(» (iriu've, iirésitlent-rondaleur ilo la Snrjcié île la Croix nicuc, 
poiii- dé\ol()|)pcr SOS idées siiv VactioUé du clergé protestant contre 
l'alcoolisme. 






/U 



I ." 



228 vil* CONGRES INTERNATIONAL 

LE CLERGÉ ET LES MINISTRES DES DIVERS CULTES 
DANS LA LUTTE CONTRE L'ALCOOLISME 



Mesdames et Messieurs, 

Lorsque le Comité d*organisation de ce Congres nous a demandé a 
Mgr Turinaz, évt^(|ue de Nancy, et a moi de vous parler « du clergé et 
des ministres des divers cultes dans la lutte contre Talcoolisme, » nous 
nous sommes entendus p<iur nous répartir le sujet de la manière sui- 
vante : 11 a été convenu que Tlntroduction, consistant en un exposé 
théorique des principes qui doivent déterminer le rôle du clergé dans 
cotte lutte, m*incoml)erait en ma qualité d*étranger ; puis qu'en ma 
qualité de pasteur protestant — bien que depuis vingt ans j'îtie re« 
luincé il rcxercice du pastorat proprement dit, pour consacrer ma vie 
au sauvetage des buveurs dans la Croix^Bleue^ — je vous donnerais un 
aperçu de ce nui a déjii été fait contre l'alcoolisme par les membres 
du clergé des diverses branches du christianisme occidental indépen- 
dant de TEglise romaine. 

Pour compléter cette revue historique, Mgr Turinaz vous parlera 
ensuite de ce qu'ont fait dans ce domaine un grand nombre d*évè(|ucs 
et de prêtres de son Eglise, hommes de cœur et de foi ; puis, en sa 
qualité de Français, il aura le privilège d'adresser il ses compatriotes 
et plus spécialement aux membres du clergé catholique français, un 
appel en rapport avec les besoins actuels de la lutte contre l'alcoolisme 
en France. 

Cette explication donnée, j*entre immédiatement dans mon sujet 
par la question suivante : QueLs sont, en principe, les da^oirs du clergé 
et des ministres des divers cultes dans la lutte contre l'alcoolisme P 

Pour répondre ii cette question avec toute la netteté possible, il 
sullira de mettre en opposition d'une part le caractère et les devoirs 
fondamentaux du ministère chrétien, et d'autre part, le caractère et 
les eflTets de Talcoolisme. Par ce rapprochement, comme par celui de 
deux pôles chargés d'électricités contraires, la solution s'imposera 
avec la clarté de I étincelle électrique. 

I 
Caractère et devoirs fondamentaux du saint ministère 

Pour définir le caractère et les devoirs fondamentaux du ministère 
chrétien, sans distinction de culte et de confession, nous remonterons 
à sa source, c/est-si-dire aux enseignements des apôtres et ii ceux de 
Jésus lui-même. 



CONTRE L^ABUS UKS BOISSONS AI.COOI.IQUKS 229 

C*rst i'apôtrc Pierre qui me parait eu donner la définition la pins 
|>rr(Msc, lorsqu'il décrit ainsi dans sa première épitre, chapitre v, ver- 
srls I il ^1, les devoirs du ministère: Je m'adresse maintenant aux 
aui-iens ><)u aux prêtres, suivant la traduction (|u\)n donnera au mot 
zfsifiuTc&oc) qui sont parmi vous, moi qui suis ancien (ou prêtre) comme 
eux, témoin des souflrances de Christ et participant de la gloire qui 
doit être manifestée : Paissez le troupeau de Dieu qui est sous votre 
(farde, non par contrainte, mais volontairement selon Dieu ; non pour 
un gain sordide, mais par dévouement ; non comme dominant sur ceux 
qui vous sont échus en partage, mais en étant les modèles du trou- 
p(*au. Et lorsque le souverain Pasteur paraîtra, vous obtiendrez la 
couronne incorruptible de gloire. » 

Il suiFira, pour avoir un résumé des qualités du pasteur chrétien, de 
rapprocher ces exhortations de Tapôtre Pierre de celles où son Maitre 
s'appelle lui-même le bon Berger (Jean x, 1-8) et de la parabole de la 
brebis perdue (Luc xv, 3 il 7). Jésus nous montre que le berger fidèle 
n'hésite pas i\ abandonner momentanément ses quatre-vingt-dix-neuf 
brrbis qui ne lui paraissent pas en danger, pour aller à la recherche 
de celle qui est perdue, jusqu^ii ce qu'il la trouve ; puis qu'en la voyant, 
trop faible et trop épuisée par les écarts qu'elle a faits pour pouvoir 
se tenir debout et marcher seule, il la met tout joyeux sur ses épaules, 
sans craindre de se fatiguer, et ne peut ensuite s'empêcher d'appe- 
ler ses amis et ses voisins pour leur dire combien il est heureux 
d'avoir retrouvé sa brebis qui était perdue. (Applaudissements). 

De tous ces enseignements et de l'exemple même du Sauveur, il 
ressort donc avec évidence que les devoirs fondamentaux des minis- 
tres des divers cultes, — et par conséquent aussi ceux du clergé en 
général, — sont ceux de bons bergers, de bons pasteurs, pleins de 
sollicitude et d'amour pour les troupeaux qui leur sont confiés. Ils 
doivent apprendre ii connaître leurs paroissiens et les guider non seu- 
l(*mtMit par leurs paroles, mais surtout par leur exemple, de façon ii 
leur faire trouver la nourriture spirituelle dont ils ont besoin. Ils doi- 
vent s'efForcer de les mettre en garde contre tous les écarts nuisibles, 
enlever autant que possible de leur chemin les tentations et les occa- 
sions de chute, les défendre contre tous les dangers et tous les ad- 
versaires qui pourraient les menacer (loups et voleurs), et cela au péril 
mêmr de leur propre vie, si cela était nécessaire. Leur sollicitude 
doit surtout se porter sur ceux de leurs paroissiens qui se sont 
é<»:irés loin du droit chemin et qui risquent d'être perdus corps et 
:inn\ si Ton ne s'empresse pas de voler i\ leur secours. [Applaudisse'- 
m ruts \ 

Ouel sera le mobile qui poussera les ministres du Christ à faire 
preuvi» di» tant de zèle et de dévouement? serait-ce l'amour du gain, 
ou la cupidité, ou la vanité des succès obtenus, ou l'esprit de domi- 
nât itui <|ui trouve son plaisir dans la satisfaction de pouvoir diriger à 
son gré la volonté des autres? — Certainement non; car ils ne doi- 



230 vil** CONGRÈS INTERNATIONAL 

vent être, — le Christ et T Apôtre Pierre s'accordent pour le leur dire, 

— ni des Hicrccnaircs, ni des dominateurs. 

Leur véritable but, le seul légitime, celui qui constitue Tidéal mê- 
me du ministère chrétien, c*est d*ètre^ suivant la belle .expression de 
Tapôtre Paul (1 Cor. m, 9), « ouvriers avec Dieu » pour le salut du 
monde et ravancemciit du règne de Dieu sur la terre. 

Si vous me demandez en quoi consiste ce règne de Dieu, je vous 
répondrai que j*cn trouve la charte fondamentale dans ce double corn* 
mandement : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, 
de toute ton Ame et de toute ta pensée, et tu aimeras ton prochain 
comme toi-mèmc. » 

Son programme, c^est la réalisation du plan suprême du Dieu 
d*amour. Jésus-Christ nous en a indiqué les traits principaux dans 
la prière modèle qu*il a enseignée ii ses disciples, et que, depuis 
dix-neuf siècles, des hommes de tout âge, de tout sexe, de toute langue 
et de toute couleur, apprennent ii balbutier sur les genoux de leur 
mère, pour la répéter, jour après jour, jusqu'au seuil de la tombe. 

N*est-ce pas, en eflet, Tavènement de ce règne qu'on réclame quand 
on demande à Dieu que le jour vienne où tous les hommes, le recon- 
naissant vraiment comme leur père, se regarderont eux-mêmes comme 
des frères ; où ils sanctifieront son nom ; où son règne qui est celui 
de la vérité, de la justice et de l'amour s'étendra partout ; où la vo* 
Ion té divine sera exécutée sur la terre comme au ciel, en sorte que 
les hommes vivront ici-bas comme Dieu aurait voulu qu'ils y vécus- 
sent toujours. Dans cette humanité soumise à la volonté de Dieu, et 
où régnerait Tnmour fraternel, tous auraient leur pain quotidien, 
parce que la misère aurait disparu avec l'égoïsme et la cupidité, et 
parce que les forts soutiendraient les faibles, au lieu de les écraser. 
I^a paix régnerait dans les cœurs et entre les hommes: paix intérieure 
d*abord, résultant du pardon des péchés obtenu de Dieu, et paix exté- 
rieure ensuite, parce qu*on* aurait appris en retour à se pardonner 
réciproquement toutes les offenses. Les tentations diminueraient 
aussi, car nul ne chercherait plus à entraîner son prochain au mal, 
mais tous, au contraire, s'efforceraient de s'encourager dans la bonne 
voie, de telle sorte que de cette terre où Dieu régnerait et où se mani- 
festerait la puissance de son amour, s'élèverait jusqu'à lui un cantique 
universel de reconnaissance et d'adoration, célébrant sa louange et sa 
gloire aux siècles des siècles. (Applaudissements). 

Ministres de tout culte, — catholiques ou protestants, peu importe, 
mais ministres chrétiens, — n'est-ce pas cet idéal qui a resplendi de- 
vant nos yeux, quand il s'est agi de décider de l'emploi de notre vie, 
quand nous nous sommes demandé ce que nous ferions du temps que 
nous avions h passer sur cette terre, et quand nous avons dit h Dieu : 
Si tu veux bien te servir de moi, tout faible, tout misérable que je sois, 
pour Tavancement de ton règne sur la terre, me voici ; prends-moi ? 

— Plus tard, quand, après des années d'études et de préparation, nous 



CONTRE L*ABU8 DRS BOISSONS AIXOOI.IQURS 2HI 



avons ("ic consacrés au saint ministère ou ordonnés prêtres au sein de 
notri* illglise, tandis que nos frères aines imploraient sur nous le se- 
cours du Saint-Esprit, n'est-ce pas encore cet idéal de vie chrétienne, 
d'amour et de dévouement pastoral qui faisait battre nos cœurs et 
nous poussait dans le ministère ? (ApplnudiftsemrnLH). 

Je sais qu'on m'objectera que cette description du rôle du clergé 
dans rRglise et dans le monde est du domaine de la théorie, de 
Tidéal, tandis que, dans la réalité, il arrive trop facilement, suivant le 
mot d'un de nos collègues, que la pratique du ministère (avec toutes 
ses charges, tous ses devoirs, toutes ses occupations parfois terre h 
terre\ fait oublier l'esprit même du ministère. Cela n'est que trop 
vrai et nous devons reconnaître que, sous bien des rapports, notre 
ministère ressemble h ces rivières sorties pures et limpides de leur 
source, mais dont les eaux se troublent peu à peu, :i mesure (|u'elles 
s'en éloignent et qu'elles se chargent de matières étrangères empruntées 
aux terrains qu'elles ont arrosés et fécondés, aux villes qu'elles ont 
al>reuvées et purifiées, aux usines qu'elles ont desservies tout le long 
de leur cours. I^e contact du monde que nous nous efTorçons de mo- 
raliser et de christianiser n'altère, lui aussi, que trop facilement dans 
la pratique, la pureté idéale de notre ministère. 

^1ais si nous dev<»ns reconnaître avec humiliation (|ue nous ne s<}m- 
mes pas arrivés h réaliser pleinement notre idéal du saint Ministère 
chrétien, ce n'est pas une raison pour renoncer ii le poursuivre. Cet 
idéal n'en demeure pas moins le but vers lequel nous tendons, celui 
au(|uel nous aspirons avec Je secours et par la grâce de Dieu, source 
de tout pardon et de toute vie, et auquel nous voudrions pouvoir con- 
duire toute l'humanité altérée de justice, de vérité et d'amour, en 
écartant de sa route tous les obstacles qui l'empêchent de l'atteindre et 
dont Tun des plus redoutables, h l'heure actuelle, dans nos pays chré- 
tiens de nom, est certainement l'alcoolisme. 



Il 
Qu'est-ce donc que ralcooHsme et quels sont ses effets dans le monde ? 

l/alcoolisme est un mot scientifique inventé au xix" siècle pour 
désigner toute une série de perturbations et de lésions produites dans 
n(»tre organisme par l'alcool. Au point de vue physiologiqiie, le mot 
alcoolisme désigne donc non pas une maladie spéciale, mais un ensem- 
hiv de maladies qui aflTecteut nos divers organes. 

1/un des principaux organes lésés par l'alcool étant le cerveau (|ui 
srrt d'instrument ii nos pensées, h nos sentiments, ii notre volonté, 
tant dans notre vie intime que dans nos ra|)ports avec les autres, 1rs 
désoulres physiologiques produits par Talcocdisme ont comme corol- 



232 vu" CONGRES INTBRNÀTIONÀL 

laircs des désordres inoraiix et sociaux qui ont fait dire que l*alcooiisine 
était un fléau social. 

Deux des sections de notre Congrès ont eu spécialement pour but 
d'étudier l'alcoolisme sous ces deux aspects de maladie et de fléau 
social. 

Puisque je suis appelé a vous parler ce soir du clergé et des minis* 
très des cultes dans la lutte contre Talcoolisme, il me sera permis 
d'envisager ici l'alcoolisme h un troisième point de vue, le point de 
vue moral et religieux, c'est-a-dire de le considérer comme un péchi. 

Par péché, j'entends toute manifestation de Tégoïsme inintelligent 
de l'homme qui, au lieu de chercher le bonheur dans Taccomplisse- 
ment de la volonté de Dieu, telle qu'elle nous a été révélée en Jésus- 
Christ, s'imagine au contraire trouver la félicité en faisant ce qui lui 
plait et ce qui parait devoir lui donner une satisfaction immédiate, 
sans s'inquiéter, et parfois même sans se douter, des conséquences 
funestes que cette manière de faire peut avoir, en fin de compte, pour 
lui-même et pour les autres. 

C*est, en effet, le propre du péché de se présenter à Thomme sous 
un aspect beaucoup plus attrayant en apparence que le devoir, puis, 
une fois consommé, de causer d'amères déceptions et de cruelles 
souffrances. 

Or l'alcoolisme est certainement de nos jours et dans certains milieux, 
une des manifestations les plus concrètes et les plus frappantes du péché. 

L'alcoolisme n'a pas, en effet, pour cause unique le désir de se 
procurer la jouissance sensuelle que donne k ceux qui Taiment le 
contact de l'alcool avec leurs papilles nerveuses, ou Texcitation passa* 
gère qu*il produit sur leurs organes. La consommation toujours crois- 
santé de l'alcool tient a une cause plus profonde qui est du domaine 
de la physiologie psychologique. — Nous voulons parler de Taction 

Parai vsan te de l'alcool sur le cerveau, qui procure, pour un temps, 
oubli des réalités souvent douloureuses et écrasantes de la vie. M. le 
professeur Buisson y a fait allusion hier, a la séance d'ouverture du 
Congrès, et M. le professeur Cari Vogt dont je suivais les cours il y a une 
trentaine d'années à la Faculté des sciences de Genève, nous le faisait 
dôjh remarquer en nous disant, de son ton goguenard, que a tous les 
peuples avaient trouvé le moyen d'inventer quelque substance 
(opium, hachisch ou alcool) pour faire oublier les soucis de l'existence ! ». 
Comme ces savants professeurs, nous, simples ministres des cultes 
chrétiens» nous reconnaissons que, sous tous les climats et a tous les 
déférés de la civilisation, l'homme ploie souvent sous un fardeau de 
(lilHcultés, dt* soucis et de chagrins, trop lourd pour ses seules forces et 
dont il voudrait se décharger à tout prix; mais nous donnons h ce fait 
indéniable une autre explication et en tirons d'autres conclusions. 

Il est pour nous la preuve que l'homme n'a pas été créé unique- 
ment pour naître, grandir, perpétuer son espèce et mourir. Si nous 



CONTRB L^ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQURS 23.'t 

reconnaissons que son corps, a tiré de la poussière de la terre » est, 
comme tel, soumis h toutes les lois de la chimie, de la physique et de 
la physiologie qui président à son développement organique comme à 
celui de tous les autres êtres vivants, nous croyons qu'il y a en lui 
quelque chose de plus ! Nous croyons que Dieu, en a souillant dans 
ses narines un souille de vie * » lui a donné une « âme vivante » et 
perfectible. 

Cette ame, elle a, comme le corps, ses exigences; elle a ses aspi- 
rations légitimes vers quelque chose de meilleur que les biens de la 
terre. Aussi Tétre humain, heurté et meurtri par le contact souvent 
hostile de ses semblables ou par la maladie et par le deuil, épuisé 
pur le travail qui doit satisfaire aux besoins de soii corps et de son 
intelligence, sent-il en lui, même lorsqu*il parait avoir réussi dans ses 
eilorts, quelque chose d'inassouvi qui le pousse ii se secouer de tous 
ses fardeaux et de toutes ses misères pour vivre d*une autre vie plus 
digne de sa véritable nature. 

Ces besoins supérieurs, nous croyons que Dieu les a mis dans 
Tame de Thomme dans le but de l'attirer h lui, en lui rappelant (|u'il 
est bourgeois du ciel, qu'il a besoin du secours d'un plus puissant 
que lui et qu'il ne doit pas se contenter par conséquent de vivre pour la 
terre seulement. 

La véritable mission du ministère chrétien c'est de répondre à ces 
nobles aspirations en conduisant ceux qui les éprouvent au Sauveur 
qui a dit : Venez à moi vous qui êtes fatigués et chargés et je vous 
donnerai du repos (Matthieu xi, 28); c'est de leur apprendre qu'ils 
trouveront dans la communion avec Dieu par Jésus-Christ et dans 
l'obéissance à ses commandements, la véritable satisfaction de tous les 
besoins supérieurs de leur cœur et de leur âme. 

Or, a cette satisfaction réelle et normale des besoins les plus 
nobles de la nature humaine, le matérialisme pratique du monde où 
nous vivons en oppose une autre factice et trompeuse, dont l'alcool 
est Tun des principaux agents. Au lieu de rassasier la faim et la soif 
de justice et de sainteté qui sont à la base de tout eflort vers le 
mieux et constituent le principal ressort du progrès moral, l'alcool les 
étoufle en paralysant le cerveau. Il abrutit l'homme en un mot, car 
en I empêchant d'avoir conscience de l'état misérable où il se trouve, 
en alFaiblissant et parfois même en détruisant complètement ses élans 
vers le bien, il l'empêche de s'élever h un état supérieur et le préci- 
pite dans un matérialisme sensuel et grossier qui le dégrade et le rend 
toujours plus malheureux. 

Voilà pourquoi, en qualité de ministres du Christ, nous voyons dans 
Talroolisme non seulement une maladie physique et un fléau social, 
mais encore un péché et même Tune des incarnations modernes 'les 
phis redoutables du péché. Voila pourquoi nous le considérons 

' OcnHe n, 7. 



234 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

comme une sorte (ridolâtric destructrice de la foi chrétienne, et nous 
sentons notrt^ devoir de le combattre comme tel, en nous eilorçant 
de rnncrinir la foi dans les cœurs et d*apprendre aux hommes a 
chercher ni Dieu les consolations, les forces et les jouissances que le 
buveur deinando à Talcool pour ii*eii obtenir que les i'unesles contre- 
façons. 



N'allez pas croirr cependant qu*en parlant ainsi je prétende établir 
une opposition entre le travail des médecins et des sociologues et le 
notre, ou ontro hi science et la religion, car rien n'est plus loin de 
ma pensée (|ui voit, dans ces divers facteurs, des auxiliaires desti- 
nés il s'appuyer mutuellement et non des rivaux destinés si se 
supplanter. 

Je ne crois pas, vn eiFet, qu'il y ait une antinomie irréductible 
entre la science et la religion chrétienne, parce que je crois de toute 
la puissance de mon intelligence et de mon âme ii l'identité du Dieu 
qui a créé le monde dont la science s'occupe, et du Dieu qui nous a 
révélé, par la voix de ses prophètes, puis par celle de Jésus-Christ et 
des apôtres, les principes directeurs de notre vie spirituelle et morale. 
Je crois par conséquent que le jour où la science sera arrivée à 
réaliser son but et :i nous rendre un compte parfaitement exact de 
toutes les lois qui régissent l'Univers, une harmonie supérieure 
régnera entre elle et la révélation chrétienne. 

Mais en attendant que ce jour arrive, la science et la religion diffè- 
rent encore sur bien des points dans leurs résultats, mais elles 
diffèrent surtout par leurs méthodes qui sont l'opposé l'une de 
l'autre. 

Le principe de la méthode scientifique, c'est V observation ; son 

f»oint de départ, ce sont les faits, les phénomènes existants. Le savant 
es observe, les compare, cherche îi les coordonner et h établir, 
d'abord par hypothèse, le lien qui les unit, la cause qui les déter- 
mine, de façon à découvrir la loi qui les régit. Cette loi n'est acquise 
il la science qu'autant qu'elle est confirmée par tous les faits dont elle 
prétend déterminer le processus. — En un mot, la science cherche 
l'explication des faits existants, mais elle n'en crée pas de nou- 
veaux. 

Le principe de la religion chrétienne, au contraire, c'est la foi; sa 
méthode c'est V intuition. Par la foi elle s'approprie les vérités révé- 
lées. Elle considcrr par intuition les commanclements et la volonté 
révélée de Dieu comme autant de lois qui régissent le monde et, en 
les appliquant, élit; devient créatrice de faits nouveaux qui ne se 
seraient pas produits sans son intervention. Ces faits, la foi les con- 
sidère alors comme la démonstration en quelque sorte scientifique 
de la vérité de ses allirmations. 

Grâce il son double caractère de faculté intuitive et de puissance 



CONTRE L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 235 

crratrice de faits nouveaux, la foi chrétienne basée sur la révélation 
divine a pu, clans bien des cas, précéder la science dans ses décou- 
vtM'lcs et éclairer en ciuelque sorte sa route. Elle y est parvenue, soit 
rn orientant Tesprit du savant dans une direction qui Ta mis sur le 
chcniin d(* la vérité, soit en fournissant i\ ses observations les faits 
nouveaux qu'elle a produits et qui ont obligé la science il modifier ses 
allirmations antérieures que ces faits avaient contredites K 

Or, le domaine de Talcoolisme est un de ceux où le caractère 
harmonique et complémentaire de la science et de la foi peut se 
constater de la faeon la plus évidente, malgré la différence et la con- 
tradiction apparente de leurs méthodes ; et c'est peut-être lài que le 
rôle créelaireur, d*avant-garde, que nous avons attribué h la foi chré- 
tienne par rapport à la science, se mauifeste civec la plus grande 
netteté. 

C«itons-en rapidement quelques exemples : l'Ecriture Sainte déclare 
le vin moc|ucur et la cervoise tumultueuse ^. Elle signale la contradic- 
tion entre son apparence agréable et ses effets ultimes (il finit par 
mordre comme un serpent et piquer comme uti basilic], et décrit 
toutes les funestes conséquences hygiéniques et sociales de Talcoo- 
lisme. — Elle recommande à ceux qui doivent conserver une entière 
lucidité d'esprit (sacrificateurs^, rois et princes ^) de s'abstenir du vin 
et des liqueurs fortes de peur de paralyser leur cerveau. D'autre part 
elle admet son caractère anesthésique et stupéfiant en disant qu'il est 



I Kn conniatant les service» que la révélation peut rendre & la science, nous ne son- 
goutis en aucune façon ù prétendre obliger les savants, comme au temps de Galilée, k 
Kubttrdonnei* Icursi théories aux dog'mes de la théologie qu'il ne faut pas confondre avec 
lo» douitrcs de la révélation. Ce que nous avons dit des deux méthodes doit nous mettre 
il 1 abri de cette supposition. 

Niius croyons, par contre, que les savants éviteraient parfois bien des tâtonnements et 
ii'omrirdifMit des horixons nouveaux dans bien dcM domaines si, au lieu de rejeter a 

iii-iori et avec dédain une idée ou une observation, par le »eul fait qu'elle se trouve dnnu 
(>s fi'rit!» de l'Ancien ou du Nouveau Testament ou dans l'enseignement des E^li-eii. 
coiiiiitc »i rien de vrai ne pouvait sortir de pareilles sources, ils se donnaient la peine de 
l'fii.iiiiiner sérieusement d'après le» principes de la vraie méthode scientifique. Par là 
nouf voulons dire que, sans s'incliner m croyants devant telle affirmation ou tel cuiii- 
niaiidciiicnt, ils pourraient on dégager l'idée fondamentale de sa forme religieuse, puis 
vn I oiivisugeant coiiiiiic une »itnp\eni//*oihè$e, h laquelle ils accorderaient autant d'atten- 
tion que si elle se trouvait dans l'ouvrage d'un professeur quelconque, vérifier si elle 
ne rend pus un compte exact de phénomènes encore inexpliqués dont ils recherchent 
lit loi. 

A titre d'exemple, qu'on compare les théories actuelles de l'anthropologie criminelle sur 
fr triminel^mé, dont le Congrès d'anthropologie criminelle, tenu à Genève en 1890, aUri- 
buiiit la découverte au professeur Lombroso, avec les déclarations de l'apôtre Paul sur le 
loéine Kiijet (Rom. vu, 13 h 25 ; Eph. ii, 3}, avec la doctrine du péché originel ou simple* 
mont avec la confession des péchés des églises réformées ^ui date du xvi* siècle. On 
vii-rii ainsi de combien de siècles, les hommes de foi avaient précédé les hommes de 
scirnoe dans la découverte de la loi de l'hérédité du mal ou si l'on préfère de « l'hérédité 
<lr riinormal » puisqu'au congrès de Genève, on paraissoit s'occorder pour déclarer 
inlrouvable. actuellement, un homme parfaitement normal ! 
- Prov. XX, 1. et Prov. XXUI, 31-35. 

* Lé vi tique x, H-11. 

* Prov. XXXI, 4-5. 






236 VII* CONGRB8 INTERNATIONAL 

bon pour celui qui périt ^. Ne sont-ce pas là autant de faits aue les 
travaux scientifiques présentés a nos Congrès s'efforcent de plus en 
plus de faire prévaloir contre les préjugés populaires qui attribuent 
aux boissons alcooliques les qualités opposées ? 

Ces mêmes travaux font ressortir le caractère héréditaire de 
l'alcoolisme. M. le D' Legrain, le sympathique président de ce 
Congrès, a fait sur u Théréaité et l'alcoolisme » un savant ouvrage 
dont les conclusions sont, sur ce point spécial, la confirmation de 
la grande loi de Thérédité du bien et du mal contenue implicitement 
dans le commandement du décalogue qui nous montre l'Eternel 

Punissant sur les enfants jusqu'à la troisième et quatrième génération 
iniquité des pères qui le haïssent 2, c'est-à-dire qui violent ses lois 
ou ses commandements. Au nombre de ces derniers se trouve celui 
d'être sobre puisque la tempérance est considérée comme un fruit de 
l'esprit, comme une vertu chrétienne 3. 

Le Christ a déclaré que « quiconque s'adonne au péché, est esclave 
du péché*, c'est-à-dire qu'il devient incapable de s'affranchir des 
mauvaises habitudes qu'il a contractées ; et la physiologie moderne 
confirme ce fait en ce qui concerne l'intempérance. Elle nous montre 
l'alcool paralysant le cerveau, et par lui la volonté du buveur, en 
même temps qu'il crée chez l'alcoolique une appétence maladive 

[>his puissante que sa volonté affaiblie, en sorte qu tl est devenu à la 
ettre <c l'esclave » de sa passion. Son impuissance à résister à la 
tentation alcoolique par la seule force de sa volonté est si bien re- 
connue scientifiquement, qu'à mainte reprise des docteurs ont déclaré 
dans nos Congrès que, pour régénérer les buveurs, il fallait Tinter* 
nement dans un asile avec aostinence forcée, ou la suggestion 
hypnotique et même, si possible, l'action simultanée de ces deux 
moyens. 

Remarquons toutefois que cette recommandation du traitement 
des alcooliques dans des asiles spéciaux et par la suggestion hypnotique 
est postérieure aux relèvements des buveurs opérés par les sociétés 
de tempérance. 

Auparavant la science médicale q'ayant eu à observer que des 
cas de déchéance alcoolique, ne faisait que confirmer le fameux 
dicton populaire : « Qui a bu, boira », et n'ajoutait pas plus de 
confiance que le reste du monde aux « serments d'ivrognes ». Elle 
ne croyait pas à la guérison des alcooliques. 

Il y a quelque vingt ans,' en Suisse, et plus récemment encore en 
France, ce scepticisme à l'égard du relèvement des buveurs était 
général dans le corps médical. Les docteurs qui traitaient alors la 



' Prov. XXXI, 6 et 7. 
s Ezodo XX, 5. 
3 Galates v, 23- 
* Jcon VIII, 34. 



CONTRE L*ABUB DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 237 

3ucstion de l'alcoolisme, déclaraient qu'il fallait se borner a s'occuper 
c répression et de prophylaxie, c'est-h-dire de la préservation des 
nouvelles générations, en s'adre^sant à la jeunesse. C'est ainsi 
qu\iprcs avoir exposé ce point de vue, M. le D'' Jules Rochard, 
membre de l'Académie de médecine de France, écrivait dans la 
Résine des Deux Mondes du 15 avril 1886 : a II ne faut pas se flatter 
non plus de corriger les gens qui sont devenus alcooliques. Si ce 
vice n'est pas absolument incurable, il s'en faut de peu. Pour ma part, 
dans le cours de ma longue carrière, je ne me souviens pas d'avoir 
observé plus d'une ou deux guérisons : encore ne répondrais-je pas de 
leur solidité, si les malades se trouvaient placés dans un milieu 
fiivorable h la récidive. » 

Telle était, il y a treize ans, en France, l'opinion du monde 
scientifique, fidèle observateur des faits. 

Kn présence de ces mêmes faits, les hommes de foi se sont dit : 
si les buveurs sont incapables de se corriger p.ir de bonnes réso- 
lutions, ce qui est un fait incontestable, nous Scivons d'autre part que 
« ce qui est impossible aux hommes est possible à Dieu * » et que 
« toutes choses sont possibles pour celui qui croit ^ ». « Le Fils 
de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu ^. » 
C/est donc justement parce que les alcooliques sont des êtres per- 
dus, que nous croyons à la possibilité de leur salut et de leur ré- 
génération par la puissance de la foi en Jésus-Christ et par l'obéis- 
sance h ses commandements. Or, puisqu'il a ordonné « d'arracher 
\\v\\ et de couper la main ou le pied qui sont des occasions do 
chute ^ », appliquons cet ordre aux buveurs qui désirent se cor- 
riger, en les engageant à s'abstenir complètement des boissons qui 
ont été pour eux une occasion de chute, et leur relèvement deviendra 
possible. 

Par un acte de foi, des chrétiens, et à leur tète un bon nombre 
de ministres des cultes, se sont alors mis h l'œuvre, et la conversion 
de milliers de buveurs ^ est venue démontrer la possibilité de la 
giiérison et de la régénération des alcooliques ! 

Les hommes de science, ii leur tour, ont observé ces faits nouveaux 
<|ui contredisaient la prétendue loi de la déchéance fatale des buveurs 
et, il la suite de leurs observations, ils ont modifié leur théorie. 
Aujourd'hui, tous les savants dignes de ce nom s'accordent pour 
reconnaître que, si la guérison des alcoolique^ reste difTicile, elle 



> Luc xvni. 27. 

^ Mnrc IX. 23. 

^ Luc zix, 10. 

« .Mallh. V, 29. 

•' Voir plui loin l'art. IV a Activité du cleri^c et des ministres protestants » et spéria- 
Itiincnt puff^s 22 et 23 les renieif^neoients statistiques sur l'activité de la Croix'B/eue qui 
comptait dans ses rongs au 1*' sept. 1898 plus de 8.000 anciens buveurs immodérés 
devenus abstinents. 



';;.f^ j> 1 ./.--. -v-.^ 



238 vil' CONGRES INTERNATIONAL 

est cependant possible dans bien des cas par la pratique de Tabsti^ 
nencc totale. 



III 

Rôle du clergé et des ministres des divers cultes dans la lutte 

contre l'alcoolisme 

Après ce que nous avons dit du ministère chrétien d*une part, et 
de l'alcoolisme d'autre part, il ne peut y avoir^ ce me semble, aucun 
doute sur la position que le clergé et les ministres des divers cultes 
doivent prendre dans la lutte contre Talcoolisme. Ce ne peut être que 
celle d'adversaires déclarés, puisque les habitudes d'intempérance 
tendent constamment a détruire dans le cœur et dans Tâme ae leurs 
paroissiens les semences de vie éternelle qu'ils cherchent a y déposer, 
en même temps qu'elles les ruinent si tous les points de vue, eux et 
leurs familles. 

Ce qui reste par contre a étudier, ce sont les moyens d'action qui 
sont a la portée des ministres des cultes et qui conviennent le mieux 
à leur caractère pastoral et sacerdotal. Ces moyens dépendent évi- 
demment dans une large mesure de l'état du milieu où ils vivent. 

Si personne n'agit dans la paroisse, que le pasteur ou le curé 
soit le premier h sonner le clairon d'alarme contre l'envahisseur. 
Qu'il fasse tout ce qu'il pourra, dans tous les domaines, pour éveiller 
l'attention de ceux qui I entourent sur le danger alcoolique. 

Grâce a sa culture générale, un ministre du culte doit pouvoir 
facilement étudier la question sous ses divers aspects d'une façon 
suflTisante pour faire des conférences populaires. Les ouvrages antial- 
cooliques élémentaires abondent aujourd'hui, il n'y a que rembarras 
du choix. <c Le manuel de tempérance à l'usage des instituteurs pri- 
maires et secondaires par M. Jules Denis ^ » leur fournira, sous ce rap- 
port, une vraie mine de renseignements. 

Que, tout en agissant lui-même, le représentant du clergé cherche 
à intéresser a la cause le docteur de sa paroisse, s'il y en a un, et 
l'instituteur, pour obtenir d'eux des conférences médicales et 
instructives. Qu'il cherche aussi à gagner les autorités et les personnes 
de quelque influence qui pourront l'aider pour la fondation d'une 
société de tempérance, d'une ligue antialcoolique et d'œuvres 
auxiliaires (salles de lecture, cafés de Tempérance, etc.) 

Quand des personnes instruites et csipables seront ii l'œuvre autour 
de lui, le pasteur ou le curé fera bien, en vertu du principe de la 



I En vente nus agence» de la Croix Bleue (dont lee adreiseï eont iur la couverture de 
cette brochure) au prix de 2 fr. broché, et 2 fr. 40 cartonné. 



CONTRE i/aDUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 239 

division du travail, de leur remettre le soin de tout ce qui convient 
li; mieux ii leurs aptitudes, surtout au point de vue législatif, écono- 
mique et instructif, pour concentrer toute son activité sur ce qui 
rentre le plus directement dans son ministère pastoral : le côté moral 
et surtout religieux de la question. 

Il s'ed^orcera donc d^instituer dans sa paroisse, a côté des associations 
purement antialcooliques, sans caractère religieux, des Sociétés de 
tempérance à base nettement chrétienne, tant pour enfants que 
pour adultes. 

Il ne faut pas oublier, en elFet, que dans les écoles olTicielles ii 
ear.'ii'trre purement laïque, Finstitutour ne peut, dans la plupart 
d(»s pays, s'occuper d'enseignement religieux avec ses élèves, même 
si sf's convictions personnelles sont en narmonie avec celles de son 
pastrur ou de son curé, et qu'il doit se borner h s'occuper, au moins 
dans sa classe, du côté hygiénique, économi((ue et moral de la 
qursti<in alcoolique. 

Lr ministre chrétien aura donc h cœur la fondation et l'encourage- 
nuMit de sociétés de tempérance pour enfants nii l'on ne se bornera 
pas il donner aux jeunes sociétaires un enseignement hygiénique ot 
soeiil sur l'usage et l'abus des boissons enivrantes, mais où Ton 
srlforcera de les mettre en communion avec Celui qui peut leur 
«lonni'r la force de résister aux tentations. Il cherchera aussi it leur 
inspirer de la compassion et de l'amour pour les victimes de 
laleoolisme, de façon qu'à la vue des gens ivres, ils ne se joignent 
pas au cortège des moqueurs qui les harcèlent, mais prennent la 
résolution de ne pas les imiter et se disent : Quand je serai grand, 
je lâcherai de relever et de sauver les buveurs que je rencontrerai. 
( . l /fp la n disse m en Is ) . 

Mais. Mesdames et Messieurs, la vraie mission des ministres des 
cultes, celle qui doit tout particulièrement les occuper et les préoc- 
cuper c'est celle du sauvetage des buveurs. 

Madame Selmer nous disait, il y a un instant, en parlant du rôle 
de la fenime contre l'alcoolisme, (|ue la femme était admirablement 
qualifiée pour celle œuvre de relèvement par son coMir, sa grâce, 
son amabilité et la délicatesse de son tact. Je suis pleinement d'accord 
avec elle sur le bien que la femme peut accomplir dans ce domaine, 
mais ce n'est pas une raison pour lui abandonner ii elle seule cette 
grande et n(»ble mission. I^a femme est, comme on le dit familière- 
ment a la moitié » de l'homme : et nous voulons, nous aussi, avoir notre 
part, notre moitié, dans cette œuvre d'amour et de dévouement. 
, . 1 / Y> /(t H ilisse/n en (s ) . 

Siins voidoir discuter la question de savoir si c'est l'homme ou la 
iemme qui aime le plus, je puis vous assurer (nie lors(|ue nous, 
ministres du Christ, nous voyons des buveurs périr autour de nous, 
une immense compassion fait palpiter nos cœurs. — Nous nous 



r, 



240 vil* CONGRÈS INTERNATIONAL 

■ 

sentons leurs frères et nous nous eflbrçons de le leur faire comprendre, . 
avec moins de grâce sans doute que nos sœurs, mais avec non moins 
de sincérité et cle bonne volonté. Plus d'un buveur a senti, au regard 
affectueux qui accompagnait notre cordiale poignée de main, que 
nous Taimions réellement, et le courant de sympatnie que nous avons 
u établir ainsi entre lui et nous, a été pour lui, dans bien des cas, 
e point de départ d'une nouvelle vie. 

Le devoir de tout vrai pasteur, c'est donc de s'occuper tout spécia* 
lement de ceux de ses paroissiens qui se sont dévoyés par la boisson 
et qu'il doit considérer comme les brebis perdues de son troupeau. 
Rien ne doit lui coûter pour les ramener dans le droit chemin, ni 
exhortations, ni démarches, ni prières, ni sacrifice personnel de ses 
goûts et de ses habitudes. 

Il ne faut pas qu'il se croie obligé de leur adresser des reproches 
sur leur conduite, de les « sermonner » en un mot. Cela n'a jamais 

Eroduit grand'chose de bon. Comme me le élisait un jour un ancien 
uveur : « C'est bien inutile d'accabler de reproches un homme qui 
boit trop. On ne lui en dira jamais autant qu il ne s'en est dit à lui- 
même, a mainte reprise, les lendemains de noce ! Ça n'avance à rien 
et ça l'irrite. Ce qu'il faut, c'est lui témoigner de l'affection, c'est lui 
faire comprendre qu'il y a pour lui possibilité de relèvement, c'est 
faire renaître dans son cœur l'espérance d'une vie nouvelle et la foi 
dans la puissance de Dieu pour le délivrer. » 

Comme la pratique de l'abstinence totale de toute boisson enivrante 
est une condition presque indispensable de la guérison, le pasteur 
doit s'efTorcer d'amener le buveur a prendre l'engagement ' de s'en 
abstenir complètement. Ce ne sera pas toujours facile en présence des 
habitudes et des préjugés populaires sur la nécessité de l'usage des 
boissons alcooliques. Il faudra au ministre du culte beaucoup de 
persévérance et d'amour pour y arriver et, comme l'exemple est le 

Elus puissant des arguments, le succès de ses efforts sera considéra- 
lement augmenté s'il commence par prendre lui-même un engage- 
ment d'abstinence totale. ' 

Ce premier pas fait, il comprendra bien vite qu'il ne peut pas tout 
faire lui-même, qu'il a besoin de s'entourer de collaborateurs, soit 
pour l'aider personnellement dans son travail de sauvetage des 
buveurs, soit pour constituer autour de ceux qui cherchent h se relever 
un nouveau milieu social, composé d'abstinents chrétiens, qui serviront 
à la fois de point d'appui et de barrière protectrice aux néophytes. Le 
pasteur fidèle s'efforcera par conséquent de créer dans sa paroisse une 
Société de Tempérance à base chrétienne, exigeant de ses membres 
l'abstinence totale des boissons alcooliques. 

Après la fondation de sociétés de ce genre, la nécessité d'une 
foule d'œuvres spéciales s'imposera h sa sollicitude : Cafés de tem- 
pérance, asiles pour buveurs, salles de lecture, œuvre de patronage. 
Si le clergé ne peut s'occuper de toutes, il tâchera d'inspirer à des 



j . » - 



CONTRE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 241 

laïques ridée de les fonder, et encouragera tous les elTorts qui seront 
faits dans ce sens. 

(fiiice il celle aelivité, les ihinistres des culles auront plus spêciale- 
nient à remplir, dans la grande armée antialcoolique, une mission 
analogue il celle des infirmiers el des sœurs de charilé sur les champs 
d<* bataille : le sauvetage des perdus. Ils seront associés à la plus 
nohie des taches, celle de rétablir chez des êtres avilis et dégradés 
par la boisson et les vices qu'elle entraine ii sa suite, Timage divine 
que le Créateur y avilît placée. Ils feront ainsi, dans le domaine 
spirituel, ce que font quelquefois les archéologues qui, en enlevant les 
tas de décombres séculaires qui les couvraient, parviennent à remet- 
tre au jour les splendeurs oubliées de cités disparues et de temples 
abandonnés . (Applaudissements), 



IV 
Activité déployée par le clergé et les ministres protestants 

Pour démontrer que le rôle théorique attribué par nous au clergé 
cl aux ministres des divers cultes dans la lutte contre Talcoolisme 
nVst pas irréalisable, jetons ensemble un rapide coup d*œil sur ce 
qui a déjii été fait par eux dans quelques-unes des branches de la 
grande famille protestante ii laquelle j'appartiens. 

Les recherches auxquelles je me suis livré ces derniers temps en 
vue de cette conférence m'ont rempli le cœur de joie et d'admiration. 
Dans tous les pays où sévit l'alcoolisme, j'ai été heureux de voir des 
pasteurs prendre l'initiative de mesures destinées ii le combattre dans 
ses causes et dans ses effets, ou s'associer avec zèle aux efforts des 
initiateurs du mouvement. 

!«eur action a été d'abord isolée, suivant les habitudes si indivi- 
dualistes du protestantisme. Les premiers ministres qui, dans chaque 
<lénomination ont engagé la lutte, ont, il est vrai, souvent rencontré au 
début une forte opposition de la part de leurs collègues, imbus, comme 
le reste de la population, des préjugés ambiants. On les a considérés 
parfois comme des utopistes, des trouble-fète, presque comme des 
« tocpiés ». 

Peu à peu, cependant, leur exemple a trouvé des imitateurs. Le 
nombre des pasteurs enrôlés dans des Sociétés de Tempérance e( 
celui des ministres abstinents a été grandissant jusqu'il constituer 
une forte fraction, puis la majorité ; et même, dans certaines dénomi- 
nations qui travaillent surtout ii l'évangélisation des plus basses 
classes, la totalité des membres du clergé de leur église. 

A l'appui de cette aflirmation générale qui s'applique à toutes les 
parties du monde oii le protestantisme compte des églises ou des missions, 



242 vu' CONGRES INTERNATIONAL 

je me bornerai, faute de temps pour parler de tous, à donner un court 
aperçu de co (|ue Ioh membres du clergé protestant ont fait dans les 
pays voisins do la Frîincc et en France même. 

En Angleterre, au siècle dernier déjii, nous voyons Wesley recom- 
mander aux membres de son église^ rabstinencc des boissons distillées 
— car c'est par cette abstinence partielle qu*on a commencé la lutte 
un pou partout — et réclamer la prohibition légale de la distillation, 
sans toutefois condamner ni le vin, ni la bière. En 1784 son église 
décida que les ministres devaient s'abstenir de boissons distillées. 

Mais c*est surtout au xix* siècle, que les membres des diverses 
églises protestantes des Iles Britanniques sont entrés énergiqucmcnt 
dans la lutte. 

En 1830, Tune des églises méthodistes issues du mouvement inau- 
guré par Wesley, décidait la fondation d'une Société d'abstinence des 
boissons distillées. Kn 1841, l'abstinence totale fait sa première appa- 
rition, en la personne d'un pasteur, dans les rangs de l'association 
wcsleyenne do tempérance. Son exemple fut si bien suivi que les 
derniers rapports que l'on m'a remis sur le nombre des ministres 
abstinents des diverses branches anglaises et écossaises, sorties de 
l'Eglise fondée par Wesley, rapports qui portent sur 727 ministres, 
m'indiquent que 701 d'entre eux, soit le 96 0/0, sont actuellement 
abstinents totaux de toutes boissons enivrantes. Ces rapports ajoutent 
(|ue, dans d'autres branches du méthodisme sur lesquelles on n'a pu 
mo fournir des chiffres précis, « presque tous les jeunes ministres 
sont abstinents. » 

Le clergé des autres dénominations protestantes d'Angleterre n'est 
pas resté en dehors de cette activité. C'est ainsi que sur 2.300 mi- 
nistres //a/;//.v/e.v, 1.G8G, (730/0) sont abstinents, et que sur 211 étudiants 
en théologie baptistes, il y en a 209 (99 0/0) qui le sont également. 
Sur 2.902 pasteurs congrégationaUsles, 2.444 (84,5 0/0) sont aussi 
abstinents. 

En résumé, les renseignements que j'ai pu recueillir sur le nombre 
des ministres des diverses églises protestantes indépendantes de 
l'Etat qui, dans la Grande-Bretagne, manifestent leur activité dans la, 
lutte contre l'alcoolisme en pratiquant l'abstinence totale sont les 
suivants '^ : 

En Angleterre^ sur .'S. 860 ministres protestants de dénominations 
diverses indépendantes de l'Etat (non-conformistes), 4.775 soit 81 0/0 • 



> Lettre û M. S. dWrmnjfh. (Irlande) du 2(i avril 1769. Traite sur le» désordre» nerveux, 
m I78'i. 

< Ces chifTrc» ne se rapportent qu'aux Eglises et sociétés do tempérance sur lesquelles 
j'ai pu me procurer den statistiques assez précises pour être utilisées. La proportion 

Sour 0/0 ne s'uppliaue donc qu'aux cbifTres recueillis et mentionnés ici, et non à l'ensemble 
es ministres des cultes protestants du pays, dont je ne connais pas le nombre total. 



CONTBR l'abus DRS BOISSONS ALCOOLIQUES 243 

sont abstinents totaux; ol la proportion semble plus forte encore chez 
les étudiants en théologie. 

En lù'osse, sur 2.193 ministres protestants des églises indépendantes 
dr l'Klat, 1.54(5 soit 70 0/0 sont abstinents totaux. Notons que dans 
trois di* ces dénominations (rKvangelical Union, les Primitiv Metlio- 
<lists et la Baptist Church) tous les minisfros sans exception ^ au noml)re 
de 138, sont abstinents. Par contre, dans TKglise presbytérienne 
olîicielle funie ii TEtat), cette proportion n*est que de 20 0/0 (.300 mi- 
nistres environ sur 1.480). 

Huant au clergé de TEglise anglicane ((Ihurrh of Kngland), il a 
lonriii de vaillants champions \\ la cause de la tompérance, entre 
autr«»s Tarchevéque de Cantcrbury. Plusieurs pasteurs anglicans qui 
avaient fondé dans leurs paroisses des sociétés d'abstinence totale, 
s'unirent en 18()2 pour constituer la « Church of Kngland total 
abstinence Society » (|ui devint en 1872-1873 la « Church of England 
Tempérance Society » admettant dans son sein, sur le pied de com- 
plète égalité, des membres abstinents et des modérés. Cette « double 
basr » (dual basis) qui subsiste encore aujourd'hui, a pour conséc|uence 
qu'on ignore actuellement, au siège central de la Société, le nombre 
des membres du clergé qui sont abstinents. 

On sait par contre que c'est le clergé qui dirige la Société. Les 
archevêques de Canterbury et de York en sont les présidents. Elle a 
des branches dans tous les diocèses d'Angleterre et du Pays de Galles, 
sous la présidence de l'évèquc, et compte près de 7.000 sections 
paroissiales, ce ({ui, dans une église épiscopaie, donne une idée de 
l'intérêt que le clergé porte h cette œuvre. 

I /activité de la Société de Tempérance de l'église anglaise ne se 
borne pas au travail paroissial, mais elle envoie des agents près des 
tribunaux et aux portes des prisons pour parler aux libérés. Elle fait 
une oMivre sur les champs de course et parmi les employés de chemins 
de 1er ; elle ouvre des asiles pour buveurs, réclame des mesurt»s 
législatives contre l'extension du commerce des boissons alcocdiques, 
fait fircider des voiturettes «le boissons non enivrantes, etc., etc. 

\é Kinlise (Vlrlande^ sn»ur de l'Eglise anglicane, a aussi sa société de 
liMupérance. Elle est présidée par les archevêques d'Armagh et d<» 
Dublin et compte des sections dans I.IOO paroisses sur 1.400. La 
moitié des évéques de l'Eglise d'Irlande et presque tous les jeunes 
ministres sont abstinents, soit environ le 50 0/0 des 1.700 membres 
<le son clergé. 

Quant aux autres dénominations protestantes d Irlande, je n'ai pas 
pu recueillir des chilTres précis sur le nombre des pasteurs abstinents 
qu'idles renferment, mais le secrétaire de « Llrish Tempérance League » 
métril que les ministres des églises wesleyennes, méthodistes, ron- 
grégationalistes et baptistes d'Irlande, sont presque sans exception 
abstinents totaux. Chez les presbytériens la prop(»rlion des pasteurs 
abstinents est plus faible. 



3 



244 VII* CONGRBS INTERNATIONAL 

Ces renseignements, mielque brefs et incomplets qirils soient, me 
paraissent cependant sulTisants pour montrer avec quel zèle, quelle 
ardeur et quel amour le clergé et les ministres des diverses églises 
protestantes dos Iles Britanniques, sont entrés dans la lutte contre le 
terrible fléau alcool i(|ue qui ravage leur pays, et cela non seulement 
avec des paroles, des prédications, des recommandations ou des écrits, 
mais en donnant eux-mêmes ii leurs troupeaux l'exemple de Tabstinence 
totale. 

Sans vouloir prétendre que les ministres abstinents soient les seuls 
ui lassent quelque chose contre Talcoolisme, on ne peut s*empécher 
de reconnaître que ceux qui, par amour pour leurs paroissiens buveurs 
et dans Tespoir d*empècher par leur exemple de nouvelles personnes 
do s'alcooliser, vont jusqu'au sacrifice de leur droit personnel d'user 
avec modération du vin et des boissons fermentées, donnent par lii un 
témoignage non équivoque de la sincérité de leurs convictions et du 
dévouement qu'ils apportent dans leur lutte contre Talcoolisme^. 

Qu'on me permette ici une parenthèse relative au mot de sacrifice 
que je viens de prononcer. Si je l'emploie, c'est en me plaçant au 
point de vue de ceux qui ont été élevés dans l'idée que les boissons 
alcooliques sont plus ou moins nécessaires h la santé, que leur usage 
modéré constitue une des joies légitimes de la vie et qui en font encore 
un usage... qu'ils apprécient. Il est évident qu'un engagement d'abs- 
tinence totale pris dans ces conditions, par un pasteur, dans le but 
d'aider ses paroissiens buveurs à se corriger, et d'éviter à d'autres, 
plus faibles nue lui, la tentation de s'autoriser de son exemple pour 
consommer des boissons enivrantes qui pourraient leur être une 
occasion de chute, — constitue pour ce pasteur, au moment où il le 
signe y un véritable renoncement, un sacrifice d'amour pastoral. 

Il l'est plus encore pour le pasteur qui vit dans un milieu où son 
exemple d'abstinence n'est pas compris, où il est mal vu et lui attire des 
remarques désagréables, de l'hostilité sourde et parfois déclarée de la 
part de paroissiens influents, plus ou moins directement intéressés 
dans la production ou la vente des boissons alcooliques. Il y a eu des 
cas, surtout au début du mouvement, où cette hostilité est devenue 
assez forte pour entraîner la démission forcée du pasteur abstinent. 

A part ces exceptions, auxquelles Dieu a d'ailleurs accordé des 
compensations spirituelles au bout d'un temps plus ou moins long, 
tous les pasteurs entrés résolument dans cette voie ont fait l'expérience 
qu'ils avaient plus gagné que perdu à devenir abstinents. Ils ont 
reconnu que l'engagement pris par eux en pensant faire un sacrifice, 
était devenu un véritable bénéfice pour leur corps, pour leur cœur de 



> Toiitci» les personnes que j'ai coniultées lur raclivité des modérés et des abstinents 
lotaux danii In lutte contre l'alcoolisme en Anffloierre — et ailleurs — s'accordent pour 
rcciinnaitre uuc les ubstincnts totaux sont la colonne vertébrale (the back bone) de toute 
l'œuvre antiolcoolique. 



CONTRB l'àBDS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 245 

chrétien et de pasteur, et surtout pour Teflicacité de leur minîs- 

tfM'C. 

Sur le Continent^ en France et dans les nations qui Tavoisinent 
immédiatement, Suisse, Allemagne et Belgique, Tactivité spéciale des 
pasteurs protestants dans ce domaine est plus récente, mais tend de plus 
oirplus a égaler celle de leurs collègues d'Angleterre et d^Ecosse. 

Kn Suisse, dès 1830, nous voyons à diverses reprises des pasteurs 
de divers cantons, émus du récit de ce qu'avaient fuit leurs collègues 
d*Aniérique, des Iles Britanniques et de Scandinavie, se mettre h 
rœiivre et fonder des sociétés d'abstinence partielle (abstinence dos 
ii(|uours distillées) ou de modération. 

Mais au bout de peu d'années toutes ces sociétés disparurent dans 
lo découragement causé par le peu de résultats obtenu. 

Vax Allemagne un mouvement analogue fut arrêté lors de la révolution 
du milieu du siècle. 

Lu vèrtlalile activité du clergé protestant tant en Suisse fjuen France y 
en Allemagne et en Belgitjue, celle qui a déjà produit des résultats 
féconds et toujours granclissants, dats de la fondation de la Société de 
trm/>érance de la Croix -Bleue, à Genèye, le 21 septembre 1811. A ce 
moment il n'y avait, ii ma connaissance, que deux pasteurs abstinents 
en Suisse, mon cher collègue, M. le pasteur Arnold Bovet, — dont h 
vrai dire, j'ignorais alors 1 existence et a plus forte raison la qualité 
d'abstinent — et celui qui vous parle, auquel on n'épargna pas au 
début les quolibets et les haussements d'épaules. 

Pou h peu quelques-uns de mes collègues dans le ministère, prirent 
à leur tour l'engagement âe s'abstenir de toute boisson enivrante. Ils 
le (iront pour démontrer pratiquement que l'abstinence totale était 
possible et pour engager quelques-uns de leurs paroissiens à la pra- 
tiquer, soit pour se corriger eux-mêmes de leur intempérance, s'ils 
en avaient besoin, soit pour aider leur pasteur, s'ils étaient déjà 
sobres, à travailler au relèvement de leurs parents ou de leurs voisins 
buveurs. 

Aujourd'hui nous avons la joie de compter en Suisse, dans la seule 
u Société Suisse de la Croix-bleue, » 236 * pasteurs et prédicateurs 

I Dnns la Suiëie françaiêe on compte 143 pasteurs abstinents faisant partie de la 
Croix-lUeue : 29 dans le canton de Genève, 75 dans le canton de Vaud, 26 dans celui de 
NVucluUol et 13 duns le Jura-Uernois. 

lu «ont surtout nombreux dans \t* Ef^lises indépendantes où ils représentent le 70 
du rlt'r^c (88 sur llG'). Dons le canton de Vaud, le plus vinicole de toute la Suisse, 82 0.0 
di'H paiilpars et ministres des Eglises libres (50 sur 6t) font partie de la Croix-Bleue et 
noiii p:ir conséquent abstinents. Comme on le voit c'est li\ une proportion supérieure ù 
ii'llo «les E^li«es libres d'Ecosse (70 0,0) et égulc t\ celle des non-conformistes onglitis 
Mt/i o n . bien aue le mouvement n'ait commencé en Suisse que depuis 22 ans. 

A «'Até de In Croix-Hleuc, d'autres Sociétés de tempérance ont dans leurs rangs des 
purtIfurK abstinents dont je n'ai pu savoir le nombre exact et dont je n'ai par conséquent 
pu M pu tenir compte dans cette statistique. C'est en particulier le cas pour « l'Avenir, s 
soi'irtt* rattncbée ù TEglise nationale vaudoise» qui se conapose de modérés et d'abstinents 
et (Itint bon nombre de postcurs nationaux font purUe. 



'';-v 



246 vil" CONÇUES intbiinàtionàl 

protestants abstinents qui traviiilleiit avec succès au rclcvcment des 
liuvcnirs. Gnicc à leur précieux concours, la Croix-Bleue suisse, dont 
les débuts ont été lents, dilliciles et peu encourageants, et qui est une 
société fondée et dirigée en grande partie par des pasteurs, a la joie de 
compter actuellement dans ses rangs plus de 5.500 anciens buveurs 
immodérés, devenus abstinents et dont plus de 3.400 sont déjà 
abstinents depuis plus d'un au, ce qui fait bien augurer de leur 
relèvement dédnitil. ( Applaudissementa). 

De Suisse, la Croix-Bleue s'est étendue en France, Il y a dans la 
Société Iraneaisc de la Croix-Bleue plus de 45 pasteurs et ministres 
protestants qui sont ii la tète de son Comité national et de la plupart 
de ses sections. KWv compte également dans ses rangs, 421) anciens 
buveurs ; c'est la preuve que, ici aussi, le dévouement des ministres 
des cidles n'a pas été sans résultats. — On me signale encore 
4L pasttMirs protestants enrôlés dans l'Union française antialcooli- 
(pie, fondée par M. le D** Lcgrain ^ ii laquelle ils prêtent un concours 
dévoué. 

Kn Allemagne^ nous avons dans la Croix-Bleue 118 pasteurs et 
prédicateurs abstinents, qui sont presque toujours membres de ses 
Comités directeurs. Notre Société allemande de la Croix-Bleue a déjà 
1.773 anciens buveurs dans ses diverses sections. 

En IJelfjfif/ne, où le protestantisme ne constitue qu'une très petite 
minorité et où la Croix-Bleue qui travaille depuis 1885 n*a encore pris 
([u'unc faible extension, 6 pasteurs seulement en font partie à côté de 
73 anciens buveurs. Par contre l'exemple de la Croix-Bleue a fait 
naître ii coté d'elle une Société analogue, « TEtoile Bleue » qui en 
diflere surtout parce qu'elle admet l'usage modéré de la bière légère ; 
plusieurs pasteurs s'y sont rattachés'*^. 

Kn lésiimé, la Fédération internationale des sociétés de tempérance 
de la Croix- lilette compte actuellement dans ses rangs 406 pasteurs et 
prédicateurs protestants (218 appartenant aux églises nationales, c'est- 
ii-dire ollicielles et unies à l'Etat, et 188 aux églises indépendantes de 
l'Ktat,) chiitVe quil est intéressant de rapprocher de celui des anciens 
buveurs immodérés, devenus abstinents, dont 8,08 z faisaient égale- 
ment partie de la Fédération au 1" septembre 1898. Ce nombre ré- 
jouissant atteste l'utilité du concours donné par les pasteurs à la 
grande armée antialcoolique, dont ils ont, en bien des cas, constitué 
en quelque sorte, l'ambulance. 

Ajoutons que beaucoup de ministres protestants sWcupent aussi 
activement de VFspoir (société de tempérance pour enfants) et des scc- 



> Sur cc:) quurantc et un, quelquet«uni font en même temps partie de la Croix-nieue. 

- Dnns une sêniice ultérieure du Congrès, M. Vanderwelde a prononcé cette phriise, 
U* moi Immigre imparliul et cncouragcont rendu par le chef socialiste belge au succès de 
l'activité du clergé protej»tant belge dans In lutte contre l'alcoolisme: « Dans nos poroisses 
du Horinagc, oii les pasteurs protestants prêchent la tempérance ou l'abstinence, les 
ouvriers protestants sont les plus sobres, j» 



CONTRE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 247 

lions cadettes de la Croix^Blene qui, par une action préventive, cher- 
l'Iinit il diminuer le nombre des victimes de Taicoolisme. 

I^lusieurs ont pris une part active a ia fondation de cafés do tempé- 
rance, (le salles de lecture, d*asiles pour buveurs et pour buveuses et 
antres œuvres accessoires mais utiles au succès de la lutte contre 
ralconlisme. 

D'autres pasteurs encore n'ont pas craint d'étudier le côté législatif 
et administratif de la question et surtout son côté éducatif. C'est, en 
elFct, d'un concours ouvert par leur initiative et dont ils avaient éla- 
boré le plan, qu'est sorti l'excellent « Manuel de tempérance il l'usage 
d<'s instituteurs primaires et secondaires, par M. Jules Denis, » dont 
() il 7,()0U exemplaires ont déjii été mis en circulation et dont une tra- 
duction en allemand a été (aite par un pasteur. — C'est, enfin, à Tini- 
tiativc de pasteurs qu'est encore due en Suisse, la fondation, en 1802, 
de la « I^igue patriotique suisse contre l'alcoolisme. » 

Ces quelques notes statistiques attestent, avec évidence, qu'au cen- 
tre de notre continent et dans les pays de langue française, aussi bien 
(juc dans les pays Anglo-Saxons, les ministres des diverses églises 
protestantes comprennent de mieux en mieux le grand et beau rôle 
({iTils peuvent jouer dans la lutte contre l'alcoolisme. Les succès ({u'ils 
ont remportés, le luunbre des buveurs au relèvement desquels ils ont 
travaillé par leur parole et par leur exemple, le nombre plus grand 
encore de ceux qu'ils ont contribué à préserver de la contagion al- 
cool i<|ue en les enrôlant dans les sociétés qu'ils ont fondées ou ap- 
puyées, l'action générale qu'ils ont ainsi exercée directement ou indi- 
rectement sur I opinion publique, tous ces faits indiscutables sont 
autant de preuves de l'utilité de leur intervention. 

On peut donc en conclure en toute assurance : 

I** Que, dans la grande armée qui lutte contre le fléau moderne que 
nous combattons, la place du clergé et des ministres des divers cultes 
est marquée il côté de celle des médecins, des instituteurs, des écono- 
inisles, des sociologues et des législateurs ; et (|ue la tache qu'ils ont ii 
remplir, si elledifTère un peu de la leur, n'est certainement pas moins 
importante ni moins nécessaire. 

2*' Qu'en pratique, aussi bien qu'en théorie et en principe, dans la 
répartiticm du travail entre toutes ces catégories de lutteurs, la part 
qui c<invient le mieux au caractère et aux aptitudes des ministres des 
cultes et dans laquelle ils peuvent rendre le plus de services est celle 
«lui c<incerne l'appui ii donner aux Sociétés de Tempérance h caractère 
religieux destinées l\ sauver les victimes de l'alcoolisme et ii en em- 
pêcher le recrutement. 




V^yi*' -u 



• I 



248 VII* CONGRES INTERNATIONAL 



CONCLUSION 

Un dernier mot aux pasteurs non encore engagés dans la lutte 
contre Talcoolisme et témoignage personnel. 

Qu*on me permette, en terminant, d'adresser encore quelques mots 
il ceux de mes collègues dans le saint ministère qui ne seraient pas 
encore entres activement dans la lutte contre Talcoolismc, et surtout 
qui ne se seraient pas encore occupés du relèvement des buveurs en 
leur donnant personnellement Texemple de l'abstinence totale. 

Je le ferai, en m^inspirant des sentiments que notre Sauveur prête, 
dans la parabole de la brebis perdue, au berger qui a retrouvé sa bre- 
bis et qui ne peut s*empècher d'appeler ses amis et ses voisins, pour 
leur communiquer la joie débordante qu'il éprouve. 

Le sentiment qui domine en efTet tous les autres dans le cœur des 
pasteurs, mes collègues de W Croix-Bleue — les seuls pasteurs absti- 
nents au nom desquels je me sente le droit de parler, — c'est la joie * 
d'avoir découvert ce moyen d'augmenter l'efficacité de leur ministère 
et d'avoir pu atteindre ainsi, pour les amener à l'évangile et au salut, 
des paroissiens sur lesquels leur influence avait été jusqu'alors h peu 
près nulle. 

Presaue tous vous diront que l'œuvre de la Croix-Bleue^ constitue 
l'une cies faces les plus lumineuses et les plus fécondes de leur 
activité pastorale. 

Autrefois les buveurs étaient au nombre des plus grandes causes de 
tristesse et de découragement de leur ministère, alors qu'ils voyaient 
ce vice s'implanter dans une famille et s'y perpétuer, parfois des 

frrands-parents aux petits-fils, avec toutes les conséquences dou- 
oureuses qu'il entraine à sa suite. 

Plus tard, quand, après avoir entendu parier des relèveaients opé- 
rés dans la Croix-Bleue, ils se mirent à recommander aux buveurs 
l'abstinence totale comme moyen de salut, sans s'abstenir eux-mêmes, 
quelques-uns réussirent peut-être quelquefois, — mais bien rarement, 
— a décider un ou deux intempérants à suivre leurs conseils. Ils en 
furent réjouis, mais ils durent constater la difficulté pratique de re- 
commander avec succès un régime qu'ils ne jugeaient pas bon de 
suivre eux-mêmes. En dépit de tous les raisonnements théoriques, la 
pensée de ressembler un peu il ces Pharisiens que Jésus accusait de 
mettre sur les épaules des autres des fardeaux qu'ils n'auraient pas voulu 
toucher eux-mêmes du bout du doigt, les gênait dans leurs exhorta- 
tions, malgré la conscience de leur droit légitime à continuer eux- 
mêmes h boire modérément et avec actions de grâces du vin, de la 
bière ou du cidre, puisqu'ils n'en abusaient pas. 

Aussi quelle transformation ils ont constatée en eux le jour oii, 






CONTRB L*ABUII DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 249 

pour vaincre plus facilement les résistances de queloue alcoolique, 
ils lui ont offert de prendre avec lui un engagement d abstinence to- 
tale pour Tencourager ; ou bien, lorsque, sans avoir en vue un bu- 
veur particulier, ils sont allés signer cet engagement dans Tespoir 
do gagner quelques-uns de ces pauvres esclaves de la boisson qu*îls 
portaient dans leur cœur de pasteurs chrétiens ! 

Ils ont senti dès lors qu*un lien plus étroit s'établissait entre ces 
buveurs et eux; qu'ils leur appartenaient en quelque sorte moralement, 
puisqu'ils Iqs avaient rachetés par l'abandon de leur propre verre de 
vin. Et comme l'amour qu'on éprouve pour un être grandit de tous 
les sacrifices qu'on s'impose pour lui, leur amour pour les buveurs est 
devenu plus ciiaud et plus communicatif. ^ 

Aussi quelle joie digne des anges de Dieu a rempli ces cœurs de 

Easteurs, le jour où ils ont constaté que leur exemple avait pu contri- 
ucr a la conversion d'un premier buveur; et quand ils ont vu les trans- 
formations que cette régénération amenait dans la vie et dans la 
famille d'un être qu'ils avaient longtemps considéré comme a jamais 
perdu ! 

Et quand les cas se sont multipliés; quand, dans leur paroisse, les 
habitudes se sont modifiées, quand les excès habituels et en quelque 
sorte (( reçus » sont devenus des exceptions dont on avait honte ; quand le 
goût des jouissances spirituelles a remplacé peu à peu celui de la sen- 
sualité et de lïntempérance, quelle joie pour le pasteur abstinent de 
se dire que, par la grâce de Dieu, auquel avant tout soit la gloire, il 
est lui aussi pour quelque chose dans cette heureuse transformation ! 

Quelle joie surtout, quand ceux qui étaient autrefois sa croix et son 
tourment, deviennent ses amis les plus fidèles et ses collaborateurs 
les plus dévoués dans son œuvre de sauvetage des buveurs ! 

Ne vaut-il pas la peine, chers frères dans le ministère, pour arriver 
à de tels résultats, de renoncer au verre de vin que vous avez le droit 
de boire, et d'imiter ainsi la mère qui, pour apprendre à marcher a 
son enfant, mesure la grandeur de ses propres pas aux siens, et l'apo* 
tre saint Paul qui savait se faire « faible avec les faibles comme s'il 
eût été faible, pour sauver les faibles ? » 

En ce qui me concerne, je puis rendre ici mon témoignage devant 
mes collègues, comme le ferait un de nos anciens buveurs devant ses 
ex-compagnons de bouteille. Au début je croyais vraiment faire un 
sacrifice réel, risquer ma santé et abréger quelque peu ma vie en 
renonçant au vin. Aussi, avant de prendre la responsabilité d'engager 
d'autres personnes a s'abstenir, ai-je voulu faire sur moi-même 1 essai 
de l'abstinence totale pendant plus d'un an ^ tant j'étais imbu des 

1 J ai btl mon dernier verre de vin le 8 janvier 1S76 et ce n'eit que le 21 août 1S77 que 
j'ai prti la réiolution de fonder une eociété pour le relèvement dei buveurs ; réaoluUon qui 
a eu ton exécution le 21 septembre 1877, par la fondation de la « Société Suisse de Tem- 
pérance s, qui a prit* plus tard la Groiz-Bleae pour emblème et pour nom. 

17 



Wi 



250 vit* CONGRES INTERNATIONAL 

dugés populaires sur les bienfaits et la nécessité de l'usage des 
isons fernicntées. Ces scrupules et ces craintes me font sourire 
aujourd'hui, mais, ils m'aident à comprendre ceux de mes collègues 
qui conservent encore mes préjugés d'autrefois. 

Que de compensations et de grâces Dieu m'a accordées pour ce qui 
me paraissait, il y a 23 ans, un sacrifice ! Dans ma santé d'abord, un 
' aiTermissemcnt, au lieu de l'aflaiblissement redouté. Puis dans mon 
cœur et dans mon Ame, malgré bien des luttes, des dilTicultés et des 
déceptions, que de joies toujours renouvelées et toujours grandis- 
santes, en voyant des hommes qui, il y a dix, quinze, vingt ans, 
étaient dos Atrcs iniscrnbles et dégrades, ii charge à eux-mêmes et aux 
autres, criblés de dettes et de vices, devenir d'honnêtes pères de 
famille, respectés et souvent dans l'aisance, des citoyens utiles et, 
dans bien des cas, — ce qui pour un pasteur est plus précieux encore, 
— des chrétiens sincères, fidèles et dévoués. 

Que de joies aussi, quand, dans quelque réunion ou fête de tem- 
pérance, un enfant s'approche de moi, conduit et encouragé par sa 
mère, l'air ému, un peu timide, mais le visage souriant et le regard 
aOectueux, pour serrer la main de « celui qui a fondé la société par le 
moyen de laquelle son père a été transformé et le bonheur est entré 
dans la maison ! » 

Frères dans le ministère, connaissez-vous des joies plus grandes, 
plus pures, plus saintes ? — Eh bien, c'est ii les partager que je vous 
invite en terminant, en vous engageant k vous mettre a l'œuvre, et à 
devenir ouvriers avec Dieu pour le salut de vos paroissiens buveurs, 
en leur donnant, si votre conscience vous y appelle, l'exemple de 
l'abstinence totale. Peu d'actes de votre ministère auront été plus 
utiles et plus féconds en fruits durables et bénis. (Applaudissements.) 

M. le Président. — La pamle est à Monseigneur Tuiinaz, évèque 
de Nancy et de Toul, sur la question : Le clergé catholique et la lutte 
contre ralcoolisme. [Applaudissements). 

LK CLKRGÉ CATHOLIQUE ET LA LUTTE 
CONTRE L'ALCOOLISME 

Mesdames, Messieurs, 

Les applaudissements par lesquels vous voulez bien m'accueillir 
me vont droit au cœur ; ils sont pour moi un encouragement et une 
force. 

Vous ne vous étonnez pas — ces applaudissements en sont la preuve 
éclatante — de voir un évèque, un évoque de la frontière et vous me 



'?# VVv'J 



CONTIIK L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUKS 251 

permettrez d*ajouter, puisou'on a parlé tout à Theure de Jeanne d*Arc, 
un évéque du diocèse qui fut celui de Tangélique -gucrriërey prendre 
part h ce grand Congrès. 

Vous avez voulu^ Messieurs, et vous avez mille fois raison, faire 
appel h toutes les intelligences, à toutes les bonnes volontés, à toutes 
les forces, et à toutes les influences pour combattre le terrible et hor- 
rible fléau de Talcoolisme. 

Nous ne sommes point ici sur un terrain confessionnel mais sur le 
terrain de la bienfaisance où tous les cœurs peuvent se rapprocher et 
s*unir ; et nous avons tant besoin d*union ! [Applaudissements proton- 
{(es,) De même que l'admirable Société de la Croix Rouge fondée à 
Genève et qui a franchi les frontières de TEurope rallie autour de son 
pacifique étendard les Ames nobles et généreuses pour diminuer autant 
que possible les horreurs et les ravages du fléau passager de la guerre ; 
ainsi, dans ce Congrès, ces mêmes simes se groupent et travaillent 
ensemble à diminuer et à détruire les horreurs et les ravages d'un 
fléau permanent et cent fois plus redoutable encore. 

J'ai applaudi avec vous cette noble femme qui est venue des froides 
régions au Nord nous apporter les chauds accents de son dévouement. 
Elle s*est adressée aux femmes de France : les femmes de Franco 
Tentendront. Leurs mains et leurs cœurs sont toujours prêts pour 
concourir b toutes les grandes œuvres, guérir toutes les plaies et sou- 
lager toutes les misères. Soyez en sûre. Madame, les femmes de France 
vous suivront dans votre généreuse croisade. [Applaudissements.) 

M. le pasteur Rochat vous a parlé avec Tardeur de sa foi chrétienne. 
Je tiens à le remercier de la parfaite courtoisie qu'il a mise dans ses 
relations avec moi dès le premier instant où nous avons dû nous en- 
tendre au sujet de cette séance et de ces discours. 

Je salue Tintelligent, dévoué et éloquent D*" Legrain, président de 
ce Congrès ; je lui exprime la reconnaissance de tous les Français, et 
en particulier du clergé catholique, pour la grande lutte qu'il a entre- 
prise et qu'il soutient avec tant d'énergie, d'activité et d'éclat. [Ap* 
pla udissements. ) 

Je ne vous ferai pas un sermon, pas même un prône, quoique vous 
méritiez certainement d'être prônés [Rires et applaudissements), quoi- 
que je doive vous offrir a vous aussi mes remerciements et mes félici- 
tations pour le succès de ce magnifique Congrès. [Rires et applaudis- 
sements,) 

Je n'abuserai pas de votre attention si bienveillante et de vos si 
vives sympathies; je vous dirai très rapidement [V'oix nombreuses: 
Pas trop !) ce que le clergé catholique a fait pour lutter contre Tal- 
coolisme, — ce que le clergé, et en particulier le clergé français, doit 
faire encore ; — j'indiquerai enfin en quelques mots les moyens les 
plus eflicaces qui doivent être mis en œuvre. 






« / 



252 VII* CONGRB8 INTERNATIONAL 



A tout seigneur tout honneur! Je m'incline d'abord devant la grande 
et noble figure du Père Mathews. Lacordaire a dit : ce Le Capucin est 
le Démosthènc du peuple. » Ces paroles s'appliquent merveilleuse- 
ment au Père Mathews. Son cœur s'est ému devant les misères et les 
désastres que l'alcoolisme multipliait en Irlande. La parole ardente de 
ce fils de saint François d'Assise entraine et soulève les foules : des 
associations de tempérance sont créées partout : les plus obstinés 
buveurs se convertissent ; le peuple l'acclame comme son sauveur et son 
père. Dans sa générosité qui donne tout sans jamais compter , il contracte 
des dettes et II est jeté en prison. Mais une souscription est ouverte 
en Irlande et en Angleterre et le grand apôtre est libre. Epuisé et 
malade, il traverse TOcéan et précne la tempérance aux Etats-Unis. 

Lh encore, pendant deux ans, ses succès sont prodigieux. Puis il 
revient, humble et pauvre, mourir au milieu de ses chers Irlandais. 

« Le secret de fa force du Père Mathews, a dit M. Hercod, qui 
est présent dans cette assemblée et auquel je suis heureux de renare 



> * 1 



hommage, le secret de sa force, c'est qu il aimait. Entièrement dévoué 
SI son œuvre, indifférent a ses intérêts personnels, il s'est donné tout 

entier Que tous ceux qui lui ont succédé dans la lutte s'inclinent 

devant cette grande figure, prennent de lui des leçons de courage et 
de saint enthousiasme, et que son souvenir demeure respecté et impé- 
rissable, n {Applaudissements.) 

En Irlande et en Angleterre, l'épiscopat et le clergé ont maintenu 
les traditions du Père Mathews et combattu constamment avec la plus 
grande énergie le fléau de l'alcoolisme. Les abstinents complets qui 
renoncent non seulement aux boissons spiritueuses, mais au vin, à la 
bière et au cidre, sont très nombreux parmi le peuple et dans les rangs 
de l'armée anglaise. 

La Ligne cnt/toli(/ne de la Croix a uni ses sollicitations aux sollici- 
tations des Ligues protestantes pour obtenir du Parlement la ferme- 
ture des cabarets et des cafés le dimanche. 

En Amérique, la semence jetée par le grand apôtre irlandais a fruc- 
tifié. En 1884, le concile plénier de Baltimore, qui comptait soixante- 
dix archevêques et évèques des Etats-Unis, a recommandé aux catho- 
liques, dans les ternies les plus pressants, les sociétés de tempérance. 

A l'Université catholique de Washington, une chaire dite du Père 
Mathews a été instituée, et des conférenciers s'y succèdent pour com- 
battre Falcoolisine. 

Au Canada, en 1600, Monseigneur de Laval défendait le commerce 
des boissons enivrantes sous peine d'excommunication. Depuis lors, 
les évèques du Canada n'ont cessé de combattre l'alcoolisme dans leurs 
circulaires, leurs lettres pastorales et les décisions de leurs conciles. 
Dernièrement encore, ils louaient les sociétés de tempérance qui ont. 



»' 



CONTRE L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



253 



l 



discnt-Ilsy produit des fruits si admirables et si salutaires, et rappe- 
laient les faveurs spirituelles dont les Papes les ont enrichies. Ces so- 
ciétés de tempérance ont pour base essentielle la religion et admettent 
comme principe l'abstinence totale. 

Dans ce pays de cinq millions d'habitants, en très grande majorité 
catholiques, l'article 60 de la loi de 1883 sur Talcool ordonne la fer- 
meture des débits de boissons depuis le samedi a sept heures du soir 
jusqu'au lundi à six heures du matin. Et, quoique je ne veuille faire 
de la politique ni ici ni ailleurs, il me sera bien permis de signaler 
une excellente mesure qui devrait être établie partout et d'ajouter que 
ce même article défend toute vente des boissons enivrantes les jours 
d*élections dans toute l'étendue de la circonscription électorale. (Rires 
et applaudissements .) 

Le clergé et l'épiscopat de la Belgique, qui tient avec la France le 
rcmier rang parmi les nations désolées par l'alcoolisme, donnent h 
n lutte un puissant concours. En 1895, les évèques belges réunis dans 
un congres extraordinaire avec les catholiques les plus influents pla- 
cèrent oniciellcmcnt parmi les œuvres dont il faut promouvoir immé- 
diatement et vigoureusement la réalisation, les œuvres antialcooli- 
ques. 

Dans des assemblées dirigées spécialement contre ce fléau, dans 
des discours adressés à leur clergé, dans leurs lettres pastorales, les 
évèques encouragent vivement les sociétés de tempérance et leur dé- 
veloppement parmi les jeunes gens et dans les écoles. Un bon nombre 
de prêtres ont pris part a votre dernier Congrès de Bruxelles et parmi 
c(*s prêtres deux ont un droit spécial à notre reconnaissance. 

M. l'abbé Lemmens a fondé à Liège et dirige avec beaucoup d'in- 
telligence et de zèle la société de tempérance le Bien^Etre social^ 
société qui pourrait servir de modèle a toutes celles que les catholi- 
ques doivent organiser. 

M. l'abbé Vasiet a renoncé à un ministère qui lui promettait de 
grandes consolations et de brillants succès pour consacrer son infati- 
gable activité à la lutte antialcoolique et à la direction de sociétés de 
tempérance. Son excellent ^an/i^/ae tempérance a été loué et applaudi 
au dernier congrès international de Bruxelles. 

[jC clergé de Hollande s'est engagé dans la même lutte et un congrès 
néerlandais tenu a Utrecht en 1898 a déjà produit de très heureux 
résultats. 

En Allemagne, les évèques qui peuvent s'entendre et s'unir, les 
congrès catholiques nombreux et puissants marchent avec énergie 
dans la même voie. Le clergé d'Allemagne est représenté dans ce 
ccuigrès et cette assemblée par quelques-uns des membres et des 
cheis les plus dévoués des sociétés de tempérance.- 

I/épiscopat et le clergé de la Suisse pourraient sur ce terrain nous 
servir de modèles. Le doyen des évèques suisses. Monseigneur Egger, 
évêque de Saint-Gall, abstinent total, est b la tète de cette croisade, 



* * ■ - t 



254 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

et Notre Saint Père le Pape Ta chargé de le représenter dans un des 
Congrès antialcooliques tenus en Suisse, il Y a quelques années. 

J*ai ici sous les yeux une lettre collective de 1 épiscopat suisse et 
qui porte ce titre : La lutte contre Vabus des liqueurs spiritueuses , — 
Avertissement des éi>éf/nes suisses aux fidèles ^ leurs diocèses. Ce do- 
cUmenty d'une haute valeur, traite complètement la question qui nous 
occupe. Après avoir vivement encouragé les sociétés d*abstinence 
relative ou complète, il s*exprime ainsi : « Tous les maux de la société 
actuelle sont en corrélation avec Talcoolisme : ils le favorisent et lut 
les favorise à son tour. A cette coalition des éléments du mal il faut 
opposer une coalition des éléments du salut, et parmi ceux-ci TEglise 
doit tenir le premier rang. » 

Dans leur allocution collective pour la fête fédérale d*actions de 
grâces de l'année 1898, les mêmes prélats ont de nouveau rappelé 
avec énergie les effets désastreux de l'alcoolisme. 

Monseigneur Savoy, protonotaire apostolique, directeur diocésain 
de la Ligue de la Croix contre l'alcoolisme, et dont vous avez applaudi 
l'année dernière un rapport, prend part aux travaux de ce Congrès, et 
nous savons avec quelle ardeur il seconde vos efforts parmi le clergé 
et les fidèles de la Suisse. 

En France, la lutte contre l'alcoolisme est relativement récente 
parce que, comme M. le D' Legrain vient de le faire remarquer, pen- 
dant longtemps ce fléau nous avait épargnés. Mais, hélas ! nous som- 
mes maintenant au premier rang et nous marchons rapidement vers 
l'abime. Certainement il n'est pas dans notre pays un seul pasteur 
des âmes chargé d'une paroisse envahie par ce fléau, qui ne se soit 
efforcé de Tarrètcr, et qui n'ait très souvent démontré ses déplorables 
résultats. Mais ii des maux exceptionnels et qui grandissent toujours 
il faut des remèdes plus énergiques et plus puissants. {Applaudis" 
sements,) 

En 1876, Monseigneur David, évèque de Saint-Bricuc, consacra 
une lettre pastorale à combattre ce fléau. En 1893, son successeur 
Monseigneur Fallières, publiait, sur le même sujet, une lettre pasto- 
rale et recommandait avec insistance V Association des Apôtres de ta 
tempérance. 

En 1893, Son Eminence le Cardinal Thomas, archevêque de Rouen, 
démontrait, dans une éloquente lettre pastorale, les effets désastreux 
de l'alcoolisme, les maladies physiques et morales, la destruction de 
la famille et la ruine de notre pays. 

Il y a quelques semaines. Monseigneur de Saint-Dié qui me disait: 
\ a Je serai avec vous d'esprit et de cœur au Congrès », dénonçait les 

effets de ce terrible fléau, dans son instruction du carême. 

Vous me permettrez d'ajouter que j'ai publié l'année dernière * une 

1 Librairies E. Driolon. 12, Faubourg Stnniilat, Nancy, et Roger et Cbernoris, 7, rue 
dei Grand •-.\uguMtiiii, Parti. — Brochure de propagande, de 4S pages de leste très terré : 
l'exemplaire, fr. 15 c; le cent, 15 fr.; le mille 100 fr. 



CONTKE L*ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 255 

brochure qui a pour titre : Trois fléaux de la classe oni>rière : la pro- 
fanation du dimanche y V alcoolisme et la mam^aise tenue des ménages 
ou\*riers . La lecture de cette brochure faite dans toutes les églises 
de mon diocèse a été écoutée avec la plus vive attention et la propa- 
gande de cette brochure s*élëve déjà a quinze mille exemplaires. 

En réorganisant, il y a deux mois, le Conseil central des œuvres 
diocésaines, j'ai inscrit au programme d'une des commissions de ce 
conseil la lutte contre t alcoolisme, {Applaudissements.) 

Mais tout cela ne saurait suffire. Le clergé catholique, en particulier 
le clergé français, doit vous donner le concours le plus énergique, le 
plus complet et le plus dévoué. C'est ce que j'espère vous démontrer 
avec une clarté qui défiera toute contradiction. [Applaudissements.) 

II 

Le clergé catholique doit combattre le fléau de l'alcoolisme parce 
qu'il est le dépositaire d'une grande et admirable puissance, la puis- 
sance de la religion. Même parmi ceux qui ne partagent pas nos 
croyances et qui n*appartiennent à aucun culte, nul ne peut contester 
Tinfluence religieuse. Elle se manifeste dans l'histoire de tous les 
peuples, elle rayonne dans le passé comme dans le présent, elle res- 
plendit h travers les quatorze siècles de grandeur et de gloire qui ont 
été donnés à notre pays. Ne craignez pas. Messieurs, cette influence, 
elle n'entend pas s'imposer. Je suis de ceux qui n'attendent les con- 
quêtes de l'Evangile et de la foi que de la persuasion et de la charité. 
Il y a vingt-six ans que je suis évèque : J'ai beaucoup parlé et beau- 
coup écrit, je défie qu*on puisse citer de moi une parole contre la jus- 
licr et contre la liberté. [Applaudissements prolongés). Et puisque ce 
que je dis en ce moment étonne sans doute quelques-uns d'entre vous, 
l:u>se/.-moi ajouter : Si un gouvernement voulait, en faveur de la 
religion dont je suis un représentant, opprimer les consciences, il 
trouverait devant lui l'évèque de Nancy, la mitre en tète et la crosse h 
la main. [S ah>e d^ applaudissements). 

Donc, même les incroyants le reconnaissent, la religion qui a un 
rôli^ magnifique dans les inspirations de l'éloquence, des sciences, des 
art^, dans les œuvres et les institutions sublimes de la charité, un rôle 
m:ignifique de grandeur morale et de civilisation dans le dévouement 
de ses missionnaires et de ses héroïques religieuses, la religion doit 
avoir une part spéciale dans la lutte contre l'alcoolisme qui désole, 
qui dégrade et qui déshonore les peuples. Qui donc ne s'inclinerait 
avec respect devant l'auguste vieillard du Vatican, que j'avais le bon- 
heur de voir il v a quelques jours, dont la vie ne semble tenir qu'à un 
souffle, dont 1 intelligence reste aussi lumineuse, la mémoire aussi 
étonnante, et qui, h cet sige de décadence et d'impuissance pour tous, 
se préoccupe sans trêve non seulement des intérêts religieux, mais de 



.♦ , .' « 7*1*^' • - * • • • • • ' ■* A. • 



»• 



F 



256 vu' CONGRES INTERNATIONAL 

la vie morale ci des intérêts matériels des peuples dans Tunivers 
entier ? Sur son front vous apercevez les rayons de la grandeur hu- 
maine, mais aussi les rayons d'en-haut. [Applaudissements,) 

Le clergé catholique doit lutter contre l'alcoolisme parce aue la 
religion, je viens de le dire, est le foyer le plus puissant de la cnarité 
et ciu dévouement et qu'elle a une force incomparable pour élever et 
régénérer les peuples. Quelle œuvre, Messieurs, que celle d'élever et de 
régénérer les multitudes immenses dont l'alcoolisme détruit les forces 
physiques, les facultés intellectuelles, les aspirations morales, pour 
laisser subsister à peine les instincts de la bète ! Les rapports et les 
discours que vous avez entendus ont constaté une fois de plus ces effets 
désastreux : la folie, l'idiotisme, les maladies les plus déplorables, le 
)rogrès effrayant de la criminalité, même dans la jeunesse et dans 
'enfance. Qui donc, à la vue de ces multitudes, ne se sentirait ému 
jusqu'aux entrailles et ne s'écrierait avec Jésus-Christ : a J'ai pitié de 
cette foule: Misereor super turbam? » [Braw>s, Applaudissements.) 

On nous dit : Il faut aller au peuple ! Mais l'Eglise catholique, ses 
apôtres et ses saints, ses évèques et ses prêtres sont toujours allés au 
peuple. Les évêques vont au peuple par les actes de leur ministère, 
par l'enseignement distribué sous toutes les formes, par la direction 
et les encouragements donnés aux associations et aux œuvres de tout 
genre. 

Pour ma part, je prétends aller au peuple autant que personne. 
Dans mes courses pastorales pour administrer le sacrement de Confir- 
mation, je n'ai jamais reçu la visite d'un maire de> village sans la lui 
rendre ; je n'accepte d'autre hospitalité que celle du presbytère, et 
plus elle est modeste et humble, plus je suis satisfait. Là tous ont accès 

Four demander un conseil ou un secours a leur évéque, car il est 
apdtre, Tami et le pasteur de tous. Je vais visiter dans leurs maisons 
les ouvriers de l'industrie et les ouvriers des champs, je vais visiter 
les malades et les pauvres dans les chaumières ou les mansardes et 
jusque dans les écuries quand il le faut. [Applaudissements!) 

Le peuple, les ouvriers savent que leur évêque les aime, et leurs 
cœurs répondent h la parole qui sort de son cœur. Voulez-vous me 
permettre de vous raconter un. fait dont le souvenir revient à ma mé- 
moire ? Je visitais il y a quelques années, une paroisse dans laquelle 
est établie une verrerie. La majorité des ouvriers n'est point née 
dans le pays; elle vient un peu de partout, elle est très flottante. 
Aussi, c est la seule usine de cette région qui ait subi une grève. 
Après quelques hésitations, le directeur me proposa de voir ses ou- 
vriers au milieu de leurs travaux et de leur adresser la parole. J'ac- 
ceptai avec empressement. Le curé de la paroisse et les curés voisins 
m'avertirent que j'avais accepté une entreprise difficile et ils se de- 
mandaient avec crainte quels en seraient les résultats. Les disposi- 
tions de la plupart des ouvriers n'étaient pas bonnes. Quel accueil 
feraient-ils h Tévèque ? A l'heure indiquée je pénétrai dans une grande 






CONTRB l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 257 

halle où travaillaienl un nombre considérable d'ouvriers. Ils se réuni- 
rent autour de moi et, monté sur une poutre, pendant un quart d'heure 
je leur donnai des conseil^ avec une grande franchise, mais aussi 
avec Taccent d'une sincère affection. Ils répondirent h mes paroles 
par d'unanimes applaudissements. 

Mais le curé me dit : le second groupe, celui des tailleurs^ subit de 
très mauvaises influences, et malgré ce premier succès je ne suis pas 
sans appréhension. Les diflicultés qui m'étaient annoncées, le désir 
ardent d'être utile a ces ouvriers, communiquèrent, je crois, à ma 
parole une plus grande émotion et une plus grande puissance. A la fin 
de cette allocution qui avait été très applaudie, tout a coup, à mon grand 
étonnement, tous ces ouvriers se mirent à genou et demandèrent ma 
bénédiction. Puis un contre-mattre, un grand gaillard que je vois 
encore, me dit : Monseigneur, vous avez bien parlé, on voit que vous 
aimez beaucoup les ouvriers. Vous nous avez recommandé de ne pas 
boire de la mauvaise eau-de->vie qui est un poison ; nous nous efUir- 
cerons de suivre vos conseils ; mais vous nous feriez grand plaisir si 
vous nous donniez une somme d'argent pour prendre a votre santé des 
boissons qui seraient bienfaisantes. — J'accédai avec bonheur à cette 
demande. 

Un mois après, le directeur venait me voir à Nancy, m'exprimait sa 
reconnaissance et celle de ses ouvriers, et m'offrait de leur part un 
service à bière portant mes initiales et mes armes, comme témoignage 
du souvenir qu'ils avaient gardé de l'afTection et des exhortations de 
leur évèque. (Applaudissements), 

Le clergé catholique doit avoir une grande. part dans la solution de 
la question ouvrière, et celle-ci dépend à un très haut degré, je dirais, 
essentiellement, du problème de 1 alcoolisme. 

Je ne ferai ici qu'analyser mes pensées. 

La question ouvrière est en partie la question du salaire. Mais fiU-il 
cinq fois, dix fois plus élevé, le salaire ne suffira jamais a l'alcoolique 
et ne pourra le faire sortir de sa profonde misère. 

La question ouvrière est la question de l'épargne pour l'infirmité et 
la vieillesse. — Mais l'alcoolisme rend l'épargne impossible et amène 
la vieillesse h quarante ou cinquante ans. 

C*cst la question des rapports entre les patrons et. les ouvriers, 
rapports qui doivent être réglés par la justice, la liberté et la charité. 
— Mais quels peuvent être les rapports entre des patrons qui ne font 
aucun effort pour arrêter leurs ouvriers sur cette pente fatale et l'ouvrier 
dégradé et paresseux, révolté, ingrat, et toujours prêt ii subir toutes 
les influences funestes ? 

(l'est la question de l'ascension de l'ouvrier, non pas dans les utopies 
foliés, dans des rêves qui ne se réaliseront jamais, dans les chemins 
(|iio lui montrent les doctrines inexactes ou téméraires, mais dans le 
travail, le devoir, l'honneur, la vertu. Que devient ce noble idéal pour 
la victime de Talcoolisme ? 



\': , ■ «y^ 



238 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

J*invoque ici le témoignage de M. Le Jeune, ancien ministre de 
Belgique, qui a présidé avec tant de distinction votre dernier Congrès 
h Bruxelles et que je suis heureux de saluer dans cette assemblée. 
M. Le Jeune a ait : « Les questions sociales dont la solution inquiète 
notre époque nous enveloppent. Vous n'arriverez pas à les résoudre 
avant savoir vaincu Talcoolisme. Par lui toutes les réformes sont 
vouées d*avancc h la stérilité. » (Applaudissements). 

Que dirai-je de la famille ? L'action désastreuse de ce vice détruit 
tous les liens qui unissent les époux, les parents et les enfants ! Comment 
le respect sernit-il encore possible il Tégard de ce père et peut-être de 
cette mère avilis par la boisson ? Que deviennent Tinstriiction et 
l'éducation, Taflcction, Tautorité et Tobéissance? Ce foyer de la famille 
qui doit être un asile doux, secourable et béni, qui doit être comme un 
sanctuaire, Talcoolisme en fait un enfer. J'en suis bien certain, vous 
ne pouvez, sans frémir d'horreur, lire les récits si fréquents des 
drames épouvantables qui font les enfants martyrs. Après une enquête 
sur cette douloureuse plaie de notre époque, M. Coppée déclarait 
n'avoir jamais trouvé d'enfants martyrs que dans les familles d'alcooli- 
ques. Il y a quelques semaines encore, les journaux nous disaient 
qu'une mère, devenue depuis longtemps le bourreau de son enfant, 
avait, dans un accès de rage, arraché avec ses dents un lambeau 
de chair au bras de ce pauvre petit martyr. L'alcoolisme avait avili 
cette femme et l'avait abaissée au-dessous des bêtes féroces. [Emotion 
profonde). 

Nous devons lutter contre l'alcoolisme parce qu'il met en péril la 
grandeur et l'avenir de la patrie. 

Ce qui iait la patrie, Messieurs, ce n'est pas seulement le sol que 
nous foulons aux pieds, ce pays qui est le nôtre, ce ne sont pas seulement 
ces plaines fertiles, ces gracieuses vallées, ces grandes et belles mon- 
tagnes, les arbres qui ont abrité notre enfance, les richesses de notre 
peuple ; ce sont les autels, les berceaux et les tombes, les mêmes 
intérêts supérieurs, les mêmes affections, les mêmes espérances, les 
nobles souvenirs, les traditions vénérables et saintes : c'est tout ce qui 
est Tâme même de la patrie. 

Mais que devient sous l'influence de l'alcoolisme, de ce vice hideux, 
ce trésor sacré, ce foyer de la vie nationale ? 

Que fait l'alcoolisme de la prospérité et de la puissance d'un peuple ? 
Que deviennent l'agriculture et l'industrie, la colonisation et la défense 
du drapeau national? Si ce fléau s'étend encore, il est des régions de 
notre France où dans cinquante ans on ne trouvera plus un soldat. 
Cet homme dont le père a d'un bras vigoureux conauit la charrue 
dans le sillon, brandi le marteau de l'industrie ou porté vaillamment 
l'épée, cet homme, amoindri et dégénéré, n'aura pour fils que 
des fous, des idiots ou des rachitiques. [Applaudissements), Ah ! il 
vaut mille fois mieux pour un peuple périr dans le sang sur un 
champ de bataille que de s'éteindre ainsi dans la boue de la décadence. 






CONTRB L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 259 

de ravilissement et du déshonneur ^ [Bravos, Salves d' applaudisse-" 
menls). 

Comment voulez^vous. Messieurs, que le clergé catholique et per- 
mettez-moi d^HJouter le clergé français, ne mette pas dans la régéné- 
ration du peuple, dans la lutte contre ces périls qui menacent de plus 
en plus la classe ouvrière et Tavenir de nos sociétés, la famille et la 
patrie, toutes les puissances de son ministère, toutes les énergies de 
sa volonté et toutes les ardeurs de son cœur ? 

Ne vous étonnez donc pas, Messieurs, que le Chef auguste de l'Eglise 
catholique, dans une lettre adressée aux évoques d'Amérique, ait insisté 
dans les termes les plus précis et les plus forts sur ce devoir d'une si 
haute importance. » 

« Nous regardons, dit Léon XIII, comme digne d'une recomman- 
dnticm particulière la noble résolution de ces pieuses associations qui 
se font un devoir de s'abstenir de toute boisson enivrante. Il est indu- 
bitable que ce ferme propos est un moyen très opportun et très efficace 
pour combattre le vice pernicieux de l'intempérance, et il sera pour 
tous un stimulant à combattre la sensualité d'autant plus puissant qu'il 
partira de plus haut. Mais ce qui doit peser ici du plus grand poids, 
c'est le zèle des prêtres auxquels il appartient d'éclairer le peuple par 
la parole du salut et de l'élever par des mœurs chrétiennes. Il est donc 
nécessaire qu'ils marchent à la tète de tous, sur le chemin du salut. 
Puissent les pasteurs des âmes être en conséquence pleins de zèle pour 
écarter, par des exhortations pressantes, le Héau de l'intempérance 
du bercail de Jésus-Christ, montrer k tous l'exemple de la sobriété et 
se donner toutes les peines possibles pour détourner les maux si 
n<mibreux dont ce vice menace l'Eglise et la patrie. » 

Les prêtres le remarqiieront et ne l'oublieront jamais, ce n'est pas 
seulement un conseil, c est un ordre que le Pape nous a donné. Il ne 
dit pas : il est convenable ou utile, il dit : « il est nécessaire que nous 
marchions ii la tête de tous sur le chemin du salut. » 



III 

Il me reste ii vous indiquer en quelques paroles les moyens que le 
clergé catholique, s'unissant ii vous et h tous les hommes de bonne 
volonté, doit employer pour arrêter ce terrible fléau. 

Le clergé a d'abord l'autorité et la puissance de l'enseignement. 
Rappeler Ta dignité du chrétien, les devoirs des pères et mères, des 
patrons et des ouvriers, le bon exemple nécessaire partout, les grandes 

* ti L'alcoolisme devient, comme on l'u dit, une dei cautct les plut active» de lu dcpo- 

ftulution de notre poyt. Il use, en quelque sorte, lo ruce par les deux bouts en ougmciitaiit 
n iiiortulilé et en diminuant la notalite, ou en ne produisant que des dé|rénércs. w — Le 
dorlrur Grosset. professeur de Clinique médicale è l'Université de Montpellier : Conféreiire 
«ur Vn(cooU$me in$idîtux et incomcieni. 






f 



260 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

lois de la morale religieuse, c'est combattre efllcacement ce vice et ce 
désordre comme tous les autres. Mais le clergé aura des exhortations 
spéciales contre TAIcoolisme ; il les fera entënare du haut de la chaire, 
dans les catéchismes, dans toutes les réunions pieuses, dans les visites 
fréquentes de sa paroisse, dans ses relations de tous les jours avec les 
âmes qui lui sont confiées. Il exercera surtout son influence sur 
Tenfance et la jeunesse, par les écoles libres. Il pourra même avoir 
une action utile sur les autres écoles en secondant dans cette lutte les 
instituteurs intelligents, sages et dévoués. (Applaudissements), 

H pourra demander aux enfants dans les écoles ou au jour solennel 
de la première communion un engagement d'honneur. Il rappelera cet 
engagement dans nos patronages de jeunes gens et de jeunes filles si 
nombreux et si prospères, dans les réunions et les associations 
d*ouvriers et d'ouvrières. Il invoquera auprès des jeunes filles et des 
mères de famille l'autorité de la religion et leurs intérêts les plus 
chers ; il s'efTorccra de les préserver de ce vice hideux et d'en laire 
des apôtres de la tempérance. 

Le clergé favorisera de tout son pouvoir les sociétés de tempérance 
confessionnelles ou non confessionnelles. Il consacrera son influence et 
son zèle a les établir ou a les développer selon les conditions plus ou 
moins favorables des temps et des ^leux. 

Mais ce qui est d'une souveraine importance, ou plutôt d'une absolue 
nécessité, c'est de combattre la mauvaise tenue des ménages ouvriers. 
Je l'ai démontré dans la brochure que je rappelais il y a quelques 
instants, ce premier fléau est la source de tous les autres. On a beau* 
coup trop élevé le niveau de l'instruction théorique chez les femmes au 
détriment de l'instruction pratique, dans toutes les classes de la 
société, mais surtout dans la classe ouvrière. Si l'on était demeuré 
dans la juste mesure, vous n'auriez pas à cette heure sur le pavé de 
Paris des milliers de jeunes filles pourvues de leurs brevets, souvent 
de brevets supérieurs, et qui, sans situation et sans avenir, incapables 
de gagner honorablement leur vie, sont livrées fatalement à toutes les 
tentations et a tous les périls. (Vit^e approbation). 

Il y a ici des doctoresses, je le sais ; je m'incline devant elles ; 
mais elles seront d'autant plus appréciées, d'autant plus remarquables 
et remarquées qu'elles resteront l'exception. {Rires et applaudisse^ 
ments). 

La destinée de la femme n'est pas d'égaler l'homme par la science 
et de remplir toutes les fonctions civiles ; elle doit chercher ailleurs 
sa véritable grandeur. Son royaume c'est le foyer domestique. Sa 
mission est cTètre épouse, maîtresse de maison et mère de famille. 
[Marques générales d* approbation). 

Vous ne savez pas, sans doute, quels désordres, quelles ruines et 

' quels désastres apporte dans la famille de nos ouvriers la mauvaise 

tenue des ménages. Cette femme qui a reçu' une certaine instruction 

théorique ne sait rien de ce qui est nécessaire k une maîtresse de 






• ■« 



• - » •. 



i. 



CONTRB t^ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 261 

maison ; les grands et saints devoirs du foyer domestique, elle les 
néglige et les méprise. Après avoir consacré parfois à des travaux 
très pénibles, sinon dangereux pour sa santé et pour sa vie, dix heures, 
douxe heures et plus encore, 1 ouvrier trouve en rentrant chez lui un 
mt'*nage en' désordre, des enfants sans direction et mal soignés, mais 
la nourriture qui lui est absolument nécessaire n'a pas été préparée. 
I/épouse, la mère de famille est restée dans Toisiveté ; elle s*est unie 
à ses voisines qui sont comme elle, selon Texpression lorraine, des 
fricoteuses. Ces dames ont pris le café et Teau-de-vie ou des boissons 
plus dangereuses encore plusieurs fois dans la journée, et elles ont 
fait un repas dans Taprès-midi en l'absence de leurs maris. 

I /ouvrier mécontent, irrité, abandonne son foyer ; il va au cabaret 
et dépense souvent jusqu'à l'ivresse une partie considérable de son 
salaire. 

Qu'on enseigne donc tout d'abord aux jeunes filles et aux femmes de 
nos ouvriers les mathématiques de leur avoir et de leurs dépenses, 
la chimie de la cuisine et la géographie de leur intérieur ! [Bravos, 
litres et applaudissements) . 

Aussi il laut fonder et développer partout, b l'exemple de la Belgique, 
des écoles ménagères où l'on apprend aux jeunes filles la bonne tenue 
d'une maison, la cuisine, l'administration sage et économique d'un 
ménage et où on leur inspire l'amour de ces obscurs mais nécessaires 
travaux. Tout ce qui sera fait pour améliorer l'habitation de l'ouvrier, 

[»our lui rendre le foyer domestique agréable, pour' rétablir l'union de 
a famille, sera une grande victoire remportée sur le cabaret et sur 
l'alcoolisme. 

Jules Simon a dit ces belles paroles : « Sans foyer, il n'y a pas de 
famille, sans famille, pas de morale, sans morale, il n'y a ni société 
ni patrie. » [Applaudissements), 

Que les femmes des classes élevées, que les femmes et les filles de 
n<i$ grands industriels, des directeurs et des ingénieurs de nos usines 
mettent leur intelligence, leur cœur, leur dévouement dans les œuvres 
de bienfaisance ! Qu'elles combattent avec les patrons et avec le clergé 
le vice de l'alcoolisme ! Qu'elles sortent de leurs belles demeures ou 
do leurs châteaux pour vfsiter le pauvre foyer de l'ouvrier ; qu'elles 
exhortent les jeunes filles et la femme de l'ouvrier k remplir leur 
humble, grande et sainte mission, et qu'elles remplissent ainsi 
ollcs-mémes la noble, grande et sainte mission de la charité. [Applau^ 
dissenients), 

lilnfin le sacrifice est un dernier moyen nécessaire au succès de tous 
los autres. On ne soutient pas une telle lutte, on n'accomplit pas une 
toile œuvre sans se donner et se dévouer. On ne fait rien de grand, 
rion d'utile, sans le sacrifice. Tout homme qui veut accomplir une 
belle mission doit se résigner à porter au cœur une blessure et au front 
une couronne d'épines. Mais que sont les sacrifices dont il s'agit ici 
on comparaison des résultats h obtenir et du salut de tout un peuple ? 






' r^ j : •.! • . . » ^ 



262 vil* CONGRES INTBRIf. CONTRE L*ABU6 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 

Le clergé ne peut donc ni reculer ni même hésiter devant les 
diflicultés, les obstacles et devant le bon exemple qu'il doit donner b 
tous^. 

J*ai parlé trop longtemps. (Koû; nombreuses : Non ! non !) 

Il me semble que cci discours a touché à des questions vraiment 
pratiques. {Oui, oui). 

Vous avez entendu les accents de mes convictions profondes et, si 
je ne me trompe, la parole de mon cœur d'homme, de patriote et 
d'évèque. {Applaudissements), 

Oui, il faut que le clergé soit avec vous et qu*il vous donne son 
concours dévoué. Ce concours, soyez-en sûrs, il vous le donnera, il 
sera avec vous dans le travail et dans la lutte et un jour il sera avec 
vous dans la victoire. {Applaudissements prolongés). 

M. le Docteur Legrain : 

Mesdames, Messieurs, 

Loin de moi riutention, et certainement vous approuverez ma réserve, 
de déflorer une pareille soirée, qui sera incontestablement le joyau de 
notre Congrès, en ajoutant quoi que ce soit à ce que vous venez d'en- 
tendre; mais je ne puis cependant pas clore cette séance sans adresser 
de vifs, de chaleureux, de cordiaux remerclments aux orateurs qui 
viennent de faire faire à notre œuvre française antialcoolique un si grand 
pas. Certainement, cette soirée restera dans nos souvenirs et dans nos 
cœurs. Ce ne sont pas des orateurs que vous avez entendus, ce sont des 
cœurs tout vibrants d*amour pour les êtres qui souffrent, pour Thumar 
nité, pour la patrie. 

Vous serez avec nous, Mesdames et Messieurs, comme vient de le dire 
Mgr Turinaz, et j'avais pressenti ses paroles ; nous faisons distribuer à 
rissUe de cette séance quelques bulletins qui vous mettront au courant 
de Tœuvre antialcoolique poursuivie par nous en France, depuis quatre 
ans, et & laquelle Mgr Turinaz a bien voulu prêter Tautorité de son nom. 
Il y sera Joint des bulletins d'adhésion qui n attendent plus que de nom- 
breuses signatures. Femmes, pasteurs, membres du clergé, venez à nous, 
secondez-nous, persistez avec nous dans Teffprt, Jusqu'au triomphe final. 

La séance est levée. 



^ Les apôir«t de U tempérance, les fondateart et les propagateur! des Sociétés de 
tempérance doivent évidemment donner l'exemple, sinon de 1 abstinence totale qui ne peut 
être demandée en France, surtout en ce moment, du moins de Tabstinence des boissons 
spiritueuses ou distillées. Mgr aurait pu dire que depuis dix-huit ans il s'est abstenu de 
ces boissons. 



CINQUIEME SÉANCE GÉNÉRALE 

Jeudi AoriL (après-midi) 



Prrsîclencc de M. LK JKUNK 



MIMSTIIK d'kTAT, SKNATEt'K iIlKl.mQUK) 



Ordre du jour : 

QUKSTIONS SOCIALKS 

THEMES PROPOSES : L*ulom>Ii)ime et \t* funditioiiii du traviiil fhi*x riiu\ri<*r. 
.1/ Dann /fjr lùllrn. 

1" L'ulruu|i«iiic à l'uitine ; 

'1" AcrideiiU du truviiil ; 

•t* Inrérinrilé économique de I'iil('ooli(|uc : 

'r* L'nIcoiiliKinr et in réduction du toitipi< do trnMiil. 
/// Ihinn ff» campagne». 



., -• ■< ■. < 






^r\\ 



SÉANCE GÉNÉRALE DU JEUDI 6 AVRIL 



La séance est ouverte à 2 heures. 

M. le D^" Legrain, président du Congrès, prie M. Le Jeune, repré- 
sentant de la Belgique, de vouloir bien occuper le fauteuil de la prési- 
dence pour cette séance. 

M. le D' Philbert, secrétaire général de la Société irançaise de 
Tempérance, dépose sui* le bureau le projet de loi de M. Siegfried, 
sénatoui*. 

M. le D^ Legrain — Nous remercions la Société française de Tem- 
pérance de ce document important. Le projet de loi a été distribué dans 
les tlivers locaux du Congrès: il pourra être le point de départ d'une étude 
fort intéressante et surtout il renseignera les congressistes étrangers sur 
ce qui se fait actuellement en Franc?aans la voie législative. 

Je dépose d'autre part sur le bureau, au nom de la Ligue patriotique 
Belge de Tempérance, et en particulier au nom de M. Merzbach, un 
petit ouvrage intitulé : La question alcoolique, Conférence popu- 
laire, dont un certain nombre d'exemplaires ont été mis h la disposi- 
tion des congressistes. Nous envoyons h notre collègue absent les 
reniercîments du Congrès, et nous prions M. de Vaucleroy de se faire 
notre interprète auprès de lui. 

M. le Président. — L'ordre du jour appelle la discussion sur 
Calcoolisme et les conditions du travail chez Couoner, dans les 
cilles et dans les campagnes. » 

La parole est a M. Comte, rédacteur en chef du journal le Relèvement 
social, (Applaudissements), 

Discours de M. COMTE 
Mesdames, Mbssieuhs, 

Avant d'aborder le sujet qui m'est imposé : « L'alcoolisme et les 
conditions du travail chez l'ouvrier des villes, a l'usine, » je vous de- 
mande la permission de faire une simple observation, qui est indis- 
pensable, me semble-t-il, pour éviter tout malentendu et ne pas doifncr 
h mes paroles une signification qu'elles n'auraient pas. 

Je vais parler de l'alcoolisme et de l'ouvrier : Je serai, sans doute, 
très sévère, très dur, parce que je serai vrai, pour l'ouvrier ; mais il 

18 



266 vil* CONGRES INTERNATIONAL 

est bien entendu que je serais plus dur et plus sévère encore si j*avais 
h parler de Talcoolisme et de la bourgeoisie, parce que j'estime que 
ce vice est peut-être plus développé dans la bourgeoisie que dans la 
classe ouvrière, que si Talcoolisine abrutit Touvrier, il abêtit la bour- 
geoisie, et j'estime d'autre part que s*il y a des excuses très nombreu- 
ses et très fortes pour expliquer, dans une large mesure, Talcoolisa- 
tion de la classe ouvrière, il n*y en a pas ou très peu pour expliquer 
Talcoolisation de la bourgeoisie. (ApplaudissemenU.) 

Permettez-moi, Mesdames et Messieurs, très rapidement, de vous 
montrer quelle est la consommation de Talcool dans les centres indus- 
triels. Je me suis livré dans ce but à une enquête très longue; j*ai 
écrit à de nombreux chefs d'industrie, à des ingénieurs et it des 
contre-maitrcs. La plupart d'entre eux m*ont répondu de la façon la 
plus courtoise, et je tiens ii les en remercier ici, publiquement. 

Quelques-uns ont cru devoir s'abstenir : je ne veux pas indiquer les 
motifs ue ce silence, parce qu'il est probable que vous les jugeriez 
indignes de personnes qui ont une aussi haute responsabilité que des 
industriels occupant quelquefois plusieurs milliers d'ouvriers. 

Quoi qu'il en soit, on prétend que dans le Midi on ne boit pas, et 
vous connaissez l'opinion générale tqui voit dans le Méridional le type 
de la tempérance, on ne dit pas encore de l'abstinence. Eh bien. Mes- 
dames et Messieurs, j'ai le regret de vous dire que c'est là une légende 
qu'il est grand temps de détruire. Il me suffira dans ce but de citer 
quelques faits. Marseille est une des villes où l'on boit le plus puis- 
que la consommation de l'alcool par tête et par an est de 5 litres et 
quelques centilitres à 100 degrés. Or, je suppose que Marseille est 
peut-être légèrement dans le Midi ! {Rires.) 

D'autre part, voici un centre industriel important: Bessèges, dans 
le Gard — et s'il y a quelque part des méridionaux, permettez-moi de 
vous dire que c'est bien dans le Gard, — eh bien, Bessèges a le pri- 
vilège de compter 100 débits d'alcool, soit un débit par 84 habitants, 
et de consommer G litres 66 d'alcool par tête. 

Je pourrais vous citer un petit village, toujours dans le Gard, où se 
trouve une exploitation d'asphalte, avec 120 ouvriers, et dans ce vil- 
lage de 700 habitants, on compte 15 débits de boisson. 

Je connais une autre localité, dans les environs de Tarascon, de 
1000 habitants, avec 14 débits de boisson. Deux de ces cafés ont com- 
me propriétaires des messieurs qui n'ont pas un pouce de terrain, ce 
qui ne les empêche pas de vivre sans rien faire et même d'avoir des 
permis de chasse. J'en conclus que s'ils peuvent vivre ainsi, la canne 
il la main et le fusil sur l'épaule, c'est apparemment qu'on vient suffi- 
samment concommer d'alcool chez eux pour leur faire de bonnes pe- 
tites rentes, et de ces faits que je pourrais multiplier, je conclus que 
si dans le Midi on se sert de l'eau c'est peut-être pour rincer les verres 
ou baptiser le vin {Rires.) 

On boit même plus dans le Midi que dans le Centre : ainsi à Saint- 



CONTitB l\bU8 des BOISSONS ALCOOLIQUES 267 

Etienne, où toutes les industries sont représentées, et où, par consé- 
(|uont, il est facile de se livrer ii des expériences très intéressantes, ii 
Saint-Etienne, on boit seulement 4 litres d*alcool par tète et par an. 
Il est vrai ciue les Stéphanois consomment, l'un dansTautre, 245 litres 
do vin par aouze mois, 

A coté de Saint-Etienne, voici Unieux qui a un débit de boissons 
par 80 habitants. I.a même proportion s'observe dans le bassin houil- 
1er de la Loire. 

Il est évident, Mesdames et Messieurs, que je parle de Talcool con- 
sommé après avoir payé les droits, mais je suis persuadé que dans 
nos centres industriels du Forez, il faudrait majorer ces chiflrcs d'un 
tiers pour avoir la consommation exacte de Talcool. 

Je suis heureux de vous annoncer une exception : 

Au Creusot, on ne boit pas, ou si Ton boit, on boit de Teau. {Applan- 
disxcments .) 

Voici, en elTet, les mots que je trouve dans la lettre que m*a cidressée 
en réponse h mon questionnaire, l'administration de cette gigantesque 
entreprise. 

M L'alcoolisme n'existe pas au Creusot » 

Je me propose. Mesdames et Messieurs, ce soir, au Banquet h 
rilôtel des Sociétés Savantes, de prier notre aimable et distingué Prési- 
dent, M. Legrain, de lever son verre rempli d'eau en l'honneur de la 
population tempérante du Creusot. {Applaudissements.) 

Ne vous hâtez pas d'applaudir. Pour être vrai, j'éprouve le besoin de 
vous faire une petite confession. Toutes les fois qu'un ouvrier du Creu- 
sot descend ii oaint-Etiennc, et qu'il vient me trouver pour me de- 
mander de l'ouvrage, je suis obligé de constater qu'il est cuit comme 
une cerise qui aurait passé six mois dans Teau-de-vie, d'où je conclus 
qu'en cflTet il n'y a pas d'alcooliques au Creusot, puisque tous ceux qui 
ont bu plus que de raison descendent ii Saint-Etienne. [Rires et ap» 
pla n disse m ents.) 

Si nous partons du Centre pour faire un voyage dans l'Est, nous 
trouvons un centre industriel très important où, en efTet, l'alcoolisme 
n'existe, pour ainsi dire, pas : mais ici je dois ajouter que les rensei- 
gnements fournis par les industriels de cette localité aussi bien que 
par les personnes n'appartenant pas ii l'industrie, m'ont paru très 
exacts. 

A Valentigney, en cITet, il y a un débit de boissons par 335 habitants 

Il est vrai que dans cette localité la Croix Bleue joue un rôle très 
important, et que les patrons s'occupent avec beaucoup d'intelligence 
de leurs ouvriers. Ils ont construit des maisons, des cités ouvrières 
regardées comme des modèles du genre et vous savez, lutteurs, que 
l'habitation a une grande influence sur la sobriété de l'ouvrier. 

On pourrait aussi expliquer cette absence d'alcooliques par certaines 
conditions économiques particulières à cette localité, les ouvriers ha* 
bitcnt généralement assez loin des usines, quelques-uns ii trois ou 






268 VII* CONGBBS INTERNATIONAL 

quatre kilomètres ; iU vivent en pleine campagne et presque tous ont 
leur jardin. 

Ne croyez pas cependant qu*il y a une corrélation étroite entre la 
consommation même de Talcool dans certaines localités et le nombre 
des débits de boissons , car voici Guebviller, en Alsace, qui a un débit 
de boissons par 214 habitants (dans ce moment, je ne soutiens pas 
une thèse, j*expose des faits, vous en tirerez les conclusions que vous 
voudrez), il y a donc q Guebviller un débit par 214 habitants ; vous allez 
en conclure que dans ce pays on ne boit pas beaucoup : au contraire, on 
consomme 12 litres d*alcooi ! Il y a là éviaemment quelque chose de très 
suggestif, qui nous oblige à reconnaître que nous hâtons notre jugement 
quand nous croyons qu il suffirait de supprimer la moitié des débits de 
boissons pour immédiatementdiminuerlaconsommationderalcool dans 
la même proportion. Il est probable, Mesdames et Messieurs, que la 
bète humaine sera pendant longtemps la bête humaine, et que si elle 
n*a pas un débit de boisson à sa portée, quand elle éprouve le besoin 
de satisfaire ses appétits, elle, fera quelques cents mètres de plus 
pour trouver Toccasion de satisfaire ces mêmes appétits. 

En tout cas, nous passerons, si vous voulez, ae l'Est a TOuest, et 
nous arriverons ii la Normandie, terre classique de Talcoolisme. 

Bolbec. — On y boit 14 litres 9, et ce qui montre évidemment que 
cette consommation est considérable, c*est qu'il faut en déduire au 
moins tous les membres de la société de tempérance, et en tout cas 
mon excellent ami Barthié qui, je Tespère, ne compte pas parmi 
ceux qui boivent 14 litres puisque, depuis plusieurs années, il fait 
et non sans succès, une guerre a mort aux caoaretiers. 

Toujours en Normandie : a Saint-Aubin d'Epinay, un débit par 57 
habitants; on y consomme 16 litres 35 centilitres. 

Dans une autre localité, 1 débit par 60 habitants : 16 litres 30, et Tin- 
génieur qui me cite ce détail me dit que dans ce pays on appelle cette 
consommation ce le petit nécessaire. » Espérons, Mesdames et Mes- 
sieurs, que ces normands ne connaîtront jamais le superflu. {Rires et 
applaudissements . ) 

Ainsi, Mesdames et Messieurs, on boit partout dans la classe ou* 
vrière, au Nord, au Midi, a l'Est, a l'Ouest. On boit en Normandie 
Teau-de-vie mélangée au café : dans TEst et dans le Nord, du trois-six, 
de l'eau-de-vie de grain, de betterave ; au Centre, c'est de l'arquebuse, 
des absinthes, et aans le Midi, on s'en tient aux amers et surtout ii 
l'absinthe. 

Et quand boit-on ? C'est une question très importante pour répon* 
dre d'une façon intelligente il la question que nous allons traiter. 

On boit h peu près à toute heure de la journée : le matin, pour tuer 
le ver on absorbe un petit verre ; pour se donner de l'appétit, quand 
on sort de l'usine, si 11 heures, on boit une absinthe ; quand on ren- 
tre il l'usine, pour entretenir l'amitié, on prend un pousse café et on 
boit aussi pendant le travail, car il est très facile de passer de l'eau- 



CONTRB L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 269 

de-vie dans ses habits, et je connais des contre-maitres qui se char- 
gent eux-mêmes de vendre des alcools b leurs ouvriers. On boit les 
jours de semaine et le dimanche ; on boit quand on va enterrer ou 
quand on revient d'enterrer sa belle-mère ou même sa femme, afin de 
se consoler; on boit quand on marie sa fille, afin de se réjouir; on 
boit quand il fait chaud, comme le disait Madame Selmer, pour se ra- 
fraîchir, et quand il fait froid, pour se réchauffer. 

Ainsi, vous le voyez, le mal est très grand, immense. Et quelles 
sont les conséquences de cet alcoolisme au point de vue des condi- 
tions du travail chez Touvrier ? Mesdames et Messieurs, permettez- 
moi de ne pas insister sur ce que j'appellerai la partie médicale du 
sujet, je ne suis pas médecin; je n'entends rien à ces questions. Je 
puis simplement constater, par mes expériences personnelles, que les 
alcooliques, dans les Sociétés de secours mutuels, sont des charges 
dont vous ne pouvez vous faire aucune idée. Je sais aussi, d'après les 
renseignements qui m'ont été transmis, que la plupart des accidents 
sont dûs à des accès d'alcoolisme, et je sais d'autre part que, dès 
que l'alcool détruit l'organisme physique, en même temps affaiblit, 
obscurcit les facultés intellectuelles, l'ouvrier alcoolique ne peut pas 
avoir une puissance de travail égale à la puissance de travail de l'ou- 
vrier tempérant. Mais je ne veux pas insister sur cette partie de mon 
sujet; je ne puis pas, en effet, vous apporter des faits précis, par la 
raison bien simple que l'alcoolisme est un mal relativement récent, 
dont on s'occupe depuis trop peu de temps pour qu'on ait pu établir 
des statistiques et qu'ensuite toutes les fois qu'un accident se produit, 
les ingénieurs ou les inspecteurs du travail n'ayant pas l'esprit tourné 
du côté de l'alcoolisme ne songent pas a se demander si cet accident 
n'a pas eu comme cause une trop grande absorption de boissons. 

Je voudrais vous faire remarquer plutôt que l'ouvrier emploie une 
grande partie de son salaire à se payer des petits verres ou de l'ab- 
sinthe, et que si nous prenons la consommation totale de la France 
en alcool, nous arrivons b 4 millions d'hectolitres a 50 degrés, repré- 
sentant b 300 fr. l'hectolitre chez les marchands de vin, un milliard 
200 millions, en chiffres ronds. Et si nous y ajoutons les alcools qui 
se consomment en contrebande, nous arrivons au chiffre fabiileux de 
1 milliard 800 millions. 

Enfin si on ajoutait encore tout l'argent représenté par les jour- 
nées perdues, 1 argent qu'il faut employer pour soigner les malades 
des hôpitaux, les fous dans les maisons'centrales, les maladies qui 
résultent de l'absorption de l'alcool, je crois que je n'exagère pas en 
disant que la consommation de l'alcool en France représente un capital 
de près de deux milliards par an. 

> Eh bien, Mesdames et Messieurs, voulez-vous, je vous prie, réflé- 
chir h ce qu'on ferait avec ces deux milliards, si au lieu de les 
employer b s'empoisonner, on les employait b travailler et b faire 
travailler. 



270 vil' CONGRES INTERNATIONAL 

On me dit : Qu*cst-ce que cela peut bleu vous faire que ces deux 
milliards soient jetés dans la circulation sous forme de petits verres 
ou employés de telle autre façon? Le résultat n*estil pas toujours le 
même ? Ces deux milliards ne servent-ils pas toujours a faire 
marcher le commerce et Tindustrie ? — Eh bien, je m'inscris en faux 
contre cette théorie. Il n'est pas vrai que l'argent soit productif de la 
même quantité de travail, de quelque façon qu'on l'emploie. C'est là 
ce qu'on voit, mais il y a quelque chose qui est infiniment plus vrai, 
plus réel, c*est ce qu'on ne voit pas : Il v a un art de dépenser son 
argent pour le rendre toujours plus productif d'occasions de travail 
pour les ouvriers, de même qu'il y a un art de manger, de boire sans 
avoir d*indigestion. 

Supposez en effet que ces deux milliards ainsi employés à s*empoi- 
sonner, entrent dans toutes les veines du corps social, qu'ils soient 
jetés dans la circulation pour servir à des travaux plus utiles ne 




argent a des travaux d'utilité publique, à des travaux de dessèche- 
ment des marais, d'expériences agricoles, d'assainissements de quar- 
tiers ouvriers, si on l'employait k créer des industries, de quelque 
nature qu'elles soient, ne comprenez-vous pas que ce capital, 
fournirait immédiatement du travail en quantité considérable aux 
ouvriers. 

On me dit qu'alors il y aurait un grand nombre d'ouvriers, ceux 
qui travaillent dans les brasseries, les cafés, etc., qui seraient sans 
occupation, et que par suite il y aurait une quantité de bras inoccupés 
telle que le résultat ne serait pas atteint. Eh bien, je n'en crois rien, ' 
car lorsque ces deux milliards iraient faire prospérer les œuvres d'uti- 
lité publique, ii ce moment le travail deviendrait plus abondant dans 
les champs, et, par suite d'une loi d'incidence bien connue, plus 
abondant dans les usines. 

Même aujourd'hui, où le travail cependant, par suite de l'Exposition 
de 1900, est en plus grande quantité que l'année passée, il y a un 
nombre considérable a ouvriers qui se rendent le matin ou le soir a 
l'usine afin d'attendre le contre-maître pour demander a être embau- 
chés, qui s'en retournent la tète basse, parce qu'ils n'ont pas trouvé 
l'ouvrage nécessaire pour nourrir leur famille ; et ils s'en vont chez 
eux la naine et la colère dans le cœur en présence de cette Société 
marâtre (|ui semble si mal organisée que l'homme de bon vouloir, 
honnête, qui veut faire face a ses affaires, qui a une femme, des 
enfants se trouve dans l'impossibilité de gagner son pain quotidien,^ 
et il se dit, cet ouvrier, que décidément il y a quelque chose qui ne 
va pas, et alors vous devez vous représenter la rage et la colère qui 
bouillonnent dans son cœur et qui, ii un moment donné, peuvent se 



E 



CONTRE L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 271 

traduire par des cataclysmes sociaux dont nous serons, nous, les pre- 
miers responsables. (Applaudissements.) 

Mesdames et Messieurs, permettez-moi d'examiner la question h un 
autre point de vue, et si vous le voulez bien, je vais vous conduire 
endant quelque temps il Saint-Etienne, ville très noire, dont on a dit 
caucoup de mal, mais que je ne voudrais pas échanger contre la 
capitale, parce que, dans ces centres Industriels, il y a des cœurs qui 
savent aimer, il y a des consciences qui connaissent leur devoir et 
des volontés qui ne fléchissent pas quand il faut accomplir ce devoir, 
et qu'il y a en même temps, chez ces ouvriers, une fraîcheur, une 
naïveté de sentiment qu*on voudrait bien retrouver dans les autres 
classes de la Société. {Applaudissements.) 

A Saint-Etienne, nous avons le privilège de compter, en chiffres 
ronds, 20.000 mineurs. Etant donné que la consommation de Talcool 
chez les mineurs, si on en déduit les femmes, les enfants, les vieil- 
lards et les malades, est d'environ 25 litres par tête et par an, que 
ces 25 litres représentent 50 litres d'eau-de-vie, de liqueurs plutôt, 
que ces 50 litres valent au minimum 150 francs, il en résulte que si 
les ouvriers mineurs, c'est un rêve que je fais, mais vous savez que le 
rêve est parfois beaucoup plus près de la vérité que la réalité, — si 
les ouvriers mineurs prenaient tous rengagement, à partir du premier 
jour de Tan, de ne plus boire que du vin et de Tciu, et de ne plus 

Soûter d*alcool, ils pourraient bon an mal an mettre chacun 150 francs 
e côté. Qu'en feraient-ils? 

Eh bien si ces ouvriers étaient intelligents, ils commenceraient par 
porter la totalité de cet argent a leur Syndicat, parce que j'estime que 

tout ouvrier doit faire partie d'un Syndicat (Applaudissements.) 

c*est la seule façon pour lui de pouvoir défendre ses intérêts sans 
révolution, de pouvoir se placer en face du patron et de discuter avec 
lui ses intérêts de puissance à puissance. C'est du reste ce qui se passe 
dans certains pays et partout où les Syndicats sont puissants, où ils 
ont de l'argent, où ils ont de la sagesse, de la. connaissance des affai- 
res, ils sont je ne dirai pas craints, mais respectés par les patrons, 
et sont en mesure de défendre d'une façon efllcace les intérêts des 
ouvriers. 

Je suppose donc que ces 20.000 ouvriers portent leurs 150 francs à 
leur Syndicat. Voyez-vous la puissance qu'ils auraient? 150 francs par 
an multipliés par 20.000, cela fait 3 millions. 

Or voici qu'un beau jour ils trouvent que les conditions de travail 
qu'on leur (ait ii la Compagnie des Houillières de Saint-Etienne ou à 
telle autre Compagnie ne sont pas suffisantes; que, par exemple, 
Tannée passée, ces compagnies ayant distribué des dividendes impor- 
tants il leurs actionnaires, ils demandent d'avoir un peu de leur part 
du gâteau. La Compagnie leur répond de passer une autre Tois. Le 
Syndicat riposte : « Mais permettez, vous ne voulez pas accepter nos 
revendications, vous ne voulez pas discuter nos afiaires ; eh bien nous 



I 



«•••'v. 



272 vu' CONGRÈS intkhnational 

allons cesser le travail. » Et la Compagnie, sachant qu*il y a dans la 
caisse du Syndicat plusieurs millions, 10, 15 millions, qui sont le 
résultat de 4 ou 5 années d'épargne, se dira : « Ces gaillards-la sont 
capables de faire ce qu'ils disent; ils n*ont pas besoin de nos salaires, 
il vaut infiniment mieux leur donner quelque chose de plus, diminuer 
les. heures de travail, leur permettre de sortir pour aller diner chez eux 
quand les conditions de travail le permettent, car si nous restions 
pendant un mois, deux mois, un an sans exploiter, nos mines se dété- 
rioreraient,, nos actionnaires ne seraient pas contents. » Déiii vous 
voyez immédiatement combien les mineurs seraient forts, et d'autant 
plus forts, d'autant plus puissants, Mesdames et Messieurs, qu'ayant 
économisé cette somme de 10, 15 millions, ils auraient fait un eUbrt 
de volonté qui aurait élargi leur conscience et leur intelligence, leur 
aurait ouvert un horizon social nouveau, les aurait rendus plus propres, 
plus aptes à discuter leurs conditions de travail, et je vous assure que 
de cette façon les ouvriers arriveraient bientôt à leur indépendance 
économique, a leur indépendance sociale. {Àpplaudissemenla .) 

Il y a, Mesdames et Messieurs, dans certains de nos centres indus- 
triels, et si je vous en parle, c'est que je me rappelle les nobles 

paroles que Mgr Turinaz a prononcées hier au soir (Mgr Turinaz 

a dit des paroles qui ont été au cœur de tous ceux qui portent en 
eux le respect de la personnalité humaine, Tamour de la liberté, il a 
dit qu'on pouvait passer en revue toutes les œuvres, tous les écrits qui 
étaient sortis de sa plume, qu'on ne trouverait jamais dans ses écrits 
une parole qui indiquât chez lui le désir d'asservir les araes et de les 
obliger a croire ce qui n'était pas conforme a leur conscience). 
Eh bien. Mesdames et Messieurs, m'autorisant des paroles de Mgr 
Turinaz, me mettant en quelque sorte sous sa haute protection, sous 
son égide, je vous dis qu'il y a dans nos centres industriels de 
malheureux ouvriers qui n'osent pas encore manifester leurs convie- 

.* 1** 1*1 l_* * 1*A* V*1 .1 



tions religieuses, ou philosophiques, ou politiques, parce qu'il y a des 
patrons qui abusent de leur pouvoir afin d'obliger ces pauvres gens a 
aller quelquefois à la niease, ou quelquefois ailleurs. Eh bien, si les 
ouvriers possédaient cet argent, cette somme, croyez-vous que ces 

f patrons oseraient ainsi abuser de leur pouvoir ? Ah, certes non ! ils 
es redouteraient les ouvriers, ils sauraient qu'ils peuvent se défendre, 
qu'ils ont dans la caisse de leur syndicat des capitaux, par suite de 
leur épargne, de leurs privations afin d'économiser en vue du bien- 
être collectif, et, dans ce capital amassé sou à sou, ils verraient l'ins- 
trument de l'indépendance et de la liberté de conscience de l'ouvrier 
et dès lors ils respecteraient ses convictions. {ApplaudissemenU), 
Voulez-vous que nous examinions la question sous un autre côté ? 
Voilà donc ces 20.000 ouvriers qui économisent ces 3 millions par 
an, et si vous voulez bien, nous admettrons qu'ils gardent 50 fr. pour 
mieux se loger et se payer une petite promenade, le dimanche avec 
leur femme et leurs enfants. Je suppose qu'ils mettent de côté seule- 






CONTRE l'abus DES BOISSONS ALCOOLIQUES 273 

ment 100 fr. par an, mais qu'ils ne les gardent pas pour eux, qu'ils 
n'aient pas la possession égoïste — il y en a trop qui ont la possession 
égoïste. Que ces gens la aient la possession large et fraternelle, et qu'ils 
versent leur 100 fr. dans la caisse de leur syndicat, ils constituent 
ainsi un fonds qui appartiendra non pas a telle ou telle catégorie 
d'individus, mais à un groupe, a la collectivité elle-même. Voila 
2.000.000 de capitaux. Que va en faire le syndicat? 

Je le crois assez intelligent pour ne pas acheter de vieux bas afin 

d'y mettre ses écus il prendra donc cet argent, et j'admets, — 

toujours par hypothèse, il est entendu que je rêve les yeux ouverts, — 
qu'il achète des actions de la compagnie des Houiliières de Saint- 
Etienne. Cette compagnie a 80.000 actions valant actuellement 
35 millions. Voyez-vous ce Syndicat achetant tous les' ans pour 
2.000.000 de ces actions ? Au bout de peu de temps il deviendrait le 
plus fort actionnaire de la compagnie, u pourrait avoir son mot à dire 
dans le Conseil d'Administration, il pourrait demander la réduction 
des heures de travail, établir une retraite moins dérisoire que celle que 
Ton offre aux vieux ouvriers mineurs comme un morceau de pain, et 
qui représente exactement, autant que mes souvenirs me le permet- 
tent, 17 sous et deux centimes par jour. Quand on a 60 ans dVige 
et qu'on s'est détruit la santé h travailler pour la Société, à faire en 
quelque sorte un travail national, quand on n'en peut plus, qu'on est 
afTamé, on a 17 sous et deux centimes par jour ! Les chevaux de la 
C^" des Omnibus de Paris sont mieux traités, car, lorsqu'ils sont 
fourbus, on les envoie dans la Beauce pour se refaire. 

Les ouvriers pourraient donc, grâce à leurs capitaux, demander des 
retraites plus élevées, ils pourraient introduire dans les conditions 
du travail telle ou telle amélioration qu'ils jugeraient convenable, 
bref ils ne tarderaient pas à être les maîtres, et résoudraient sans 
violence ce problème délicat entre tous qui s'appelle : la mine aux 
mineurs. Ainsi je ne dis pas que la question sociale serait résolue, 
mais dans tous les cas un grand pas serait fait. Il y aurait plus de 
bion-étre chez l'ouvrier, parce qu il y aurait en même temps plus de 
moralité et de respect de soi-même ; la femme serait plus heureuse, 
elle ne serait pas l'esclave comme elle l'est, par suite la situation 
économique du ménage du travailleur. 

On a beaucoup parlé de la femme hier, et certes j'approuve en 
général ce qu'on a dfit ; cependant j'estime qu'on n'a pas été tout à fait 
juste pour la femme de l'ouvrier. {ApplaudissemenU), 

On s'imagine que la femme de l'ouvrier peut soigner son ménage, 
qu*clle peut toujours maintenir la propreté dans son intérieur, qu'elle 
peut toujours avoir à sa disposition un ruban pour piquer à la petite 
glace où va se mirer son mari ; on s'imagine que cette femme a 
constamment k sa disposition quelques sous pour acheter un vase de 
fleurs et le mettre sur la fenêtre, qu'elle peut aussi balayer, chaque 
fois qu'une pelure de pomme de terre offense son plancher, rendre en 






;-v>'i,r;r 



274 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

un mot, son intérieur agréable ; eh bien, Mesdames, je voudrais vous 
voir dans la situation a*une de ces malheureuses qui a cinq ou six 
enfants : l'aîné a 10 ans, le plus jeune un an. Il faut la voir quand elle 
va chercher de Tcau, portant dans un de ses bras le plus petit, un ou 
deux autres tiennent ses jupons ; elle, elle tient la cruche de la seule 
main qui est libre. Elle arrive ainsi harassée chez elle, et vous voulez 

3ue lorsque cette femme a été toute la journée dans un petit logement 
e quelques mètres, qui souvent ne se compose que d une pièce, où 
Ton mange, où Ton cause, où Ton vit constamment, pèle-mèle, alors 
qu'en hiver Tatmosphère est viciée, rendue étouffante par une chaleur 
accablante et la respiration de tous ces êtres vivant 1 un sur l'autre, 
vous voulez que cette pauvre femme qui, à 30 ans, est déjà abrutie, 
accablée par la maternité, vous voulez que cette iemme ait du goût pour 
son intérieur, alors que lorsque son mari rentre de Tatelier, la plupart 
du temps sans motif, il abandonne femme et enfants parce qu'il ne 
trouve pas dans son foyer le plaisir qu'il désire et va pour se distraire 
chez le mastroquet dépenser une partie de sa paie, — '• et vous me dites 

3ue c'est la faute de la femme si Thomme est alcoolique ? Allons 
onc ! {Applaudissements prolongés). 

Je proteste et je dis que Thomme est Tètre fort, et que, sans doute, 
s'il travaille péniblement pendant la journée, la femme fait un travail 
infiniment plus écrasant que le sien, parce qu'il n'y a pas de répit 
pour elle; elle ne se repose pas, pas même à midi, a l'heure des repas, 
où elle a le plus d'occupation, parce que du matin jusqu'au soir elle 
est obsédée par ses enfants qui ne lui laissent pas un instant de tran- 
ciuillité. Je dis que le grand coupable, c'est l'homme, parce que 
1 homme abuse de sa force, qu'il s'arroge tous les droits, et ne laisse a 
la femme que des devoirs. {Longs applaudissements). 

Je vous demande la permission de finir, — que le temps passe vite ! — 
d'autres orateurs attendent que je descende de cette tribune pour y 
monter. Je termine en vous disant ce qu'il faut faire pour enrayer dans 
la clas'je ouvrière le fléau de l'alcoolisme. 

Ce qu'il faut faire, c'est ceci : 

Il est urgent que tous ceux qui ont l'oreille du peuple, tous ceux 
qui ont pris a cœur la défense des intérêts de la classe ouvrière, com- 
prennent maintenant que leur devoir est de se jeter dans la mêlée, 
d'aller trouver ces ouvriers et leur dire : « Mes amis, nous sommes 

forêts a réclamer vos droits, à vous aider dans vos revendications 
émtimes, mais si vous revendiquez des droits, vous ne devez pas 
oublier que vous avez des devoirs correspondants à remplir envers 
votre femme ; vous souffrez, vous peinez, c'est bien ; votre femme 
peine, souffre aussi; soyez son compagnon, soyez son appui, passez la 
main sous le bras de votre femme pour Taider et la soutenir et marchez 
ainsi votre chemin. Vous oublierez ainsi peu à peu le chemin du 
mastroquet, vous aurez tout a gagner et rien à y perdre. » 

Je SUIS sâr que si tous ceux qui actuellement ont l'oreille du public 



CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 275 

faisaient en faveur de Tantialcoolisme une campagne de quelques mois, 
nous verrions décroître cet ennemi formidable, qui menace non pas 
seulement la patrie, car il faut s*élever plus haut que la patrie, mais 
Tintérèt et les intérêts du peuple, non pas seulement du peuple 
français, mais de tous les prolétaires de Thumanité. 

Eh bien. Messieurs, je vous en supplie, allez au peuple, comme le 
disait M. Buisson, non pas comme un être supérieur qui va faire un 
sermon ou une prédication, allez-y comme un ami et parlez a ce peuple 
de ses devoirs, — et l'ouvrier vous entendra, il vous écoutera, car je 
sais par expérience que lorsqu'on fait appel à la conscience et h la dignité 
de l'ouvrier, on a autant et plus de succès oratoires que lorsqu'on fait 
appel h ses haines et a ses jalousies. [Applaudissements prolongés), 

M. le Président. — La paix)le est à M. Van der Velde, membi*e de 
la Cliambrc des Représentants eu Belgique. 

M. Van der Velde. — Et je me permets d'ajouter, Monsieur le 
Président, délégué par le Parti Ouvrier Socialiste Belge. {Applaudis- 
sements. ) 



Discours de M. VAN DER VELDE 



Mesdames et Messieurs, 

J'ai voulu me présenter dans ce Congrès, non pas a titre person- 
nel, mais au nom de tous mes camarades, de tous mes coreligionnai- 
res, et si je me mets pour ainsi dire, sous leur protection, c est que 
vraisemblablement je serai, sur bien des points de mon discours, en 
désaccord sivec beaucoup de membres du Congrès. 

Je viens, en effet, après m'ètre associé de tout cœur aux fermes 
paroles de M. Comte, combattre deux théories qui me semblent égale- 
ment absolues, et par conséquent fausses: l'une qui attribue l'alcoolis- 
me il la misère, et Tautrc qui attribue la misère h l'alcoolisme. Je suis 
convaincu, quant à moi, qu'il n'est pas vrai que Touvricr soit misérable, 
parce qu'il boit trop d*alcool ; et d autre part je tiens à combattre les 

f préjugés de certains de mes amis, qui considèrent que la misère est 
a seule cause de l'alcoolisme. (Applaudissements.) 

Je pourrais a cet égard choisir oien des passages, extraits de publi- 
ations socialistes : jeu prends un, par exemple, dans un article de 
Domcla Niewenhuys, paru dans la oociété Nouvelle, et où je trouve 
des appréciations de ce genre : 

« C'est la misère qui produit l'alcoolisme ; l'abus de l'alcool est une 
» conséquence du système capitaliste, et ne disparaîtra qu'avec ce 
» régime lui-même. » 



ca 



276 VII* CONGRÈS INTERNATIONAL 

On trouve même des socialistes qui disent : 

« Si l'on parvenait à supprimer la consommation de Talcool sous le 
régime actuel, on rendrait un mauvais service à l'ouvrier, parce que 
Talcool est un mal nécessaire, un stimulant indispensable pour l'ou- 
vrier mal nourri et qui travaille trop. » 

La tsiche que j*ai assumée est délicate, car je viens devant un audi- 
toire bourgeois et peut-être conservateur {dénégations) combattre d'ex- 
cellents amis. Je suis obligé cependant ae reconnaître avec vous que 
les thèses sont fausses. Elles sont commodes; elles permettent de ne 
pas heurter les préjugés de la bourgeoisie, de ménager les intérêts 
des marchands de vin qui peuvent avoir une influence électorale... 
[applaudissements) mais elles sont fausses. 

Et tout d'abord je n'ai pas besoin, après les travaux des Frey, 
des Smith, des Forel, et de tant d'autres, de démontrer que Talcodlisme 
n'est pas un mal nécessaire, même pour un homme mal nourri et que 
notre devoir h tous est de dire à ceux-là même qui sont misérables : 
« L'alcool est un poison^ et c'est un poison pour tout le monde. 
[Applaudissements) . 



Quant h dire que l'alcoolisme soit le produit exclusivement de la 
misère, ce que M. Comte constatait tout à l'heure suOit Si démontrer 
la fausseté ae la théorie : l'alcoolisme règne aussi bien dans la bour- 
geoisie que dans le prolétariat, et je me souviens qu'un jour un ingé- 
nieur de charbonnages à qui je demandais si l'alcoolisme était répandu 
dans sa région, me disait: «Oui, l'alcoolisme y est très répandu, et 
surtout dans la bourgeoisie. » 

Enfin, troisième thèse : on dit que l'alcoolisme est la conséquence 
du développement du régime capitaliste, qu'il ne disparaîtra qu'avec 
ce régime lui-même: or ici, encore je suis obligé de constater que ce 
ne sont pas les pays, dont le développement capitaliste est le plus 
grand qui sont nécessairement ceux qui ont la plus forte consomma- 
tion alcoolique. 

D'après les statistiques oflicielles, que j'ai citées dans mon rapport, 
l'alcoolisme est beaucoup moins développé en Angleterre, très indus- 
trialisée, qu'en France, où la population agricole compte encore une 
forte proportion du nombre des habitants. 

D'autre part, si je prends la France, je constate que les départe- 
ments, où la consommation de l'alcool est la plus forte, ne sont pas 
les plus industriels. La Somme, avec 10 lit. 82, la Seine-Inférieure, 
avec 13 lit. 48, l'Eure, avec 10 lit. 55, l'Oise, avec 10 lit. 01, sont des 
départements moins industriels que les Ardennes, le Pas-de-Calais, le 
département du Nord, qui ont une consommation inférieure à 10 lit.; 
et les villes comme le Havre, Rouen, Cherbourg, qui donnent des chif- 
fres cflVayants, au point de vue de l'alcoolisme, sont moins indus- 
trielles que Lille, Saint-Etienne, Roubaix ou Tourcoing, où la con- 
sommatioi^ est moins forte. Il est donc impossible de dire qu'un 



CONTRE l'abus 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 277 

développement industriel très avancé est toujours accompagné d*un 
développement proportionnel de l'alcoolisme. Et dès lors, la conclu- 
sion à laquelle il faut nécessairement arriver, c'est qu'il y a d'autres 
facteurs que les facteurs économiques qui influent sur 1 alcoolisme, 
des facteurs naturels, comme les conditions de production de l'alcool, 
le climat, etc. 

Mais (et c'est ici que je vais me séparer d'un grand nombre de mem- 
bres de cette Assemblée), après avoir fait ces reserves qui étaient in- 
dispensables, je crois qu'il faut attribuer aux facteurs économiques 
une influence très consiaérable sur le développement de l'alcoolisme, 
c'est ce que je voudrais examiner avec vous. 

Et tout d'abord, la production. 

Je le disais h Tinstant : Ih où on produit de l'alcool facilement, on 
le consomme facilement. Il y a de véritables taches d'alcoolisme autour 
des distilleries agricoles. Le pays où les distillateurs ont intérêt h 
faire consommer une énorme production, est un pays qui aura une 
tendance à l'alcoolisme, et si l'on veut agir eflicacement pour diminuer 
la consommation de l'alcool dans ce pays, il ne faut pas seulement 
s*attaquer au débitant ou au consommateur, il faut aller à la source, 
s*eflorcer de la tarir, et frapper les distillateurs. (Applaudissements). 

D'autant plus que ceux-ci ne sont généralement pas exclusivement 
des fabricants : ils agissent également, par personnes interposées, 
comme débitants d'alcool, et c'est ainsi, par exemple, que dans notre 
Borinage, c'est un fait bien connu que les marchands de liqueurs en 

Sros et que les brasseurs, qui sont le plus souvent aussi, marchands 
e liqueurs en gros, imposent à certains ouvriers l'obligation de se 
faire débitants d'alcool, sous peine de n'avoir pas de maison. Chaque 
fois par exemple que dans les villages de Flameries ou d'Hornu, une 
maison ouvrière est a vendre, un brasseur ou un marchand d'alcool 
en gros l'achète et la loue, ou la sous-loue, à un ouvrier, qui est 
obligé, par un bail, à tenir un débit de boisson. D'autre part, puisque 
nous sommes a l'exposé des facteurs économiques, voici un autre lait 
d'une portée plus générale : 

J'habite à une certaine distance de Bruxelles, dans une région 
influencée par le voisinage de la capitale. Les ouvriers vont travailler 
en ville : ce sont des maçons, comme dans la Creuse ; et d'autre part, 
depuis quelque temps, un grand nombre d'employés de Bruxelles s'éta- 
blissent dans ces villages. 

Qu'en est-il résulté ? 

C'est que le loyer des maisons situées dans ces communes a aug- 
menté par suite de la demande plus grande de loyers. D'autre part, le 
salaire, déterminé par le taux des salaires de Bruxelles, est resté le 
même : des lors les ouvriers se sont trouvés dans des condititions 
plus difltciles, et qu'ont-ils fait? Ils ont cherché a mettre une nou- 
velle corde à leur arc, et se sont faits cabaretiers : ce qui fait que le 



278 vu' CONGRES INTERNATIONAL 

nombre des débits augmente à mesure que le chiffre des loyers s*élève. 
Partout d'ailleurs, où une industrie, où un commerce» se trouve com- 
plètement ou partiellement exproprié par le grand commerce ou la 
grande industrie, le même phénomène se produit : les victimes de 
cette expropriation prennent le métier le plus facile à exercer, le 
commerce qui est le moins onéreux a établir : il suflit d*une tonne de 
bière, de quelques litres d*alcool et de deux ou trois chaises. 

Donc, dans une région qui subit une transformation industrielle ou 
commerciale, dans le sens capitaliste, il y aura toujours tendance à 
l'augmentation du nombre des débits : c'est un mal, mais c'est un mal 
dont il ne faut pas exagérer l'importance, car M. Comte avait parfai- 
tement raison de dire tout à l'heure que l'augmentation du nombre 
des débits n'implique pas nécessairement une augmentation corres- 
pondante de ralcoolisme. 

Dernièrement, je consultais une brave femme, assez âgée, qui avait 
pu suivre cette évolution dans son village, et je lui disais : « En 1870, 
il y avait ici trois cabarets, aujourd'hui, il y en a vingt, boit-on plus? » 

— « Oh non. Monsieur, — me dit-elle, — on boit moins. 

« C'est bien simple, quand il y avait trois cabarets, nos maris allaient 
dans ces trois établissements ; s'y entassaient, se payaient des tour- 
nées, et rentraient ivres ; aujourd'hui qu'il y en a vingt, ils s'épar- 
pillent, ils sont seuls, ils s'ennuient et rentrent chez eux. » {Rires). 

Bien entendu, je ne veux pas généraliser, car dans le village voisin, 
je posais la même question, et l'on me disait : « Quand il n'y avait pas 
beaucoup de cabarets, les ouvriers qui travaillaient aux champs bu- 
vaient peu ; aujourd'hui qu'il y a beaucoup de cabarets, qu'ils n'ont 
pas a (aire un long chemin pour s'y rendre, ils abandonnent leur tra* 
vail pour aller boire une goutte. 

Ce que je voulais dire seulement, c'est qu'il n'y a pas de rapport 
nécessaire entre le nombre des cabarets et la consommation alcoolique, 
et que dans un pays comme le nôtre, où l'on voit sur la même piace 
d'un village 10 h 12 cabarets, je suis convaincu que des mesures qui 
diminueraient, d'une unité par exemple, le nombre de ces cabarets, 
n'auraient aucune influence sur la consommation. Si l'on veut obtenir 
des résultats, il faut être énergique, si l'on veut être énergique, il 
faut d'abord convertir la masse, et c'est pourquoi l'action des groupes 
antialcooliques peut aider et edicacement aider l'action législative. 
{Applaudissements) . 

Et maintenant, après avoir brièvement indiqué les facteurs écono- 
miques qui agissent sur la production et le débit, disons un mot des 
facteurs économiques qui agissent sur la consommation. 

L'an dernier, au Congrès international contre l'alcoolisme, MM. Def- 
fernez et Carlon de Wiart ont marqué nettement l'influence des mau- 
vaises conditions de logement. D'autre part, il est certain que lii où 
l'ouvrier est mal nourri, où par exemple la consommation de pommes 
de terre est considérable, il éprouve une tendance irrésistible ti rele- 



CONTRE l'abus OSS BOISSONS ALCOOLIQUES 27U 

ver cette alimentation monotone par un stimulant comme Talcool ; 
enfin il n*cst pas douteux que là où Touvricr est mal payé, où sa vie 
est triste, son travail monotone, les heures de travail excessives, il 
éprouve le besoin de se donner un « coup de fouet » en prenant de 
Talcool. 

Cependant il y a une objection qui immédiatement se présente. 
Quand on étudie la consommation de Talcool dans un pays déterminé, 
et par exemple en Belgique, on constate que ce ne sont pas les popu- 
lations les plus miséraoles qui boivent le plus d'alcool. Il n'est pas 
douteux, par exemple, que chez nous, le pays flamand se trouve dans 
de plus mauvaises conditions économiques que le riche et industriel 
pays wallon ; en Flandre, les salaires sont bas, en Wallonie ils sont 
élevés. Or, on constate que l'on boit beaucoup moins de genièvre en 
Flandre qu'en Wallonie. Qu'est-ce à dire? Comment faut-il expliquer 
pareil phénomène ? 

Tout d'abord, en Flandre, la bière est meilleure et les ouvriers boi- 
vent plus de boissons fermentées que de boissons distillées ; en second 
lieu le développement industriel est moins étendu et par conséquent 
l'ouvrier a moins de raisons tirées de l'intensification de son travail, 
pour boire de Talcool ; et enfin, troisième raison, et c'est le point le 
plus important, on boit moins d'alcool en Flandre parce qu'on a moins 
d'argent à dépenser. Il est clair que là où le salaire de l'ouvrier ne 
lui laisse aucune marge, la où son salaire est arrivé aux limites indis- 
pensables k l'existence, l'ouvrier n'ayant pas d'argent, trouve dans sa 
misère même un frein contre la consommation de l'alcool, et c*est ce 
qu'explique fort bien, dans un remarquable rapport, le Gouverneur de 
la Flandre Occidentale. Il constate d abord le fait : On ne boit pas 
beaucoup dans sa province, on boit beaucoup dans les provinces plus 
riches et industrieuses, mais il ajoute : « Dans nos campagnes fla- 
mandes, contrairement à ce qui se passe dans les grandes villes, toute 
augmentation des salaires se traduit par une recrudescence de l'al- 
coolisme », en un mot le frein matériel n'agit plus, le frein moral et 
intellectuel n'agit pas encore. 

Je me trouvais dernièrement dans une autre région de notre pays, 
on Condroz, et je demandais aux gens si Talcoolisme y était en 
décroissance. On me répondit : u Les carriers boivent beaucoup, mais 
ils commencent à boire moins ; les ouvriers agricoles boivent moins, 
mais ils commencent ii boire plus, parce que depuis quelque temps, 
ils sont mieux payés. » L'instant d'après, on me présente à un de ces 
ouvriers agrictdcs, on me dit nue ce n est pas un ivrogne; je l'interroge. 

u Figurez-vous, me disait-il, que pendant un jour de moisson, du 
matin au soir j'ai bu 64 grandes gouttes. Eh bien, le lendemain je me 
portais si bien que j'en ai bu 33 avant de déjeuner, et pour cela il ne 
l'aiit pas avoir I estomac en papier de soie. Avec la même ration, un 
cheval aurait crevé sur place. » 

De pareils faits — je pourrais en citer bien d'autres — montrent, ii 



nv" 



280 vil' CONGRBS INTERNATIONAL 

mon avis, qu*un individu misérable a tous les points de vue, ayant un 
misérable salaire et de misérables conditions de vie, a une tendance à 
boire, qu*il ne satisfait pas toujours, mais qui est plus forte que chez 
Touvrier traité normalement. 

Ce sont les candidats a Talcoolisme, et lorsque le pays commence 
a se développer, lorsque l'industrie nait, lorsque les ouvriers s'orga- 
nisent, que les salaires se relèvent, que se passe«t*il ? Pendant une 
période de transition plus ou moins longue, l'alcoolisme se développe, 
et je dirais, si je ne craignais de faire un paradoxe : a Le développement 
de l'alcoolisme, c*est le commencement de la sagesse ; » c'est le 
moment où Touvrier est parvenu h améliorer sa situation ; n'ayant pas 
d'autres désirs, il consacre le surplus qu'il est parvenu à acquérir, à 
la consommation alcoolique. [Applaudissements), 

Et c'est pourquoi nous trouvons dans un peuple deux minima 
d'alcoolisme : les dernières couches, celles du cinquième Etat, qui ne 
boivent pas beaucoup, parce qu'elles n'ont pas d'argent ; les couches 
supérieures du quatrième Etat, qui ne boivent pas, parce qu'elles 
sont arrivées à un degré de moralité qui leur permet de ne pas 
boire ; — tandis qu'au contraire nous trouvons le maximum parmi les 
ouvriers bien payés, mais qui travaillent dans des conditions pénibles 
et qui n'ont pas le temps de se développer moralement et intellec- 
tuellement. Ce sera chez ces ouvriers de laminoir, qui travaillent 
12 heures au feu, et n'ont pas d'autre bonheur que de boire. Ceux-là, 
allez les prêcher, les syndiquer ! Nous l'avons essayé : un homme qui 
les connaît bien me disait : « Nos lamineurs boivent tant, qu'ils sont 
inorganisables. » 

Prenez les bouilleurs. Nous avons différentes catégories parmi eux : 
les uns — dans le Couchant de Mons, par exemple, — qui ont de 
longues heures de travail et qui, d'autre part, quand ils sortent de la 
forge, n'ont pas même un lavoir pour se décrasser et doivent aller 
chez un cabaretier, se laver, moyennant 'obligation de boire de 
l'alcool. 

A côté de cette région — et notamment dans le Centre-Hainaut -— 
il y en a d'autres mieux payés qui ont des lavoirs dans l'établissement ; 
chez ceux-là, l'alcoolisme décroit avec une consolante rapidité. 

Allez a Anvers: Ih, ce sont les débardeurs: ils boivent d'une manière 
effrayante : pourquoi ? Parce que pour obtenir du travail, il faut 
consentir à boire, parce que le contre-maitre qui les embauche est en 
même temps le cabaretier qui les débauche, — {applaudissements) 
parce qu'on les paie en partie en alcool, parce qu'ils n'obtiennent le 
jeton qui donne droit au travail, qu'après avoir laissé sur le 
zinc quelques pièces de monnaie, et parce que, s'il n'y a pas de travail 
pour tout le monde, on accepte ceux qui boivent a créait, pour leur 
créer une dette et mieux les tenir sous la domination du cabaretier. 
[Applaudissements) . 

Ainsi passez en revue toutes les catégories d'ouvriers qui boivent 



CONTRE L*ABI]8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 281 

d*une façon excessive. Les verriers, par exemple, pourquoi boivent-ils ? 
Parce (|uc leur travail dure 12 ou 15 heures sans interruption ; parce 
que le travail a lieu sans arrêt, qu'il faut manger en travaillant, que 
Ion digère mal-; et que Ton se figure activer la digestion en buvant 
de Talcool. 

Allez ailleurs, chez les briquetiers : pourquoi boivent-ils? Parce que 

f rendant Thiver i's sont moitié rôtis et moitié gelés, moitié rôtis par 
c four, moitié gelés par les intempéries, et que tout le monde leur 
dit (lue pour se réchaulTer, ou se désaltérer, rien de tel que de boire 
de I alcool. On le leur a dit même il la Chambre belge, et en 1884 un 
des orateurs radicaux de la Chambre disait que Talcool était la 
boisson du peuple, et qu*il ne fallait pas. le frapper. 

Quelle est la conclusion ii tirer? C'est que dans cette partie moyenne 
de la classe ouvrière, il doit nécessairement, quand les salaires se 
relèvent, y avoir une tendance à Taugmentation de Talcoolisme, et 
c'est pourquoi M. Cauderlier constatait avec raison, qu'il n'y a eu que 
deux périodes en Belgique où la consommation de Talcool ait diminué : 
en 1846, pendant la grande famine des Flandres ; en 1886, notre année 
terrible. Vannée des émeutes de Mars, Tannée ou la dépression écono- 
mique atteignit son maximum ; mais ce que M. Cauderlier n'a pas 
ajouté et qui me permet de modifier quelque peu sa thèse, c est 
qu'aujourd'hui il semble qu'il y ait une décroissance réelle de 
l alcoolisme, au moment où nous passons cependant par une période de 
prospérité sans égale. Je ne m'appuie pas pour le dire sur les statistiques 
officielles: nous savons ce qu'elles valent... mais il y a lieu d'écouter la 
voix des intéressés, et l'on a publié dernièrement dans les journaux 
belges, un lamentable rapport signé par un de mes collègues qui est 
en même temps président de l'une des plus grandes distilleries de 
notre pays, et ce rapport disait que les anaires ne marchaient 
malheureusement plus aussi bien, à cause de la diminution dans la 
consommation de l'alcool. 

J'ai consulté d'autres collègues qui ne sont pas intéressés dans les 
aiTaires des distilleries, et je leur ai demandé si à leur avis, dans 
l'arrondissement qu'ils connaissent, il y avait diminution dans la 
consommation del'alcool. Or, de mon enquête ^sc dégage l'impression 
suivante : 

A la campagne l'alcoolisme augmente ; dans les couches moyennes 
du prolétariat, il y a également une tendance li augmentation ; dans la 
couche supérieure, celle qui a été touchée par la propagande, celle 
qui pense, celle qui réfléchit, s'organise, il y a une remarquable et 
encourageante diminution. [Applaudissements). 

Ex dès lors qu'elle doit être notre conclusion ? 

Il ne faut pas dire que de mauvaises conditions matérielles empê- 
chent l'alcoolisme de se développer ; il faut dire au contraire, qu'après 

1 V. Annexes ft lu ëuîie de la préëenie séance. 

10 



282 vil' CONGBÈS INTERNATIONAL 

une période de transition que j'ai constatée moi-même, de meilleures 
conditions matérielles font reculer Talcoolisme, mais ii une condition, 
c'est qu*on montre aux ouvriers, non pas avec des phrases sentimen- 
tales, mais avec des arguments froidement scientifiques, que l'alcool 
est un poison et (urils ont tort d'en boire, {applaudissemenU) et aussi 
en leur préchant d exemple, {applaudissemenU) car très souvent quand 
j^entends de beaux discours contre l'alcoolisme, je voudrais bien voir 
ce qu'il y a habituellement dans le verre de ceux qui tiennent ces 
discours. (Applaudissements). 

Comme le disait Henri Heine, il en est certains, — car il est bien 
entendu que je ne songe nullement ii généraliser, — il en est certains, 
dis-jc, dont nous connaissons la chanson : « ils prêchent l'eau et 
boivent le vin. » {Applaudissements), 

La meilleure des propagandes en cette matière, c'est la propagande 
par le fait, [applaudissements) et je vous garantis que quand nos cama- 
rades ouvriers se trouvant dans nos réunions fraternelles, constatent 
que ceux qu*ils aiment, qui ont leur confiance, qu'ils considèrent en 
quelque sorte comme des exeinples si suivre, ne boivent que de l'eau, 
beaucoup manifestent une tendance h les imiter. 

Cependant, à côté de cette propagande, il en est d'autres indispen- 
sables et nécessaires, et ici on se heurte ii bien des difficultés. Nous 
avons en efiet, dans les maisons du peuple du parti ouvrier belge, ou 
du moins dans la majorité d'entre elles, interdit absolument la vente 
des boissons alcooliques. Mais que s'est*Il passé ? Nous n'avons 
certainement pas perdu de consommateurs , mais autour de nos 
maisons on a vu se fonder des quantités de débits de boisson. Le 
moyen est donc insuffisant. Il a sa portée et sa valeur morale ; dans 
la maison fraternelle du parti, il est mal de boire, mais cela n'empêche 
pas de boire à coté. 

Nous avons songo alors ii un autre moyen, et ici je me trouve en 
désaccord avec l'un clés hommes qui ont la plus grande autorité en 
matière d*alcoolismc, M. le Docteur Forel. Nous avons fondé des 
brasseries coopératives : nous avons pensé qu'ayant de bonne bière 
ils ne boiraient pas de genièvre, et le résultat s'est produit : ils 
boivent de la bière ài la place ; mais quoi qu'on dise, je crois qu'il 
vaut inliniiiiont mi(Mi\ boire une chope de bière qu'un verre d'alcool, 
car quand on a bu un verre d'alcool, on en boit plusieurs, tandis que 
pour bcnre un grand nombre de verres de bière, il faut une capacité 
stomacale qui manque à la plupart des gens. {Applaudissements). 

Ce ne sont là que des moyens de transition, mais il en est d'autres 
sur lesquels je crois devoir insister: c'est l'influence morale que Ton 
peut exerceV lorsqu'on parle au nom d'un idéal ancré dans le cerveau 
de ceux ii qui Ton s'adresse. 

Lors(iue nous avons commencé li dire aux ouvriers : u Ne buvez pas, 
vous faites les aifaires de vos ennemis, » on nous a prédit que nous 
allions nous heurter à une opposition insurmontable, que nous allions 



CONTRE L*ABUS OBS BOISSONS ALCOOLIQUES 283 

provoquer bien des colères et voir se dresser contre nous ces hommes, 
si puissants par le nombre que Ton appelle les débitants de boissons. 

Êh bien, quand nous avons comniencé, nous étions de cet avis, et 
si je répète cette histoire, c'est que dans d'autres pays, nos amis n'ont 
peut-être pas entamé la propagande avec la même fermeté. On nous 
avait donc dit « Le résultat sera désastreux au point de vue électoral. » 
Nous avons répondu : « Cela nous est égal. » [Bravos et applaudisse^ 
menfs prolongés). 

Mais permettez, ne m'applaudissez pas tant : vous allez voir qu'en 
faisant notre devoir, nous avons en même temps admirablement soigné 
no.«4 intérêts. [Àpplandissements), 

Nous avons mécontenté un certain nombre de cabaretiers, mais nous 
nous sommes créés des allies d^ine incomparable puissance : ce sont 

les femmes ouvrières, [applaudissements) qui entendaient pour 

la première fois des hommes politiques dire aux ouvriers qu'ils se 
conduisaient comme des abrutis quand ils buvaient de l'alcool, et qui 
sont devenues nos plus dévouées propagandistes. [Applaudissements). 

Je pense que je ne commets aucune indiscrétion en répétant ce que 
l'un de nos adversaires, disait quelque temps après notre élection dans 
l'arrondissement de Charleroi : « Ces diables de socialistes se sont 
conciliés toutes les femmes ouvrières. » Et ce que femme veut, le corps 
électoral le veut aussi. [Applaudissements). 

Donc l'intérêt et le devoir sont d'accord, et cela dit, voyons pour 
finir quelle peut être l'influence de ceux qui, parlant au nom d'un 
idéal, prêchent aux hommes leur devoir : 

Dans notre Borinage, où il y a un certain nombre de pasteurs pro- 
testants, qui, avec une énergie sans égale, prêchent à leurs coreligion- 
naires la tempérance ou l'abstinence, on constate que les ouvriers 
protestants sont les plus sobres de tous les ouvriers. [Applaudis^ 
semcnUs). 

Si nous n'avions pas le courage, au nom des convictions qui sont 
nôtres, de parler le même langage au prolétariat, nous serions au-des- 
sous des prêtres mahométans ; c'est au nom d'une religion quelle 
qu'elle soit, catholicisme, protestantisme ou socialisme, qu il faut aller 
au peuple et lui dire: « Tu ne boiras pas. » [Bravos et applaudis^ 
sements). 

Et nous autres, socialistes, nous avons d'autant plus de raisons de 
lui tenir ce langage, qu'un peuple alcoolisé est un peuple incapable 
d'organisation socialiste : il est bon h faire des émeutes stériles ; il est 
bon h tenter dos coups de force, qu'une répression implacable ne 
tarde pas b écraser : il est incapable de s'organiser : l'influence per- 
nicieuse de l'alcool le conduit h rindiflcrence ; n'ayant pas d'autre 
idéal que de se remplir de genièvre, il n'est pas capable de marcher 
avec nous a la conquête d'une société meilleure, et c'est pourquoi nous 
avons le devoir de dire aux travailleurs, aux prolétaires socialistes : 
vous avez une mission que nous considérons comme la plus haute qui 



ir r. 



284 vil* coNGnks international 

soit au inonde, nous pensons que votre œuvre révolutionnaire sauvera 
rhumanité, mais n^ouoliez pas, n'oubliez jamais, que ceux qui aspirent 
au gouvernement moral du monde doivent être capables d'abord de se 
maîtriser eux-mêmes. [Bravos^ applaudissement» prolongés). 

M. le D' Legrain. — Toute appréciation de ma part, quelle qu'elle 
rût, ne l'erait qu atténuer Técho de vos applaudissements : Je demande 
purement et simplement la |>ermis$ion de passer à l'ordre du Jour, après 
avoir remercié du fond du cœur M. Comte et M. Van der Velde de leurs 
éloquentes paroles qui laisseront dans tous nos esprits une impression 
profonde et durable. 

La parole est à M. le D' Deffernez, médecin-inspecteur au Ministère 
de rindustric et du travail de Belgique (Cbarleroi}. 



Discours de M. le D' Edmond DEPPERNEZ 



Messieurs, 

J'arrive ii la tribune dans des conditions bien défavorables. 

C'est au milieu d'une véritable ovation que je succède k l'un de mes 
compatriotes des plus distingués, M. Vandervefde, député a la Chambre 
Belge, vir dicendi perilus, dont vous avez justement applaudi les 
éloquentes paroles. 

Je m'aperçois en outre de plus en plus, depuis le début du Congrès, 
que son importante assemblée ne compte pour ainsi dire que des 
abstinents complets, que j'y suis peut-être un peu dépaysé, et voici 
que j'apprends de la bouche même de M. Vandervelde, que non 
seulement il pousse son radicalisme jusqu'au teetolalism — qu'il 
pratique lui-même — mais, bien plus, il semble n'avoir confiance dans 
les succès de la réforme que si les apôtres de la croisade nouvelle 
ne prêchent en même temps d'exemple. 

J admire cette ardeur et ce dévouement et je suis du même avis que 
rhonorable préopinant, quand il s'agit de boissons spiriiueuses. Mais je 
ne puis partager son opinion, quand il s'agit de boissons /ermeniées, 
le vin et la bière. Il ne faut pas être plus catholique que le pape. 

Je crois, avec beaucoup de modérés, qu'il est peut-être dangereux de 

Pousser les choses à Textrême, dans des pays comme les nôtres, où 
usage du vin et l'usage de la bière sont tellement entrés dans nos mœurs 
par tradition et par nérédité, qu'on est à se demander si le retour aux 
us et coutumes de nos aïeux ne serait pas la solution la plus désirable 
a donner au problème de l'alcoolisme. 

Je vous devais, Messieurs, cette déclaration car ie ne suis pas un 
abstinent, et je reprends modestement place dans les rangs de ceux 
qui marchent en guerre contre Vnsage des spiritueux^ le véritable 



CONTRE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 285 

terrain à déblayer actuellement, avec le concours de tous. D*autres 
feront le reste. 

En général, — a part dans les banlieues et certains villages qui sont 
les dortoirs des villes — le campagnard boit peu d*alcool. Le vin lui 
est inconnu, et, si ce n*est les dimanches et les i'ètes, il consomme peu 
de bière. Le matin et le soir, il la remplace volontiers par un 
ce genièvre », d*autant plus que le débit de la bière n'étant ni grand ni 
assuré, il n'a pas toujours confiance en sa fraîcheur et en sa bonne 
qualité. 

Je veux bien concéder qu'on boit du genièvre et de l'eau-de-vie à la 
campagne, mais outre que le baptême y est en honneur, on ne boit 
pas de la même façon. Les grandes gouttes — colbacqs, gendarmes, 
veilleuses, etc., etc. — contenant 4, 5, 6 petits verres ordinaires et 
plus, n'y apparaissent que comme une exception. Les buveurs honteux 
et montrés du doigt se cacheraient pour les avaler — ce qu'on ne fait 
certainement pas dans les caboulots et les cantines. 

L'intoxication quotidienne y a bien moins d'adeptes et les intermit- 
tences qu'amène forcément la modicité des salaires, sont un sérieux 
obstacle a la chronicité du mal alcoolique. 

Si on admet que l'occasion fait le larron, on conçoit qu'elle fasse 
moins de victimes dans le calme et l'éloignement des villages, que 
dans la circulation enfiévrée, le train des affaires et l'enconiDrement 
des cités ouvrières. Toutes ces déductions et le genre de vie rurale 
moins dépravé plaident en faveur d'une moralité sinon exemplaire, 
cependant moins déplorable à tous les points de vue. 

Il faut peu pour vivre là. Les exigences sont de ce chef inconnues 
et le dénûment mieux supporté. Ce serait la misère noire en ville et 
dans les centres, où le progrès — et surtout l'augmentation des 
salaires — ont créé des nécessités. 

Mais la considération qu'il faut surtout mettre en valeur, c'^est le 

frand air et l'éloignement des atmosphères insalubres et dangereuses 
es usines et des ateliers. 
I/alcool ingurgité aux champs trouve, à Tair libre, une vitalité plus 
niiirquéc des émonctoires naturels, qui doivent en rejeter une bonne 
partie hors de l'organisme. Il semble n'agir qu'à longue échéance et, 
dans le plein jeu des poumons, surgissent des ressources pour sa com- 
bustion plus rapide. 

Les résistances individuelles plus intenses, plus vibrantes, sont ici 
encore d*un enficace appoint aux intempérants. 

I/cfTet du genièvre sur les jeunes gens occupés aux travaux de la 
campagne ne laisse guère de traces pendant longtemps. Il faut un âge 
plus avancé pour en noter les stigmates et les tares. Assurément la 
durée de la vie de l'alcoolique est plus longue à la campagne. Nous 
avons dit que l'alcool y est rapidement carburé et éliminé, à l'inverse 
de ce qui se passe dans les villes, dans les usines et les ateliers, où son 



28G VII* CONGRES INTERNATIONAL 

(Miinination est retnrilée et apporte ainsi une contribution plus 
considôrable h rempoisonnement du corps humain. 

Quel que soit io manque de confort que Ton rencontre dans les 
habitations villageoises, elles sont encore de beaucoup préférables aux 
taudis exigus, malsains et inaérés des logements pour ouvriers dans 
les villes et lei: agglomérations de travailleurs. 

La nourriture y est bonne, copieuse et saine, et si le campagnard ne 
mange pas de viande tous les jours — nos aïeux n*en mangeaient qu*aux 
quatre grandes fêtes de Tannée — il ne fournit pas non plus un travail 
aussi déprimant que les ouvriers industriels. La façon de se nourrir 
sulfit amplement a réparer Tusure des forces. 

En somme, Talcoolique —-si je puis m*exprimer ainsi— a relativement 
son paradis à la campagne et son enfer dans les cités et les milieux 
d*activité commerciale et industrielle. 

l^a conclusion ii tirer, c*est qu« les occasions de boire sont plus 
nombreuses dans ces derniers, évidemment favorisés par Tincroyable 
extension des relations, le va-et-vient des groupements ouvriers, la 
quantité et Tattrait des cantines, la supériorité des salaires et comme 
le dit notre concitoyen, M. Houdez, la succession ininterrompue des 
dimanches, des jours de fête et surtout des kermesses et des ducasses 
dans chaque localité. 

En ville et dans les centres, Touvrier boit non seulement tous les 
jours une plus ou moins considérable quantité de spiritueux, mais il ne 
laisse passer aucun saint notable ; et le dimanche, que Ton commence 
a fêter le samedi, s^allonge et se perpétue jusqu au lundi soir et 
quelquefois jusqirau mardi matin. 

Houdez signale los kermesses et les H^tes populaires en Belgique, 
comme une des principales causes du développement de Talcoolisme. 

.V côté des fêtes otiinmunales annuelles reposant sur des traditions 
locales qu'il faut respecter, il v a actuellement dans les villes et les 
villages des contrées industrielles, une quantité de petites ducasses 
qui sont p^uir les «uivriers autant d'occasions de mordre à la pomme» 
— il toutes les pommes — car c'est là que les adolescents vont 
actuellement chercher les premières notions du vice et du dévergondage. 

Yoici une statistique qui va vous (aire rêver. Messieurs : 

Il v a à Charleroi 23.000 habitants^ onze kermesses chaque année, 
il v en a 22 ii Chàteliiieau 11.500 h.^ ; 11 à Couillet «9.000 h. ; 28 à 
Courcelles 14 OtK) h, ; 12 à Dampremy ^9.500 h.^ ; 15 à Farciennes 
.7.(XH> h. : 8 à Kleurus 5,500 h. ; 7 à Fontaine TEvèque .5.500 h.^ ; 
2i>àGillv 22.500h. ; UiiGosselies lO.OOOh.'; 15à Jumet 24.700h. ; 
11) il LiKlelinsart 7.tUK) h. ; 17 à Marchienne 16800 h. ; 16 a Marcinelle 
,12.1KK) h. : 12 à Monceau s'Sambre J.700 h.^r ; 15 à Montigov 
s S;taibre I7.1KK> h ; U> à Mont s Marchienne 7.000 h.^ ; 9 à Ransart 
7 5lK.) h ; i:> à Koux 8.aH) h. et 5 à RouUioulx 4.000 h. 



CONTHR l'abus DBS BOISSONS ALCOOUQUBS 287 

Il s*agit ici des kermesses « autorisées ». Il faudrait encore ajouter 
h cette lamentable liste les petites fêtes, les bals, les concours divers 
organisés sans autorisation par des tenanciers de bastringues et de 
guinguettes interlopes. De sorte que tous les dimanches et lundis, 
parfois les mardis et jeudis, Touvrier, le jeune ouvrier surtout, est 
sollicité d*un côté ou de Tautre. Il va chercher dans ces fêtes des 

[daisirs factices et y perdre sa santé, son intelligence et de Tar'gent 
aborieusement gagné. 

Si Ton recherchait la quantité d*alcool — et quel alcool ! — qui est 
ingurgité dans ccsducasses, on arriverait h des résultats extraordinaires. 

Qui nous dira jamais les maux que ces fêtes engendrent ? 

C'est lit que les gamins vont faire leurs premières beuveries avec 
les grands, c'est là qu*ils vont boire leurs premières « gouttes » ; c'est 
là aussi que les fillettes vont chercher les premières leçons de vice i»l 
d'immoralité. 

Grâce ii ces kermesses, a 15 ans, garçons et fillettes sont murs. 
Ils n'ont plus rien h apprendre. Le gamin va au cabaret avec son père 
et ses frères, puis lorsque la nuit est venue, on peut le voir, tenant par 
la taille une bambine de son âge, se glisser le long des haies, gagner 
les champs et les bois voisins.... 

Non seulement ces kermesses constituent une école d'immoralité, 
de débauche et de dévergondage, mais elle sont toujours l'occasion de 
rixes terribles, qui se terminent parfois d'une façon tragique. 

Lorsque l'alcool a obscurci les cerve<'iux, il suffit d'une futilité pour 
provoquer une bagarre. Ces endroits sont, du reste, le rendez-vous des 
mauvais sujets de toute la région qui n'y vont que dans le but de 
chercher noise aux gens paisibles. Au cours de ces rixes, les casse-tête, 
les poignards, les revolvers sortent tout seuls des poches, et chaque 
fois, quelques-uns des belligérants restent sur le carreau ; il y a aes 
blessés, des morts parfois. Ajoutons que c^est surtout dans ces heures : 
de liesse, que sévit l'inéluctable entraînement des « tournées. » 

« On devra chercher pour la population ouvrière — dit M. Houdez — 
» dos distractions plus morales, des plaisirs plus sains, plus réconfortants 
» que ces ignobles débauches où elle laisse ce qu'elle a de plus pré- 
» cieux : sa santé, ses forces, son intelligence et de sa vertu. » 



« • 



Infériorité économique de l'alcoolique 

Il semblerait que cette question ne dût pas être soulevée, tellement 
elle saute aux yeux. 

Kn effet, l'infériorité économique de l'ouvrier engagé dans la voie 
de l'intoxication n'est pas discutable. 

.Nous croyons avec Krœpelin qu'à petites doses, Talcool surexcite les 
organes moteurs et rend le travail manuel plus facile, comme le 
travail cérébral. C'est connu et incontestable. 



'*-/.■ 






288 vil' CONGRES INTERNATIONAL 

Mais cela n'a qu*un temps, et ce temps est relativement court. On 
donne, avec Talcool, des séries d*eflbrts plus violents et plus pro- 
longés peut-être, des coups de collier, mais la dépense des forces 
mises en jeu, dépasse de loin les avantages de Tapport, et la fatigue 
est toujours alors considérablement plus marquée. 

Le D*" Destrée a démontré que contrairement au préjugé courant, 
on ne pouvait attribuer à Talcool, une action excitante sur le système 
musculaire, et que la somme de travail fournie sous Tinfluence de 
cet agent, était inférieure à celle que donnait Touvrier à jeun. A 
ce dernier point de vue, il doit y avoir concordance entre Destrée et 
Krœpelin. 

D*un autre côté, on connaît le mécanisme de Tivresse ; on a la clef 
des symptômes qui caractérisent sa chronicité. Arrivé à cet état, 
rhomme n*a plus la jouissance intégrale de ses facultés physiques et 
psychiques, si nécessaires dans le travail usinier. 

Les aptitudes au travail, — et cela a été parfaitement démontré et 
expliqué dans les dilTérentes répartitions des accidents •— sont 
amoindries ; Témulation, le plaisir de travailler n'existent plus ; 
la mise en train est pénible, et nous savons qu'on ne peut la retrouver 
qu'avec le stimulant habituel ; la puissance musculaire décroît chaque 
jour, l'incertitude dans les mouvements arrive bientôt, la présence 
d'esprit s'oblitère, la compréhension s'alourdit, le sang Iroid fait 
défaut ; l'homme est désorienté et quand l'accident qui guette 
n'étrangle pas «sa proie, l'ouvrier se voit obligé d'abandonner, avant 
l'nge, le poste qui lui était assigné dans l'usine. 

H est assex étrange que cette situation fatale n'apparaisse pas 
plus tôt a l'ouvrier, alors que le simple bon sens et la saine raison 
devraient lui montrer le piège qui lui est tendu. Mais non ; confiant 
dans l'énergie factice et le réveil passager de ses aptitudes, dus a 
l'alcool ingéré au moment du travail, il va, de moins en moins 
conscient du danger, jusqu'à ce qu'il en soit victime, ou qu'il doive 
se rendre à l'abandon progressif de ses résistances et des qualités 
indispensables a son métier. 

Où va-t-il ? Vous les avez comme moi, et des voix autorisées vous 
le montreront plus tard dans la société, où il a son rôle d^épave a 
jouer pendant un temps plus ou moins long. 

Il est bien entendu que ce n'est pas le seul petit verre que l'ouvrier 
prend le matin, avant de s'atteler, qui le tue. Réflexion faite, a part 
son action locale sur les voies digestives — qui peut devenir noscive 
il la longue, — et n'étaient les innombrables exemples d'entraînement 
qu'ont suscités les premières gouttes prises le matin, nous ne 
verrions guère grand inconvénient a ce coup du boute«selle, mais le 
conseil ne peut être donné, car l'abime est au bout de la pente. 

Après la goutte du matin, il y a celle de 8 heures, celle de midi, 
celle de 4 heures et celle du soir. 

Remarquez que si une industrie se fixe a la campagne, comme par 



V 



CONTIIB L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUBS 289 

exemple la sucrerie, la plupart des ouvriers, cependant pris parmi les 
villageois, contractent immédiatement cette habitude, et encore une 
fois, en raison des salaires subitement plus élevés de la journée. Vous 
savez qu*en Belgique, des patrons sucriers ont décidé de travailler le 
dimanche, pour empêcher les ouvriers de s'adonner à la boisson. 

Si les portes de 1 établissement étaient fermées de 8 ii 4 heures, le 
mal serait a moitié conjuré. Certains directeurs ont encore agi dans 
ce sens. 

On commettrait une grosse erreur, si l'on croyait que l'ouvrier boit 
d*habitude pour le plaisir de boire, cherchant de cette façon k mettre 
une gaieté aans le noir ou la monotonie de son existence. 

Beaucoup de travailleurs — et notamment les bouilleurs — dès le 
début surtout, boivent du genièvre pour se donner des forces, 
convaincus qu'ils sont que l alcool ainsi absorbé les stimule, les 
incite h l'ouvrage et leur procure l'énergie nécessaire pour abattre 
la besogne. 

Et de fait, n'ont-ils pas momentanément raison ? 

Chacun sait que le délire alcoolique peut quintupler nos forces, et 
il ne viendra k l'esprit de personne de contester le coup d'éperon du 
petit verre avant la mise en train. 

Mais ce qu'il faut prôner sur tous les tons, k l'ouvrier, c'est que 
l'alcool est un trompeur : alcool is a moker ! Doué d'un extrême avidité 
pour l'oxygène, il détermine dans l'économie des combustions qui ont 
pour effet une augmentation de chaleur et d'énergie musculaires ; 
mais, ce n'est pas seulement au dépens de l'oxygène de l'inspiration, 
mais bien de Voxygène de nos tissus et de nos ceuules. Et c'est évidem- 
ment au dépens de ceux-ci, et au dépens de celles-lk, qu'ont lieu ces 
productions de calories qu'exige le travail manuel. 

Voilk pourquoi la fin de la journée est marquée par un abattement 
plus grand chez ces ouvriers que chez les autres. 

VoUk pourquoi l'habitude s impose chez eux de boire la goutte le 
matin pour se remettre en train/ — premier échelon vers l'alcoolisme 
chronique dont les modalités sont si multiples et peuvent échapper k 
l'attention de l'observateur. Voilk pourquoi la déchéance vitale et 
physique s'accuse beaucoup plus tôt chez les partisans du petit verre 
que chez les abstinents. 

Nous ne parlons ici que des ouvriers qui boivent la goutte en 
travaillant, sans signaler la situation plus précaire encore que l'on 
rencontre chez ceux qui terminent leurs journées par des libations du 
même genre. 

li*alcool est un coup de fouet, inutile pour les bêtes jeunes et 
vigoureuses, et presque toujours sans efficacité sur les haridelles et 
les vieilles biques. 



• 



290 vil* CONGRES INTERNATIONAL 

D*iin autre côté, dès que l*ouvrier a pris Thabitude de boire, il 
devient plus ou moins suspect. Déjà sous le coup d*une défaveur, s'il 
se présente assez fréquemment en état d'ébriété^ il finira par se faire 
renvoyer de Tusine ; c*est le travail qui commence a manquer, car le 
patron, qui mérite. ce nom, ne voudra pas d*un ivrogne, qui peut être 
atteint de psychose passagère, de vertige, d'un moment a l'autre, qui 
perdra toute adresse, par semi-paralysie des sphères psychiques et 
motrices, commettra des erreurs, sera cause a'explosion ou d'une 
quantité d^accidents, entraînant des blessures et la mort même pour 
lui et ses compagnons. « Les sinistres si fréquents, dans les mines, 
les carrières, les usines, — dit Delaunois — sont presque toujours 
imputables à des ouvriers adonnés a l'intempérance. » 

Bien des catastrophes de chemin de fer, des collisions en mer, des 
naufrages, n*ont pas d'autre origine que l'état d'ivresse des mécani- 
ciens et de ceux qui ont la direction des navires. Tout cela est connu 
et parfaitement prouvé ! 

« Dans rindustrie du transport, notamment, qu'il s'agisse du chemin 
de fer ou de la navigation — écrit mon confrère Van Coillie — aujour- 
d'hui surtout que Inomme doit diriger les forces aveugles de la matière 
brutale, il faut tant au chef qui commande qu'au simple manœuvre 
qui exécute Tordre, une très grande présence d'esprit, un calme 
parfait, un sang-froid imperturbable. Dans certaines circonstances, 
plus nombreuses qu'on ne croit, il faut savoir prendre u^e décision 
rapide et sûre, et ce qu'il faut éviter toujours, c est l'audace irréfléchie 
et le fol embalement. » 

Or, toutes ces qualités dépendent des associations cérébrales supé- 
rieures, du jeu régulier des facultés mentales les plus élevées, du 
travail normal de cette partie de la substance grise où elles se mani- 
festent, et où l'ivresse aigué ou chronique amène des troubles pertur- 
bateurs qui en altèrent le (onction nement physique. 

Et remarquez que ces troubles rendant la perception cérébrale 
moins nette, dérangeant la subordination et la coordination parfaite 
des idées, obnubilant la vue exacte de la causalité, ne sont pas seu- 
lement immédiats a l'ingestion des spiritueux, mais qu'ils comportent 
encore « des conséquences nuisibles, durables et constatables pendant 
plusieurs jours, » 

D'après Krœpelin, Schmiedeberg et Smith, l'alcool pris à dose 
modérée et journalière, laisse chaque fois une empreinte sur le cerveau 
qui engendre ii la longue, les symptômes d'un empoisonnement chro- 
nique, qui met les centres intellectuels dans une condition manifeste 
d'infériorité, amoindrissant la production cérébrale de toutes les 
couches de l'encéphale, en particulier de la mémoire, déséquilibrant le 
système nerveux en même temps qu'il détermine des troubles patents 
dans le système moteur. 






CONTRE l'aBU5 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 291 

Et plus que jamais, les patrons aujourd'hui, se verront forcés do 
faire une sélection dans le choix de leurs ouvriers. 

Déjii, actuellement, un industriel sérieux ne tolérera plus dans ses 
usines, un mécanicien qu'il ne peut pas considérer comme absolument 
tempérant, et sur le compte duquel il a des renseignements dou- 
teux, concernant ses habitudes. 

.\u Canada, aux Etats-Unis, on impose à ces hommes qui tiennent 
en main tant de vies humaines, on impose la proscription de Tusagc 
de Talcool, et cette exigence — que je ne saurais assez louer, — a 
donné des résultats inespérés. En revanche, ils sont grassement ré- 
tribués. 

Quant aux ouvriers intempérants, le jour est proche, où ils se ver- 
ront délaissés par les chefs d'ateliers ou d'industrie, parce qu'ils sont 
une source permanente de dangers pour eux, et pour leurs compa- 
gnons ; que les blessures et les mortalités par suite de sinistres en- 
traînent des responsabilités pour les maîtres, que ces responsabilités 
sont surtout sonnantes, puisque les tribunaux se montrent coulants 
pour leur laisser incomber — même en cas de faute lourde chez le 
travailleur — les dommages et intérêts réclamés par les sinistrés. 
Relativement aux accidents, les conséquences de l'alcoolisme ne sont 
pas comparables h la campagne et dans les centres ; les causes sont 
moindres, puisque l'industrie fait défaut, et les sinistres, beaucoup 
plus cpars, n'ont pas non plus la même importance. 

On a remarqué aussi que les lundis et les mardis sont les jours qui 
fournissent le plus d'accidents, les veilles ayant été copieusement 
fêtées. 

Nous ne nous amuserons pas a le prouver au moyen de statistiques. 
I/état mental de l'usine ou de l'atelier ne peut pas être le même, ces 
jours là que les autres. Il sufTii pour s'en convaincre de faire une 
petite constatation personnelle. Or la diminution du potentiel cérébral 
sous le coup de Talcool stupéfiant et paralysant, l'amoindrissement des 
associations intérieures dont nous avons parlé, avec toutes ses consé- 
quences, ont une influence réelle sur la production des accidents de 
travail, par suite de fatigue physique et intellectuelle. Ce sont les deux 
grnôrateurs les plus importants, et ils sont dus h l'abus des 
alcools. 

Cette constatation faite pour le lundi — qui n'est souvent qu'une 
demi-journée — est intéressante, car le lundi a été précédé d'un jour 
de repos, et devrait donner lieu h moins d'accidents, — comme Cetty 
l'a constaté pour les ouvriers qui ont coutume de sanctifier le diman- 
che d'une toute autre façon que la plupart des travailleurs de nos 
grands bassins industriels. 

Kn général, le chômage est complet le lundi chez nous, et voyez 
combien la statistique des inspecteurs est suggestive, puisque là où 
on travaille le lundi, on ne donne que six heures d'ouvraee, et qu'on 
arrête pendant les heures qui sont précisément les plus oangercuses. 



292 VII* CONGIIB8 INTBRNATIONAt 

La moili'é des accidents — a dit le ministre des chemins de fer belge 
— arrive par abus de boissons. 



Soit dans les charbonnages, soit dans les verreries, dans les lami- 
noirs, les forges et les établissements métallurgiques, soit dans tout 
autre atelier où le renouvellement de Pair fait défaut, (lorsqu^il n'est 
pas surchauffé et chargé de principes toxiques de différentes sources), 
combien pénible devient le travail du lundi pour Touvrier qui s*est 
enivré le dimanche. 

Sans parler de la céphalalgie, — du mal aux cheveux, — que d'ef- 
forts plus considérables doit déployer le travailleur pour abattre sa 
besogne, harcelé par les lassitudes inséparables des veilles dépensées 
en orgie de genièvre, sans le^ réparations ordinaires du sommeil ? 

Dans la plupart des usines et ateliers, où ratmosphère humide et 
chaude est encombrée de méphitismes divers, ou bien empoisonnée 
par Toxyde de carbone, Télimination de Talcool, — qui se continue 

Flusieurs jours même, après de copieuses libations, si Ton en juge par 
expression symptomatique de leurs nocuités pendant 24 heures et 
plus — cette élimination de Talcool est enrayée, retardée et coïncide 
avec une aggravation marquée des fatigues, physiques, et la chute des 
résistances individuelles. De la dans les ardeurs au feu, et Tafllux in- 
cessant des fumées irrespirables, une action plus intime, plus pro- 
fonde du poison sur la trame des tissus qui subissent alors plus sen- 
siblement son influence, ainsi que sur les divers organes dont le 
désordre amènera plus rapidement le développement de Talcoolisme 
chronique. 

Personne ne songe a comparer le travail usinier avec le labeur 
campagnard, ni a ne pas reconnaître son action plus débilitante et plus 
meurtrière, mais on conviendra avec tous ceux qui ont étudié de près 
les travaux manuels des grandes usines que 1 abrègement de la vie 
dans ces milieux reconnaît aussi, comme cause majeure, Tabus des 
spiritueux avant, pendant et après le travail. 

Dans rindustrle lainière et la construction mécanique chi pays de 
Liège, il y a défense absolue, dit mon collègue Thisquen, d'introduire 
des boissons alcooliques dans Tintérleur des ateliers. L'industrie où 
Ton boit le plus sur les chantiers, c'est celle du bâtiment. Dans Tirn- 
portante inaustrie du plomb et du zinc en Belgique, les ordres les 
plus sévères sont donnés pour réprimer l'usagé des spiritueux*. 

Les maladies sont aussi beaucoup plus fréquentes, leur guérison 
demande plus de temps dans les cités et les centres, et si l'al- 
coolisme y joint le contingent des aflections qu'il engendre, elles 



1 De l'aveu des ouvriers et dei patrons, lèt travaîneart qui ne tont pat rangée, qui 
font souvent n ribotte » tont plus lujett à l'intoxication saturnine et Ton voit souvent ses 
manifestations éclater ou réapparaître, après an écart de régime. 



CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 293 

auront ud retentissement des plus fâcheux sur la valeur économique 
des individus. 

L*étude expérimentale de Talcoolisme et son influence sur Timmu- 
nité, apporte tous les jours de nouveaux arguments aux adversaires 
des excès alcooliques (D' Deléarde, Annales dé l'Institut Pasteur, 
nov. 97). 

Il est acquis h la science que Talcool, comme nous Tavons démon- 
tré ailleurs, produit par lui-même des troubles qrganiques ; et tous 
ceux qui se soYit occupés de la question, admettent qu*il crée 
une vulnérabilité extrême à Tégard des maladies infectieuses ou 
toxiques (ex. la pneumonie). 

En 1896, Abbatt, de Philadelphie — dit le D' Deléarde. — a mon- 
tré expérimentalement que les microbes pathogènes, tels que le strepto- 
coque, le staphylocoque et le bactérium coli, incapables de donner la 
mort à des animaux sains, pouvaient tuer des animaux intoxiqués par 
Talcool, ce qui est le résultat d*une altération des principaux moyens 
de défense contre les germes infectieux. 

D*après ses expériences sur les animaux intoxiqués par Talcool, les 
éléments — probablement les leucocytes qui entrent en jeu dans la 
production de l'immunité, — sont influencés surtout quand on fait agir 
simultanément Talcool et la toxine ou le microbe. 

La clinique confirme cette conclusion. 

Comme on le voit, tout concourt à diminuer la valeur économique 
de Talcoolique. 

La réduction des heures de travail est surtout désirable pour les 
métiers fatigants, entraînant de considérables dépenses de forces 
physiques, mais c*est principalement à Touvrier de la campagne 
qu elle sera profitable, parce qu'il est possesseur d*un petit lopin de 
terre et qu*il passera le surplus de son temps à la culture de son 
jardinet, a Télevagé de son cochon, de ses lapins ou de ses pi^reons. 

Quand, avec le progrès, l'ouvrier sera plus instruit, il occupera ses 
loisirs avec la culture, ou aura trouvé dans les écoles professionnelles 
pratiques du soir, l'avantage d'un petit métier, pouvant rapporter 
quelque argent, pendant ses heures libres. 

Bien comprise, la réduction du temps de travail, ne devrait pas 
être employée aux distractions du cabaret. La journée de 8 heures 
qui était jadis un épouvantai!, tend à se généraliser; et l'orientation 
nouvelle que l'on cherche à inculquer h l'ouvrier, l'amènera à en tirer 
profit pour son amusement, pour ses économies et pour sa santé.* 

S*il en était autrement, il faudrait presque désespérer de l'arrêter 
sur le chemin glissant et dangereux qu'il suit actuellement, et croire 
que le vent d'alcool qui souille aujourd nui, souillera malgré tout, mai- 
re les gouvernants et les ligues, jusqu'au moment ou U s'abattra de 
ui-même sans d'autre explication que celle des causes qui président, 
en somme, a la disparition des usages, des coutumes et des modes. 
Ce serait désolant. Il ne nous resterait plus qu'à considérer la gêné- 



p, 



294 VII* CONGRES INTERNATIONAL 

ralisation de Talcoolisme que comme une étape de ce progrès qui nous 
envoie les guerres, pour mieux nous faire goûter, sans doute, les bien- 
faits de la paix. 

L*histoire nous apprend que partout où surgit une tentation, 
Thomme ou la femme y succombe, et il en est, de ces tentations, qui 
semblent persister éternellement. 



Dans un rapport que j*ai fait en collaboration avec mon savant ami, 
M. Hipp. Barella, ancien président de l'académie royale de médecine 
de Belgique, i*ai abordé Tétude des logements ouvriers en général, 
mais surtout des logements pour ouvriers célibataires, et cela au point 
de vue des bassins nouilliers et industriels, où les maisons de ce genre 
abondent plus spécialement^. 

J*avais donné précédemment une idée sommaire de ce qui se passe 
habituellement dans presque tous les logements ouvriers, concernant 
la nourriture et le couchage, et je faisais connaître notamment les 
conditions épouvantables dans lesquelles sont hébergés les ouvriers 
commis aux grands travaux publics dans les campagnes où le céliba- 
taire a sa pLice et son rôle, ainsi que dans les villes et les centres 
industriels. 

Les détails concernant Tinsalubrité absolue de ces baraquements 
construits à la hâte et le plus économiquement possible, par les entre- 
preneurs, lorsqu'il s'agit de travaux d'art et d'industrie, ont été livrés 
k la législature. Nous nous permettons de rappeler ici notre brochure 
concernant Tétat sanitaire des ouvriers briqueUers^ logés dans des 
cambuses élevées en dépit de toutes les règles de l'hygiène, couchés 
pèle-mèle, père et mère, frères et sœurs, garçons et nlles, en dépit 
des moindres exigences de la morale. 

Nul n'ignore les abus et les ravages de l'alcool, parmi les ouvriers 
employés a la fabrication des briques, dans certaines contrées, ouvriers 
par le fait prédisposés aux affections gastro-intestinales et dont les 
enfants naturellement chétifs, mal nourris et mal logés finissent par 
devenir des candidats au lymphatisme et à la phtisie. 

II y a à considérer encore — comme le fait très judicieusement 
remarquer M. Obozinski, conseiller communal à S'-Gilles — que ces 
mêmes situations se présentent aux portes des grandes villes, spécia- 
lement dans l'aglomération faubourienne Bruxelloise, où l'on ouvre 
des maisons de logement, pour héberger les ouvriers de village, ame- 
nés au premier train du lundi matin pour y séjourner jusqu'au samedi 
soir. Nous les retrouvons aussi dans les bassins industriels. 

Ce sont pour la plupart — pas toujours — des célibataires recrutés 
a la campagne, qui passent donc, — dit le rapporteur — cinq nuits 
par semaine chez le logeur. 

* D' Deffernei : Le* maiêonê de logement pour ouvrière eélibataireê. 



CONTRE h ABUS OBS BOI880N8 ALCOOLIQUES 



295 



Dans une maison d'aspect bourgeois nous avons trouvé au 2" étage 
six lits dans une chambre de 3 m. 50 sur 6.00; 4 lits dans une cham- 
bre plus petite, et au troisième étage, dans le. grenier, six lits. Or, le 
grenier n*a pour tout système d*aération qu'une fenêtre-tabatière, qui 
doit nécessairement rester close la nuit, car elle se trouve à 50 centi- 
mètres au-dessus d'un des lits. 

N'oublions pas que chacun des lits est occupé par deux individus. 

Mes compagnons de visite et moi, nous voulûmes pénétrer jusqu'au 
fond de ce grenier, mais nous n'avons pu le faire, tant les odeurs qui 
emplissaient l'air étaient fortes et fétides. 

F^cs maisons de logement pour ouvriers célibataires se rencontrent 
comparativement beaucoup moins dans les villes que dans les centres 
industriels et notamment les bassins houillers. 



La clientèle de ces établissements aux environs des villes, dans les 
faubourgs, se compose souvent de maçons, de terrassiers. On y ren- 
contre également des ouvriers d'autres professions, mais en moins 
grand nombre ^ 

Dans les bassins houillers, les maisons de logement pour ouvriers 
célibataires existent jusque dans les moindres communes avoisinant 
un charbonnage ou l'une ou l'autre industrie du fer ou du verre. 

C'est incontestablement leur terrain de prédilection, si Ton en juge par 
le tableau suivant, qui ne signale exacteqnent la situation qu'au pays de 
Charleroi, mais qui, peut s'appliquer aux autres bassins charbonniers. 



COMMUNES 



Dampremy 

Bouffioulx 

Monceau s/Sambre. . . 

Gottelies. 

ChAtelineau 

Furciennes 

Roux 

Lutire 

Ransori 

CourceIle«. . . . *. . 
Jumet ... . . . 

Murchienne 

Marcinclle 

Montigny «/S , . . 

Gilly 

Cbnrleroi 

Lodelinsuri 

ChAielei 

Couinât 



LOOEMBNTB 



LOOBUH8 



478 


1912 


15 


104 


108 


500 


35 


85 


ISO 


900 


70 


160 


70 


150 


12 


18 


10 


30 


50 


250 


50 


145 


266 


805 


80 


180 


390 


960 


300 


900 


93 


342 


66 


270 


250 


600 


280 


972 



D' Deirernes : iéf chat^frii, étuda de mœurs tournaîsiennas. 



/ , 






296 vu* CONGRES INTERNATIONAL 

En général, dans les maisons de logement — car il y a de louables 
exceptions — les lits spnt mal faits. Je ne crois pas les ressorts d'un 
matelas nécessaires à la santé d*un homme valide, mais Touvrier, oui 
n*a pas besoin de mortification, doit trouver autre chose qu'une planche 
et une vulgaire paillasse pour se reposer. Entre le luxe et la pénurie, 
il y a un milieu qu*on nomme le confortable et qui fait défaut dans les 
maisons de logement. - x 

Tous les renseignements que nous avons reçus — et ils sont très 
nombreux — s'accordent pour constater que partout le lit sert k deux 
et même trois logeurs à la fois. Dans ce cas, ils sont commandés et 
construits expressément pour servir à ce double et même triple usage. 

Presque toujours, le ht, dans nos bassins industriels — spéciale- 
ment dans celui de Charleroi — est occupé sans interruption le jour 
et la nuit ; l'ouvrier de jour remplace l'ouvrier de nuit et vice-versa, 
sans que pour cela les draps soient changés ! Quand on songe que ces 
travailleurs sont des bouilleurs patines ou poussier gras de la mine, 
ou des ouvriers d'usine, enfumés dans les halles, les torges et les stra- 
cous, on s'est vite fait une idée de l'aspect du lit à la .fin de la 
semaine Les draps, qui ne sont Jamais refroidis, ne sont renouvelés 
que les dimanches, et encore il faut savoir reconnaître que ces mal- 
heureux ne peuvent guère s'entretenir dans un état de propreté cor- 
porelle satisfaisant. On conçoit quel bien-être serait apporté dans la 
vie des travailleurs s'ils avaient chacun leur lit, et deux fois par semaine 
des draps nets. 

Quant à l'encombrement des chambres, c'est ce qu'il y a le plus à 
déplorer. En effet, l'air pur et sain est la première nourriture de 
l'homme, tellement nécessaire aux phénomènes vitaux que son 
manque ou sa viciation sont évidemment la cause majeure de cet étio- 
lement qui caractérise nos ouvriers des villes et des centres, et les 
différencie des travailleurs rubiconds de la campagne. 

De ce côté surtout, devrait être portée l'attention du législateur et 
des administrations communales. 

On se demande dans quel état doivent se lever ces hommes qui se 
sont lentement empoisonnés toute une nuit, dans l'atmosphère altérée 
et débilitante des chambres a plusieurs logeurs. 

Il est indéniable que s'ils n'avaient la plupart du temps pour eux 
les énergies de la jeunesse, ils dépériraient rapidement dans ces 
taudis obscurs et bas, non ventilés, où l'accoutumance seule soutient 
leurs résistances. Remarquons aussi que la majorité de ces étrangers 
— des campagnards — sont des gars solides, non seulement taules 
pour le travail, mais encore pour toutes sortes d'endurances et de 
privations. 



* 



Mais le mal 
toutes ces maisons 



I n'est pas seulement là. La véritable plaie, c'est que 
isons de logement pour ouvriers célibataires, sont aes 






CONTRE L.'aBU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUBS 297 

débits de boissons, des cafés borgnes, vulgairement appelés « i^ioleit » 
où l*on se gorge d*alcool jusqu'à l'ivresse, dans des orgies dont nous 
avons donné la description, et où l'ouvrier une fois engagé, ne peut 
plus se soustraire k l'ascendant de la baesine, qui tient son calepin de 
quinzaine, et — chose inouïe — va elle-même, toucher si Tusinc, 
1 argent gagné par son pensionnaire. 

Non seulement le pauvre travailleur y laisse la totalité de son 
salaire, mais il est incité à contracter des dettes, premiers anneaux 
d'une chaine dont il ne se débarrassera plus. 

Le calepin de quinzaine est une garantie indispensable. On n'opère 
pas sans lui, on ne prend pas le cheval sans la selle, et dans beaucoup 
de cas, l'amour n'est en réalité que la précaution prise pan l'araignée 
quand elle ligature la mouche déjà capturée. 



* 



Dans le même rapport, notre savant confrère, M. Barella, membre 
de l'Académie de Médecine, dont la valeur scientifique vous est bien 
connue, s'est occupé à plusieurs reprises du préjudice causé ii la 
classe ouvrière par les expropriations en zones. L'hausmanisation a 
du bon, mais elle a l'inconvénient de priver de leur habitation des 
centaines et des centaines d'ouvriers et par suite de produire la rareté 
et le renchérissement des logements ouvriers. On a vite dit : Démo- 
lissez les vieux quartiers insalubres, assainissez, donnez de l'air, etc., 
etc., etc., le mal cest que Von ne rebâtit pas pour Vous^rier, 






Il faut plus que jamais étendre et développer l'œuvre des Comités 
de patronage pour les habitations ouvrières, ainsi que les hôtelleries 
ouvrières^ sous n'importe quelle direction. 

Il y a lieu aussi de s'occuper de là décentralisation industi'ielle, 
J*ai été appelé à faire une étude comparative entre 3 usines de 
même fabrication, différemment placées, l'une dans une ville rela- 
tivement grande, l'autre dans une petite ville et la 3* à la campagne. 
Cette étuae n'est pas sans intérêt. Dans la grande ville, — dont la 
population ouvrière est déchue, abâtardie, rongée de tares hérédi- 
taires, payant un large tribut à la tuberculose, à la scrofulose et aux 
aflections ophthalmiques — le recrutement du personnel se fait 
dans des conditions déplorables, quasi dans les même familles, mal 
nourries et surtout mal loffées. Avec le genre de travail nécessitant 
une température de 27 à z9 degrés, ainsi qu'un état hygrométrique 
de 95 0/0, il est aisé de concevoir quelle population débilitée, étiolée, 

firivôe de ressort, se meut dans cette fabrique et par quels ravages 
'abus des spiritueux doit ou devrait s'y signaler. 
La comparaison est déjà beaucoup plus avantageuse dans la petite 



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298 vil* CONGRISS INTBBNATIOKAL 

ville OÙ Tair circule plus pur, où l'encombrement est moindre dans 
les ruelles populeuses assainies, où le recrutement du personnel se 
fait déjà en partie dans les faubourgs et même h la campagne environ* 
nante ; aussi Tanémie et la chlorose s*y montrent déjà plus rarement; 
la tuberculose y trouve un terrain moins propice à son développement, 
et la mortinatalité, ainsi que. la mortalité infantile y ont diminué 
de beaucoup ; le nombre d'ouvriers manifestement alcooliques est 
moins considérable. 

La 3* usine, située en pleine campagne, loin des villes, l'emporte 
absolument sur les précédentes, sous tous les rapports. Les ouvriers 
et les ouvrières surtout sont choisis parmi les gars solides, et les 
fortes filles bien charpentées et saines de la région. C'est par 
extraordinaire qu*on y rencontre une fille-mère. 

Et comme l'aspect des ateliers frappe l'observateur, trouvant d'un 
côté la rangée des visages blêmes et défaits, s'ugitant tristement sur 
de petits corps décharnés et fluets ; de l'autre la roseur et la lermeté 
des chairs qui sont l'apanage des belles campagnardes ! 

Les leinmes travaillent jusqu'à 20 et 25 ans, puis elles se marient 
et ne reparaissent plus à l'usine, à l'inverse de ce qui se passe ailleurs, 
où l'on retrouve la mère, travaillant encore, dans le même atelier que 
ses filles. Quant à l'abus des boissons alcooliques, il est presque nul. 
N'est-ce pas là, pour ainsi dire, un idéal. 



* 



Depuis la facilité et la réduction des transports en Belgique, toys 
les papillons campagnards sont venus, sinon se brûler, tout au moins 
se chauffer, au soleu de l'industrie. 

Vis-à-vis de la question qui nous préoccupe, cette concentration 
a été funeste. 

Mais elle était fatale. L'étreinte des villes tentaculaires — dont 
parle Vandervelde dans le Mouvement socialiste — malgré les souf- 
frances, les misères, les maux de toutes natures qu'elle engendre, 
était indispensable, pour préparer l'exode qui commence, non pas 
le retour vers les campagnes du <i bon vieux temps » mais vers la 
campagne nouvelle, fécondée par cette étreinte des villes absorbantes 
qui généralisera les progrès — vers la campagne relevée, vivifiée 
même par le machinisme, et où se fera la jonction des travailleurs 
industriels et des agrariens; jusqu'à ce que le formidable cycle des 
évolutions y entasse à nouveau les populations de l'avenir, inquiètes 
déjà de savoir la terre, où plutôt les ruines, .où elles reviendront 
planter leurs tentes. 

Cette concentration actuelle urbaine et industrielle n'est pas une 
des moindres causes du progrès effrayant de l'alcoolisme, pour ceux 
qui connaissent les côtés défectueux et dangereux dea milieux usiniers 
et des logements ouvriers en général. 



/; 



CONTRE L*ABIIS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 299 

1/usine par elle-même est déjà dangereuse à la campagne, comme 
nous Pavons vu par Timmixtion d'éléments qui viennent des villes 
et des centres et y importent des habitudes auxquelles on se plie 
d'ailleurs très aisément. 

Elle devient redoutable dans les bassins industriels. L'idéal est 
cependant de la voir placée à la campagne, et grâce aux facilités de 
transport, la voilii qui commence ii s'implanter loin des agglo- 
mérations. 

C'est le rêve de Tolstoï qui se dessine ! C'est le progrès qui marche 
bon gré, malgré tout, amenant pour notre édification, un de ces retours 
si fréquents dans l'ordre social. 

Un jour viendra, avec les merveilleuses applications de ^électricité, 
où le mouvement industriel — déjà mis en branle actuellement — 
désertera nos villes surchargées et nos noirs bassins fumeux, et se 
campera sur le littoral, dans l'air vierge et complètement aseptique 
de la haute mer, ainsi que sur le parcours et ii 1 embouchure de nos 
rivières et de nos fleuves. 

Ce jour-là, — les mutualistes, l'initiative privée, l'action gouverne- 
mentale et patronale aidant — les hygiénistes et les antialcooliques 
applaudiront des deux mains. 

// faut favoriser le mouvement de devenir alination industiùelle, et la 
mettre à i écart de cette autre étreinte tentaculaire : l'alcoolisme. {Ap^ 
plaudissements) . 

M. le Président.— La parole est à M. Blocher, rédacteur en chef 
de V Internationale Monatsschrift zùr Bekdinp/ung der Trinksit'- 
ten (Bâle). 

M. Blocher désire faire seulement quelques remarques concernant 
les relations entre la question sociale et la question de l'alcoolisme, 
quelques remarques plutôt théoriques que pratiques. 

Comme l'a déjà dit M. Van der Velde, nous sommes en présence de 
deux théories concernant ces relations : une théorie est surtout ré- 
pandue dans la bourgeoisie, et l'autre parmi les socialistes. La théorie 
de la bourgeoisie est celle-ci: ce qu'on appelle la question sociale est 
surtout le produit, le résultat de l'alcoolisme ; c'est un produit 
des mœurs, une conséquence de l'ivrognerie ; par opposition, la 
théorie de beaucoup de socialistes est celle-ci : que l'alcoolisme n'est 
nu'un produit du régime capitaliste, et que lorsque le régime capita- 
liste aura pris fin, l'alcoolisme disparaîtra aussi. 

Pour M. Blocher, ces deux théories sont également fausses. D'abord 
il est tout à fait inadmissible de prétendre que 'la question sociale 
soit adéquate à la question de l'alcoolisme. 

La question ouvrière s'est posée par le fait même de l'existence du 
régime capitaliste, c'est-ii-dire par le fait que la possession des moyens 
de travail est séparée du travail lui-même et que la société est séparée 






300 vu* CONGRES INTBBNATIOMAL 

en deux classes : Tune qui possède les moyens de travailler, le capital 
et la terre, et Tautre qui travaille sans posséder les moyens de tra- 
vail. Il est tout à fait clair que cette contradiction entre les deux clas- 
ses ne disparaîtrait pas par le fait de la disparition des boissons al- 
cooliques. La concentration des capitaux entre les mains de quelques 
capitalistes ne serait en rien modinée par la disparition de Valcool. 
Tous les motifs économiques qui ont amené la question sociale sont 
indépendants de la boisson. 

Il est clair aussi qu*on ne saurait prétendre que la misère et le ré- 
gime capitaliste en général soient capables d'avoir enfanté Talcoolisme. 

Tout d*abord, cette théorie est fausse au point de vue historique : 
on constate en effet que Talcoolisme a existé de tout temps. On trouve 
Talcoolisme dans l'antiquité, parmi les grecs, les romains ; au moyen- 
age, surtout parmi les peuples germaniques, c'est-k-dire dans des temps 
où il n'y avait pas encore trace de capitalisme. 

Il est tout à fait faux, d*autre part, de prétendre que Talcoolisme 
est le produit de la misère matérielle, de la misère physique ou de la 
misère morale. Nous trouvons, en effet, l'alcoolisme répandu dans 
toutes les classes de la société, et même M. Blocher croit que Talcoolis- 
me sévit beaucoup plus fortement dans la classe possédante que dans 
la classe ouvrière. Il y a beaucoup d'observateurs, de statisticiens, qui 
qui ont fait cette expérience, et M. Blocher pense que beaucoup de 
gens, parmi ceux qui ont l'habitude d'observer la vie quotidienne, ont 
pu faire aussi cette observation. Ce n'est pas l'alcoolisme qui dépend 
de la misère, de la constitution de classes distinctes, c'est seulement 
la forme, les apparences extérieures de l'alcoolisme qui changent se- 
lon les milieux. Dans la classe bourgeoise, c'est l'alcoolisme du vin, 
du Champagne, des liqueurs, de la bière ; dans les classes ouvrières 
on boit surtout de l'eau-de-vie. Mais c'est un fait bien établi : l'al- 
coolisme règne partout, il est répandu dans toutes les classes de la 
société, et si l'on pouvait faire (ce qui est impossible) de tout le monde, 
des capitalistes et des bourgeois, l'alcoolisme ne disparaîtrait pas 
pour cela; mais on constaterait que sa forme change. 

Inversement, il est aussi inadmissible de prétendre que l'abstinence 
soit impossible dans la classe ouvrière. Il suflit d'ouvrir les yeux pour 
constater des faits très simples et très convaincants. 

C'est justement la classe ouvrière et la classe de la petite bourgeoi- 
sie, menacée aussi par le capitalisme, qui lèvent les grands bataillons 
de l'armée abstinente et tempérante dans tous les pays. Il y a en An- 

Sleterre 7 millions d'abstinents, des centaines de milliers d abstinents 
ans les pays Scandinaves : ce ne sont pas les riches, ce n'est pas la 
classe bourgeoise qui forment ces milliers, ce. sont lès grandes masses 
de la population, et c'est déjà une preuve éclatante que, dans notre 
société actuelle, il est déjà possible d'être abstinent. (Applaudisse'- 
ments). 

Il est faux encore de prétendre qu'on ne peut pas combattre l'ai- 



•; "?vt^:">r^.\j*j^'\^i;:;-;^ 



t • # 






CONTBB L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 301 

cooHsme dans notre société actuelle, comme le prétendent beaucoup 
de socialistes. 

Nous voyons au contraire que dans Quelques pays, comme les pays 
Scandinaves, on a réussi a diminuer 1 alcoolisme : il y a 50 ans, Tal- 
coolisme régnait dans les pays Scandinaves d*une manière effrayante, 

les peuples Scandinaves étaient les plus alcoolisés En Suède, on 

avait une consommation d*alcool de 46 litres par tète : aujourd'hui, 
grâce aux manifestations abstinentes, ce chiffre a baissé, et mainte- 
nant il y a un chiffre de 6 litres d*alcool par personne en Suède. 

De même en Norvège. Il y avait, il y a cinquante ans, une consom- 
mation de 17 litres : aujourd'hui elle n est plus que de 3 litres par tète, 
et ce résultat a été obtenu justement dans un temps où 1*on voit le 
régime capitaliste se développer de jour en jour, et malgré ce mouve- 
ment capitaliste les abstinents norvégiens et suédois ont réussi à 
diminuer l'alcoolisme et à faire de ces pays, qui étaient jadis les plus 
alcoolisés, les pays les plus sobres du monde. {Applaudissements), 

Le même phénomène s'est produit aux Etats-Unis et en Angleterre. 
En Angleterre, les abstinents ont réussi a restreindre l'alcoolisme, 
c*est-à-dire que la consommation de l'alcool est restée à peu près 
stationnaire malgré le mouvement croissant de la population et malgré 
le développement extraordinaire du capitalisme. Aux Etats-Unis, on a 
même réussi à diminuer la consommation de l'alcool, par tète, de 50 ^/o- 

Il est aussi faux de prétendre qu'il est superflu de combattre l'alcoo- 
lisme dans notre société, parce que, seule, la réforme de la société, la 
politique sociale elle-même suflira à. faire disparaître le mal. Ce n'est 
pas juste, parce que nous voyons que ce ne sont pas les peuples qui 
sont précisément 2i la tète du mouvement politique et social, qui ont 
réussi il combattre l'alcoolisme. Quels sont ces peuples qui ont com- 
battu directement l'alcool et l'alcoolisme lui-même ? Ce n'est pas la 
Suisse, avec sa législation ouvrière, sa protection des ouvriers, 
l'Angleterre avec ses coopératives et ses sociétés d'ouvriers, ce n'est 

r»as TAustralie ; non, c'est la Suède et la Norvège, des pays où la 
égtslation ouvrière n'a pas encore fait beaucoup de progrès. 

Ce que Texpérience enseigne c'est qu*il est nécessaire de combattre 
l'alcoolisme lui-même, directement par la tempérance, indirectement 
par des réformes sociales, et il est nécessaire aussi d'ajouter qu'il est 
inadmissible de prétendre que le socialisme lui-même aboutira h faire 
disparaître l'alcoolisme. Evidemment, il ne s'agit ici que d'une hypo- 
thèse puisque nous ne vivons pas encore sous un régime socialiste. 
Mais cette hypothèse est plus que plausible, car jusqu'aujourd'hui 
nous avons vu que dans toutes les formes de la société, l'alcoolisme a 
fait des ravages, et il est infiniment probable que la société socialiste 
aura aussi des dangers capables de produire l'alcoolisme. Pour ne 
citer que deux faits : tout d'abord on ne pourra plus, dans une société 
socialiste, capitaliser le revenu, il faudra le consommer. Eh bien 
dans une telle société, le danger de s'alcooliser sera très grand. 



- • . ■ 

«' ♦' 1 



302 vil' CONGRES INTERNATIONAL 

Deuxième lait : dans uno société socialiste les hommes doivent avoir 
une vie fort agréable; il doit y avoir beaucoup de luxe, beaucoup de 
richesse, de confort dans la vie. Il est tout à fait probable que les 
hommes, dans une telle société, s*adonneront à l'alcoolisme. 

C*est pourquoi le parti ouvrier et le mouvement socialiste ont le plus 
grand intérêt ii combattre l'alcoolisme. Si c'est vraiment a la classe 
ouvrière qu'appartient l'avenir, aucune autre classe n'a un intérêt aussi 
grand ii la lutte contre l'alcoolisme que le parti ouvrier. M. Blocher 
est heuriMix de constater que depuis quelque temps, dans tous les pays 
on observe conjointement au mouvement socialiste, un mouvement 
antialcoolique. Nous avons en Suisse un mouvement socialiste absti- 
nent ; nous voyons le même phénomène surtout en Angleterre ; parmi 
les chefs du parti ouvrier en Angleterre, il y en a beaucoup qui sont 
abstinents convaincus. De même nous voyons en Belgique un mouve- 
ment antialcoolique parmi les socialistes, dont nous avons eu le 
bonheur et Thonneur de voir le représentant le plus remarquable, 
M. Van der Velde, et jVspère que le temps n est pas loin où 
nou$ pourrions dire que socialisme et abtinence sont synonymes. 

M. le Président, — La patH>le est a M. le Docteur Baralier, de 
JeuguY ,Aube\ sur Y Alcoolisme dans tes milieux ruraux. 



Discours de M. le ly BARATIER 



t ALCOOtlSMI aAXS LES MIUICX SCSAUX 

Ce u'e»l pas seulement dans les rentres popaleox, dans les 
baS'* fonds des villes, dans tes aj^glomê rations ouvrières qae Ton 
rtfncoutre rulv^Htlisnie. c'est aussâ dans tes villages ; il poursuit 
également sa tâche dévastatrice dans les milieux niraux et les hameaux 
les plu:» humbles ne si>nt plus à compter les victimes de Talcool. 

Insidioii sèment., peu à peu, par suite de eoatacts plus fréquents et 
plus pri>lon«^es avee les habitants des grandes citês^ te paysan s*est 
initie au poisi>n reiiou table» il en a rapporté Tàpre ^ùt dans sa 
chdutinère. il s est li\re si son tiHir à Tauber^e et de nos jours l*alcooli« 
que des champs est aussi rêp^ittdu que ralcoolique des villes ; c'est 
par milliers t{ue l on reticuiitre dans les campagnes des indiridus 
deja touches par le fH>is4>u : çVst par milliers queloa voit survenir à 
l (KTcasioa d un ace tuent ou d une alFectioa les^ère les phénomènes 
d intoxication Jus a Talcoolisine chronique; c est par millliers que 
l ou rencontre les ma! i injures, les JessCeuerés* les tous» les crtmiaels 
desequilibrt^s par la b«ùss«>n sptrttueuse.. moralement et phvsiquemeat ; 



CONTIIB L*ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 303 

le ilôau social s^étale, se répand, envahit tout, et partout où il passe 
il corrompt Torganisme si pur et si sain du paysan de France de 
jadis. 



* 



Autrefois, c'est-ii-dire il y a quatre-vingts ans à peine, Tusage 
journalier du vin était peu répandu dans certaines contrées, même 
vignobles, totalement inconnu dans d'autres. Les récoltes étaient 
néanmoins régulières, plus abondantes qu'aujourd'hui, mais la plus 
grande partie de ces produits issus de la vigne était vendue dans les 
villes. Chaque propriétaire travaillant pour lui-même ne gardait que le 
vin nécessaire h la consommation de sa maison, ou à peu de choses 
près ; les celliers étaient suffisamment pourvus pour les accidents ou 
imprévus des mauvaises récoltes, et pour les rares occasions on conser- 
vait quelques échantillons de vieux crus en renom, d'année exception- 
nelle ; l'excédent et le superflu de la vendange après la vinification 
terminée, excédent qui parfois pouvait atteindre une grande quantité 
d'hectolitres, étaient vendus ; alors sobre, le paysan préférait avec 
l'argent qu'il retirait de la vente de son vin agrandir son lopin ou 
augmenter le bestial de ses écuries. 

Pendant la saison des vendanges, après la cuvaison, pendant le 
pressurage des fruits à cidre, on goûtait largement le jus ae la vigne 
ou des pommes ; on s'invitait ii tour de rôle, de voisin h voisin, pour 
apprécier les difTérents arômes, les divers bouquets, les qualités des 
nouvelles cuvées, et après de fortes libations, prolongées même pen- 
dant un certain temps, chacun retournait à ses travaux. Le marc des 
raisins fermentes et écrasés était jeté aux fumiers, étant considéré 
comme un produit inutile et il en était de môme pour les marcs et 
résidus provenant de l'écrasement des pommes et des poires servant h 
faire les cidres ; les fruits tels que prunes, pècnes, prunelles, 
cerises et autres ne servaient pas encore dans les villages ii fabriquer 
de l'enu-de-vie et aucun de ces résidus du pressoir ou de la cuve 
n'étaient distillés pour être transformés et produire de l'alcool. 

La boisson principale du paysan était l'eau. Le cidre abondant même 
dans certains pays vignobles était réservé presque exclusivement aux 
besoins des veillées du village, des premiers jours de septembre n 
mars, où chacun apportait sa cruchée de cidre, son pain et ses noix ; 
où tous, paysans jeunes ou vieux, vieilles aïeules ou petites filles, 
passaient devant le grand Atre où flambait le bois mort, les longues 
soirées d'hiver et de la mauvaise saison soit en filant au vieux rouet 
ou il Tantique quenouille, soit en aiguisant des échalas pour les pro- 
chaines façons des vignes, soit en racontant sur les temps passés. 

Aux repas on buvait peu de vin ; il était surtout réservé en temps 
ordinaire aux vieillards; ce liquide pur de tout mélange ranimait 
leurs sens glacés par l'âge, maintenait leur activité déclinante, ré- 
veillait leurs muscles enaormis. Le maitrc et les serviteurs msiles de 






«*)04 VII* CONGIIB8 INTBRNATIOMAL 

la ferme, le chei de famille ou ses iqurnaliers prenaient quelquefois 
un verre de vin après le repas de midi, mais cela seulement quand les 
forts ouvrages des champs les accablaient ; les femmes, les servantes, 
les enfants, petits ou grands, n*en buvaient jamais. 

Pour le paysan travaillant la terre, pendant quarante ans, parfois 
davantage, cette vie était la même et cette observation rigoureuse de 
la sobriété était nécessaire et indispensable pour des hommes tenus 
exposés dès la pointe du jour aux rayons araents du soleil, harassés 
par un labeur pénible et constant, la peau ruisselante de sueur, le 
corps à moitié nu ; dans le moment des moissons, k Tépoque des se- 
mailles, des forts labours, de la fauchaison la hoimon en grande 
quaniiti était absolument nécessaire k leur vie, a leur santé, k leur 
vigueur et cette boisson qui seule devait et pouvait les soutenir, les 
fortifier et les renforcir contre les affres de la soif et de la peine» 
c'était Veau pure^ bue en abondance aux champs ; ils ne pensaient 
même pas a boire du cidre ou du vin pars ; et si on leur en avait 
offert ils auraient refusé parce que un tel breuvage aurait été une cause 
d'incapacité de travail ; c^ètait Teau qu'ils recherehaient, qu'ils em- 

{sortaient avec eux et ils ne se souciaient nullement d'avoir d'autres 
iquides pour boisson. Après quinxe, seise ou dix*huit heures de 
travail, après la journée finie ils rentraient k la ferme, mangeaient et 
se couchaient immédiatement sans songer k boire. Pendant l'hiver ils 
se reposaient des grandes fatigues de l'été en travaillant dans l'étable, 
en battant en grange, en labourant les terres et ici comme Ik ils 
restaient sobres ; si après de tels labeurs ils couronnaient piement 
les gerbes de blé ou les bottées de vendanges par quelques iours de 
repas joyeux et de franches lippées, ces accrocs donnés par hasard k 
la sobriété quotidienne ne pouvaient influer en rien sur la forte et 
robuste complexion de leur corps. Les tablées ces jours Ik étaient 
vastes et parfois une semaine entière de festins non interrompus 
n'était pas chose rare au village d'autrefiûs ; senriteors, parents» 
amis, voisins ou malheureux profitaient largement de ces agapes 
vraiment fraternelles et malgré ces libations fiévreuses qai coaron* 
naient une année de travail , ils redevenaient sobres la Cite une Ibis 
terminée ; rentré ches lui le paysan se remettait a l'oavrage» ne 
gardant dans^ son cœur qu'un bon soavenir» sans arrière pensée de 
recommencer» et par une longue abstinence il raclietait l'orgie d'nn 
jour. 

Les voyageurs « les passagers seuls fréquentaient el s*attardaient k 
Tauberge* rare autrefois, et presque inconnue dn paysan ; on ne s'y 
rendait que forcô par la nécessité, pour y condvre <les ventes, des 
marchés, des fermages, pour s*y rencontrer et y discuter les oaar» 
chandises et leurs prix les jours de foire on d'asseosblée ; en v traitant 
des affaire», pour conclure le marché, on se laissait aller kboire «a 
un verre de vm, deux parfois, mais Ik se boraait cette fréquentation 
de passage ; ce n'était pas encore le domicile habituel. Le cidre» le 



•• ^^--r/y -.îf^-r^rT.".*--: ■ '^v-:, '^, • -f.^'*»* 



CONTRE L*ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 305 

poiré, le vin clairet ou le vieux vin y étaient les seules boissons con- 
sommées et ces breuvages étaient encore vierges de toute fraude, elles 
étaient telles que la cuve ou le pressoir les produisait. 

Comme je 1 ai dit plus haut, les marcs de fruits et de raisins étaient 
jetés aux fumiers, ou on les laissait pourrir dans un coin de cour ou de 
ruelle ; les marcs n'étaient pas encore distillés à cette époque et plus 
tard seulement, quand les récoltes en vin ou en cidre étaient par trop 
abondantes, quand la place manquait pour les conserver, quand la 
vente en était rendue impossible par suite de Tabondance on a com- 
mencé Si brûler le vin ou le cidre pour en faire de Teau-de-vie, il y a 
cinquante ans à peine. 

Cet alcool pur produit de la distillation du vin ou du cidre, réglé a 
un degré peu élevé, était dès le début, d*un rapport peu avantageux 
pour le paysan ; un hectolitre de vin ne produisait a l'alambic, combien 
rare à cette époque, que six ou huit litres d'alcool en moyenne, selon 
la richesse éthylique au vin ; cette distillation coûtait fort cher, son pro- 
duit ne se vendait qu'en petite quantité et à un prix minime; rien n'exci- 
tait le paysan a tirer de sa récolte ce nouveau produit de consomma- 
tion et il le faisait parce qu'il ne voulait pas laisser perdre sans profit 
aucun son excédent de vendange. Cet alcool introduit forcément dans 
la chaumière, était d'un usage restreint, il se vendait peu au village 
et était parfois utilisé comme monnaie courante : on achetait un bœuf, 
une vache tant d'écus ou de pistoles et en surplus on donnait une ou 
deux mesures d'eau-de-vie ; en payant telle ou telle somme à un 

I'ournalier ou à un serviteur jpour ses gages, on ajoutait un ou deux 
itres d'eau-de-vie vieille ; son prix était peu élevé, mais encore cher 
relativement pour l'époque. Néanmoins chaque maison avait toujours 
sa provision de réserve ; on en buvait dans les grandes occasions ; 
aux jours de fêtes on sortait le litre, on en prenait lentement un petit 
verre et on replaçait ensuite la bouteille a peine entamée dans 
Tantique armoire où elle continuait de vieillir. Son emploi le plus 
usuel et le plus fréquent, sa consommation la plus courante était 
l'usage externe ; pour les hommes et pour les bestiaux on s'en servait 
largement, on en abusait même en lotions, en frictions, pur ou mé- 
langé avec des plantes aromatiques ou des simples en renom ; c'était 
à peu près sa seule manière d'être utilisé au village. 

Avec la civilisation moderne l'homme des champs a voulu laisser 
aux anciens la sobriété d'une autre époque et peu à peu, lentement 
mais progressivement, l'ivrognerie a fait son apparition dans les 
milieux ruraux ; a l'usage modéré de l'alcool a succédé promptement 
son usage excessif et régulier; à la purée septembrale ont succédé 
d*autres purées quotidiennes; en fréquentant les villes, en s'y rendant 
avec plus de facilités, a moins de frais, l'homme des champs s'est mis 
à boire ; il a bu par plaisir d'abord, par besoin, par passion ensuite; 
il a bu une première fois et cette fois a sudi pour le perdre. Au début 
c'est une occasion fortuite qui l'a fait boire; seul, il a recommencé; 



. ir 



306 vu* CONGRES INTERNATIONAL 

il a pris goût a ce breuvage inconnu^ a cet âpre poison de basse 
auberge, et il en a rapporté les relents à son logis; peu a peu le 
nécessaire de chaque jour pris chez lui à la table commune a été insul- 
fisant; le vin d*abord a été bu aux repas; la quantité s*en est accrue 
chaque jour davantage; on débouche les réserves; l'homme a soif, 
s*attarde h table après ses repas; on boit sans motifs plausibles, on 
mange moins, Tappétit se perd, et le vin et Teau-de-vie remplacent 
la nourriture; nu vin des premiers jours est venu s'ajouter ralcool 
après ou avant un simulacre de repas; on en prend à jeun, on en 
boit entre deux attelées de charrue; on prétexte des indispositions, 
on se donne des raisons fictives pour augmenter la ration, pour en 
tripler Tingestion journalière et on arrive à ne boire que de V alcool, 
dix verres, vingt verres par jour ! A Teau-de-vie naturelle distillée par 
le paysan succèdent les eaux-de-vie de commerce, les mélanges frela- 
tés des auberges et des bouges de village; les toxiques, les alcools à 
essences, les dangereux produits de l'industrie, les amers, les absin- 
thes, les vermouths ne tardent pas à envahir le cabaret et s'introdui* 
sent même h la chaumière; le pli est pris, on ne s'arrête plus, on ne 
peut plus s'arrêter; il faut que le corps tout entier passe dans l'en- 
grenage fatal, nulle considération, nul respect, nulle raison n'entra- 
vent la passion horrible et en peu de temps le paysan sobre est devenu 
Talcoolique, le fou, le criminel que l'on rencontre dans nos villages 
actuels; l'exemple funeste, la promiscuité malsaine, l'habitude, le 
manque d'appui moral et Tauberge font le reste; on vole, on brûle, 
on tue, et en fin de compte l'alcoolisme aux champs est devenu dans 
ces dernières années aussi fréquent et aussi terrible dans son évolu- 
tion que l'alcoolisme des villes. Cette évolution de l'alcoolisme s'est 
faite lentement au village; agissant sur un terrain vierge, robuste, 
sain, l'alcool a été moins prompt dans son œuvre de destruction et le 
paysan a pu y résister pendant un certain temps, tant qu'il a fait 
usage d'eau-de-vie naturelle, tant qu'il a bu le vin ou le cidre de sa 
récolte; du jour où il a été obligé de consommer ailleurs, son intoxi- 
cation, de latente qu'elle était, s est montrée, s'est manifestée au grand 
jour avec son triste cortège; l'alcoolisme insoupçonné jusqu'alors est 
apparu tel qu'il était. L'habitant du village ne saurait aujourd'hui se 
contenter de sa récolte; même abondante, elle est devenue insuffisante; 
et c'est à l'auberge qu'il va chercher la boisson qui lui est Indispen- 
sable; chaque marché, chaque foire, chaque assemblée sont des pré- 
textes à de longues libations; l'auberge est toujours pleine, et ii côté 
de l'unique cabaret d'autrefois d'autres auberges se sont montées, 
chaque jour en apparaissent de nouvelles; chez lui la cuve est là qui 
le guette, qui le tente, qui l'absorbe en entier; les marcs ne sont plus 

f»erdus, on les recueille précieusement pour les transformer en alcool; 
es menus fruits du verger, les pêches, prunes, cerises, sont soumis 
à la distillation et de nos jours, même dans les petits villages on uti- 
lise les céréales, les betteraves, les pommes de terre, les mélasses 



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, CONTRE L*ADU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 307 

pour fabriquer de la basse eau-de-vie, il faut de l*aIcool, on le prend 
où Ton peut ! 

On boit, et comme on ne mange plus, le corps se fatigue, se casse ; 
pour rendre à ce corps délabré la vigueur qui lui manque on puise 
dans la boisson un excitant passager et funeste; on en augmente 
chaque jour la dose; la fréquentation de Tauberge est de plus en plus 
prolongée, et en un rien de temps Tentrainement et la passion achè- 
vent de détruire le restant de vitalité; Talcool est ancré profondément 
dans le cœur de cet homme, il lui faut de Teau-de-vie, de Tabsinthe, 
des toxiques pour vivre; il ne peut s*en passer, une abstinence passa- 
gère le terrasse, chaque verre le précipite davantage dans Tabime, et 
il ne peut plus s'arrêter dans ce vertigineux tourbillon. ^ 

Cette déchéance finale est encore plus rapide dans sa marche 
lorsque les récoltes ont été mauvaises; h Thomme alcoolique il faut 
des boissons alcooliques, toujours de plus en plus capiteuses, et quand 
la vinée est vide, quand les vendanges ont été nulles, Tauberge est 
là qui le tient, qui Temprisonne et qui le tue a crédit avec ses vitriols 
colorés, avec ses produits d*industrie, avec ses alcools toxiques ; sa 
force de caractère n'est plus assez forte pour mettre un terme volon- 
taire a son intoxication consciente; la passion lui a fait perdre depuis 
longtemps la raison, le libre-arbitre, Tidée de travail, la force de 
travailler; ses champs sont incultes, sa terre improductive, ses char- 
rues délaissées; avec l'abandon du travail, avec la déchéance organi- 
que arrive la gène d'abord, la misère ensuite; on vend la maison, les 
champs paternels, l'héritage des ancêtres et l'on boit toujours; on 
boit où 1 on peut, ce que l'on, peut, on vole, on assassine s'il le faut, 
jusqu'au moment où le paysan qui déambule dans les sillons en ser- 
rant convulsivement entre ses doigts tremblants des manches de char- 
rue imaginaires, n'est plus un homme, mais un fou, un être atteint de 
délire furieux qu'une crise cérébrale ne tardera pas a foudroyer... 

Dans sa passion pour l'alcool le paysan ne reste pas seul en cause, 
il devient par le fait de son alcoolisme une cause de déchéance dans 
sa progéniture; il crée une hérédité morbide dans ses rares descen- 
dants et devient un motif de déchéance sociale. De l'accouplement de 
ros êtres dégénérés que peut-il résulter ? la stérilité ou une fécondité 
viciée ah ot^o, 'Dans son développement ultérieur cette progéniture 
conservera cette tare indélébile, cette tache héréditaire, due à Talcoo- 
lisnic de ses ascendants ; ces stigmates seront de plus en plus marqués 
pendant la période évolutrice de l'enfance et de l'adolescence, et, 
arrivée ii Tàge adulte, quand elle y arrive, la progéniture de parents 
alcooliques procréera à son toui> des débiles, oes idiots, des épilepti- 
ques, des arrêtés cérébraux qui minés par la misère, viciés par des 
maladies quelconques ne tarderont pas a succomber ! 

Do ce triste état de choses, découle forcément cette dépopulation 
eiTrayante qui menace notre pays, et l'abâtardissement des représen- 
tants de la société nouvelle. 



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308 VII* CONGRES INTBSNilTIOirAL 

Les champs, les villages qui tardaient précieusement autrefois la 
virginité physimie et morale de leur force, de leur robur antique, de 
leurs mœurs sobres et familiales, sont entraînés aujourd'hui dans le 
torrent de Talcoolisme — qui abaisse, brise et tue les habitants des 
campagnes, — cette ivrognerie est encore dans certains centres k ses 
débuts, les temps futurs que seront-ils? Ab uno disce omnes ! 

Devant ces flots d*alcool, devant cette intoxication vertigineuse, 
quelle digue opposer? 

1® Supprimer la fabrication libre de Teau-de-vie. 
2® Interdire la fabrication des alcools artificiels. 
3® Interdire la vente des alcools a essence, à bouquets. 
4® Imposer d*une façon exorbitante les boissons alcooliques. 
5** Interdire Tentrée des débits aux adolescjsnts. 
6® Créer partout des maisons de tempérance. 

7® Lutter par tous les moyens possibles contre Tenvahissement de 
l'alcoolisme . {Applaudissements) . 

■ 

M. le Président. — La parole est à M. le Comte de Vincelles, de 
Concarneau (Finistère). 



Discours de M. le Comte de VINCELLES 



RÔLB OBS PROPRIETAIRES RURAVX DANS LA LUTTE CONTRE L* ALCOOL. 

L* ACTION INDIVIDUELLE 

Les sociétés de tempérance, avec engagements d*abstinence totale 
ou partielle, oui ont, obtenu tant de succès en Angleterre et aux Etats- 
Unis, sont-elles destinées a donner dans nos campagnes de France 
les mêmes résultats ? Je crois que ce serait nous faire illusion que de 
nous y attendre. Ce qui fait la force de ces sociétés, chez les Anglo- 
Saxons, c'est Tesprit d'initiative, la volonté tenace le « self help » qu'à 
tous les degrés de la hiérarchie «ociale on rencontre chez eux. Libre, 
et sachant user de sa liberté, le citoyen anglais, ouvrier ou paysan, 
qui a pris un engagement, le tiendra. Il ne trouvera d'ailleurs per- 
sonne pour le railler ou chercher a l'en détourner. 

La situation est-elle la même chez nous ? Je ne le crois pas. Si nos 
compatriotes s'émeuvent promptement et se passionnent pour une 
grande idée, ils n'ont pas l'esprit d'initiative qui les arrachera ii la 
routine du cabaret, ils manquent de cette volonté tenace qui les em- 
pêcherait d'y retourner en dépit des quolibets. 

Le Français, le paysan surtout, ne sait pas user de sa liberté, il a 
besoin d'être encadré pour agir. 

Je ne viens pas ici taire le procès des sociétés antialcooliques. Loin 



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CONTRB l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUB8 309 

de là. Je constate un fait : la divergence profonde qui existe entre 
Tesprit des deux races et j'en conclus que cette divergence devra sub- 
sister dans la façon d'agir de leurs sociétés. 

En Angleterre, il s'agit d'enrôler des tempérants, surtout dans les 
milieux ouvriers, d'obtenir d'eux des engagements d'abstinence. 

En France, particulièrement dans les campagnes, il faut nous 
adresser à un élément plus intellectuel, plus influent, y réveiller les 
bonnes volontés, les grouper pour diriger la lutte contre l'alcool. 
Instruire l'ouvrier, le paysan des dangers de sa funeste passion, le 
mettre dans une situation telle qu'il aura au moins des facilités pour y 
résister, tel est le but que poursuivront sans relâche nos sociétés, 
tant par leur action coUective, que par Yaction individuelle de leurs 
membres. 

Je ne parlerai pas ici du premier mode d'action, bien souvent traité, 
mais du second, plus oublié, et pourtant si efficace. 

Je me placerai généralement au point de vue du propriétaire rural, 
parce que c'est une catégorie de Français qu'il importe au plus haut 
point a intéresser k notre œuvre, et que c'est comme tel que j'ai étu- 
dié la question. Cependant la plupart des moyens d'agir que je recom- 
mande peuvent être employés dans les circonstances les plus diverses. 

Le premier devoir qui s'impose k quiconque a compris la nécessité de 
la lutte contre l'alcool, comme le disait tout k l'heure M. Van der Velde, 
c*est Y exemple. Il n'y a pas de différence k faire entre le grand verre et le 

[>etit, entre la fine Champagne et le trois-six du cabaret. Si nous vou- 
ons avoir quelque influence sur nos ouvriers, sur nos voisins, si nous 
voulons qu ils nous croient quand nous leur parlons des ravages des 
spiritueux^ il faut qu'ils sachei\^ que nous n'en buvons pas. Je ne me 
dissimule pas le toile général que soulèvera pareille proposition 
même auprès de gens relativement sobres et bien intentionnés. Il faut 
pourtant avoir le courage de le^ dire: « Tant que le patron boira, l'ou- 
vrier boira. » Car le premier manquera complètement de l'autorité 
morale nécessaire pour persuader le second. On m'objectera qu'un 
petit verre d'excellente fine ne peut pas faire de mal, pris de temps 
en temps. Je laisse aux médecins la parole pour répondre a cela. Mais 
au brave homme qui vient nous dire : « Cependant, Monsieur, vous en 
buvez bien » il faut que nous puissions riposter, la main sur la cons- 
cience : ce Moi, jamais. » (Applaudissements), 

Alors seulement, nous pourrons logiquement, supprimer le /lour- 
boire en eau-de-vie si répandu dans certaines régions. Toute commis- 
sion, tout travail un peu en dehors de l'ordinaire, est rémunéré par 
un verre du précieux liquide; quel exemple déplorable! C'est si com- 
mode et si peu cher. Il serait facile de donner, k la place, un verre de 
vin, de cidre ou de bière ! Il est vrai que la dépense serait plus forte, 
mais le sacrifice est minime en comparaison du but k atteinare. 

Quelque fois même « la goutte » est une obligation qui rentre dans le 
marché. Dans un certain nombre de ports, lorsque le pêcheur apporte 






310 



VII* GONGRBS INTBRNATIONilL 



la sardine à Tusine de conserves, ou lui remet un quart d'eaù-de-vte 
pour Téquipage qui comprend cinq marins et deux mousses de quinze 
ans. La quantité d'alcool, ainsi distribuée, atteint des chiffres fantas- 
tiques. Pendant 5 mois de pèche, les 22 usines de Concarneau en ont 
versé pour 35,000 francs. On a déjà tenté d'obtenir des usiniers qu'ils 
chauffent ce système de gratification ; quoique quelques-uns d'entre 
eux fussent bien disposés, ils n'ont pu arriver a s entendre. La raison 
en est bien simple. Le quart d'eau-ae-vie leur coûte 25 centimes, mais 
représente plus que cela pour le marin. Celui-ci, de son côté, donne 
h l'usine 5 0/0 en plus du poisson vendu : pour être payé de 10,000 
sardines, il faut donc qu'il en livre 10,500. Que l'on supprime ce la 
goutte », le marin supprimera les 5 0/0, et le marché sera trop désa- 
vantageux pour l'usinier. Quant ii changer Teau-de-vie pour du vin ou 
du ciare, cela coûterait trop cher. La disparition de cette désolante 
coutume est donc bien difltcile à obtenir ^ Il faudrait une entente entre 
les industriels qui supprimeraient leur pourboire et renonceraient au 
p. 0/0. L'essentiel est donc de les gagner a notre cause. 

Un mode d'encouragement qui réussit bien avec les ouvriers agri- 
coles, c'est une Usère gratification au moment de la paie pour ceux qui 
ont fait preuve oe sobriété ; à la campagne, il est très facile de (et 
suivre et les infractions sérieuses sont connues. 

Mais la chose qui produit incontestablement les meilleurs résultats, 
c'est la paie du lundi, La plupart de nos ouvriers boivent le dimanche 
parce qu'ils vont au village ce jour-là, et qu'ils ont la bourse pleine 
de la veille. On objecte généralement que l'ouvrier qui veut 8*enivrer 
boira le mardi au lieu du dimanche ; je n'ai pas la prétention d'em- 
pêcher d'aller au cabaret ceux qui j^ sont si parfaitement décidés, 
mais presque tous ne boivent que par occasion pu par faiblesse. C'est 
cette occasion qu'il faut supprimer en payant au commencement de 
la semaine. La ménagère aura mis la main sur la paie, et une grande 
partie, au moins, aura servi à payer des choses utiles. J'ai moi-même 
expérimenté cette façon de faire dans mon exploitation, je sais aussi 
une usine de conserves où le système est en vigueur depuis trois ans ; 
les résultats ont dépassé notre attente, et je considère que si l'on 
faisait de même en France, partout où la méthode est applicable, ce 
serait un rude coup porté à l'alcoolisme. (Applaudissements), 

Je ne m'étendrai pas sur la question de la propagande, c'est sur- 
tout l'affaire des sociétés. Le propriétaire pourra cependant beaucoup 
faire dans ce sens. Il peut répandre, en soulevant moins de défiances 
u'une société antialcoolique, des livres, des brochures ; les médecins 
a campagne sont pour celsi les mieux placés. 



3 



1 Après le Con^rt't, avant la campa|pie de pèche de l'été 1899, une entente t'est établie 
entre les patrons d'usine. Ceux-ci s'engageaient à remplacer le auart d'eau-de-vie par 
fr. 40. La saison a débuté par cette nouvelle manière de faire, liais au bout de peu de 
temps une grande partie des usiniers ont recommencé à donner de l'eau-de^vie, prétextant 
que les marins la réclamaient, en réalité parce que cela leur revenait à meilleur marché. 






«^ 



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CONTnS L ABUS. OBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



311 



Des conférences agricoles, rendues plus attrayantes par des projec- 
tions lumineuses, seront suivies de quelques mots sur Talcool, avec 
vues à Tappui. 

Les instituteurs peuvent faire énormément de bien, surtout auprès 
de leurs anciens élèves, en employant ce moyen des conférences avec 
projections; malheureusement, ils ne sont pas riches, et le Conseil 
municipal n^est pas souvent généreux. Que les propriétaires de In 
commune leur fournissent les moyens d*agir, leur ourent les livres, 
les appareils nécessaires, les aident à fonder des sections cadettes. 
C*est un capital qui leur rapportera gros, s'il peut servir à enseigner 
la sobriété autour d*eux. 

II y a des pays de France où les jeux sont fort en honneur. C*est 
une sauvegarde contre Talcoolisme ; il ne faut pas négliger de les 
encourager. Dans les pays, hélas trop nombreux, où la seule distraction 
du Dimanche est le cabaret, il dépendrait souvent de la bonne volonté 
d'un propriétaire de changer les habitudes. Un coin de parc est vite 
aménagé pour servir aux jeux des jeunes gens d'alentour. C'est une 
excellente coutume que j'ai vue appliquer en différents endroits, et il 
n'y »vnit qu'un mécontent : le cabaretier. [Applaudissements). 

Le cabaretier ! nous lui en voulons donc bien que nous nous 
réjouissions de lui voir enlever ses clients ? Certes nous n'avons de 
haini* pour personne et il y a quantité d'aubergistes qui sont de très 
braves gens, mais nous voudrions leur voir vendre moins de spiritueux 
et plus de vin, bière ou cidre. Cependant, dira-t-on, il faut oicn que 
le cabaretier serve à ses clients ce qu'ils lui demandent. Sans doute, 
mais pourquoi, la plupart du temps, le paysan se jette-t-il sur 
l'eau-cle-vie ? Parce que le vin est inbuvable et trop cher. 

Dans le Midi, où le raisin abonde, la consommation des spiritueux 
est la plupart du temps, plus faible. Dans les autres contrées, il serait 
souvent facile d'aider le cabaretier a se procurer de bons vins à des 
prix modérés, en le mettant directement en rapport avec If s produc- 
teurs du Midi. C'est là encore l'afiaire des propriétaires et des syndi- 
cats qu'ils peuvent créer. 

b)n tous cas, il est incontestable que le nombre des auberges est 
trop grand. Nous en possédons, il me semble, environ 500. OOU, une 
pour 76 habitants, une pour 30 adultes. Dans l'Kure, on m'aflirme qu'il 
y a un cabaret pour 3 hommes. 

\i\\ bien, si nous ne pouvons individuellement fermer les estaminets, 
nous pouvons souvent en empêcher un nouveau de se créer. Il m'est 
arrivé de dissuader un brave homme qui était décidé ii installer chez 
lui un débit de boissons. Certains terrains sont particulièrement 
propices 21 l'établissement d'un cabaret ; s'il nous faut les vendre, que 
ce soit avec la clause que Ton ne pourra s'y livrer ii ce genre de 
commerce. Nous pouvons insister auprès de nos amis pour qu'en 
pareil cas, ils imposent des conditions analogues. 

Bah ! dira-t-on, un cabaret de plus ou de moins, qu*est-ce que cela fait ? 



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312 vu* C0KGIIB8 INTBmrilTlONAL 

Je ne prétends pas indiquer ici un moyen infailltbley unique, pour 
nous faire triompher. Il y a beaucoup de moyens, il faut les employer 
tous. Mais dans une grande bataille Tœuvre de chaque soldat est bien 
minime et pourtant, c*est par la réunion de toutes ces faibles forces, 
qu*on remporte des victoires. 

Il y a dans chaque commune q^uelqu'un qui peut beaucoup dans la 
lutte contre Talcool. Diaprés la loi, du moins, il a toute autorité pour 
exiger que les cabarets ne soient pas des lieux de débauche. Il peut 
les faire fermer si le tenancier sert à boire a des gens ivres ou a des 
mineurs. S*il n*a pas le droit de forcer ses concitoyens à Tabstinence, 
du moins il a le devoir de réprimer chez eux Tivrognerie. J*ai nommé 
Monsieur le Maire. Il doit être, n'est-ce pas, la terreur des cabaretiers. 
Hélas ! oui, cela devrait être, mais cela n'est pas. Il a un fil a la patte, 
Monsieur le Maire. Il vient d'être investi par ses électeurs de la dignité 
suprême. Mais dans quatre , ans, il faut au'il y songe, il repassera 
devant le suffrage universel, et si, ce jour-là les cabaretiers n étaient 
pas contents !... {Applaudissemenls), 

Il faut l'avouer, dlans les campagnes la loi sur l'ivresse est a peu 
près lettre morte. II y a certainement des maires qui l'appliquent, 
mais ils sont peu nombreux. Eh bien ! la encore, l'action indivi- 
duelle peut avoir d'excellents résultats. Que le maire soit des nôtres et 
nous avons un gros atout dans notre jeu. Beaucoup de maires ne 
demanderaient pas mieux que d'agir ; la [^ur de Turne seulement les 
retient. Soutenons leur bonne volonté et démontrons-leur que leurs 
craintes sont chimériques. Je connais nombre de leurs collègues qui 
ont été très fermes et n'ont point pour cela perdu leur mandat. Ils ont, 
en tous cas, gagné quelque cnose, l'estime des honnêtes gens. (Applau* 
diêêemenls). 

J'empiéterais un peu sur le rôle des sociétés en parlant des auberges 
de tempérance. C'est pourtant là une chose que de simples particuliers 
peuvent parfaitement tenter avec chances de succès, s ils veulent bien 
y risquer quelque argent. 

Dans les villages et surtout dans les petites villes, si les paysans 
trouvent facilement à boire, il leur est fort difficile de trouver à 
manger. S'ils ont quelques heures à passer au village, ils vont forcé- 
ment à l'auberge et, s'ils veulent y être économiauement, ils demandent 
un verre d'eau-de-vie ou de genièvre, suivant le pays. Le cabaretier 
n'aime pas à servir à manger. Cela lui prend du temps et il demande 
fort cher pour peu de chose. De petits restaurants, sortes de « soupes 
populaires, » réussiraient à merveille dans les agglomérations, surtout 
les jours de marché. L'exemple que nous ont donné les villes, le 
Havre en particulier, est encourageant. L'essai est, en tous cas, à 
tenter. 

Il y en aurait encore long à dire sur l'action individuelle dans 
l'antialcoolisme. Chacun pourrait apporter son idée ou le résultat de 
son expérience. Tous les moyens sont bons pourvu qu'ils portent un 



CONTRE L*ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 313 

coup si petit qu*il soit, au monstre qui dévore le meilleur de notre 
sang. J*ai simplement voulu montrer que tous, sans exception, 
fussent-ils isolés de tout groupe, peuvent nous prêter un appui sérieux 
et utile. 

Miiîs je ne veux pas terminer sans proclamer que seule la réunion 
de toutes les bonnes volontés, surtout celles des classes dirigeantes, 
donnera des résultats complets. 

Sans niiire en rien h l'action individuelle, les sociétés en décupleront 
les effets par la puissance de Tassocintion. (Applaudissements pro^ 
lonffés). 

M. le Président dépose sur le bureau deux mémoires •en russe), 
relatifs à la question en discussion. 

En voici les résumés : 

L'alcooliime chet les ouvriers de Saint-Pétersbourg 

I>AR M. LE D' 11. CRIGOniEKF 



L'auteur •xnmtnc la mauvaise disposition des fabriques. Les pièces où ron travaille 
servent cgolement de chambres ù coucher. La plupori de ces rubriques ne sont pas autu- 
risécs por la loi, et le besoin d'échapper à la surveillance ag^g^rave encore ces condition» 
hygiéniques. Les ouvriers commencent leur travail à 5 ou 6 heures du matin, se nourris- 
sent trcs mal et ont faim la plupart du temps. Us dorment peu, couchés sur le plancher. 
Us ont par dessus le marché h s'occuper de leurs familles, à arranger leurs affaires avec 
les patrons, et c'est dans l'eau-de-vie qu'ils cherchent l'oubli momentané de leurs déboi- 
res. Ln cause principale de l'alcoolisme est l'habitation sale, humide et sombre ; elle 
cbnssc le monde dans les cabarets, où l'on s'enivre, et dépense tout forgent gagné. Le 
lendemain on n'a plus d'argent, on est forcé d'engager et de vendre ce qu'on peut, et ln 
misère s'ensuit. Les patrons de St-Pétersbourg boivent oussi beaucoup. Sur 470 patrons 
que l'auteur du rapport a connus, 130 se grisaient tous les jours, 120 régulièrement tous 
les jours de fête, lO'i de temps h autre. Les maladies chez les patrons sont le plus sou- 
vent ln phtisie et ranéniie ; chez les apprentis, c'est de même en y ojoutanties coups et 
blessures. 



L'alcoolisme ches les ouTrieri de Moscou 

PAR M. D.-A. DRILL 



Après plusieurs années d'examen attentif, l'auteur du rapport résume ainsi les causes 
principales qui ont, & son avis, contribué à généraliser l'emploi de l'alcool ches les 
ouvriers de Moscou. A part l'inQuence qu'exerce l'hérédité sur l'organisme, l'auteur 
note les phénomènes subjectifs, comme les émotions, l'épuisement, l'ennui, etc., qui 
affoiblisscnt les forces humaines, et excitent à l'emploi de l'alcool qui les remonte pen- 
dant quelque temps. 

Le «iéveloppomcnt ciccssif du machinisme est la cuustc de l'emploi de l'homme jusqu'il 

21 



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314 vu* CONGRES INTERNATIONAL 

ton épHUement. Et les ouvriers prennent de l'alcool pour acquérir momentanément un 
peu de force. Ceux-ci et les autres ouvriers qui n'ont pu trouver à se placer, forment U 
continrent principnl des olcooliques. 

L'auteur attire l'attention sur la vie des ouvriers et des petits commerçants. Leurs lo- 
gements, dont le loyer est assci élevé, sont en dehors de toutes les règles hygiéniques. 
Ces pauvres gens payent généralement plus d'impOts que les autres. L'auteur cita le 
discours du docteur allemand Bomort. Ce dernier a démontré dans une enquête que les 
ouvriers qui étaient mieux nourris, et dont la nourriture coûtait moins cher, employaient 
généralement moins d'nlcool. 

L'Etat devrait intervenir pour améliorer l'état physique et moral des citoyens. U 
devrait édictcr de bonnes lois pour régler le louage du travail des ouvriers, créer des 
écoles pour leur apprentissage, en un mot, s'efforcer de rendre meilleur marché la vie de 
la classe ouvrière. 

M. le Président. — La parole est à M. Oberholzer, étudiant à 
Lausanne 'Suisse). 



Discours de M. OBERHOLZER 

Ich habc die Elire die deutschsprechende Arbeitschaft von Lausanne 
und die schweizerisclien Sozialdemokratischen Abstinentvereine zu 
vertreten. Wenii wir uns in der Schweiz aus Werk gemacht haben, 
die Klassen bewusste Arbeitschaft fttr die Abstinenz zu gewinnen, so 
geschah es natùrlisch uicht, uni den Unternehmern, dem Arbeitgeber, 
ein Vergiu'igen zu bereiten, sondern vielmehr im Interesse der sozialen 
Bewegung. Einmal erhalten und retten wir durch die Abstinenz eine 
Unsumme von Geld, Zcit, Gesundheit und Intelliffenz zu Gunsten der 
Arbeiterbcwegung. Und d»nn haben wir eben oas grosste Interesse 
daran, dcn Alkoholisinus von der zukQnftigen sozialistischcn Organi- 
sation der Gcsclischaft fernzuhalten. Kinc Gesellschaftsforiny in der 
um die matcriellen Ëxistenzbedingungen eine wesentliche Besserung 

Srefunden haben, wilhrcnd dem oie Versuinpfung ini AIkoholismus 
brtdauert, es scheiut uns kcin zweifelhaftes Idear. Nicht nur bcssere 
Rxistenzbedingungcn, sondern auch ein kôrperlich-und geistiggesundes 
Gcschlecht, das ist*s, was wir woUen, und darum rufen wir : Fort mit 
dem Alkohol ! 



le Président. — L*ordre du jour est épuisé en ce qui concerae 
les orateurs inscrits d'avance ; si quelqu*un désire prendre la parole pour 
la discussion, je la lui donnerai. 

M. Barbey a la parole. 

M. Barbey. — Je voudrais qu*une pensée se dégageât en ce qui 
regarde la propagande des idées antialcooliques parle socialisme. 

Il est éminemment juste de chercher à améliorer la condition maté- 
rielle des ouvriers et de leur faire une part plus équitable dans les 
richesses ; il est excellent de créer des coopératives, des syndicats, et 



CONTHB L*ABUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 315 

j^adiuiiv les très beaux programmes que nous avons entendus: mais je 
crois que M. Van (1er Velde était surtout dans la véritéquand il indiquait 
que la question sociale était en réalité une question d'éducation. Oui, la 
question sociale est avant tout une question d'éducation : je voudrais 
que cette pensée se dégageât bien des discussions de cet après-midi. Je 
veux dire que si Tamélioratiou des conditions matéiâelles de Touvrier ne 
servent qu'à lui donner plus de confort, cette amélioration ne lui donne 
qu'un moyen d'augmenter ou de satisfaire ses appétits, sans lui donner 
en môme temps le pouvoir de contrôle nécessaire pour les réfréner ; on 
multiplie ses besoins sans lui apprendre à les gouverner. Par conséquent, 
je ci'ois qu'une amélioration économique du sort de l'ouvrier doit toujours 
aller avec une amélioration de son éducation en tant qu'être moral et 
intelligent ; il est certain que, tant que les ouvriers no sauront pas se 
conduii*e eux-mêmes, ils seront toujours traités comme des outils ; et, 
pour qu'ils fassent réellement des progrès, il faut qu'ils deviennent 
dignes d'eux-mômes et qu'ils apprennent à se conduire. {Applaudisse- 
me/itsj. 

M. Van der Velde. — J*ai demandé la parole, Mesdames et Mes- 
sieurs, pour qu'il n'y ait pas de malentendu. 

M. Barbey dit que dans ma pensée la question sociale est avant tout 
une question d'éducation. Or, je n*ai jamais pensé cela : je prélends, au 
contraire, que la question sociale est avant tout économique, que le 
grand mal k faire disparaître, c'est la séparation exclusive, au moins 
dans les grandes industries, entre les moyens de production et les forces 
de travail. Mais ce que je pense, c'est que la question sociale n'est pas 
seulement économique, que la question économique et la question morale 
sont intimement liées en fait : je combats absolument tous ceux qui pré- 
tendent réduire le socialisme à la question de l'estomac et qui croient 
qu'il n'a rien à voir avec l'idéal. 

J'ai la conviction profonde qu'à partir du moment où Ijs ouvriers^ par 
leurs cflbris persévérants, leur action, leur politique d'organisation 
économique, parviennent à avoir de meilleurs salaires et de moins lon- 
gues heures de travail, leur déveiqppement moral s'en ressent, et je 
prét(in(ls qu'à mesure qu'un mouvement moral se produit dans la classe 
ouvrière, elle a de meilleurs salaires. Donc notre évolution doit être 
non sfuilement dans le domaine moral, mais aussi et surtout dans le 
domaine matériel. Je désirais qu'il ne puisse pas y avoir de malentendu, 
et c'est poui'quoi j'ai fait cette rectiflcation. 

M. ForeL — M. Van der Velde a dit au début qu'il s'attendait à bien 
des objections de la part des membres du Congrès. Pour mon compte, 
je dois dire que je me rallie pleinement à ce qu'il nous a dit. 

11 nous a cité un fait intéressant et parfaitement vrai : c*est la grada- 
tion suivie par le peuple, en s'alcoolisant. Tout d'abord, dans les couches 
les plus basses, on s'abstient, pai'ce qu'on n'a pas les moyens de boire ; 
puis, en s'élevant un peu, on boit, parce aue la situation est meilleure et 
qu'on peut boire. Enfln, à un degré supérieur, au fur et à mesui*e que 
l'homme s'élève et se moralise, il boit de moins en moins. 

Nous observons quelque chose de tout à fait analogue et ti*ès intéres- 
sant dans l'histoire des nations. 

Les nations bai*bares, tout à fait barbares et sauvages, sont en général 






316 vil* CONGRÈS INTERNATIONAL 

sinon abstinentes, du moins presque coinplëtemeut abstinentes, parce 
qu'elles ne peuvent pas boire, et on admire souvent cette abstinence de 
certaines nations : elles n'ont pas Talcool, voilà pourquoi elles sont fortes. 
Alors l'Européen arrive avec son alcool. Elles boivent, et supportent 
bien l'alcool tout d'abord ; mais elles .en boivent des quantités telles 
qu'alors malgré leur résistance, elles tombent et dégénèrent très rapi- 
dement. 

Il n'y a pas besoin d'aller chez les barbares complets pour observer 
des faits analogues. Observons seulement les nations du Midi. M. Comte 
nous a dit que maintenant on boit de plus en plus dans le Midi ; c'est là 
un phénomène identique à celui que je viens de citer. Je ne veux pas 
dire évidemment que le Midi est un pays de barbares, mais il y a eu une 
époque où ce Midi vivait dans une espèce de retraite, peu gêné par les 
progrès fiévreux de notre civilisation. Avec l'expansion de celle-ci, nous 
observons que Talcoolisme a marché de pair. Il est curieux de constater, 
que les vagues de l'alcool marchent du Nord au Midi. Dans le Nord 
inversement nous trouvons une situation qui, d'abord çrave, s'améliore 
de plus en plus. Nous voyons les Suédois, les Norvégiens se désalcoo- 
liser. La vague qui avait autrefois son maximum au Nord l'a maintenant , 
au centre de l'Europe et s'avance vers le Midi. Je vois dans ce phéno- ' 
mène quelque chose de tout à fait comparable à ce que M. Yan der Velde 
observait dans les diverses couches sociales d'une même nation. 

J'ajouterai encore un mot : M. Van der Velde s'est séparé de moi à 
propos de la bière : entre nous, il n'y a (|[u'une faible divergence : ce que 
je dis s'applique à la bière allemande, très alcoolisée... je pourrais citer 
les épouvantables ravages produits par la bière allemande, qui élève le 
taux de la mortalité d'une façon énorme à Munich. Mais j'accorde pai^ 
faitement que la bière belge, qui est extrêmement faible, amène plutôt 
des dérangements d'estomac. Mais nous autres abstinents, pourquoi la 
répudions-nous, cette bière ? Voici : tant qu'on conservera en principe 
l'usage d'une liqueur fermentée, on conservera le goût de l'alcool ; tandis 
que, si l'effort du travail contre l'alcoolisme tend à suppi-imer cette 
liqueur, si faible qu'elle soit, on voit du même coup diminuer l'appétence 
pour l'alcool. {Applaudissements). 

On a pu penser qu'il pouvait exister entre les divei'ses races des diflTé- 
rences de constitution, telles que les unes pouvaient résister, là où 
d'autres succomberaient. Je ne le crois pas. Les moyens de lutte peuvent 
êti*e uniformisés, grâce à l'abstinence ; le résultat final, général, sera le 
même, car notre cerveau est en sommiû fait partout de la même manièi*e. 
(Applaudissements). 

M. Marinier. — Je vojudrais rectifier une opinion, à mon sens 
inexacte, émise par M. Forel, sur la résistance des races inférieures à 
l'alcool. 

C'est une résistance extrêmement exagérée ; en fait elles sont très 
rapidement victimes de l'alcool, même les adultes résistent fort mal. 

J'ai eu occasion de m'occuper beaucoup de ces races inférieures ; et 
j'ai pu constater que l'inti'oduction des spiritueux dans ces pays nous 
est infiniment efficace pour la destruction rapide des indigènes. 

En très peu de temps un nègre, et les nègres sont les plus résistants 
de tous les non-civilisés à Talcool. en tris peu d'années, dis-je, un nègre 



. • ^ 



CONTRB L*ABU8 DES BOISSONS ALCOOLIQUES 317 

présente très souvent des acccidents mortels à la suite d*excès, même 
quand il descend de parents absolument sains, qui n*ont pas eu de spiri- 
tueux à leur disposition. Ce serait une opinion tout à fait dangereuse à 
laisser répandre, l'opinion qu on peut impunément se servir comme 
moyen d'échange et de commerce, des boissons alcooliques dans les 
relations avec les races inférieures parce qu'elles sont relativement 
î-ésistantes à l'alcool : elles n'y sont résistantes qu'en apparence, et c'est 
une résistance qui se perd en quelques années, en 5, 6 ou 7 ans, et quand 
il s'agit non plus des i*aces nègres, mais des races d'Océanie, la besogne 
est plus promptement faite. 

C'est un point ou je crois qu'il est bon de mettre l'accent. Nous savons 
bien d'ailleurs que M. Forel est sur ce point de notre avis, et qu'il n'y a 
entre nous ({u'une différence d'appréciation sur les résistances ethniques 
à l'alcool. 

M. le D'' Legrain. — Ce débat est une heureuse transition vers la 
question qui sera débattue demain : a L'alcoolisme chez les races indi- 
gènes, » qui fera l'objet de la dernière séance. Il serait, je crois, inutile 
d'insister aujourd'hui. 

M. Hayem. — Une grave omission a été commise, durant cette 
séance et je tiens à la signaler. On a cité parmi les causes sociales de 




encore l'esprit d'imitation est Tune des causes les plus importantes de la 
consommation de l'alcool. C'est, en général, parce que l'on voit boire 
que l'on boit ; et, en particulier, c'est parce que le peuple voit les bour- 
geois commetti*e des excès de boisson que lui-même abuse de l'alcool. 

Je vous propose donc de compter Cesprit d'imitation au nombi*e des 
causes sociales de l'alcoolisme. 

M. l'abbé Naudet donne lecture d'une note sur V Alcoolisme et la 
Question Sociale, 

l'alcoolisme et la question socialb 

l/Evangile a dit : L'homme ne vit pas seulement de pain, mais 
l'Evangile constate aussi que l'homme, pour vivre, a besoin de pain ; 
et on se rappelle qu*avant de donner h la foule rassemblée autour de 
lui dans le désert l'enseignement de sa parole sainte, Jésus l'avait 
nourrie du pain d'une miraculeuse multiplication. 

De môme, lorsqu'il donna h ses disciples les instructions de 
l'apostolat, il ne voulut pas se contenter de leur dire : Ile et docele, il 
indiqua aussi la méthode. Lorsque vous entrerez dans une ville, 
guérissez d'abord les malades, ensuite vous prêcherez la vérité. 

ï,c Maître montrait par la qu'il y a une étroite et nécessaire rela- 
tion entre le corps et l'esprit ; saint Thomas et le pape Léon XII I 
devaient plus tara insister sur la même idée en aflirmant qu'il faut h 
l'homme un minimum de biens matériels pour l'exercice de la vertu ; 
ce que le cardinal Manning rappelait en cette formule : on ne prêche 



.Vf 






318 VII* CONGRES INTBRNilTIONAL 

pas h des estomacs vides ; traduction du « ventre affamé n'a pas 
d*oreilles », de nos aïeux. 

Dans la campagne que nous menons contre Talcoolisme, il faut 
avoir cette vérité continuellement présente a Tesprit. 

Expliquer au peuple le mal produit par Palcool, lui en faire toucher 
du doigt les effroyables conséquences, le convaincre même, est chose 
relativement facile ; mais arriver jusqu'à obtenir qu'il transforme ses 
habitudes, qu'il renonce au petit verre, qu'il s'éloigne du cabaret, est 
une œuvre mille fois plus ardue et rarement couronnée de succès. 

C'est que la question de l'alcoolisme se trouve si intimement liée 
avec la question économique et la question sociale, qu'il ne faut pas 
songer a résoudre la première, si la seconde n'attire pas notre 
attention. 

Pourquoi l'orvricr boit-il ? 

Demandez le lui, il vous répondra : « Pour me donner des forces 
et me rendre capable de faire mon travail. Mon salaire insuffisant ne 

F eut me procurer une nourriture substantielle, j'y supplée par 
alcool, n 

Sans doute, Touvrier raisonne mal : l'alcool ne donne point de 
force ; comme le coup de fouet qui au bas de la montée, peut enlever 
le cheval, mais n'ajoute rien ii sa vigueur, l'alcool ne produit qu'une 
excitation momentanée, factice, et encore ne la produit-il qu'au dé- 
triment de l'économie générale. 

De plus, si l'ouvrier avait une alimentation plus rationnelle ; s'il 
pouvait se persuader que le régime p]:esque exclusivement Carnivore 
auquel il s'assujettit est aussi ruineux pour sa santé que pour sa bourse, 
il souff*rirait beaucoup moins des insuffisances de salaire. 

Mais on n'arrivera pas de sitôt a changer les idées sur ce point, et 
comme, d'ailleurs, par suite des chômages, du marchandage, de la 
concurrence, de l'immense armée des sans travail, de diverses autres 
causes encore, beaucoup d'ouvriers ne gagnent réellement pas leur 
vie, ne peuvent se nourrir suffisamment et croient nécessaire d'avoir 
recours à la déplorable excitation de l'alcool, il faut aller au plus 
pressé, et après avoir constaté que la question de l'alcoolisme est en 
étroite relation avec la question économique et la question sociale, il 
faut travailler ii résoudre celles-ci, au moins dans une certaine mesure, 
afin de pouvoir résoudre celle-là. 

Pourquoi encore, l'ouvrier boit-il ? 

Demandez le lui, il vous répondra : « Parce que Je suis trop mal 
logé, qu'il est impossible de se plaire chez moi, et d inviter les cama- 
rades à venir me voir. La plupart des hommes de ma condition ne 
pouvant causer et se recevoir que chez le marchand de vin. » 

Et de même que, nous montrions plus haut, la question de 

l'alcoolisme s'identifiant par un côté avec la question du salaire, voici 

ue, par un autre côté, elle s'identifie avec la question du logement. 

t c*est combattre efficacement le fléau, que de donner ses soins à 



ï 



CONTRE l\bU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 319 

Tœuvrc des habitations ouvrières, afin de fournir à Thomme du peuple 
une maison propre où il puisse se plaire et, sans rougir, recevoir ses 
amis, ses connaissances, tous ceux qui ont besoin de traiter avec lui. 

Los exemples pourraient être multipliés, ceux que nous venons de 
donner nous paraissent suffire k montrer les rapports qui existent 
entre Talcoolisme et la question sociale. Etablir des principes, c*est 
bien, mais si nous nous en tenons la, «Test peu. L*action pratique re- 
monte de l'efTet h la cause, et cherche, lorsqu'elle est en présence 
d*un mal qu'il faut guérir, si on ne doit pas joindre à la méthode 
curativc la méthode préventive. 

Faisons donc de Faction pratique; autant que possible attaquons le 
mal dans sa source ou dans ses sources ; autant que cela dépend de 
nous, supprimons les fatalités, écartons les tentations. Ne nous con- 
tentons pas de ridée, sachons aussi user de la force du fait, alors nous 
sentirons que l'œuvre marche et nous verrons un résultat plus ou 
moins grand mais toujours réel, cependant, récompenser nos efforts. 

La discussion est close. 

M. le D** Legrain. — Avant do lever la séance, j'ai diverses com- 
munications à faire à l'Assemblée. 

Lo Congrès a reçu du journal La Fronde une très aimable invitation 
à assister à une réception solennelle organisée pour samedi en Thonneur 
du Congrès, dans les salons du journal. Y a-t-il des objections ? 

Une ditcuBsion s'en^a^e entre divers membres du Congrès. Il résulte de cette discus- 
sion qu'il est impossible de rien changer ou programme qui a été dressé jour par jour, 
heure par heure. Le Congrès, très sensible à l'invitation, regretta de la décliner, et charge 
le bureau d'être son interprète auprès de la direction de La Fronde. 

M. le D^* Legrain. — Vous savez qu'il est question l'année pro- 
chaine d'ouvrir à l'Exposition universelle un restaurant de tempérance. 
(Vost une œuvre extrêmement importante : Ce sera la première de ce 
<;eiirc que l'on verra dans une Exposition Française internationale. 

Il n*e$t pas douteux que tous les congressistes s'intéressent à cette 
œuvre, mais comme il s'agit d'une œuvi^ internationale^ et qu'il faudrait, 
I»our que l'organisation de ce restaurant doniiût satisfaction à tous, que 
rertains principes, certaines exigences fussent r<»spectées, le Comité or- 
ganisateur a désiré s'inspii*er de votre expérience. Il me charge de prier 
les Congn'ssistes qui prennent intéri^t à l'enti'cprise, de vouloir bien se 
réunir h lui samedi matin à 8 h. 1/2, dan.s TamphithéAtre de la Faculté 
de médecine. 

Ce Comité a l'espérance que de cette réunion pourrait naître un Comité 
international chargé de patronner Tœuvœ dans les pays étrangers et de 
veiller ultérieurement à sa réalisation au miteux des intérêts de la 
tempérance. 

Je rappelle en terminant que les comptes-rendus du Congrès de 



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320 vu** CONGHES INTERN. CONTRE L*ABI]S DES BOISSONS ALCOOLIQUES 



Bruxelles sont parus cH sont à la disposition des i>ersonBes qui désire- 
raient les acquérir. 

M. de Vaucleroy, seorétaii^e général de ce Congrès, fera le nécessaire 
pour donner satisfaction aux demandes. 

La séance est levée <^ 6 heures. 



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CINQUIEME SEANCE GENERALE 









QUESTIONS SOCIALES 



ANNEXE 



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L'alcoolisme et les conditions du travail en Belgique 

RAPPORT PRESENTE AU CONGRES ANTIALCOOLIQUE OB PARIS (1899) PAR 
M. VAN DER VBLDB, MEMBRE DE LA CHAMBRE DES REPRESENTANTS (bBLGIQUE) 



Nous nous sommes placé, dans ce rapport, au point de vue socia- 
liste, non par esprit de secte, mais parce que beaucoup de' nos coreli- 
gionnaires ont encore, au sujet de Talcoolisme, des préjugés qu'il 
importe de combattre énergiquement. 

Que de fois n'avons-nous pas lu, dans des brochures de propagande, 
ou des journaux socialistes, des aflfirmations du genre de celles-ci, pri- 
ses au tas, dans un article de Domela Niervenhuys : « C'est la misère 
qui produit l'alcoolisme, » ou bien : a L'abus de l'alcool est une con- 
séquence capitaliste et ne disparaîtra qu'avec le système lui-mômc '. )> 

D'où l'on conclut, trop souvent, qu'il n'y a rien, ou presque rien, à 
faire. Tout au plus peut-on — dans le cadre de la société capitaliste — 
espérer quelques résultats de moyens indirects, comme le relèvement 
des salaires, l'amélioration des logements et surtout la réduction des 
heures de travail. Quant aux moyens directs, prohibitifs ou restrictifs, 
ils ne sont pas seulement inutiles, mais nuisibles : Liebig, et tant 
d'autres après lui, n'ont-ils pas démontré que l'alcool, ii doses modé- 
rées, est un excitant, un stimulant, un aliment d'épargne — la caisse 
d*épargne de l'ouvrier, disait Moleschott, — dont le travailleur ne 
saurait se p«isscr, dans l'état actuel des choses, parce que son alimen- 
tation est insuflfisante et son travail excessif. 

Ainsi ck>nc, laissez faire les cabareticrs ! laissez passer le torrent 
alcoolique ! Le socialisme n'a que faire des jérémiades et des bons 
conseils de ceux qui prêchent 1 eau et qui boivent le vin. Il dédaigne 
les remèdes de bonne femme que lès Ligues antialcooliques proposent 
au prolétariat. Au lieu de s'en prendre aux effets, il faut remonter 
aux causes. Morte la bête, mort le venin: l'alcoolisme disparaîtra, 
comme par enchantement, dans la société de l'avenir, au lendemain 
du Klaaderadataoh final, quand l'abolition de la misère, abolira les 
autres maux qui en dérivent ! 

Ce sont la des théories commodes, car elles dispensent de heurter 
les préjugés du prolétariat et de froisser les intérêts des débitants de 
boissons ; mais elles présentent — au même titre que les théories 
bourgeoises qui considèrent l'alcoolisme comme la principale cause de 
la misère — l'inconvénient d'être en contradiction ayec les faits. 

I DoMKLA NiKRVBNiiUTt. L'alcooUime. Société NoutfelU, 1889, i. 255, 262. 



* m»? ^ ■•■"A ■ •" 






324 vu' CONGRES international 

Tout d*abord, il est expérimentalement démontré, aujourd'hui, et 
de nouvelles expériences confirment chaque jour, que l'alcool, même 
en petites (/iianlilés, est non seulement inutile^ mais nuisible ^ . 

Ce n'est pas un excitant, mais un paralysant. 

1) Les travaux de Schmiedeberg et de Jacquet ont établi que l*alcool 
n'est pas un excitant du cœur, ni un excitant de la respiration. 

2) Tout le monde est d'accord maintenant pour reconnaître, que si 
l'alcool donne Tillusion du réchauffement, il exerce, en réalité, une 
action dépressive sur la température du corps. Il en est de même pour 
la nutrition. 

3) Krœpelin et Smith ont établi que l'alcool, même a doses modé- 
rées, déprime, au lieu d'exciter, les facultés intellectuelles. 

4) Enfin, les expériences de Schmiedeberg et de Destrée, démon- 
trent, h toute évidence, que, contrairement au préjugé courant, on ne 

f^eut attribuer a l'alcool une action excitante sur le système muscu-^ 
aire et que la somme de travail fournie sous l'influence de cet agent, 
est inférieure à celle que donne l'ouvrier à jeun. ' 

Bref, l'alcool ne réchauffe pas, ne nourrit pas, n'active pas les 
fonctions intellectuelles, ne fortifie pas le corps fatigué. Il est donc 
scientifiquement impossible de prétendre, comme on le faisait jadis, 
et comme certains le font encore, que l'alcool est « un mal nécessaire, » 
que les conditions du travail et d'existence des ouvriers, réclament 
impérieusement, une consommation modérée de boissons alcooliques. 

En second lieu, nous ne pommons admettre que V alcoolisme soit ^ eX' 
clusivementj un effet du paupérisme ^ un produit de la misère, 

Domela Niervenhuys reconnaît lui-même, en termes exquis, que 
(c c'est un mal dont toutes les classes sont atteintes ». Nous deman- 
dions, un jour, h M. Julien Weiler, ingénieur aux charbonnages de 
Mariemont (Hainaut), si l'on buvait beaucoup d'alcool dans la région 
industrielle qu'il habite: c< Oui, m9 répondit-il ; mais surtout dans la 
bourgeoisie ». 

Enfin, il est inexact de prétendre, d'une manière absolue que « Vabus 
de V alcool est une conséquence du système capitaliste. ». 

Certes, ainsi que nous le verrons, les conditions de l'existence et 
du travail, en régime capitaliste, ont exercé une action considérable 
sur le développement de l'alcoolisme depuis un demi siècle ; mais 
l'entraînement a boire, le goût des liqueurs fortes et des boissons 
fermentées, la passion de Veau defeUy 1 universel usage de stimulants 
et de stupéfiants, n'ont rien ii voir avec le capitalisme et, d'autre 
part, il suffit de jeter un coup d'œil sur les statistiques relatives ii la. 

1 6. BuNOE. La queêtion de l'alcooiiême, Berne. Haller 1896. ~~ A. Smith. — Die Atho» 
holfrage. Tobingen 1S95. — kvLjg. FotiKi,, La boisêon damé moe mauin. BAle 1895. — 
E. DesTRic. InfLuenee de l'alcool sur le travail muêculaire. Braxellet. Heyei 1897. — J. DR 
BoecK. De l'influence des boisëonë alcooliques sur le travail psychique. Braxellet 1898. — 
Max Coillic. L'alcool et le travail. Bruxelles 1898. — E. Ya.x dbk Vbldb. Le Parti Ou- 
vrier et l'alcool Bruxelles 1898. 



CONTHB L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



325 



cMinsommation de Talcool, pour se convaincre que les nations dont le 
développement industriel est le plus avancé, ne sont pas nécessairement, 
celles où Tusage des boissons alcooliques est le plus répandu. 

On en jugera par le tableau suivant, que nous avons dressé d'après 
Schaeille^ pour le pourcentage de la population industrielle, et d'après 
les statistiques officielles des diflerents pays, pour la consommation de 
Talcool. 



Population iodutlrielle CodsonmalionparMlo 
pour iOO perMDDM d'alcool a 50" 

occupés «n 1896 



EiaU-Unii 

Allemagne 

Fronce 

IluUonde 

Suisse. .. .* 

Belgique 

Angleterre et GaUet 

Ecosse 

Irlande 



52.7 


3.76 


53.3 


8.80 


53.7 


8.38 


• • ■ • 


8.70 


54.1 


5.19 


70.6 


9.50 (1892 ù 1895) 


88.5 


( 


85.8 


\ '1.58 


58.<.) 


/ 



Ces chiffres, il est vrai, n*ont qu'une valeur approximative et ne 
doivent être accueillis que àous les plus expresses réserves. 

En Angleterre, par exemple, et en Belgique, la fraude ne joue qu'un 
rôle secondaire et la consommation vraie correspond, ii peu près, 
aux évaluations oflicielles. En France, au contraire, u la faiblesse ap- 
parente de la consommation, dans certaines régions est, dans une cer- 
taine mesure, la conséquence de la liberté de production des bouil- 
leurs de crû et des diflicultés qu'éprouve la Régie, en raison de l'exi- 
guité de ses crédits, h organiser un contrôle suflisamment eflicacc 
chez les distillateurs de profession non soumis h la permance ^. » 

Mais, la rectification de ces erreurs ne mettrait que mieux en lumière 
ce fait essentiel : l'Angleterre, le pays le plus industriel, le plus capi» 
talistc du monde, consomme beaucoup moins d'alcool que l'Allemagne 
et la France, où plus de la moitié de la population est encore agricole. 

Et en France môme, ce ne sont pas les villes et les départements 
les plus industriels, ceux dont le développement capitaliste est le plus 
avance, qui ont la plus forte consommation alcoolique: les quatre dé- 
partements qui consomment plus de 10 litres par tète — Somme (10.82), 
Seine-Inférieure (13.48), Eure (10.68) et Oise (10.1) — cèdent le pas, 
au point de vue capitaliste, aux Ardennes, au Pas-de-Calais ou au dé- 
partement du Nord, qui oui une consommation inférieure a dix litres, 
be même, en ce qui concerne les villes : Le Havre (16 I. 29 par tète), 
Rouen (16.40), Caen (13.19), Cherbourg (16.54), sont moins indus- 



* sriiAKFKLE. DeuUche Kern-und Zettfragen. Berlin 1895 p. 192. 
^ Kconontitle fran^-aii^ 15 octobre 1898. 



326 VI l' CONGRES INTERNATIONAL 

trialisés que Lille (5.20), St-Etienne (5.32), Roubaix (6.83), Tourcoing 
^8.90), St-Oucn (5.52)». 

. Ces quelques faits suflisent h réfuter les théories, trop simplistes, 
qui cxpliqucut, par un seul ordre de causes, des phénomènes com- 
plexes, sur lesquels le climat, la nature des productions du sol, les 
préjugés, scientifiques ou populaires, au sujet de rcfFicacité de Tal- 
cool, jouent un rôle qu'il n'est pas possible de négliger. 

Mais, ces réserves faites, il n'est pas douteux que les conditions du 
travail, ou, plus exactement, les facteurs économiques de toute nature, 
exercent une action considérable, sinon prépondérante, sur le déve- 
loppement de Talcoolisme. 

§ 1 Les facteurs économiques de l*alcoolismb. — On a maintes fois 
démontré — et nous ne croyons pas nécessaire d'y revenir longue- 
ment — que la tendnnce h boire de Talcool est d'autant plus forte que 
le travail est plus intensif, l'alimentation plus défectueuse, les condi- 
tions du logement, et de l'existence en général, plus mauvaises. 

Au Congrès antialcoolique de Bruxelles (Août-Septembre 1897), 
MM. Deirernez et Carton de Wiart ont parfaitement mis en lumière, 
le lien étroit (|ui rattache la question des habitations ouvrières à celle 
de ralcoolisinc. 

Dans une publication, déjà ancienne, le D** Reich dit avec raison : 
c< Tout individu dont Talimentation est mauvaise, a besoin de remplir 
son estomac, ou, plutôt, d'écarter le sentiment de demi-vide. Quel- 
ques peuples mangent de l'argile pour faire cesser la faim; les peuples 
civilisés prennent de Talcool ». 

Enfin, c'est un fait d'observation courante, que la propension à 
boire des liqueurs fortes, existe surtout, dans les branches d'industrie 
où les ouvriers sont le plus exposés aux intempéries, aux grandes fa- 
tigues, aux besognes pénibles et répugnantes. 

Mais si les traviiilleurs les plus mal logés, les plus mal nourris, les 
lus mal traités ii tous les points de vue, sont plus avides d'alcool que 
es autres, cela ne veut pas nécessairement dire qu'ils en boivent 
plus. 

Dans les Flandres, par exemple, qui collectionnent tous les maxima 
athologiques — mortalité, ignorance, criminalité et délinquance — 
a consommation d'eau-de-vie est beaucoup moins forte que dans les 
riches et industrieuses provinces Wallonnes. 

Cette apparente anomalie tient ii trois causes principales : 

1** La bière est meilleure dans les provinces Flamandes que dans 
le pays Wallon. 

2^ Les salaires sont plus bas et, par conséquent, les ouvriers, quel 

1 Annuaire slali$tii/iir françait. Cnrte de la consomma Uon alcoolique en France (IS^â). 



r. 



r. 



CONTRE L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 327 

qireii soit leur désir, ne peuvent faire aue des dépenses de cabaret 
assez minimes: pas d'argent, pas d*alcool. 

.'V' Les Flandres, moins industrielles que la Wallonnie, ne ressen- 
tent pas autant Tinfluence exercée par 1 intensification du travail, en 
régime capitaliste. 

— M Durant la dernière moitié de notre siècle — nous écrivait ré- 
(cniincnt M. le D"" Heynen, député He Neufchaleau (Luxembourg) — les 
conditions d'existence ont été entièrement modifiées. Les grandes 
découvertes de la vapeur et de Télectricité, les communications rapi- 
<les et faciles, ont exigé de rhumanité un surcroit d'activité, une 
dépense plus considérable d'énergie vitale, une résistance plus forte, 
en un mot, une vie plus intensive. L'homme n'a pu immédiatement 
s'adapter ii ce nouveau milieu ambiant et, pour résister pendant cette 
période transitoire, il s'est adressé h l'alcool comme au stimulant 
le plus prompt, le plus edicace et le plus séduisant. » 

Ce qui, d'ailleurs, a puissamment encouragé les ouvriers a en agir 
ainsi, ce sont les idées qui aVaient cours, il y a quelques années 
encore, dans les milieux scientifiques, sur les avantages de l'alcool, 
pris à doses modérées. 

Abandonnées aujourd'hui, par les hommes de science, elles survi- 
vent, a l'état de préjugés, dans la conscience populaire. 

(I DAs ton enfance, écrit le D' Vun Coillie, l'ouvrier est enserré dans les mailles de ce 
iiiittu d'erreurs qui foit croire à l'utilité de l'alcool ; on lui a vontc ~~ et il n'a entendu 
que cela — les nombreux bienfaits de ce breuvogc ; on lui a dit, et redit, qu'il fortifie, 
qu'il nourrit, qO'il stimule, qu'il réchauffe, qu'il rafrolchit. qu'il est indispensable au tra- 
vailleur, et ces horribles contre vérités, il les a entendues, il les entend, non seulement 
dans Hon entourage, mais encore dans la bouche d'homme de rang élevé, parfois de 
SCS chefs, que dis-je. de certains médecins même, qui, quelquefois, joignent l'exemple & 
la parole ; ces contre vérités, il les entend proférer jusqu'à lo tribune parlementoire ^ » 

On no doit pas s'étonner, dans ces conditions, que pendant la pre- 
niic'te période du développement du régime capitaliste, caractérisée 
par une exploitation plus intensive des forces de travail, toute hausse 
de salaire se traduise par une augmentation de l'alcoolisme. Le frein 
des bas salaires n'agit plus ; les freins moraux et intellectuels n'agis- 
sent pas encore. 

C'est ce qui apparaît clairement, lorsqu'on met en rapport, aux di- 
vers moments de notre évolution industrielle, le mouvement des sa- 
laires et celui de la production dans les distilleries. 

^ 2. LA PRODUCTION DE l'alcool. -^ Jusque dans ces derniers temps, 
la production de nos distilleries a été absorbée, — l'exportation étant 
insignifiante — par la consommation indigène. On peut admettre, 

« 

I Van Coillic. L'alcool et le iravil^ p. &2. 



328 



Vir CONGRES INTERNATIONAL 



d'autre part, que les quantités produites pour des usages industriels 
(10 **/o environ) sont compensées et au-delh, par la fraude. Les chiffres 
officiels de la production représentent donc, approximativement, les 
chiffres de la consommation. 

Nous les avons mis en rapport avec le chiffre annuel des salaires, 
dans les mines de houille de Liège, la seule série complète que nous 
possédions, depuis 1831 : 



Laoùet 


Saiairt' iiiiiiucl 


Production un distilkrioi 


l*opulalion de la 




moyeo 


eo kilo. 




Belciquo 


1831 


325 


11.820 




3.785.814 h. 


IS'iO 


51 'i 


32.420 






1850 


'i35 


27.774 






186U 


n29 


37.514 






1870 


791 


38.022 






1880 


943 


56.058 




5.520.009 h. 


1886 


88(i 


53.4^0 






1890 


1.15'i 


56.628 




6.069.321 h. 


1897 


1.082 


59.264 






1898 ) 




56.200 


environ. 





En somme donc, nous constatons les faits suivants : 

1® De 1831 SI 181)0, la population n*a pas doublé, tandis que le 
salaire nominal triplait et que la production des distilleries quintuplait. 

2^ C'est surtout au début de la période capitaliste, de 1831 h 1840, 
c'est-h-dire pendant les premières années de la révolution industrielle, 
que les progrès do Talcoolismc ont été formidables : en moins de dix 
ans la production des distilleries avait presque triplé. 

3" Depuis, le mouvement ascensionnel s'est ralenti, mais, sauf pen- 
dant les périodes de crise, de 1847-1850 et de 1880-1886, quand la 
dépression des salaires refrénait la consommation, Talcoolisme s*est 
développé d*une manière constante, jusque dans ces dernières années ; 
et, nous allons voir qu'il en a été de même, du nombre des débits de 
boissons. 

§ 3. LE NOMBRE DES CABARETS. — On a dit avec raison, que la Bel- 
gique est, par excellence, le pays des cabarets. 

Au 31 décembre 1897, il y en avait 200.699, dont 61.464 ne débi- 
tant que des boissons fermentées (bière, vin, cidre, etc.), et 139.235 
débitant des boissons fermentées et des boissons distillées. 

Ces établissements se répartissaient comme suit, entre les différentes 
provinces : 



I Lu tftiiiirttiqiic de« Hnlnire:! pour 1898, n'ti pas encore été publiée, muis ils seront cer- 
tiiiiiciiient plui» élcvôi» «pi eu 1897. 



CONTRE L ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 



329 



Nombre d« MbftrtUara ftobtr- 
ftUtttt. bêUlton. ote. 

M débitant que débitant dM boit- 

de* boit- sont fermen- 

•onaformontéea téta et distilléet 



Ànvera 6.789 

Brabani 9.903 

Flandre Occid... 9.619 

Flandre OrienUle 12 . 856 

Hainaut 11.954 

Liè^e 3.689 

Limbour^ 2.387 

Namur 934 

Luxembourg 3 . 333 

Royaume 61.464 



12.226 

25.350 

13.662 

18.889 

35.135 

16.302 

3.954 

4.340 

9.377 

139.235 



ToUI 
de» 

cabarotlert, hôte- 
liers, 
roataurateura etc. 



19.015 

35.253 

23.281 

31.745 

47.089 

19.991 

6.341 

5.274 

12.710 

200.699 



Nombrt d'habitante 
tn im 



par débit 
en 

ffénéral 



42 
35 

34 
32 
24 
41 
37 
41 
27 
33 



par débit 
de 

boit, dietitléee 



65 
49 
58 
54 
32 
51 
60 
50 
36 
47 



Le document inédit auquel nous empruntons ces chiffres, et dont 
nous devons la communication a M. de Smet de Nayer, ancien ministre 
des finances, contient, également, le relevé annuel du nombre des 
débits, a partir de la loi de 1889, sur le droit de licence : 



knoéee 


Débit de boiteone 
fermtntéet 


Débite de boiifone 
dittUléee et fermentétt 


Total 


Populatlen 


1889 


6.089 


185.036 


191 . 125 


6.093.798 


1890 


13.510 


173.073 


186.563 




1891 


23.148 


162.616 


165.764 




1892 


30.977 


156.284 


167.261 




1893 


38.055 


150.755 


188.810 


■ 


1894 


43.879 


147.327 


191.206 




1895 


50.176 


144.357 


194.533 




1896 


55.402 


142.594 


197.996 




1897 


61.464 


139.235 


200.690 


6.586.593 



Donc, le nombre des débits de boissons distillées décroit, mais en 
revanche, le nombre des débits, qui prétendent ne vendre que des 
boissons fermentées, augmente en proportion. 

Or^ il est de notoriété publique que dans la plupart d*entre eux on 
débite du genièvre. 



« On eitime dit le Biem Social, journal antialcoolique, dana son numéro de novembre 1898, 
que 75 */« des débita de bière vendent de l'alcool.... 

« En Campanie, on vend du genièvre dana presque tout les estaminets qui oe paient 
pas les droits. La loi est journellement* et de tous c6tés, violée. Bien mieux, il j a un 
certain article 13 de la loi du 16 août 1887, qui défend formellement de colporter des 
boissons distillées. Eb bien, depuis des années et tous les jours, des liquoristes vont, col- 
portant d'un estaminet à l'autre, du genièvre et d'autres liqueurs, sans être inquiétés 
par personne, w 



V 



330 vii° coNGnÈs intkknational 

Bref, le droit do. liccMicc n'a pas diminué le nombre dos cabarets, 
l/augmentation des débits clandestins compense, et au delà, la réduc- 
tion des débits réjçulicrs. 

Quantité de causes, d'ailleurs, inbércntes au régime capitaliste, 
interviennent pour favoriser cette augmentation. 

Dans les centres industriels, beaucoup d'ouvriers, de u meneurs 
socialistes, » congédiés ou repoussés par tous les patrons, sont 
obligés pour vivre, d'ouvrir un petit cabaret. 

D autres l'ois, ce sont des contre-maitrcs ou des employés de fabrique, 
qui se font une clientèle de leurs subordonnés. 

Dans certaines communes, la multiplication des cabarets est le fait 
des brasseurs ou des marchands de liqueurs en gros. 

C'est ainsi, par exemple, que l'arrondissement de Fumes est, de 
tous les arrondissements des Jeux Flandres, celui qui compte la plus 
forte proportion de débits de boissons. Et cependant, nous disait le 
député de Fiirnes, M. Visart, on n'y boit certes, pas plus qu'ailleurs ; 
mais on y cultive beaucoup d'orge et d*escourgcon ; c'est le pays des 
brasseries ; les brasseurs créent force cabarets pour écouler leurs 
marchandises et les débitants joignent le genièvre si la bière. 

Dans le Borinage, où les cabarets pullulent, îi Frameries et h llornu, 
par exemple, la profession de cabaretier devient littéralement obli* 

fratoire : il y a pénurie de maisons ouvrières ; les brasseurs et les 
iquoristes achètent ou prennent en loeation, toutes les maisons 
disponibles, et les louent ou les sous-Iouent, avec obligation formelle, 
pour les locataires, de tenir un débit de boissons ^ 

Ailleurs, et notamment dans les villages de maçons et de plafonneurs 

I Vuit'i ce que iiou:* écrit à cet éi^urd, M. H., député à Mon* : 

« La plupart de<« brac^eiirtf sont, en inûmc temps, murcbniid* de lif(ucur« et iU ont un 
procédé trô« curii*ux pour multiplier le nouibn» den cubarelv. 

» a) 11» tâ«'b(*nt do devenir propriétaires de nombreutic* mai»ona. 

» Ils louent CCS niuÏMoiis à bon nuircbé à des caburcticrs. & condition de se fiiurnir cbex eux 
de liqueurs et de birrcs. 

» Souvent niôuie. ils font crédit de ra«;nn î\ pouvoir être créanciers de loyer, dî^s que U 
cabaretier ne vtrnci plus assex, ou s'il tente d'uUer se procurer des morcbandises ailleurs, 
on l'expulse de In maison. 

u La plupart du temps. ïo brasseur — marchand de liqueura — est propriétaire du mobilier 
du cabaret, de sorte qmr lu cabaretier n'a que quelques meubles insi)^ni(iants qui ne sont 
pat saisissables. ce qui fait que les créanciers ne pouvant ^uère exécuter, cette situation 
favorise les cabaroticrs et les en^a^e à rester d'accord avec le brasseur. 

s b) S'il n'est pas propriétaire, le brasseur sous-loue dans les même* conditions que 
ci-dessus des maisons dont il est litcataire principal. 

» c) Mats on va plus Niin et dos contrats stipulent expressément des clouscs pénales parfois 
très importantes pour assurer l'exécution de l'obligation du se fournir de bicro ci de 
liqueurs en mémo temps que le droit pour le brasseur de visiter par lui-mémo ou ses 
délégués les caves du cabaretier afin de constater qu'il n'y a pas de fournitures d'autres 
brasseurs. 

u d) Kncore un antre svstcme qui est employé : il consiste ii vendre un terrain moyonnoni 
une simple inscription liypothécairc, pour tout ou portic du prtx, avec stipulation d'y 
conatruire un débit du boissons et de se fournir de bières et liqueurs pendant un temps 
déterminé, chez le préteur, ou même chez un tiers, brasseur ou marchand de liqueurs. 

» Ou bien encore à prêter sur hypolhcqun au propriétaire d'un terrain qui veut Ddtir, une 
certaine somme sous les mêmes conditions s. 



CONTRE lVbUS DES BOISSONS ALCOOLIQUES 331 

du Brabant Walon, c*est une autre cause, moins directe et plus 
générale, qui tend h multiplier les cabarets ; depuis quelques années, 
sous rinfluence grandissante de Pagglomération bruxelloise, les loyers 
s\'*lrvont, les charges fiscales deviennent plus lourdes et, pour y faire 
face, beaucoup d'ouvriers se procurent un supplément de ressources, 
en ouvrant un débit clandestin, ou en se procurant une licence de 
cabaretier. 

D*autre part, à mesure que la concentration capitaliste fait dispa- 
raiire les anciennes formes de la production, quantité de gens sont 
contraints de chercher d'autres moyens d'existence : « Les petits 
commerces, dit Rumelin, sont surtout envahis ; il semble toujours 
facile de monter une auberge, une boutique, un débit de boissons... » 

Cotte augmtMitation croissante du nombre des cabarets, exerce 
nrcr.ssairement, une influence mauvaise sur la consommation. 

Cependant, ce serait une erreur de croire que, toujours, la multipli- 
cation des débits entraine un accroissement de l'alcoolisme. 



n II y n vin^t ons — nous disait, un jour, une brave Temine — nos hommes s'entas- 
saient dnns les deux ou trois caborets du village, et, comme ils s'excitoient mutuellement 
h boire, ne rentraient que tout à fait saouls. Aujourd'hui que l'on s'éporpiUe dans une 
vingtaine de caborets, les gens qui s'y trouvent — h deux ou trois — boivent tranquille- 
ment leur chope ou leur goutte et, comme ils s'ennuient, ne tardent pas à regagner la 
moison. s 

Sans prétendre généraliser cette observation, nous pensons, 
néanmoins, qu'il n'existe aucun rapport nécessaire, entre le nombre 
des cabarets et la quantité d'alcool que Ton boit. 

Depuis quelques années même, bien qu'il y ait plus de débits, il 
semble que les progrès de l'alcoolisme soient enrayés, que la consom- 
mation d'alcool diminue, et, cette fois, pendant une période de 
prospérité exceptionnelle, de relèvement considérable des salaires. 

Certes, les chiffres cités, ii cet égard, dans le rapport de la Section 
centrale de la Chambre des représentants, sur le budget des voies et 
moyens (1899), sont forts sujets à caution. 

Lii perturbation résultant de la majoration d'impôt de 18U7 — dit avec roison 
M. Lcjt'uno > — r«nd les indications de la statistique d'uutiiiit moins sûres, qu'elle est 
survoMuo alors que lu marche du fléuu semblait être entrée, depuis quelques années, dans 
une piM-iode de qunsi stagnation qu'on serait tenté d'envisogen comme un phénomène de 
snturution. » 

En rrvanchc, nous croyons pouvoir attacher plus de crédit au tc- 
moigîîago des distillateurs eux-mômcs, qui se répandent on plaintes 
amcrt*s, sur la décroissance de la consommation. 

1 Si^itat de Belgique. 21 décembre 180H. Proposition de lui pour la police de la vente et 
du débit des boiMsons alcooliques distillées, etc. 



332 vu* CONGRES INTERNATIONAL 

On peut lire, par exemple, dans le rapport du Conseil d'admi- 
nistration de la distillerie TAncre, du 10 octobre 1898 : « Un facteur 
très défavorable à la crise dont nous parlions plus haut, a été la dimi- 
nution de la consommation de genièvre dans le pays. » 

La même impression se dégage de Tenquète sommaire ii laquelle 
nous venons de procéder^ et des observations personnelles que nous 
avons faites, depuis longtemps, dans les milieux ouvriers. 

Il convient, cependant, de faire à cet égard, une distinction entre 
les villes et les campagnes. 

$ 4. L*ALCooLisMB DANS LBs CAMPAGNB8. — On admet généralement 
que Talcoolisme est moins développé dans les campagnes, que dans 
les villes et les centres d'industries. 

C^est ce que disait, par exemple, le gouverneur de la Flandre Occi- 
dentale, dans sa très intéressante contribution à Tenquète agricole 
de 1886 : 

« La population ouTrière des campagnes ••! moiiit adonoéa à riotompéranee qaa caUe 
dea Tillea, mai* il y a certainea localité*, noiammeDt dans la s6na poldériaaBe, où las 
fermiara te livrant h l'abus daa boisaona alcoolîqoaa at nég'Iigent ainai laa aoina de laara 
rarmes. Notons encore qu'il est rare de trouver à la campagne des fammea qui s'adonnant 
à la boisson, et qu'en général, on o'j constata rivrassa que les dimanches at jours fériés. 

s Seulement, ajoute le gouverneur, en réponse à la question de savoir ai la taux des 
salaires exerce une influence sur les habitudes d'intempérance, « à iUperse de ce fui se 
paâêe liams le» vilteê, à taugmemUUom de§ ealairtê ruraux eorrtêpomd, preêfme toujomrê, 
urne augmemtatiom proportiomnelte de la co««OR»R»a<io«* s 

s Tous les autres déposants à l'enquête agricole, sont également d'avis, qua « la con- 
sommation augmente proportionnellement à l'élévation daa snlniraa. s 

M. W...., instituteur à Vyle Tharoul, un petit village du Condroz, 
va même jusqu'à dire : « Peut-être le taux excessivement bas des sa- 
laires a-t-iUété d'un grand secours pour arrêter les tendances à la pro- 
pagation de rintempérance. » 

Si donc, Touvrier agricole est, en général, plus tempérant que 
l'ouvrier industriel, ce n*est pas par vertu, mais par nécessité. 

Dès Tinstant où, pour une raison quelconque, son misérable salaire 
s*élève, sa consommation d*alcool augmente en proportion. C*est ce 
qui arrive, par exemple, k Tépoque de la moisson, quand le travail 
est plus intensif, en même temps que les salaires plus forts. Il en est 
de même, dans les régions frontières, où la contrebande fournit aux 
habitants des ressources supplémentaires. 

Voici, d'ailleurs, les témoignages que nous avons recueillis à cet 
égard, pour les principales régions agricoles du pays. 

/. Condroz, — Les carriers de la vallée du Hoyoux boivent plus que 
les ouvriers agricoles ; à de très rares exceptions près, ils dépensent, 
au minimum, pour leurs grandes gouttes, de 15 à 20 centimes par 



CONTRE l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 333 

jour. Mais, chez les carriers, Talcoolisme décroit; chez les ouvriers 
de ferme, au contraire, il augmente. 

Pendant les travaux de la moisson, ce sont les fermiers, eux-mêmes, 
qui, souvent, distribuent du genièvre, dans le but de fouetter leurs 
hommes. 

Pour donner une idée de Teffrayante capacité d*absorption de 
certains ouvriers ruraux, citons le fait suivant : X...., des Avins 
(Condroz), se vantait devant nous, comme d'un exploit glorieux, 
d^avoir, un jour de moisson, gagné sa journée, tout en buvant, avant 
le coucher du soleil, soixante grandes gouttes. « Si vous en aviez 
donné autant a un entier, Ajoutait-il, la béte eût crevé sur place ; 
eh bien! moi, je me sentais si à Taise, le lendemain, qu'avant le 
repas du midi, j*ai encore bu trente-trois gouttes. Seulement, pour 
supporter cela il ne faut pas avoir Testomac en papier de soie ! » 

Notez que Thomme n est pas un ivrogne ; que souvent, il ne boit 
pas, ou ne boit guère de genièvre, pendant un mois, six semaines, 
sauf à s'en emplir, alors, pendant un ou deux jours, aussi longtemps 
qu'il a de Tarirent. 

C est a peu près comme ces sauvages, qui ne mangent pas a leur 
faim, la plupart du temps, mais se gorgent de nourriture quand ils 
en ont Toccasion. 

//. Hesbaye, — M. J. W , a Waremme : 

« A la campagne, c'est pendant la moisson que Ton consomme le 
plus de genièvre. Certains fermiers donnent de la bière, mais les 
ouvriers n'aiment pas à travailler chez eux ; un cultivateur me disait 
que ses moissonneurs avaient préféré ne rien prendre, que de boire 
le café qu'il voulait leur faire servir. C'est la distribution des petits 
verres, qui sert de critérium pour juger la générosité du maître. » 

Beaucoup de fermiers exploitent ces sentiments, afin d'obtenir un 
surcroît de travail. Cette année (1898), il manquait des bras pour la 
récolte : on donnait aux moissonneurs, 1 fr. la verge de blé coupé, 
plus 2 litres de « péket » par jour. M. D — , cultivateur à Waremme, 
me conta qu*un matin, trois faucheurs étaient partis avec leurs 2 litres 
de genièvre ; le travail était pénible ; à 9 heures il se mit a pleuvoir ; 
une heure après, nos gens étaient de retour à la ferme, refusant de 
continuer, mais ayant bu leurs deux litres. 

D'autres fermiers, au moment où Ton fait les meules, distribuent 
aux travailleurs, entre deux chariots de grains, deux grandes gouttes 
par tète. 

Quand un ouvrier fait une commission pour quelqu'un, c'est une 
habitude générale aue de le payer avec une goutte. 

Bref, les prolétaires Hesbignons boivent beaucoup, et ils boivent 
beaucoup plus qu'autrefois. De nos jours, ii la campagne, on peut en- 
tendre souvent, de vieux bourgeois tenir à peu près ce langage : 
ic Dans le temps, le peuple, les travailleurs en général, ne buvaient 



334 



vir coNc.nKs international 



guère autant qu\iujourd*hui. A la fètc seulement, on se livrait à des 
ripailles, ii des beuveries monstres; les jours ordinaires, il n*y avait 
que les gens comme il faut, qui, parfois, se « flanquaient de bonnes 
tamponnes, » généralement avec du bourgogne Mais, aujourd'hui, 
tout le monde boit, tout le monde va au caTé, c*est avec le pcket que 
l'on s'empoisonne. Si les ouvriers ne buvaient pas, ils vivraient 
heureux. 

Ces vieux bourgeois semblent regretter la suprématie, ou plutôt, le 
monopole alcoolique qu'ils avaient anciennement; ils oublient de 
constater que c'est encore parmi eux, qu'il y a le plus A^alcoolisés^ 
si pas iVn»rognes, et que, bien souvent, ils font tout ce qu'ils peuvent 
— dans leur intérêt mal entendu du reste — pour développer l'alcoo- 
lisme parmi les travailleurs. 

///. Campinc. — Le Journal de Bruxelles publiait, en 1898, la notice 
suivante : 



« D'une statistique dressée par le docteur L..., il résulte que la très catholique commune 
de Calmpthout (province d'Anvers) qui compte 3,901 habitants, soit 693 ménages, compte 
aussi 112 cabarets et débits de liqueurs ! 



liqueurs 
Voici un tableau détaillé h cet égard : 



il 



Nieuwmeer . . . 
Kerkemund. . . 

Dorp 

Achterbroek . . 
Calmpthout- 
schenhoek . . 



Ménage» 

155 

207 

17'# 

»0 

67 



PopuUUoo 

869 

1.098 

903 

598 

433 



Totol.... 693 



3.981 



Cabsrsit el débiU 


Ménsget 


34 


(1 sur 4 ù 5) 


26 


(1 sur 7 ù 8) 


32 


(1 sur 7 à 8) 


15 


(1 sur 6) 


5 


(1 sur 15) 


m 





Le lonif de In chaussée du villoge de l'extrémité nord (vers la Hollande) à l'extrémité 
sud (dans la direction d'Anvers), il y a environ un cabaret ou débit de genièvre sur quatre 
habitations. Le dimanche les hommes font le tour des nombreuses chapelles. Ils com- 
mencent le matin avant lu première messe pour ne finir que le soir quand ils sont obso- 
lument ivres. Une vingUine de « gouttes s y passent facilement. C'est au minimum 1 fr. 
de dépensé, sans compter les pipes et cigores — et sons compter, bien entendu, les dé- 
penses de lo semaine. — Le moyen que le ménage marche dans ces conditions, uu point 
de vue matériel et inoral ! Aussi, jamais ne voit-on un ménage profiter du dimanche pour 
s'en aller en promenade. Pendant que l'homme s'enivre au cabaret, la femme reste & la 
maison pour garder les marmots. 

Et la Campinc est répulce une des parties les plus saines et les plus honnêtes du poys. s 



IV, Ardennes. — De toutes nos régions agricoles, ce sont peut-être 
les Ardennes, avec leur climat rigoureux et leurs salaires agricoles 
relativement élevés, qui détiennent le record, au point de vue de la 
consommation alcoolique. 



coNTnE i/abus des boissons alcooliques 335 

Voici (|iiol({iics témoignages particulièrement frappants h cet égard : 

1) M. C , gérant de la coopérative socialiste, h llautfays (Luxem- 
bourg;. 

<« Pour 775 bobitanU, 2o cabaret*, dont k seulement ne débitent que de la bière et du 
vin. L'alcooliiiiiie fait ti\che. Cependant, g^râce h une énerg'ique propagande antialcoolique, 
lins socialiiiteg boivent beaucoup moins d'alcool et le jour n'est pos' éloigné, où ils don- 
ncrtint rexcm])Ie de l'abstinence. » 

2 M. S , vice-président du Comice agricole de Bastogne (Luxem- 

hourix . 

a Hoiiucoup de caburcticrs, dans nos compogncs, sont des alcooliques qui se sont 
établie dans le but de satisfaire plus farilement leur penchant pour la goutte. A ce point 
de vue. le droit de licence a opéré un nettoyage saluUiirc. u 

l\, Kxtrait du liicn Social^ juin 1898. 

a ban:» un village de la province du Luxembourg, il y a environ 1(X) hobitants et 2 ca- 
bari'ts. Dans celui qui a le plus à faire, on a vendu en deux ans, 0,000 litres de genièvre 
(jtans rouipter les autres boissons alcooliques). Dans cotte localité ne viennent pas d'étran- 
gers, sauf quelques cantonniers qui, de temps à autre, travaillent & une route. Il n'y a 
pas un ivrogne de profession dans ce vilioge, mais tous sont des alcoolisés, m 

V; M. H , député de Neufchateau (Luxembourg). 

« On e!«t généralement d'avis qu'il y a décroissance de la consommation d'olcool ; mais 
cette décroissance ne suit pas une marche très rapide. — sauf parmi les ouvriers indus- 
triels, occupés dans les ardoisières. — Si le cabaret est moins dans les habitudes de la 
popiilatii>n, la consommation ù domicile entre amis, est peut-être plus forte. On peut ce- 
pendant dire, en thèse générale, qu'il y a tendance à la diminution. 

Le bien-être et l'augmentation des salaires, tendent à exercer sur le peuple une utile 
iiiiliKMice. On contracte des habitudes d'ordre. L'épargne se développe. Le confort des 
habttt'ttions s'en ressent : de nombreuses maisons ouvrières s'élèvent. Néanmoins il reste 
toujours une classe de désœuvrés, qui font leur providence de la charité publique. 

Vti excellent remède contre l'alcoolisme est, d'après moi, l'épargne : dans les localités 
où \v* livrets de lo caisse d'épargne se multiplient, 1 abus des boissons alcooliques est en 
pli'itit* décroissance ; d'où l'utilité d'augmenter le nombre des sous-perceptions des postes. 

L**» foires publiques — qui sont d'ailleurs le principal et indispensable moteur com- 
niiTcinl de nul petites villes d'.\rdennes — donnent lieu ù une grande consommotion 
d'alcnol : mais partout, ù Neufrht\teau, Snint-Hubert, Wellin, Bouillon, Paliseul, il y n 
tendance ù la baisse. 

Par ctmtre. dans les villages frontières de mon arrondissement, où il existe beau<*oup 
de dcMi'uvrés, se livrant nu maraudage, à la contrebande, au braconnage, etc., le vice 
iilccMilique, bien loin de disparaître, augmente et l'aisance publique diminue. 

Il en est de même, dans eertoines régions agricolen, administrées pur des ivrognes, ou 
dan*, les localités habitées par des fonctionnaires et des particuliers qui propagent l'ha- 
bitude de prétendus aprntifë ou diffe»lipi. 



,')36 vu' CONGIlÈft IXTRIINATIONAL 

V. — En résumé, et naiis vouloir généraliser hitivement des ob- 
servations qui, pour être décisives, devraient être plus nombreuses, il 
ne semble pas que Talconlisme soit en décroissance dans les campagnes. 

La marée alcoolique y a été plus tardive ; le reflux ne semble pas 
encore avoir commencé. 

Bien plus, il est probable que l'extension de Talcoolisme rural, Tac- 
croissement de consommation des travailleurs agricoles, a pour effet 
de masquer, dans les statistiques officielles, la diminution considéra* 
ble que nous allons constater, dans certaines régions industrielles. 

§ 5. L*ALCOOLISMB DANS LBS VILLBS BT LBS CBlfTRBS IIIDOSTRIBLS. -^ NoUS 

avons relevé, dans renquète industrielle de 1886, vol. I, quarante- 
neuf réponses h la question 95 d : « L*ivrognerie se restreint ou s'é- 
tend-elle ? 

Yingt-et-un déposants affirment qu'elle s'étend, mais il est à noter 
que tous — sauf deux témoins de Dampremy (Charlefoi) — appartien* 
nent a des localités situées en dehors des bassins houillers, de la 
grande zone industrielle qui s'étend de Mons k Verviers. 

Par contre, vingt-huit témoins, chefs d'industrie pour la plupart, 
expriment Tavis que Tivrognerie se restreint ; mais, en général, ils 
attribuent cette diminution a la crise économique, a la dépression des 
salaires. 

Cependant, quelques-uns, dans les régions où, depuis longtemps, 
la condition des ouvriers est supérieure à la moyenne, — dans le 
Centre ^llainaut) et a Verviers, par exemple — se prononcent pour 
une amélioration permanente. 

« M. D..., bourgmestre à La Hestre : 



« Le* ooTricrs clwrboaaiera m livrvat moins à rmUapéraBco ; c—% le résnltoi du 
bott escmple el les effeU de rinslraction. » 

Société indusirielle de Verviert : 

« Il tit edmU q«e, deas ane popoleties ovTrîère, il j e Umjovre wie ceiieÛM doM 
d*inteflipéreace, mais, dani cee YÎas^ deraièree enaéet, il 7 e aae aBéliorelkm coaeidé- 
reUe. » 

Cette amélioration s'est-elle accentuée depuis lors ? S'est-elle éten- 
due à d'autres branches d'industrie ? L'épidémie alcoolique est-elle 
réellement en décroissance, tout au moins dans les couches supérieu- 
res de la population ouvrière ? 

Pour résoudre ces questions, il faudrait une enquête systématique, 
que le Gouvernement, ou à son défaut, les Ligues antialcooliques de- 
vraient entreprendre. 

En attendant, et sans avoir la prétention d'apporter un travail com- 
plet, nous avons recueilli un certain nombre de témoignages, sur la 



CONTRB L*ÀBUS OBS BOISSONS ALCOOLIQUES 337 

situation actuelle, dans les industries où Talcoolisme fait le plus de 
ravages. 

A. Ouvriers travaillant en plein air 

1" Industrie du bâtiment — Parmi les ouvriers qui travaillent en 
plein air — terrassiers, briquetiers, maçons, etc. — la consommation 
d'alcool reste très forte. 

D*après M. le secrétaire communal de Boom, centre de Tindustrie 
briqucticre, la situation ne s*est pas améliorée depuis 1886. A moi- 
tié gelés ou h moitié cuits, exposés, tour à tour, au froid de Tair et 
h la chaleur des fours, astreints a un travail excessif, les briquetiers 
continuent h boire des quantités énormes de genièvre. 

En Hcsbaye — nous écrit un de Waremmc — les ouvriers du bâti- 
ment ont rhabitude de faire des teyea (ils mettent 10 cent, chacun) et 
d'acheter \e peket au litre. Dernièrement, à Waremme, on exhaussait 
une maison ; le travail a duré quarante jours ; le bâtisseur avait acheté 
un petit tonneau de genièvre (60 litres), qui fut « liché » avant la fin 
du mois. Un lundi, les ouvriers, au nombre de 7 ou 8, ayant déjà vidé 
leurs deux litres, firent une teye pour en acheter un troisième, qu*ils 
burent sur les échafaudages. 

Comme les mêmes faits se produisent presque partout, il n*est pas 
douteux qu'un grand nombre de chutes sqient provoquées par l'in- 
fluence de l'alcool; d'ailleurs, beaucoup d'ouvriers maçons, que nous 
avons interrogés sur ce point, en conviennent. 

2** Industrie de la pèche [Heyst), — M. A..., dans le Bien Social 

(1898): 

* 

a II existe à HTGst-iur-Mer, quatre-vingts cabarets, pour 2,000 habitants indig^ènes. Le 
l^ros de leur clientèle se compose de pécheurs, au nombre de 200 environ. 

Durant son séjour à terre, du samedi soir au lundi matin, le pécheur d'Heyst n'a qu'une 
pensée : boire ; qu'une joie : l'ivresse ; qu'une passion : l'abrutissement physique et moral 
pnr le genièvre. Si, quelques instants après le retour de son bateau, il remet les pieds 
chez lui, r'est uniquement pour soigner la rentrée du poiiison a de partage s, en dissi- 
muler une partie, et le vendre, si possible, en cachette de sa femme. Sitôt cette opéra- 
tion terminée, il entre au cabaret, et n'en sort plus qu'une heure, le dimanche, pour aller 
k lo messe. » 



///. Ouvriers des docks, — (Anvers). 

I^cs débardeurs, comme tous les ouvriers exposés aux intempéries et 
astreints à des travaux pénibles, ont une forte tendance h s*alcooliser. 
Cette tendance est notablement accentuée par les conditions spéciales 
dans lesquelles se fait leur embauchement. 



338 vil' coni;rès international 

M. le D' Terwagno, d'Anvers, nous adresse, h ce sujet, la note 
suivante : 

« Les ouvriers des bassins sont obligés, pour vivre, pour obtenir du travail, de s'alcoo- 
liser quotidiennement. 

u A six heures du nintiii. les cmbnuchcments se font dans les cobarets. dont le patron, 
neuf fois sur dix. est l'eiiibiiuchcur, le chef d'équipe lui-niémc. La sc6nc de l'enrôlement 
est réellemenl scandaleuse : le cbeT d'équipe remet îi chaque ouvrier qu'il embauche, une 
plaque de zinc d«tiniQnt droit nu travail ; mais, avant d'obtenir cette plaque, il fout défiler 
devant le comptoir, et .quand il n'y a pus d'ouvrage pour tout le monde, les ouvriers — 
sous l'iril paternel de In police — se bousculent, s'injurient ou se battent, pour arriver 
auprès de l>mbtiucbour. Quand il y o beaucoup d'ouvrage et que les chefs craignent de 
perdre leurs ouvriers. iU promettent et distribuent des litres de genièvre. Par contre, si 
le travail est rare, il n'y a pm* de plus sûr moyen de se faire embaucher que de boire ii 
crédit chez l'ennMeur : c'est celui qui a le plus « gepocft u (boire à poef, disent les Wallons), 
que Ion prend les premier». 

» Il arrive souvent aussi que, pour activer le truvail — le négociant, l'expédilour ou son 
représentant — promettent des litres de genièvre. 

» Dernièrement, un docker, entrant dans un cabaret, répondait h un de nos amis, lut 
demandant combien il avait déjà bu de grandes gouttes : — C'est ma trente-quatrième ! — 
Et il éUiit deux heures de l'après-midi ! 

» Pour parfaire l'alcoolisation des ouvriers, lescmbaucheurs qui tiennent cabaret, créent, 
chez eux, des sociétés de ouf^elpick, de palets, etc., et obligent les dockers h en foire 
partie. 

u Malgré les dispositions formelles de la loi, des paiements continuent a se faire dans 
les cabarets. 

M Dans son pro^'rannne des réformes communales, la Fédération Anversnise du Parti 
Ouvrier prop«ise de créer des abris, ou se feraient l'embauchage et la paie, et «m'i les 
ouvriers pourraient se réfugier en cas de mauvais temps, pendant les heures de repos, 
au lieu de battre le pavé ou de s'enliisser dans les cabarets. » 

IV. Industrie des ('arriéres. (Hny). — M. H..., tailleur do pierres, 
député do fluy : 

H L'alcoolisme est niunifeslcmeiit en diminution dans les régions carrières des environs 
de Huy ; il paraît décroître en raison directe de l'organisation ouvrière, et surtout de 
l'organisation coopérative, m 

» A Vierset. où Ion travaillait en été 12 et demie et 13 heures, les carriers se mirent 
en grève dans le courant de 18U5. pour obtenir la journée de It heures. Les patrons 
accédèrent très rapidement à ce desideratum, mais demandèrent par compensation, aux 
ouvriers, l'engagement de ne plus boire d'alcool sur les chantiers. Ceux-ci occeptèrent et 
cette réforme cul pour résultat indirect de réduire considérablement la fréquentatien des 
cabarets pendant la semaine : il est manifeste quelesdeux sousd'alcool consoni^nés sur les 
chantiers servaient surtout d'amorce et provoquaient à en boire dovantago ; le retour ou 
logis fournissait l'occasion. .Vujourd'hui, beaucoup d'ouvriers qui, sous le coup de cette 
excitation, ne manquaient jamais d'entrer dons les cabarets en quittant le travail, 
rentrent chez eux directement. La lecture des journaux du parti, les occupations nou- 
velles créées p<iur bon nombre d'entre eux par la coopérative, les syndicats et les outres 
formes d'organi^tation, sont aussi pour quelque chose dons ce résultat. Bref, je suis très 
modéré en évaluant, pour Viersel. la décroissance de In consommation alcoolique a 50 '^ „ 
en quatre ou cinq années. 

K Mobu, la principale carrière, oit l'on buvait jadis des quantités efTrayantes d'alcool. 



CONTRE l'abus DES BOISSONS ALCOOLIQUES 339 

on u inlordit la contommation sur les chuntiers, il y n trois ans. Presque en même temps, 
s'ctublissoit une coopérative, U laquelle adhèrent presque tous les ouvriers. £lle joignit ù 
ses magasins un caTé où Ton ne débite pas de boissons distillées. Une série de dispositions 
antinlcooliques — puériles en apparence — furent odoptées par les coopératives et ont 
produit d'excellents rcsultots ; il est interdit, par exemple, de se payer mutuellement des 
co II tio m mations (tournées), ou même de payer deux consommations & la fois. Les concours 
de pigeons étaient également une occasion de boire de l'alcool, la coopérative a créé, dans 
ttoii local, une société qui comprend tous les amateurs ouvriers et dont les membres 
prennent l'engagement de se soumettre au même règlement que les autres consommateurs. 
A Mitbn, comme ù Vicrset, la consommation d'alcool a énormément diminué mois sans 
qu'il me soit possible d'évaluer avec précision. 

» KnHn. à Yinalniont, à Marchin, à OulTet, aux Avins et îi Seilles, le mouvement contre 
l'alcool se dessine également. Néanmoins, je constate <[ne dans ces deux dernières 
roiiiinuncs, la réaction est beaucoup moins forte ; or. rc sont prôriscmont celles où l'orga- 
nisation rencontre le plus de difBcultcs. Je résume et précise ma pensée : ce n'est pas 
daii!i les régions qui votent pour le» Mucialislcs, que l'alcoolisme diminue surtout, mais 
bien dans celles on l'organisation est la plus complote et les journaux du parti les plus 
répandus. » 



B. Ouvriers travalUanf au feu 

/. IndunUie métallurgique, (Centre llainaut), — M. M..., député de 
Soigiiics : 

« La consommation d'alcool est efTrayante dans les laminoirs, où les patrons l'encou- 
ragent, parce ffu'ils ont. ou croient avoir intérêt à tenir lenr personnel sous TinOuence 
permanente do la boisson. Les ouvriers font huit ou neuf fournées par jour, et, une fois 
leur four chargé, s'en vont h la cantine, soit à Tintérieiir de rétablissement, soit à l'entrée 
de celui-ci. .\vec des salaires de 4, 5 ou 6 francs, ils boivent pour 1 franc, 1 fr. 20, 
1 fr. .'i<) de genièvre par jour. J'en connais un qui gagne Vk francs par jour et boit pour 
30 à 3:1 francs par cpiinzaine. 

» Cc!( ouvriers sont inorganitabiei. 

s Dans le reste de In populotion ouvrière, et surtout parmi les jeunes gens, l'alcoolisme 
a considérablement décru depuis quelques années, u 

fl rn csl de nx^ine, nous écrit un de (losselics, pour les ehaudron- 
ni<»rs et les ouvriers des fabriciucs d'éinaillés. 

//. Industrie verrière, — M. Ij..., aneleu président de TUnion 
verrière» député de Charlerov : 

.1. Verriers à \fitre. 

« Avant l'introduction des fours ù bassin, le travail durait dix à onze heuren gant arrêt, 
el Ion taiitait en moyenne. 22 à 23 journées par mois. Aujourd'hui, dans let» verreries à 
ba»>iu, le travail se fait à 3 équiques de U heurcM et <lrniie chacune ; mais, avec le» 
traxaux d'apprêt, qui doivent s'eflectuer avant le coninicncmicnt de la journée, la durée 
du travail est d'environ 10 heures et demie. Or, pendant ce long espace de temps, il n'y a 
aucun arrêt pour prendre le repas ; les ouvriers doivent manger en travaillant et manger 



340 vil* CONGRES INTBRNATIONAL 

beaucoup, car leur effort musculaire est considérable. Aussi, la plupart d'entre eux 
digèrent mal. Pour activer leur digestion, ou réagir contre la chaleur des fours, ils 
absorbent de grandes quantités de liquides : café, bière et eau ; pais, ne sachant plus que 
boire, ils prennent de l'alcool, et souvent* leur journée finie, sortent de l'usine à moitié 
ivres, pour s'enivrer tout à fait, dans les cabarets qu'ils rencontrent sur leur chemin. 

s Ce n'est guère qu'en Belgique et en France que l'on travaille sans arrêt et que l'on 
boit de l'alcool pendant le travail. Aux Etats-Unis, au contraire, les boissons fermentées 
ou distillées sont rigoureusement interdites ; mais on fournit aux ouvriers de l'eau glacée 
et — ce qui est essentiel — la journée ne dépasse pas huit heures, avec un repos d'une 
heure au milieu du travail. Il en est de même en Angleterre et en Italie, s 

B, Verrier 8 à bouteilles, 

M Dans les verreries a bouteilles, il y a un intervalle dans le courant de la journée, mais 
on travaille 12 heures — une semaine de nuit et une semaine de jour. Par suite de ce 
travail exténuant, l'ouvrier se trouve aussi abattu lorsqu'il se lève que lorsqu'il se couche ; 
aussi n'est-il pas surprenant que. pour faire disparaître ce malaise général, il recherche 
un réconfort dans l'alcool. 

s Uu fait que j'ai constaté, depuis mon entrée en verrerie (1864), c'est que les ouvriers 
intelligents et instruits ne consomment que peu, ou pas, d'alcool ; ceux qui en abusenti au 
contraire, sont des êtres dépourvus de toute instruction. J'aime à faire remarquer, d'ailleurs, 
que la situation s'améliore beaucoup : nous ne voyons plus que très rarement, les beuveries 
inqualifiables, si fréquentes chei les anciens verriers. En 1890, lors de la revision des 
statuts de l'Unien verrière, je fis ajouter un article ainsi conçu, dans le but de combattre 
le fléau : « L'association se décharge de tout conflit survenant entre patrons et ouvriers 
trouvés en état d'ivresse sur leur travail.... s 



C. Ouvriers occupés à des tnvauz souterrains 

i^ Industrie houllière. — Da'ns le centre (Hainaut), où les salaires 
sont relativement élevés , les journées courtes, Torgonisation plus 
forte que dans les autres bassins, M. M...., ancien porion, député de 
SoignieSy nous signale, parmi les bouilleurs, une diminution 
(c énorme » de la consommation d*alcool — sauf les jours de grandes 
féteSy et, surtout, le jour de la Sainte-Barbe. 

Dans d*autres régions, et, notamment, dans la Basse Sambre, le 
pays de Liège ou le Couchant de Mons, les bouilleurs continuent à 
compter parmi les ouvriers qui boivent le plus. Outre les conditions 
pénibles et la durée excessive du travail, il faut citer, pa^mi les facteurs 
économiques de cette triste situation : le mauvais état des logements ; 
rincapacité des femmes, comme ménagères, spécialement dans les 
villages où, jusqu'en ces dernières années, la plupart des filles, des 
blancs-bonnets^ travaillaient k fosse. 

Au Bortnage (Couchant de Mons), plusieurs directeurs de charbon- 
nages, intéressés dans des brasseries, poussent à la consommation. 
Presque tous les sièges d'exploitation sont entourés d'une multitude 
de cabarets. Enfin les ouvriers, qui n'ont pas à leur disposition, 



CONTRE L*AB1)8 OB8 B01880N8 ALCOOLIQUES 341 

comme dans le Centre, des lavoirs spacieux et bien aménagés, doivent 
se déshabiller, se laver, se rhabiller dans les cabarets d*alentour. 

« Quand doos étions plus jeunei — dit un ouvrier de Framerles, dans Tenquète de 1886 

— il 7 avait dei baraques, prèi de» fosiee, pour se déshabiller et se rhabiller. Quand on 
était prêt, chacun retournait cbes soi ; maintenant, faute de baraques à la fosse, pour 
mettre ses guenilles, on doit absolument aller au cabaret. Le goût du gai (grisou ?) attire 
toujours Talcool : c'est huit fois sur dix, du genièvre que l'on boit ; l'on s'engage mutuel- 
lement ; un premier verre est suivi d'un second, et puis on est pris. Il n'y a pas un 
houilleur, remontant de la fosse, qui puisse supporter trois verres sans être ivre, s 

En général, d'ailleurs, les charbonniers se contentent de cette 
ration pour toute la journée : une première goutte, avant de descendre, 
vers 3 î ou 4 heures du matin ; une seconde, au sortir de la fosse ; puis 
une troisième, après avoir mangé leur tartine, puis un ou deux verres 
de bière et bu fa traditionnelle tasse de café, que le débitant leur 
offre gratis ; soit donc, en moyenne — sauf les ivrognes, bien entendu 

— 3 gouttes à 10 centimes par jour, et, le samedi, généralement, 
une goutte supplémentaire. 

Tout compte fait, par conséauent, les ouvriers borains les plus 
sobres, dépensent, a peu près, cinquante centimes par jour, en bois- 
sons distillées et fermentées. Soit, 180 à 200 fr. par an, plus de 20 0/0 
de leur salaire ! 

Diaprés M. M...., député mineur de Môns, il y a, parmi les ouvriers 
du borinage, une tendance légère à restreindre leur consommation 
d*alcool ^ 

2^ Industrie ardoisière, •«- M. le D' H , député de Neufchâteau a 

bien voulu nous fournir, sur Talcoolisme dans les ardoisières du 
Luxembourg, des renseignements qui prouvent une amélioration no- 
table, depuis quelques années. 

« A Bertriz, une des localités les plus populeuses de l'arrondissement de Neufchâteau, 
la loi sur l'ivresse publique est sérieusement appliquée ; un règlement sévère établit des 
droits élevés sur les bals, dans les cabarets. Ceux-ci ne sont guère fréquentés, les jours 
ouvrables ; malheureusement, les ouvriers des ardoisières ont pris l'habitude, en rentrant 
cbes eux, le soir, de boire une ou deux gouttes, avant le souper, qui est leur principal 
repas. Néanmoins, d'après une statistique approximative, la consommation d'alcool a 
diminué d'nn tiers, depuis dix ans. 

w A Warmifoninine, sur 400 ouvriers ardoisiers, 150 environ font partie d'une société 
de tempérance ; chaque membre reçoit, annuellement, de la société des ardoisières, une 
prime de 30 fr. La consommation d'eau-de-vie, dans la commune, a diminué de moitié. 

w On constate également un recul sensibla de l'alcoolisme, à Cugnin, Dohan, Sugny, 
Corbim, etc., surtout à Herbeumont, où, grâce à l'iostituteur et au secrétaire communal, 
nous avons pu obtenir des renseignements précis. 

^ On a remarqué que les ouvriers borains, assex nombreux, qui appartiennent à la 
confession protestante, de même que les « salutistes », s'abstiennent presque régulière- 
ment do consommer de l'aicool. (Communication de M. H...., député, à lions.). 



342 vil" CONGRES INTERNATIONAL 

u Hcrbcumont-«.-Scmoy«, centre de l'induAlric ardoisière, eut un village de 1130 habitants, 
parmi lesquels environ 300 ardoitiers — socialistes pour la plupart. On y vend annuel- 
lement, dans les quinze cabarets de la commune, de 9500 h 10000 1. de genière, soit 
de 8.2 ù 8.8 litres pur habitant. Il y a vingt^cinq uns, la consommation étoit certaine- 
ment double. « J'en trouve la preuve — écrit l'instituteur — dans les foits suivants : mes 
parents ont vendu jusque 'lOOO I. par an ; la plus forte vente qui m'ait été renseignée, 
cette année, dans le principol cabaret, ne dépasse pas 1000 1. — Autrefois, tous les ar- 
doisiers « repassaient » au cabaret, après journée faite et y restaient plus ou moios 
longtemps ; aujourd'hui, il en reposse un tiers à peine et In plupart se contentent d'un 
seul verre. — Le dimanche, on ne trouve guère que desjeanes gens dans les cabarets; la 
plupart des hommes maries restent chcs eux. — Au lendemain de la Sainte-Barbe, j'ai 
demandé & deux caboretiers : Aves-vous eu beaucoup de pères de famille ? Ils m'ont 
répondu : « Non ; on n'eu voit plus ; c'est comme une épidémie, s — On prétend, il est 
vrai, que l'on boit à lu maison ; mais, è mon avis, cette consommation à domicile n'est 
guère importante, w 

Les deux causes principales de cette décroissance « énorme », 
(( réellement surprenante » de Talcoolisme sont, d*après nos corres- 
pondants, les suivants : 

1) L*instruction. aussi bien ii l'école primaire qu*à Técole d*adultes. 
Parmi les jeunes gens de 25 si 30 ans, il est consolant de constater 
qu'il n'y a pas un seul buveur ; les visites au cabaret sont remplacées, 
le dimanche, par la lecture en hiver et les promenades en été. 

2) L'émigration temporaire aux Etats-Unis. 

« Dans ces dernières années, le quart de la population a émigré. 
Pour faire le voyage, il fallait épargner et, pendant six mois, un an, 
plus de cabaret ! En Amérique même, la visite des bars, a dix sous le 
petit verre, n'était guère possible ; d'autant plus que Ton économisait, 
avec apreté, l'argent du retour. Certains ne seraient jamais revenus, 
sans 1 aide de leurs parents, qui se trouvaient également forcés d'épar- 
gner dans ce but : d ou, l'absence de fréquentation des cabarets. Au- 
jourd'hui, les 1)9 pour cent des ménages sont accoutumés à l'épargne. 
Chacun veut avoir sa maison, son livret a la caisse d'épargne, son 
lopin de terre. De plus, le contact avec les Yankees a développé beau- 
c(»up le sentiment delà dignité personnelle. 

D. Ouvriers de fabrique 

i" Industrie papeterie (La f/alpe). — La papeterie de La llulpc 
Brabant', dont le personnel se compose de campagnards, Wallons et 
Flamands, occupe une centaine d'ouvriers maies. La durée du travail 
est de douze heures; une semaine de nuit et une semaine de jour. 
Certains ouvriers ont une heure, pour leurs repas ; ceux qui sont au 
moulin, doivent niang(M' en travaillant. 

La consommation d'alcool est très forte et a beaucoup augmenté 
depuis quelques années. Tel ouvrier, qui gagne.') fr. par jour, dépense, 
régulièrement, cinquante centimes par jour, en genièvre. Tel autre, 



CONTHB l'abus DES BOISSONS ALCOOLIQUES 'M3 

avoc lin salaire relativement élevé de 6 fr., hmi tous les jours ses 
viiijrt Grandes gouttes ! En général, les ouvriers Flamands boivent 
moins d«* genièvre (jue les Wallons, parce qu'ils consomment plus de 
hiôro et fréquentent moins les cabarets pendant la semaine ; en revan- 
che, h certains jours de l'été, me disait un ouvrier de la papeterie, « ils 
so saoulent comme des cochons ». 

*/' Industrie drapière (Verriers). — M. M..., ouvrier tisserand, an- 
cien député de Verviers, nous écrit : 

M Lii huitfson ruvoritc dansi notre région est le geniôvre et on en foit une asues grande 
fdiiMiiiiiiiatioii : je cruitf, cependant, que les ouvriers et spécialement les tisserands, les 
liivurs, boivent ni<»ins qu'autrefois. A vont l'introduction des métiers mécaniques, on bu- 
vait bcuut'oup, dans lu fabrique mûme, le lundi et le mardi, pendant toute lo journée. 
CbiMjue ouvrier, pour ainsi dire, apportait une cbopine ou une dcmi-cbopine, et l'on bu- 
vait à la ronde, en cbantant et en riant; puis, la journée finie, on se. rendait dans les 
raféit pour crontinuer à boire. U n'en est plus de même, aujourd'hui : l'ouvrier boit 
tri's rarement une goutte ù l'atelier ; la coutume de payer 1 ou 2 fr., pour la bienvenue, 
dauH un atelier nouveau, a complètement disparu ; on ne boit plus que le soir ou le 
dimanche. Les ouvriers prennent la goutte, disent-ils, parce que la bière est en général 
iiiauvaiAC et, surtout, pour oublier leurs chagrins et leur misère s. 

• 

Une habitude qui faisait boire beaucoup, et qui tend heureusement 
il disparaître, ce sont les tournées'. Jiidis, quand on entrait dans un 
cabaret, on se considérait comme obligé d'offrir \\x\ verre a tous les 
amis et connaissances qui s'y trouvaient ; ceux-ci, h leur tour, étaient 
tenus de réciproquer. Aujourd'hui, il n'en est plus ainsi, tout au moins 
dans les locaux socialistes. 

La création de notre presse populaire a contribué beaucoup au recul 
de Talcoolisme. On lit beaucoup plus que dans le temps; des centai- 
nes d'ouvriers sont abonnés à des journaux, qu'ils lisent le soir, et 
leur lecture finie, ils ne songent plus a sortir. 

Kii résumé, nous nous trouvons en présence de trois catégories 
d'ouvriers, qui correspondent à des moments successifs de l'évolution 
industrielle. 

D'abord, les campagnards, miséraldement payés, qui, malgré leur 
avidité de sauvages — pour l'eau de feu — n'en boivent, les jours or- 
dinaires, que de faibles quantités, faute d'argent pour en boire plus. 
(]hcz les ouvriers de cette catégorie, cpii ne connaissent d'autre luxe 
(|'tir le genièvre, toute augmentation, tempciraire ou accidentelle des 
salaires, se traduit par un accroissement d'alcoolisme. 

\\\ degré suivant, chez les ouvriers (|ui touchent des salaires plus 
élexés, sous un développement intellectuel et moral correspondant, la 
consommation d'alcool arrive si son maximum. 

il en (^st surtout ainsi dans les métiers pénibles répugnants ou 
malsains. 

Le peintre boit de l'alcool pour combattre la colique de plomb. 



344 vil* CONGRES INTERNATIONAL 

Le lamineur, le gazier, le souffleur de verre, pour se rafraîchir, ou 
pour activer la digestion. 

Le terrassier, le marbier, le briquetier, le maçon, le' débardeur, 
tous les ouvriers en un mot, qui travaillent en plein air, boivent pour 
se réchauffer, pour mieux résister k la neige, à la pluie ou ii la froidure. 

Le tapissier, le bouilleur, Touvrier des ardoisières, tous ceux qui 
travaillent sous terre ou dans des locaux fermés et malsains, boivent 
pour se débarrasser des poussières, pour se nettoyer le gosier. 

Tous boivent quand ils sont fatigués, quand ils ont besoin de se 
donner des forces, quand ils éprouvent une indisposition ou une fai- 
blesse quelconque. « Il n'y a rien de tel qu'une grande goutte, pour 
se donner un coup de fouet, un coup d'éperon. » Ou bien encore : 
« Je ne me sens pas ii l'aise, le matin, et je ne sais pas travailler, si 
je ne commence pas par avaler un petit verre ». 

Que l'on ajoute à tous ces facteurs, la contaffion de l'exemple, la 

f provocation permanente des cabaretiers, la complicité des employeurs, 
es paiements ou les gratifications en genièvre, les sociétés, les jeux, 
les réunions, les concours, organisés dans le seul but de pousser à la 
boisson, et l'on comprendra que, fatalement, l'alcoolisme progresse, 
aussi longtemps que les ouvriers, épuisés et mal nourris, se figurent 
trouver dans l'alcool, un moyen de réparer leurs fatigues, d'augmenter 
leur force de travail, de suppléer à leur insuffisante nutrition. 

Mais, heureusement, ces préjugés tendent k disparaître chez les 
ouvriers de la troisième catégorie : ceux dont la journée de travail est 
moins longue, les salaires plus réguliers, le niveau intellectuel plus 
élevé. 

Peu nombreux au début de l'ère capitaliste, quand les progrès du 
machinisme courbait tous les travailleurs sous le même niveau de misère, 
leur nombre augmente k mesure que progresse l'organisation du pro- 
létariat et le développement technique de la production. Ainsi que l'a 
montré Schulz Gaevernitz, la grande industrie commence k guérir les 
plaies qu'elle a faites. Les générations nouvelles ne ressemblent plus 
aux générations misérables des premiers temps du capitalisme. Elles 
savent que si la misère contribue au développement de l'alcoolisme, 
l'alcoolisme, à son tour, est une cause de misère et de démoralisation ; 
elles comprennent que l'un des principaux obstacles, le principal obs- 
tacle peut-être, au développement de l'organisation ouvrière, k l'é- 
mancipation du prolétariat, c'est l'ennemi intérieur qui lui ronge les 
entrailles, ce sont les besoins factices qui absorbent le plus clair de 
ses ressources et de ses forces. 

Aussi, dans les régions les plus avancées au point de vue industriel, 
les travailleurs organisés s'associent, avec un remarquable enthou- 
siasme, k la croisade antialcoolique prèchée par le Parti Ouvrier. 

l 6. LR PARTI OUVRIER ET l' ALCOOL. — Daus prcsquc tous les pays 
•— nous ne voudrions pas devoir en excepter la France — |a propa- 



,. > 



CÙNTIIK L*ÀRUS ORS HOtSSONS ALCOOLIQURS '(45 

gatulfî directe contre ralcooHsine commence n préoccuper, sérieuse- 
ment « les organisateurs socialistes. 

En Hollande, nos camarades ont créé, depuis longtemps, des ligues 
antialcooliques. 

Kn Suisse, Otto Lang, Schelker, bien d'autres encore, sont des 
abstinents résolus. 

Kn Belgique, depuis longtemps, la vente de Talcool est interdite 
dans la plupart des Maisons du Peuple; la presse socialiste fait une 
propagande active contre les boissons fortes; la Ligue Socialiste 
Àntiatcoolirjne, de formation récente, possède déjà des sections, dans 
les principaux centres industriels. 

Pour en faire partie — car on veut, avant tout, grouper upe élite 
qui prêchera d'exemple — il faut prendre l'engagement d'honneur de 
s*abstenir, rigoureusement, de boissons distillées. En outre, et c*cst 
ce qui donne un caractère spécial a notre organisation, on ne peut en 
être membre qu*h la triple condition d*ètre adilié 2i l'un des groupes 
du Parti, de s'abonner h Tun de ses journaux et de payer — pour la 
propagande par brochures — une cotisation mensuelle de zb cen- 
times. 

Nous voulons, en un mot, que la Ligue soit nettement socialiste, 

f»arce que l'expérience nous a montré qu'en parlant au nom du Socia- 
ismc, en faisant appel au sentiment religieux des adhérents a la foi 
nouvelle, notre propagande acquiert une incomparable eflicacité. 

Au début de notre mouvement, que les cabaretiers, cela va sans 
dire, regardent de mauvais œil, il semblait que nous allions, et nous 
croyons nous mêmes, aller a Tencontre de nos intérêts électoraux. Or 
c'est précisément le contraire qui est arrivé : nous avons perdu 
quelques cabaretiers, mais nous avons gagné a notre cause, toutes les 
femmes ! 

Il est grandement a souhaiter, pour l'avenir de la démocratie socia- 
liste, que cette propagande antialcoolique s'accentue et se généralise. 

Nous avons constaté que l'organisation ouvrière fait reculer l'alcoo- 
lisme ; la réciproque n'est pas moins vraie: tout ce qui réduit la con- 
sommation d'alcool, augmente les ressources de l'organisation ouvrière, 
élève le niveau moral du prolétariat, lui donne des forces nouvelles 
dans le combat pour l'émancipation. 

C'est pourquoi tous les groupements socialistes, rompant avec des 
formules surannées, cessant de remettre au lendemain de la révolu- 
tion sociale, ce qu'ils peuvent, et, par conséquent, ce qu'ils doivent 
commencer ce jour mème^ ont 1 impérieux devoir de déclarer la 

Suerre ii l'alcool, de combattre, sans trêve et sans merci, un ennemi 
^autant plus redoutable, qu'il est dans nos rangs, qu'il a des intelli- 
gences dans nos forteresses. 

A ceux qui diraient encore que c'est peine perdue, qui persiste- 
raient à invo<|uer les arguments que nous avons rencontrés au début de 
celte étude, nous répondons par les résultats obtenus, par l'exemple 

ta 



346 vil* CONGRBS INTKRlf. CONTRB L*ABU8 0B8 BOISSONS ÀLCOOLIQUBS 

des cinq millions d'Anglais, des dix millions d'Américains, qui ont 
renoncé complètement aux boissons alcooliques. 

Et, h tous les prolétaires conscients, à tous les travailleurs qui 
comprennent le rôle grandiose, la mission rédemptrice qui incombe 
a leur classe, nous faisons un pressant appel ! Plus ils seront sévères, 
rigoureux pour eux-mêmes, plus grande sera leur autorité pour flétrir 
les abus chez les autres. 

Vous oui reprochez aux bourgeois, leurs tirs aux pigeons, leurs 
maisons de jeux ou leurs cabarets a la mode, ne faites pas vous-mêmes 
ce que vous leur reprochez. 

Il n*y a f^nère de différence, au point de vue moral, entre un goin- 
meux qui tire des pigeons et un ouvrier qui fait battre des coqs, un 
bourgeois qui s*cnivre au bourgogne et un prolétaire qui se saoule de 
genièvre, un joueur de la haute qui perd en une nuit une fortune, 
et un parieur de la classe ouvrière qui perd sur un coq, un pigeon ou 
une quille, le pain de sa femme et de ses enfants ! 

Ceux-là seuls seront dignes de gouverner le monde qui auront appris 
a se maîtriser eux-mêmes. 



Cl,."' 



SIXIÈME SÉANCE GÉNÉRALE 

Vendredi 7 Avril (après-midi) 



^ Présidence de M. le D' LEGRAIN 
Assisté de M. DB Hbbrà, Représentant TAutriche 



Ordre du Jour : 

COLONIES — ARMÉE 

THÈMES PROPOSÉS : D'une «Dtente entre les EUtt pour U prolcction des racée 
indigènes contre l'alcool. 
De la lutte antialcoolique dans l'armée et par l'armée (armées de terre et de mer). 



f - 



'A • * 






SÉANCE GÉNÉRALE DU VENDREDI SOIR 7 AVRIL 



La séance e«t ouverte à 2 heures 1/2. 

M. le D' Legrain, président du Congrès. — Je prie M. de Hebra, 
représentant l'Autriche, de vouloir bien occuper le fauteuil de la prési- 
dence et M. Dieu, représentant le Ministre de la Guerre, de vouloir 1 ien 
prendre place au Bureau. 

L*ordre du jour ajppelle la discussion de la question suivante : D'une 
entente entre les Etats pour la protection des races indigènes contre 
V alcool. 

M. le Général Gallieni, Gouverneur de Madagascar, avait été prié par 
le Comité oi*ganisateur, d'indiquer dans un rapport à Tadresse du 
Congrès, les résultats de sa propre expérience. 

Le Général Gallieni, comme vous le savez, a di nné des gages nombreux 
à la tempérance, il a acquis dans sa can-ière une expérience consommée, 
et la lutte contre Talcoofisme est un de ses objectifs principaux. C'est avec 
une bonne grAce parfaite qu'il a répondu à notre appel, démontrant ainsi 
le prix qu'il attache à la cause que nous défendons ici. Malheureusement 
ses occupations ne lui ont pas permis de quitter Madagascar : il vous 
envoie un salut amical et fraternel en même temps que son rapport, dont 
je vais vous donner lecture. 

Ce rapport est précédé d'une lettre un peu longue, mais très intéres- 
sante, dont je crois utile de vous donner également lectui*e. 



Mon chbii ooctbuk, 

Ne vous auflirait-il pas de dire que je suis un partisan absolu de 
l'eau, (applaudissements) depuis que j'ai vu, par moi-même, les 
heureux eiTets de l'abstinence des boissons alcooliques aux colonies ? 
Je puis vous répéter que depuis douze ans/ en quelque situation que 
je me sois trouvé, je n'ai jamais cessé de boire que de l'eau (applau^ 
diBêementê) prise k la portée de ma demeure, de mes campements ou 
de mes bivouacs. Et jamais, je n'ai jugé utile de demander h mes 
ordonnances ou serviteurs, d'où provenait cette eau. 

En ce qui concerne nos soldats européens, je suis absolument 
persuadé que c'est l'abus des boissons alcooliques qui leur fait le plus 
de mal et qui cause le plus d'invalidations, d'entrées aux hôpitaux, de 
' morts, etc. Aujourd'hui, nos troupes coloniales, artillerie et infanterie 
de marine, légion, se composent, pour' une bonne part, de soldats 
rengagés d'un certain ilge. Ce sont de braves gens, endurants et 



350 vil* CONGIIBS fNTBRMATIOllAL 

courageux, animés d*un moral extraordinaire et oui ont toujours excité 
mon admiration dans toutes les colonnes que j'ai faites avec eux. Ces 
soldats rengagés constituent le type du soldat colonial. Mais ils ont 
un défaut, ils se figurent que les alcools» notamment sous forme 
d*apéritifs, leur sont utiles. Pour moi, cette habitude est déplorable 
au possible. Nos soldats actuels aux colonies seraient parfaits, s'ils 

f^ouvaient se passer désormais de ces boissons pernicieuses. Toutes 
es mesures prises pour arriver à ce but, constitueront un ffrand 
service rendu à nos troupes coloniales et» par suite, à la politique 
coloniale de la France. 

En ce qui concerne les indigènes, mon opinion est la même. Nous 
devons, par tous les moyens possibles, arriver à interdire les boissons 
alcooliques chez les habitants de nos colonies. Autrement, ces indi- 
gènes ne pourront nous procurer aucune main-d'œuvre, ne pourront 
nous fournir leur collaboration à l'œuvre entreprise et disparaîtront 
peu à peu. Aussi, ie mets actuellement tous mes efforts ii combattre la 
propagation des liqueurs alcooliques parmi les habitants de notre 
nouvelle colonie de Madagascar. Déjà, des résultats importants ont 
été obtenus en Emyrne chez les Hovas. Tout individu pris de boisson, 
est puni d'une amende immédiate de 70 francs. Des Kabarys ont lieu 
constamment dans tous les villages de l'Emyrne ponr indiquer aux 
habitants les dangers de l'alcoolisme. Je dois rendre justice ici aux 
éminents services que rendent les différentes missions religieuses qui 
se trouvent sur le plateau central. Aussi, est«il rare de rencontrer un 
indigène ivre dans toute l'étendue de l'Emyrne. 

Nous ne sommes pas aussi avancés en ce qui concerne les populations 
càtières avec lesquelles nous avons des relations beaucoup moins 
intimes qu'avec les habitants du Centre de l'Ile. De plus, elles sont 
beaucoup plus à la portée dés rhums importés des pays voisins. 
Cependant, il est temps de remédier au mal, si nous ne voulons pas 
quil soit trop tard. Sur la càte Est, les Betsimisarakas sont de très 
braves gens, très doux et très dociles et qui ne demanderaient pas 
mieux que de participer à tous nos travaux de colonisation. Mais, ce 
sont des buveurs incorrigibles^ et je me rappelle que, dans l'une de 
mes dernières tournées sur la côte Est, je suis passé dans un vilUge 
Betsimisaraka, où les habitants yenaient de vendre deux bœufs à des 
marchands .de passage. Le produit de la vente avait été converti en 
alcool et tous les habitants du village : homnies, femmes et enfants, 
étaient couchés péle-mèle, ivre-morts sans qu'iucun d'eux fut capable 
de se lever pour répondre à mes demandes. )e m'occupe en ce moment 
de préparer un règlement sur l'alcool qui, je l'espère, apportera 
remède ii cette situation. 

Quant aux Sakalaves habitant la càte Ouest, ce sont de vrais sauvages, 
abrutis par la boisson et qui, suivant moi, sont appelés ii subir le 
même sort que les Indiens d'Amérique, c'est*â-dire a disparaître dans 
un certain laps de temps. 









CONTRB l'abus DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 351 

Excusez, mon cher Docteur, la brièveté des notes que je voUs envoie. 
Si le Congrès avait eu lieu deux mois plus tal*d, il est probable que, me 
trouvant à ce moment en France, j'aurais pu me mettre plus complète- 
ment k votre disposition et vous fournir un travail plus étudié. 

Veuillez agréer, mon cher Docteur, la nouvelle assurance de mon 
entier dévouement. (ApplaudissemenU prolongés). 

Voici maintenant, après cette lettre d*introduction, qui Tait en réalité 
la moitié du rapport, le court rapport du Général Gallieni, intitulé cou- 
rageusement : « De Feaa comme boisson habituelle aux colonies. > 
iApplaudisêements). 

IIAPPOIIT 

du Général GALLIENI 



Jusqu'en 1887, je buvais du vin, des liqueurs, comme tout le monde, 
ni plus ni moins que mes camarades des troupes coloniales. J*avais 
même, comme la plupart d*entre eux, la conviction que, sous le climat 
débilitant des colonies, il fallait réagir contre la faiblesse et l'anémie 
par un régime comportant l'usage modéré, mais constant, de vins de 
choix, de liqueurs apéritives ou digestives, comme le cognac, la char- 
treuse, etc. Il me semblait bien cependant que mon estomac, cet or- 
gane qui, dans les colonies, joue un rôle primordial chez tous les 
uropéens, ne se trouvait pas très bien de ce régime. Evidemment, les 
causes de déperdition sont plus intenses et plus nombreuses aux colo- 
nies qu'en Europe, sous nos climats, tempérés, et l'anémie est à com- 
battre. Mais, n'est-il pas évident que, pour atteindre ce but, la pre- 
mière condition est de laisser dans le meilleur état possible le loie, 
l'estomac, c'est-a-dire les organes qui sont chargés de distribuer au 
corps les aliments, chargés de réparer ses pertes ? 

Bref, en juin 1SB7, à Ta suite d'une campagne très pénible, que je 
venais de diriger au Soudan contre le Marabout Mahmadou Lamine et 
qui m'avait laissé l'estomac dans un état pitoyable, à tel point qu'il 
m'était impossible de conserver mes repas, je renonçais complète- 
ment aux vins, liqueurs, bières, café, etc., et je me mis entièrement a 
l'eau. Je n'ai jamais eu, dans mon existence, une meilleure idée. (Ap- 
plaudissements). Depuis cette époque^ l'eau a été ma boisson exclusive 
et, depuis cette époque également, mon estomac s'est complètement 
remis et j'ai pu supporter, dans les meillfures conditions possibles, 
les pénibles campagnes et voyages, que j'ai dû faire, depuu 12 ans, 
au Soudan, au Tonkin et a Madagascar. Je n'ai jamais bu que de l'eau 
et, non pas de l'eau filtrée, de 1 eau bouillie, non, mais l'eau qui se 



352 vu* CONGIIBS INTSaMATIOITAL 

trouvait il ma portée, au Soudan, de Teau provenant souvent de ruis* 
•eaux marécageux et ayant une odeur peu agréable, au Tonkin, de 
l'eau des rizières, des mares, rencontrées au cours de nos opérations, 
k Madagascar, de Tenu de Tananarive et d'autres localités qui, cepen- 
dant, passe pour mauvaise. Je ne veux pas recommander par là les 
eaux de mauvaise nature ; mais, je veux dire simplement ceci : mieux 
vaut une mauvaise eau qu'une liqueur alcoolique quelconque. [Applau^ 
dissetnenUt) . 

Je dirai du reste que, depuis quelaues années, l'usage de l'eau pure 
avec du thé léffer comme boisson habituelle aux repas, se répand de' 
plus en plus tHms les colonies. On dirait un commencement de pro- 
testation actif contre l'usage invétéré des vins, liqueurs, apéritifs, 
etc., qui sont malheureusement encore si à la mode dans tous tes pays 
du monde et notamment dans les colonies. 

Sous le prétexte que dans les pays exotiques la transpiration est 
plus abondante que dans les pays tempérés, on boit davantage et on 
ne se dit pas que si on ingérait moins ae liquides, l'excrétion cutanée 
serait moins aoondante. 

Si la remarque précédente peut s*appliauer k tous les pays, il en 
est un où nous vivons depuis dix ans et où 1 usage des vins, alcools et 
autres boissons est bien inutile et aussi nuisible qu'ailleurs ; c'est toute 
la partie centrale de Madagascar, où d'une façon générale, étant don- 
née l'altitude moyenne de lâOO mètres et les brises qui y régnent, le 
climat est plutôt agréable et même frais que chaud. L'air oui y est 
très vif active assez k lui seul les combustions sans qu*il soit néces- 
saire d*user d'alcotds. 

C*est peut-être pour les raisons indiquées plus haut que l'on cons- 
tate dans la portion centrale de la colonie un bien plus grand nombre 
de buveurs d eau que dans les autres parties de rile ou que dans nos 
diiTérentes colonies. 

J'ai cependant rencontré souvent en Cochinchine, au Tonkin, au 
Sénégal, des personnes qui y ont vécu longtemps, qui s'y sont bien 

I4»rtées et qui n'ont jamais bu que de l'eau, aussi pure que possible, 
e dis « aussi pure que possible » parce que bien souvent n<is officiers, 
entr'aulres voyageurs, n'ont pas o'autre eau k boire que de l'eau de 
rixière. On crtùt souvent que cette eau est plus mauvaise que tout 
autre ; c'est une erreur, étant donné que dans les rizières l'eau n'est 
jamais stagnante; elle est donc constamment aérée, pur suite se laisse 
facilement digérer. D'autre part, on sait que U culture rend les eaux 
potables par les échanges qui se produisent entre les plantes et le 
sut : oxydation plus complète de tous les détritus organiques d'une 
part; «échange constant d'acide carbonii;pie et d'oxygène d'autre part. 

Comme preuves k Tappui de l'immunité des eaux d'une façon gêné* 
raie, ie pourrais citer maintes personnes qui u'ootjamaisbuquedereao 
dans les colonies ou en France et dont la santé ne s*est jamais altérée. 
Ces personnes paraissent au contraire avoir supporté ces durs climats 






.y,'-/,- ,^-,>'i.'y?ï*i:;-; 



':^^*^W^^^^mw^^^:,-!yy^-/- ■■■■- 



CONTRB l'abus 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 353 

bien plus facilement que celles qui ont l'habitude d'user de vins ou 
d'alcooU. (Applaudissements). 

J'ai ici des exemples frappants parmi les membres des Missions, 
quel que soit leur rite, qui, par raison d'abstinence ou d'hygiène, se 
passent constamment de vin et. a plus forte raison d'alcool, depuis 
quinze et vingt ans et qui ne s'en portent pas moins bien. L'anémie, 
cet épouvantail de tant de personnes, n'est pas plus prononcée chez 
eux que chez celles qui usent d'une façon licite de l'alcool ; par contre 
les uns et les autres se portent infiniment mieux que ceux qui en 
abusent. 

Je répète qu'en ce qui .me concerne depuis douze ans, dans toutes 
les colonies, je ne bois plus que de l'eau, souvent de l'eau^de rizière, 
et que ma santé ne s'en est jamais ressentie, bien au contraire, mal* 
gré les fatigues que j'ai dû endurer, notamment au Tonkin, où, à deux 
reprises diiiérenles, de décembre 1893 à mars 1894, et, de mars 1895 
h juin 1895, les colonnes que je conduisais à la poursuite des bandes 
pirates qui détenaient prisonniers quelques-uns de nos compatriotes, 
ont dû marcher constamment dans les torrents et arroyos, avec de 
l'eau jusqu*à la ceinture. Plus récemment encore, je viens de faire 
autour de l'ile, une tournée de cinq mois, dans les régions les plus 
malsaines des côtes. Je n'ai jamais bu que dé l'eau, ne m'informant 
jamais auprès de mes boys d'où provenait cette eau. Je n'ai pas eu une 
heure de maladie. (Applaudissements), 

J'ai vu a Tananarive les membres a'une table d'officiers Français ne 

fircndre que du thé aux repas, pendant deux ans, et jouir d'une meil- 
eure santé que leurs camarades. (Applaudissements). 

Par contre, combien ne voit-on pas à Madagascar, sur le plateau 
central, de cas de dyspepsies, de maladies ou foie, et de toute la 
série d'accidents dûs à un usage constant même modéré de l'alcool 
et du vin chez un grand nombre d'officiers. On ne peut nier l'exis- 
tence de certaines aOections des organes viscéraux dont la cause est 
le paludisme, c'est de toute évidence. Mais je n'en reste pas Vnoins 
convaincu que l'alcool est pour une bonne moitié la cause d un grand 
nombre de maladies mises par respect humain sur le compte du 
paludisme. (Applaudissements). 

Je me suis euorcé depuis mon arrivée à Madagascar, de me préoc- 
cuper de l'hygiène a faire suivre à nos nouveaux sujets, en vue a'arri- 
ver à une augmentation de la population. Aussi, me suis-je montré 
impitoyable pour les cas d'ivresse. C'est à ce titre que tout indigène 
rencontré dans la rue pris de boisson, est puni d'une amende de 
70 francs; l'utilité de mesures énergiques de ce genre n'avait pas 
échappé au Gouvernement Malgache d autrefois, mais celles-ci, de 
même que toutes les autres d'ailleurs n'étaient pas exécutées ou l'étaient 
mal. On voyait à cette époque fréquemment dans les rues, des hom- 
mes ou des femmes ivres, causant du scandale ; il n'en est plus de 
même aujourd'hui. 






354 vu* CONGIIBS INTBRNATIOlfAL ' 

Bien que les mesures prises pour la répression des cas d'ivresse 
fussent mal appliquées, iW a quelques années, il faut reiÀarquer ce- 
pendant que les peuples^du centre de Madagascar et de TErayme en 
particulier, sont moins atteints par le fléau de l'alcoolisme que les 
populations de la côte ^etsimisarakas et Sakalaves. Je n'en veux, 
comme preuves, que le petit nombre de cas de folie, d'idiotie, de cri- 
minalité ; car je sais qué.ces cas de déchéance intellectuelle ou morale 
ne sont que les conséquences de l'alcoolisme héréditaire. 

Chez ces dernières tribus, l'orgie est quotidienne ; tout est pour elles 
occasion d'excès alcooliques : naissances, mariages, décès, etc... Com- 
bien de fois dans mes ^voyages de Tananarive a Tamatave n'ai-je pas 
vu des villages entiers^dpnt nommes, femmes, enfants étaient étendus 
pèle-mèle, incapable^ , dé faire un mouvement. Les villes d'Andevo- 
ranto, Andavakimerana> Yavony, étaient connues et réputées comme 
des lieux d'orgie contitîùelle par les porteurs. Que de fois n'ai-je pu 
quitter ces endroits a l'heiUre indiquée, car les porteurs étaient tous ivres. 

Depuis que les pays voisins échangent leurs rhums sur la côte, 
contre les produits de Madagascar, la population indigène des côtes 
tend à disparaître ; elle s'abâtardit de plus en plus et Ta fécondité de 
la race diminue progressivement ; tout porte à croire que ces popula- 
tions s'éteindront dans un avenir qui n'est pas éloigné, par l'alcoolis- 
me, la phtisie et leurs conséquences. 

La race hova chez laquelle la syphilis peut être considérée comme la 
règle, offre malgré cela une grande prolincité ; il est vrai que les indi- 
gènes prétendent que cette maladie ne leur a été inoculée qu'il y a 
vingt-cinq a trente ans. D'un autre côté, un traitement approprié per- 
met souvent d'obtenir des enfants viables dans une proportion d'envi- 
ron deux sur trois; il est donc permis d'espérer qu'il la longue, des 
efforts constants, toujours dirigés vers le même Dut, permettraient 
sinon d'enrayer le mal, tout au moins de l'atténuer. 

Il est une comparaison qui est intéressante à faire : elle consiste en 
la différence de natalité qui existe entre la population Betsimisaraka 
qui a été faite esclave et transportée sur les nauts plateaux, et où l'al- 
cool ne pénétrait que peu ou pas, et celle qui n'a pas quitté la côte. 
Chez la première, la femme a'aujourd'hui est encore féconde, chez la 
seconde, elle ne l'est plus ou moins. 

Cependant la population Betsimisaraka des hauts plateaux est déjà 
en grande partie contaminée par la syphilis, tandis que celle de la 
côte l'est peu ou pas. La conclusion immédiate de cette comparaison 
serait aue l'alcoolisme est plus dangereux que la syphilis au point de 
vue de la reproduction ; on serait tenté de le croire, étant donnée 
l'ancienneté de la syphilis en Europe et la désinvolture avec laquelle 
les peuples la supportent. 

Pour me résumer, je dirai : 

1® Que l'eau pure ou le thé très léger pris comme boisson habituelle 






t 



356 vil* COIfGIlitS INTERNATIONAL 

particulier ; mais, aussi pour toutes les autres contrées de TAfrique, 
linsi que pour le monde entier. 

L*hîstoire de la Traite des Esclaves dans laquelle on voit les 
Européens trafiquer de la vie des Nègres africains est un chapitre bien 
(ombre de Thistoire des travaux des Européens en Afrique. Et, pour- 
tant ce souvenir n*est pas sans créer d'encouragement ; car, la 
:onscience de l'Europe s est émue, et nous pouvons dire, avec cer- 
itude, que jamais plus cette iniquité ne sera tolérée par les Puis- 
MDces Européennes. 

L'unité d action gagnée dans cette affaire importante donne tout 
ieu d'espérer que les Grandes Puissances se lèveront par l'effet de 
eurs sentiments de responsabilité, par rapport à ce qui concerne les 
lutres questions affectant les races indigènes. A la Conférence de 
Bruxelles (1889-1890) en' outre d'un arrangement relatif k la prohibi- 
ion des armes et de la poudre à canon, n fut décidé d'exercer une 
iction internationale contre le trafic des spiritueux ; décision largc- 
oent due k l'influence du Comité Uni contre le Trafic des Liqueurs 
hez les Races Indigènes ; comité que j'ai Thonneur de représenter. 

Cette coopération des Puissances pour assurer le mieux possible les 
otéréts des Indigènes du Continent d'Afrique, est certaine de pro- 
luire un grand bien au profit de tous les intéressés, et la perspective 
fune nouvelle Conférence Internationale est un appel fait k nous tous, 
K>ur que nous obtenions les mesures propres k protéger les Races 
ndigènes Africaines contre l'influence pernicieuse du commerce des 
piritueux. 

Il n'est peut-être pas de partie du monde où tant^ de nations soient 
ntéressées, comme elles le sont en Afrique. Les développements 
xtraordinaires qui y ont pris place pendant ce siècle si près de finir, 
*y ont point été obtenus par les représentants d'un seul pay^; mais, 
»ar les représentants de tous les pays. 

C*est presque faire surgir l'envie, que de choisir entre les noms de 
eux qui nous ont ouvert ce nouveau monde en ce si court espace de 
finps. Néanmoins, comme exemples des pionniers modernes de 
Afrique, nous citerons Livingstone, Krapf, Rebmann, Barth, 
•achtigal, Stanley, Thomson, &>rdon. Singer, de Brazza, Arnot, 
erpa-Pinto, Monteil, Marchand. (ApplaudisêementsL 

Ijk seule audition des noms de ces hommes distingués donne une 
reuve évidente de l'intérêt commun de l'Europe dans l'ouverture du 
ontinent africain. Dans quel but, on peut demander, ces hommes 
iillants ont-ils dépensé leurs meilleures forces, au risque, voire au 
icrifice, en bien des cas, de leur santé et de leur vie ? Sans nul 
fHite, leur but était de porter aux Indigènes du Continent des Noirs les 
ienfaits de la civilisation, et non pas de les dégrader par l'introduction 
s Talrool étranger. Mais, ceux qui ont pris une part active au dévc- 
»ppement de l'Afrique ne sont pas les seuls k s'opposer au commerce 
es spiritueux en Afrique. L'idée que les nations européennes font 



CONTIIB L*ABUt DBS BOIS80H8 ALCOOLIQUBt ! 

aux repas sont a mon avis les meilleurs garants d*une bonne santé. 1 
alcools ne doivent être pris qu'exceptionnellement. {Applaudissemei^ 

2* Que le Gouvernement général de Madagascar ne saurait preiu 
trop de précautions pour limiter Tintroduction des alcools même 
bonne qualité, sur les hauts plateaux. 

3* Pour obtenir ce résultat, en outre des patentes et droits de a 
sommation déjà appliqués aux marchands d'alcool, des licences imp 
tantes ont été encore exigées des débitants d'alcool, dans toute Tel 
due de l'Ile. {ApplaudiêsemenU prolongée). 

Je me fais l'interprète du Général Gallieni pour l'accueil que vous i 
bien voulu faire à son si intéressant et suggestif rapport. 

La parole est à M. Harford-Battersby ïfon. Secret, of the Nal 
Races and the Liquor Traffic United Committee (Londres). 

M. le pasteur Th. Monod donne lecture du rapport, traduit en franc 
de M. Harford-Battersby. 



LB TBAPIC DBS SPIBITUBUX BT LBS BACBS INDIGBMBS 

Il n'est point de sujet plus propre à être examiné dans un Coq| 
International que celui-ci ; a savoir : — *> Nos relations avec les Ri 
Indigènes du monde entier. Si nous considérons les vastes étendi 
de la surface du globe, que, dans ces dernières années nous ati 
appris à connaître par les travaux de nos intrépides explorateii 
nous ne pouvons manquer de réaliser que nous qui sommes unis | 
la possession d'une civilisation commune, nous avons de loarl 
responsabilités, dont il nous faut remplir les devoirs vis-à-vis i 
races ignorantes et souvent sans défense, avec lesquelles nous d^ 
trouvons en contact, par nos Colonies et nos Protectorats dans les 
verses parties de la terre, par nos entreprises commerciales et par 
travaux des missionnaires. 

Malheureusement, dans un trop grand nombre de cas, l'influence i 
races blanches sur les nations non-civilisées a été pour le mal, ( 
pour le bien ; et cela, à tel point, qu'un commissaire britannî^ 
envoyé dans l'Afrique Occidentale pour s'enquérir au sujet de quel(| 
difficultés survenues dans un district du littoral, fut obligé de décU 
que « les quatre derniers siècles de contact avec l'Europe et le c4 
« merce européen, avaient dégradé le peuple, au lieu de l'élever et 
« le perfectionner ^ » C'est un verdict terrifiant ; mais, qui a* 
malheureusement que trop vrai, non pas que pour ce district pris 



^ 1 M. Th. Monod ajouta : « El à cala je ma^parmaU d'aioatar la lémoignaffa da 
•ianca çartonnalla, après ooalra ans da^séjoar sur la Ififer looi lai ordre* i 
[yalUani, donl ▼oui vanai d'antandra la rapport. » 



CONTRE L*ABUS DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 357 

usage du grand pouvoir qu'elles ont acquit en Afrique pour effectuer 
la drêgadatiou des populations qu'elles professent vouloir élever, est 
une idée faisant horreur à tout individu bien pensant. [Applaudisse^ 
metUs,) Si les faits étaient seulement mieux connus, je suis sAr que les 
peuples d*Kurope se lèveraient comme un seul homme pour protester 
contre cette sorte de commerce dépravante comme ils l'ont précédem- 
ment fait, quand il s'agissait de la Traite des Esclaves. [Applaudisse^ 
ments). 

Mais, il est un autre aspect k cette importante question. Elle est 
loin d'être simplement un problème de bienfaisance II est parfaite- 
ment légitime ue notre part de demandeur quel bénéfice nous retirerons 
de nos possessions africaines. Il n'est que juste qu'en retour de l'éta- 
blissement d'un bon gouvernement et de sa protection, nous recevions 
un écpiivalent proportionné a nos travaux. Un commerce équitable doit 
aller de pair avec les autres effors pour le bien des races africaines et 
l'établissement de ce commerce sur des bases satisfaisantes est la 
meilleure sauvegarde de la prospérité du pays. 

' Nous maintenons, néanmoins, que le trafic des boissons spiritueuses 
est entièrement opposé aux véritables intérêts du commerce. Si 
l'Afrique est ouverte aux transactions commerciales, ce sont les races 
indigènes, elles-mêmes, qui doivent en être les agents, et en effectuer 
le travail. L'Afrique tropicale n'est pas propre à la colonisation par la 
main des Européens. C'est pourquoi la meilleure espérance d'obtenir, 
pour nous-mêmes, le bénéfice de notre position en Afrique réside dans 
la préservation et l'éducation des races du sol. 

Ce n'est pas tout. Les nations d'Europe et d'Amérique cherchent de 
nouveaux marchés pour leurs produits. Or, en Afrique, comme en 
d'autres parties de ce vaste monde, il existe un champ splendide 
ouvert à l'extension des affaires, des professions et des métiers de 
tous les genres. 

Les çrands centres manufacturiers du monde s'attendent ii cc^ que 
racquisition de nouveaux territoires par leurs gouvernements respectifs 
leur offrira des débouchés convenables pour le placement de leurs 
produits. Or, qu'en est-il actuellement? Partout où le genièvre et le 
rhum sont importés en larges quantités, les autres produits né peuvent 
en soutenir la concurrence. Les gens dont l'unique désir est de se 
procurer des spiritueux n'ont aucune envie des autres articles de 
commerce. Par notre politique à courte vue, qui permet aux liqueurs 
enivrantes de s'emparer de l'Afrique, nous empêchons, en réalité, le 
développement du commerce profitable, au lieu de stimuler les races 
non^i'ivilisées de manière a ce qu'elles puissent apprécier les néces- 
sités et les conforts de l'existence civilisée 

C'est donc affaire urgente ; car, en raison des moyens perfectionnés 
maintenant en usage pour les communications, par suite de l'établis- 
sement des chemins de fer, il y a grand danger que le trafic des 
spiritueux ne pénètre bien en avant dans l'intérieur du dit Continent; 



358 VII* CON6MS INTBRNATIONAL 

intérieur où, Jusqu^ici, ce trafic n'était point entré. En outre le milieu 
de l'Afrique Occidentale est occupé en grande partie par des Mahomé- 
tans qui sont, par leur religion, obligés de s'abstenir de tout breu- 
vage enivrant, nonobstant cette obligation, il a surabondamment été 
prouvé que laseuleprofessiondeMahométanisme n'était point unobstacle 
qui empéchit le développement du trafic des enivrants. A moins donc, 

3ue les nations de l'Europe ne s'entendent pour préserver les races 
u Soudan Occidental de l'influence de ce trafic, nous encourrons une 
bien grave responsabilité. 

Il ne suflit pas de révéler les malheurs et les dangers qui accom- 
pagnent l'extension de l'influence européenne dans l'Afrique Occiden- 
tale. J'espère que ceux d'entre vous qui êtes ici présents, prendront, par 
suite de ce Congrès, les mesures nécessaires requises par la situation. 

A la dernière Conférence de Bruxelles, il fut tracé une zAne s'éten- 
dant du 20"* degré de latitude septentrionale au 22"* degré de latitude 
méridionale, et u fut stipulé aue, dans tous les districts entre ces deux 
parallèles où il aurait été certiné que pour cause de foi religieuse ou pour 
une autre cause l'usage des liqueurs n'existait pas, ou n était aue peu* 
développé, les puissances en interdiraient l'importation, et lalabrica- 
tion des spiritueux y serait également interdite. 

Malheureusement cet article de l'Acte Général de Bruxelles n'a été 
mis en vigueur que dans deux parties de l'Afrique Occidentale, à savoir 
dans la portion septentrionale des territoires de la Compagnie Royale 
du Niger, et dans les districts intérieurs de l'Etat Indépendant du 
Congo. Cela est dâ, sans doute, au moins en partie, k la malencontreuse 
rédaction de la clause a laquelle je viens de faire allusion ; mais, on 
peut a peine faire erreur sur le sens réel de la dite clause. On devrait 
donc prendre, de suite, les mesures nécessaires pour étendre l'aire de 
l'interdiction jusqu'il VHinterland, c'est-a-dire jusqu'aux pays en 
arrière de toutes les Colonies et Protectorats de l'Afrique. Il est parti- 
culièrement important aue les territoires occupés par les principales 
races mahométanes (» les Mandigos, les Fulans et les Hausas) soient 
compris dans l'aire d'interdiction. 

Nous serons, sans doute, contents de voir la prohibition du trafic 
des spiritueux s'étendre à travers l'Afriaue Occidentale tout entière ; 
mais, il est admis qu'il y aurait des difficultés sérieuses k surmonter, 
là où ce trafic est bien établi. Nous ne devons point admettre la valeur 
de cette assertion ; car nous croyons oue les puissances, ayant affi 
comme elles ont fait pour la Traite des Esclaves, pourraient plus fa- 
cilement encore disposer du commerce des spiritueux. Si, pourtant, 
la prohibition était regardée comme étant impossible dans les districts 
côtiers, il faudrait établir un impôt uniforme, d'au moins 100 francs 
par hectolitre, à 50 degrés centésimaux. Une augmentation régulière 
et graduelle suivrait selon des intervalles stipulés d'avance, et ces 
impôts seraient uniformes dans toutes les possessions de ta Côte 
Occidentale. 



CONTRB L*ABUS DBS BOISSONS ALGOOLIQUBS .'t59 

U lie s*est jamais présenté de moment plus favorable pour traiter 
cette question que le temps actuel. Les questions de limites ont été 
réglées ; les causes de controverse ont été écartées. II ne nous reste 
plus qu*à développer les ressources des territoires desquels nous 
sommes responsables. 

«Nous ne pourrions non plus rencontrer de terrain plus propre à 
notre Conférence que celui de cette grande ville dans laquelle nous 
sommes assemblés. C*est ici, que de temps en temps, ont été réunis 
des cinq parties du monde, des spécimens des arts et des industries 
de chaque nation; signes évidents d*une civilisation commune, de 
laquelle nous avons tous raison d'être (iers. 

Une fois de plus une vaste Exposition Internationale se tiendra 
bientôt b Paris, marquant un nouveau pas en avant du progrès du 
inonde, ainsi que le témoigneront les signes de prospérité matérielle 
à fournir par chaque pays. Quel prélude plus approprié pourrait-il y 
avoir pour cette grande réunion des principaux représentants du 
commerce du globe, si ce n*est Témancipation de l'Afrique du fléau 
maudit de TAlcoolisme ; fléau qui, s'il continuait a être toléré, em- 
pécherait certainement le continent africain de participer aux bienfaits 
de la civilisation, et d'offrir alors un marché avantageux pour le com- 
merce de l'Europe. {Applaudissements). 

En Angleterre, en Allemagne, des comités se sont formés dans le 
but de protéger les races du monde entier contre les influences fu- 
nestes au trafic des spiritueux. J'ose espérer qu'un des résultats de 
ce Congrès sera la formation d'un comité français et puissant, pour 
témoigner des sentiments de la France à ce sujet. {Applaudissements). 

Il est de la plus haute importance qu'un arrangement international 
soit conclu. Pour l'obtenir, il faut que la France, l'Angleterre et 
l'Allemagne, les trois grands Pouvoirs ayant en cette affaire les in- 
térêts territoriaux les puis importants de l'Afrique Occidentale, veuil- 
lent bien agir de concert. Ce n*est point là une question d'intérêts qui 
se contrecarrent. Tous et chacun sont également menacés par ce 
trafic. Les colonies de chacune de ces nations sont en péril imminent 
par ce commerce des boissons enivrantes. 

Si la France prenait l'initiative pour amener ce résultat il n*y a pas 
le moindre doute que les autres puissances la suivraient. Ainsi s'ac- 
complirait une réforme qui prendrait rang parmi les plus remar- 
quables; dut*elle même être la dernière oe ce grand aix*neuviëme 
siècle. 

J'ai dit. 

M. Th. Monod. — M. Harford me prie d'annoncer que sUl y a 
dans l'assemblée des représentants des diverses sociétés étrangères ou 
des personnes qui s'intéresseraient à cette question des colonies, du 
tarif colonial des pays de couleur, il serait heureux d'avoir leurs noms à 
la fln de la séance, afin de leur envoyer de temps en temps des informa- 
tions i-elatives à ces questions. 



360 Vll^ CONGRES INTERNATIONAL 

M. le Dr Legrain. — Je n*ai pas besoin d*iiisister, Mesdames et 
Messieurs, pour vous faire remarquer rimportance de ce rapport. La 
question nous touche de très près au lendemain même du partage de 
territoires africains entre la France et TAngleterre. Il serait tout à fait 
désirable que le Congrès auJourd*hui réuni, prit une attitude déterminée 
dont les gouvernemeuU pourraient s*inspirer. La discussion est ouverte. 

La pai'ole est h M. G. Appia. 



l'alcoolismb au pays noir 

Ceux qui ont pris une part active à la croisade contre la prostitution 
légalisée, savent quelle triste influence exerce, dans le domaine de 
la galanterie vénale, Tattrait des liqueurs fortes. 

La bouteille de rhum ou de gin, le pot de bière ou le verre d'eau- 
de-vie sont les vrais séducteurs et souteneurs qui triomphent de la 
volonté faible, tentée par le besoin. Cet accouplement immonde de la 
boisson et de la débauche, suffirait pour nous inspirer un profond 
dégoût pour Talcool. Mais lorsque le souteneur est le commerce des 
nations soi-disant chrétiennes, quand la tenancière est la prétendue 
civilisation européenne; et la créature faible, dont on veut faire une 
fille de joie un continent presque tout entier, l'infortunée Afrique, 
alors un sentiment légitime de révolte s'empare de nous et nous cher- 
chons instinctivement une arme vengeresse ou protectrice ; mais l'in- 
dignation seule est impuissante et le sage nous apprend que la colère 
de l'homme n'accomplit pas la justice de Dieu. 

Commençons par bien établir les faits en citant le témoignage 
d'hommes bien instruits. Le collègue de Speeke, l'explorateur Burton, 
qui a séjourné longtemps dans le golfe de Guinée, exprimait son 

I'ugement sommaire sur les maux que l'alcool cause a l'Afrique, sous 
a forme peut-être un peu excessive que voici : « Supposez que, pour 
« délivrer l'Afrique de la malédiction du trafic de l'alcool, vous dussiez 
M la soumettre ii nouveau a la traite des nègres, avec toutes ses hor- 
« reurs, j'estime qu'elle gagnerait encore au change. » Nous ne crai- 

fnons pas de nous arrêter à signaler l'étendue du mal que tant 
'intérêts coalisés s'efforcent d'atténner. 
Le Rév. James Johnson avait constaté qu'aux funérailles d'un riche 
propriétaire d'Abbéocuta, on avait dépensé en rhum fr. 12.500. . 

Un explorateur éminent, feu Joseph Thomson, écrivait en mai 1887, 
au sujet de la côte des Krao ou Krou : on t'y sent dans une espèce de 
Hadès ou d'Enfer, peuplé d'hommes damnés, devenus des brutes et 
dont la punition aurait été d'être livrés a une inextinguible soif 
d'alcool. De tous côtés on entend le même cri suppliant : « Gin, gin, 
gin ! » et ce cri se traduit dans la conscience attentive dans ce cuisant 
reproche : <c Voyez ce que vous, chrétiens, avez fait de nous. Vous 
ff parlez et pérorez de paix et de bonne volonté envers les hommes 



CONTRE L*AVU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES lUM 

a et VOUS avez iait entrer des démons dans notre être. Donncx-nous 
« encore h boire, afin que nous oubliions, pour un moment siu moins, 
a notre misÎM*e et assouvissions notre ardent, notre inextinguible 
« dôsîr. » 

Dans bien des villages de cette côte infortunée, le sujet de gloire 
dtuit riiomme se vante, est la quantité d*eau-dc-vie qu'il peut absorber; 
et la mesure de son bien-être et de sa fortune, est la pyramide de 
bouteilles vides dont il orne la plate-forme de sa demeure. 

Nous avons entendu jadis, ii la Sorbonne, le capitaine Cameron nous 
dire, que dans telle localité de son itinéraire h travers TAfrique, il lui 
avait été impossible de parler jamais au roi ou cbef de Tendroit parce 
([ue, pendant les trois journées de son séjour, jamais le monarque ii 
voir n'avait été un moment sobre. 

Au Congrès de 1888, le Rév. H. Allen nous racontait que pendant 
un voyage d'enquête sur les cote de l'Afrique Occidentale, il avait vu 
tel soir, cent lemmes ivres danser autour de son camp et que non- 
seulement dans bien des localités, les sièges ordinaires étaient des 
dames-ieannes renversées, mais qu'en général aucune transaction com- 
merciale ne peut être faite, sans qu'une partie du compte soit réglé 
en alcool. Et quel alcool? puisque le gorille mort en route et placé 
dans un baril de cette eau*de-vle, se trouva, ii l'arrivée, avoir perdu 
tous ses poils, comme si on l'avait brûlé avec une espèce de vitriol. 
Les capitaines de vaisseau lui avouèrent que leur entière eargaison 
chargée si Hambourg et à Rotterdam, ne consistait en autre chose 
qu'en alcool ; et lorsque la Société épiscopale fit des remontrances 
k la Chambre de commerce de Hambourg, celle-ci répondit, par l'or- 
gane de son secrétaire, que les marchands de ce port, intéressés au 
commerce avec l'Afrique, considéraient les mesures proposées pour 
limiter le trafic des liqueurs, comme une entrave mise au développe- 
ment légitime du commerce et non-seulement celii, mais le secrétaire 
osait aiui'mer que le trafic n'avait pas d'eflets funestes pour les indi- 
gènes. Aux Conférences de Bruxelles, le représentant de lu Hollande 
plaida plus ou moins dans le même sens et soutint que la suppression 
du trafic de l'alcool provoquerait des révolutions, obligerait les gou- 
vernements à intervenir par des mesures de violence et empêcherait 
l'extension des bienfaits de la civilisation et du commerce! 

L'Allemagne eut, aux conférences, une influence prépondérante et 
plutôt opposée aux propositions de l'Angleterre. 

L'état effrayant du commerce de l'alcool a fait au parlement anglais 
l'objet de longues discussions, au courant desquelles on constate que 
dans le territoire de la Compagnie du Niger, if y a eu, dans l'espace 
de 2 ans, une augmentation du trafic de 225 ^f^. 

Dans l'année finissant en janvier 1892, l'importation avait été de 
61,326 hectolitres ; dans l'année finissant mars 93 : 62,266 hectolitres; 
mais dans la suivante, 94 : 118,455. D'autre part, Sir Charles 



itô2 vu* GONGRks INTBIINATIONAL 

Dilkc a estimé qu*cn 12 ans, le commerce de Talcool avait atteint à 
la Cote d Or 138,600 hectolitres. 

Mais la statistique a démontré qu*une sérieuse enquête, faite par 
des hommes décidés h combattre le mal, ne reste pas lettre morte et 
n*aboiitit pas nécessairomcnt h un simple rapport applaudi de tous, 
mais ensuite « classé » dans les cartons de la bureaucratie. 

Nous n'ignorons pas qu*il est aisé de tirer d'une statistique des 
conséquences disproportionnées avec la vérité ; mais les faits ont ce- 
pendant leur éloquence : 

A Lagos, a Tépoque de Télévation des droits sur Talcool, qui suivit 
Tcnquéte parlementaire, les importations commerciales totales 
pour 1894 étaient de fr. 12,926,103 50, la valeur de Talcool 

[importé était de 2,928,479 
id. 1895 id. 15,039,527 id. 2,502,678 

id. 1896 id. 19,309,178 id. 1,459,978 

Ainsi le commerce général florissait au même degré où celui de 
Talcool baissait. 

Dans le Dahomey, la statistique nous permet de faire une constata- 
tion inverse. 

En 1894, l'importation des marchandises utiles fut de fr. 5,902,723, 
et d'alcool de 1,862,882. 

En 1895, l'importation des marchandises utiles fut de fr. 7,380,850 
et d'alcool de 3,161,369. 

En 1896, l'importation des marchandises utiles redescendit à francs 
5,555,161 et l'alcool monta k 4,174,087. 

En sorte que, dans le Dahomey, le commerce utile a diminué pres- 
que dans la même proportion où celui des spiritueux a augmenté. 

A Sierra-Lcone le revenu sur les spiritueux o diminué en 1896 de 
fr. 400.000 et celui des autres marchandises a augmenté de fr. 200.000. 

Comment nous étonnerions-nous de ces faits, quand nous songeons 
que les appétits honteux éteignent, en se développant, toutes les fa- 
cultés de 1 être et même toute capacité de calcul. 

Le voyageur James Johnson observe qu'un nombre croissant d'en- 
fants se*^ mettent h boire, les parents aqministrant béatement des li- 
queurs fortes h leurs bébés en guise de bonbons. Qui leur enseignera 
h être sobres lorsqu'ils auront atteints TAge adulte ; Et cependant on 
a vu, il y a quelques années, le vieux père païen du roi Moshesh de 
Bassoutos, descendre de sa montagne et parcourir le pays pour prê- 
cher la tempérance. 

La mission française a eu l'immense privilège de fermer le pays des 
Bassoutos h la vente de l'alcool. Mission Casalis et Mabitle ayant 
trouvé un fidèle allié dans le roi Moshehs, mort depuis quelques an- 
nées. 

L'explorateur et missionnaire français Coillard a heureusement ap- 
porté toutes ces bonnes traditions au Zambèze. 



CONTRE L*ABUS 0K8 BOISSONS ALCOOLIQUKS .'iti.'t 

Lorsque le roi Lewanika l*eut invité h diiier, en compagnie iKun 
tralimiant anglais, le monarque noir ne put s*empècher île rcmari|ucr 
que le pasteur français refusait, avec politesse, la bière enivrante qui 
lui était oflerte, tandis que le trafiquant s*en régalait avec les convives. 
Interrogé sur cette différence entre blanc et blanc, M. Coillard parla 
des dangers des liqueurs fortes : — Cela veut-il dire, répliqua Lewa- 
nika, que je devrais, moi aussi m*cn abstenir? — Je le pense ; — Mais 
alors je vais l'interdire dans tout mon royaume ! — Mais non, tu ne 
pourras pas constater les contraventions de tes sujets ; — Mais alors 
je vais l'interdire ii ma cour. — Cela est faisable. — Aussitôt l'ordre 
a été donné. Et quand, plusieurs jours après, le roi s'apcrrut par 
Todeur, que son premier ministre Gambela avait enfreint ses ordres, 
il lui en lit devant tout le peuple, les plus sanglants reproches, (^oni- 
me e*était l'époque des inondations, il ne permit pas au coupable de 
marcher sur la seule chaussée qui menait à sa demeure, et Gambela 
dut patauger devant toute la population, au milieu de la boue. 

Le lendemain au « Tékotta » ou forum zambézien, on le vit arriver, 
avec ses deux calebasses et sa coupe, s'agenouiller devant le roi et 
briser les instruments de sa désobéissance en demandant et obtenant 
son pardon. C'est ainsi qu'un missonnaire français recrutait des adep- 
tes au sein de l'Afrique centrale. 

Puissions*nous suivre son exemple et le vôtre, M. le Président, qui 
nous en donnez à tous un si digne d'imitation et déjii couronné de 
légitimes succès. {Applaudissements prolongés), 

M. le Oi* Legraln. — Pour donner une sanction à la discussion 
ouverte devant le Congrès, et pour tirer une conclusion tant du dis- 
cours de M. Harford Battersby, que de ses propres paroles, M. Appia 
pi*opose au Congrès l'adoption du vœu suivant: 

M Le Congrès, pénétré de la responsabilité que fait peser sur les 
nations civilisées l'introduction croissante des spiritueux et de la 
nécessité de mettre obstacle aux ravages de ce fléau, exprime unani- 
mement le vœu que le Gouvernement français envoie à la Conférence 
qui va se réunir à Bruxelles, le 20 de ce mois, un délégué français 
qui, tout en tenant compte des nécessités du commerce, insiste pour 
que l'Act de 189U soit revu de manière a restreindre le trafic de 
1 alcool. Si le faire peu il peu disparaître et si empêcher toute exten.sion 
du trafic des spiritueux dans l'Afrique. » 

Vous savez, Mesdames et Messieurs, de quoi il s*ap:it : il s'agit tic la 
révision deTAclde Bruxelles de 1890. Cet Act avait été promul«^ué pour 
une dur<^c de cinq ou six ans ; par suite de circonstances politiques, il 
n*a pas été l'évisé en temps opportun, et aprè.s des i^emiscs successives 
il paraît qu*on vient de se décider pourtant h réunir à Bruxelles le 20 de 
ce mois une Commission internationale qui doit pi océ<1er <^ cette révision 



.')64 vil" CONRnBS IXTBRNATIONAL 

(le rAct de Bruxelles. Je ne sais dans quelle mesure le Oouverneinent 
français s*est fait représenter dans cette cii*con8tance, mais après ce que 
vous venez d*entendre, vous concevez que la présence de la France est 
indispensable dans la circonstance. En raison de cette urgence, Je crois 
que nous pourrions l'aiœ une infrsiction à nos règlements qui nous inter- 
disent d*adopter des vœux. Mais il est un moyen fort simple de se tirer 
«rembarras, r*est, au lieu d'adopter un « vœu p, de voter une simple 
ce adresse » au Gouvernement français. 

(Le principe de l'adresse ne souléoe pas d'objection eU à Funani^ 
mité, la rédaction suioante est adoptée) : 

a Le Concrrès, appelant tout spécialement l'attention du Gouverne- 
ment français sur la réunion internationale qui doit se tenir le 20 avril 
il Bruxelles, en vue de réviser TAct de Bruxelles ayant pour objet le 
règlcMucnt du trafic des boissons dans les colonies d* Afrique, sou- 
cieux de voir la France prendre en mains le sort des peuples de 
couleur, déoimôs par Talcnol de fabrication ou d'importation, et favo- 
riser ainsi révolution de ces peuples vers le progrès ! 

» Adresse au Gouvernement un énergique appel et le prie instamment 
de se faire représenter si la Réunion internationale de Bruxelles par 
un délégué compétent et nanti des instructions les plus fermes 'pour 
faire aboutir la révision projetée au mieux des intérêts de Thygiène et 
de rhumanité. » 

M. le Président. -* Notice Secrétaire général, enverra cette adi^esse 
au Gouvornciuent français, dans le plus bref délai ^ 

M. le O' Legrain. — L*oixlre du Jour appelle maintenant Texposé 
et la discussion de la question suivante : € De la lutte contre VcUcoO' 
lisme dans Varmée et par l'armée. » 

La parole est à M. Guicysse, lieutenant d*artillerie à Versailles. 

Discours de M. GUIEYSSE 
Mbsuambs, Mbssibuiis, 

Je n*ai pas Tiiitcntion le moius du monde de vous présenter des 
résultats statistiques, de vous parler de Tinfluencc de Talcool sur les 
fatigues du soldat pendant les marches et les manœuvres. Je veux 
simplement, en oilicicr de troupe que je suis, vous montrer la situa- 
tion du soldat devant Talcool, regrettant de ne pouvoir le faire en 
développant cette phrase du règlement: « I/eau est la boisson habi- 
tuelle du soldat. » (liires et applaudissements,) 

1 A ï'fue du Coii^rè«, Vl'miom Frmmfmise Antimlr-oolique et U Sociéié He Tempéramee de 
ta Croix'-Bleue, ont renouvelé en commun celle ndreiM au nom dee tempôranU qu'oUet 
reprétentcnt. Elle a été envoyée on double oxpédiiion nu Gouvernement fruni^ait ei direc- 
tement 1*1 la CunTéronce de Urusellc». 



CONTHE L*ABV8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 365 

Ce qui pour moi est essentiel, quand on veut étudier l'alcoolisme 
dans Tarmcc, et quand on veut lutter contre lui par Tarméc cile-mômc, 
c'est d*envisager la psychologie de la troupe. On s'est occupe depuis 
quelques années delà psychologie de la foule et de celle d*un public, 
opposant public ti foule : j'opposerai a mon tour la troupe au public 
et h la foule. 

J'entends par troupe, un groupement d'individus de conditions 
variées, réunis indépendamment de leur volonté, vivant pour un but 
commun, sous des lois extrêmement précises; et en ajoutant que dans 
la troupe les individus sont hiérarchisés, je la distinguerai nettement 
de la foule et du public. 

Si la hiérarchie est la caractéristique d'une troupe, nous entrevoyons 
immédiatement un moyen d'action sur elle, pour la guérir ou la pré- 
server de l'alcoolisme, comme pour tout autre but h atteindre, mili- 
taire ou non, c'est de demander aux chefs d'agir sur leurs subor- 
donnés. 

On peut songer à faire inscrire chaque soldat dans une société de 
tempérance de la garnison; quoique ce procédé ne me plaise pas, ii 
moi qui désire que mes soldats ne dépendent exclusivement que de 
moi-même en toutes choses, je crois qu'on arriverait ainsi à quelques 
résultats, mais ce ne peut être le procédé régulier, normal, a recom- 
mander : puisque nous rencontrons dans l'armée une propriété aussi 
remarquable que cette hiérarchie qui fait sa force^ nous devons abso- 
lument nous appuyer sur elle pour lutter contre l'alcoolisme. 

Nous nous appuierons donc sur la hiérarchie. Mais comment? que 
lui demanderons-nous? 

Demanderons-nous au chef d'user de son autorité répressive sur ses 
subordonnés? Je ne pense pas que ce soit ainsi qu'il faille procéder, 
que ce soit ainsi que nous puissions guérir ou préserver le soldat de 
1 alcool, la nation de l'alcoolisme. Et a'ailleurs, quelque désir que j'aie 
personnellement de combattre l'alcool, je déclare ne pas me recon- 
naître le droit de punir, d'une manière quelconque, un de mes hom- 
mes que je verrai prendre un petit verre ou un apéritif. Il ne faut pas 
oublier que notre autorité répressive est strictement — et si juste 
raison — limitée par les règlements; nous sommes armés pour exi- 
ger l'obéissance entière dans les actes militaires, pour maintenir l'or- 
dre indispensable, pour obtenir la discipline, mais nous n'avons pas 
h intervenir, de par le règlement, dans tout ce qui touche ii la vie 
privée de nos solciats, nous ne devons pas forcer l'individualité de nos 
subordonnés. Nous réprimons sévèrement l'ivresse parce qu'elle 
engendre le désordre, mais le petit verre bu avant la manœuvre ne 
peut être l'objet de notre action disciplinaire. 

Si je fais remarquer, avec insistance, que notre autorité répressive 
est strictement limitée, par contre, je proclamerai ceci : notre auto- 
rité morale est illimitée (applaudissements) ^ et on peut tout lui deman- 
der pour lutter contre l'alcoolisme. 



36G VII* CONGIIE8 INTBRNATIONAL 

Nous userons donc de la hiérarchie en nous appuyant sur l'autorité 
morale du chef. Voilh le principe fondamental. 

Pour en tirer les conclusions pratiques nécessaires, il nous faut 
entrer dans le détail de la vie du soldat, de la formation de son esprit. 

J^exnmincrai d^ahord trois facteurs qui tiennent ii la manière même 
dont est composée une troupe : le facteur ennui, le tsicievir gloriole, le 
facteur maus>aiHes influences. 

Le fadeur c'/m///, d'abord. 

Nous sommes chargés de donner ii nos soldats, pendant un temps 
relativement court, une instruction militaire relativement considérable. 
Il nous faut user de procédés intensifs pour arriver a épuiser tout 
notre programme d*instruction. 

Aussi de 6 heures du matin a 6 heures du soir, l'homme n'a-t-il 
pas un instant de vrai et complet repos ; constamment, on lui demande, 
et un travail physique et un travail intellectuel. 

I/oflicicr mené a peu près la même vie; s'il n'est pas constamment 
occupé a surveiller I instruction dans tous ses détails, du moins a-t-il 
ses journées extrêmement chargées, et ne peut-il se considérer comme 
absolument libre de son temps que quand le travail militaire de la 
troupe est terminé. 

Qu'arrive-t-il alors? c*est que, après une journée très remplie, 
pendant laquelle Tautorité hiérarchique s'est fait sentir sans interrup- 
tion, Toffîcier rentre chez lui avec un désir bien légitime de se repo- 
ser, de se consacrer h ses travaux personnels; et la troupe se trouve 
alors complètement abandonnée ii elle-même. 

A pnrtir de 6 heures du soir, le soldat est donc libre de ses actes. 
Mais il ne sait que faire ! que pourrait-il faire ? sortir? en quelques 
soirées il connaît la ville, et puis, pour sortir, il doit quitter ses vête- 
ments de manœuvre, astiquer ses vêtements d'extérieur, il lui faut 
donc faire un nouvel effort après tous ceux qu'il a dépensés dans la 
journée ! Qu*il sorte ou qu'il ne sorte pas, a'ailleurs, dans tous les 
cas — il s*en nuira, et sera ainsi dans les pires conditions pour se 
laisser aller h boire. 

Il y a quelques temps, je passe dans mes chambrées il 8 heures du 
soir. Je trouve étalé sur son lit, un de mes hommes, excellent soldat, 
pour lequel ses officiers ont beaucoup d'affection car il est sérieux et 
travailleur. Je lui demande ce qu*il fait lii : point de réponse; j'insiste, 
alors il se réveille, se lève vivement : « Je m'ennuie, mon lieu- 
tenant. » 

Un autre jour, je pénètre dans une chambre de sous-oAScier. Elle 
était fort en désordre, des papiers, des livres, des effets traînaient 
partout, et un soiis-oilicier, garçon intelligent, était couché tout 
habillé sur .son lit — le lit, c'est la grande ressource du soldat — il 
dormait, nous étions au milieu de la journée. Je le réveille, lui 
demande s*il est malade. Il me répond non, et m'explique qu'il devait 



CONTRB L*ABU8 DBS DOISSQffS ALCOOLIQUES 367 

être commandé de service, que, ne l'ayant pas été, il n*a su que faire; 
il avait commencé a ranger ses affaires, mais Tennui était venu. 

J*aurais bien d'autres faits de cette nature à rapporter, mais il est 
inutile. d'insister; vous comprenez sans peino que l'ennui vient faci- 
lement pour nos soldats, lorsque éloignés des leurs, ils ne sont plus 
forcés d agir, et que la seule aistraction qui se présente ii eux, est de 
s'attabler devant des consommations, quand ils en ont les moyens. 

Second facteur, la gloriole. 

Tous nos soldats sont des jeunes gens du même ugc, et aussi du 
même milieu dans leur grande majorité. Sitôt arrivés au régiment, ils 
sont intimes, sinon amis, et tout naturellement ils se vantent les uns 
devant les autres de ce qu'ils font. C'est un phénomène qui n*cst 
point spécial il Tarmée, mais qui y prend une importance spéciale, 
ainsi que celui-ci : ils pourraient se vanter de ce qu'ils font de bien, 
mais ils se vantent de préférence de leurs farces, de leurs mauvais 
coups, du mal qu'ils font. 

Voici un extrait d'une note qui m'a été remise par un brigadier. — 
Je tiens n vous dire immédiatement que presque tout ce que je vous 
lirai a été écrit par des gradés de mon régiment; c'est vous dire quels 
garçons sérieux l'on trouve h côté des mauvais gradés dont je serai 
tout a l'heure obligé de vous parler. — « A la chambrée, les hommes 
n'ont aucune conversation, aucun sujet de discussion, rien ne les inté- 
resse, rien ne les attire; pas un journal, pas un livre. Et pourtant ils 
ne sont pas bêtes ? Ont-ils un moment de tranquillité, vite ils s'éten- 
dent sur leur lit et font une heure 

Ceci s'applique plutôt a l'ennui, mais voici qui s'applique h la 
gloriole : 

Cependant la porte s'ouvre avec fracas, la chambre retentit 

de joyeux éclats de voix : c'est un permissionnaire qui rentre, et aus- 
sitôt (j'en ai vu qui n'avaient même pas pris le temps d'aller jusqu'il 
leurs lits) il raconte que la veille ou l'avant-veille, // s'en est ûanqué 
une muffée sérieuse, Ebahissements, rires, admiration des auaiteurs, 
rien ne manque. Il y en a qui se tordent littéralement de rire, car 
chacun veut montrer qu'il n est pas inférieur ii ses camarades en ce 
genre de sport, et chacun raconte ses exploits personnels^ Ce ne sont 
plus alors gars du Nord ou Normands, ce sont tous vrais gascons, m 
(Rires et applaudissements.) 

Ces rentrées ne sont pas d'ailleurs toujours paisibles. Un sous- 
odlcier me dit : 

M I^c dimanche soir, ii la rentrée des permissionnaires, les hommes 
qui rentrent gris réveillent les autres, pour les prendre h témoin de 
leur état. Et c'est un chambardement général qui se termine souvent 
par des disputes, que ne peut guère empêcher le brigadier souvent 
gris lui-même, n 



368 vu' COXG1IB8 INTBIIKATIONAL 

J*en arrive maintenant nu troisième facteur qui est de beaucoup le 
plus important : les maïa^aises influencée, 

A la caserne, les secrets n'existent guère, et quand un soldat reçoit 
de Targcnt, ses camarades le savent immédiatement ; les buveurs 
d*h<ibitude ont vite fait de dénombrer leurs victimes possibles, ceux 
qui les aideront a boire, quand leurs propres ressources sont épui- 
sées. Dans chaque unité, il y a un ou deux de ces buveurs malhon- 
nêtes, on les connaît mais ils sont diiïîciles à prendre sur le fait, et 
d'ailleurs quelle faute prévue par le règlement peut-on leur reprocher? 
Il y a tel homme par exemple qui se fait le grand ami de quelques 
richards, se rend indispensable dans toutes les parties, et provoque 
les beuveries quand elles ne viennent pas aussi souvent qu*il voudrait. 
Un autre qui a quelque argent de temps en temps engage son voisin 
il faire bourse commune et si tout boire. 

Mon adjudant m'écrit : « J*ai connu un garde-magasin qui par son 
emploi avait pris de l'autorité sur ses camarades, et en profitait pour 
se faire payer ii boire par les jeunes soldats. Il allait toujours dans le 
même café et le patron lui payait si diner tous les dimanches pour les 
nombreux clients qu'il lui amenait. » 

Je ne m'étends pas davantage sur les mauvaises influences de cama- 
rade il camarade, pressé que je suis de vous parler des gradés. 

Quelle influence ont-ils ? hélas, je dois dire, quoi qu il m'en coûte 
beaucoup, qu'en générsil elle est mauvaise, car non seulement ils ne 
donnent point l'exemple de la tempérance, mais ils donnent trop sou- 
vent celui de l'intempérance. 

Remarquons bien d'ailleurs que si le fait est pénible, il n'a rien de 
surprenant; les grsidés ont exactement la même origine que nos sol- 
dats, ils ne savent pas plus qu'eux ce qu'est l'alcoolisme, ils ne se 
rendent pas compte du mal qu ils font. 

Seulement vous comprenez que puisque la troupe vit par la hiérar- 
chie, que tous les actes de la vie militaire s'exécutent en distinguant 
des chefs et des subordonnés, la manière dont se conduisent les sous- 
oflicicrs aura une grande influence sur le moral du soldat. 

Notre grande préoccupation, voulant obtenir une troupe saine, est 
d'avoir des gradés sains... (ApplaudissemenU.) 

C'est un des principaux buts de nos eflbrts; malheureusement nous 
n'y réussissons pas comme nous le voudrions, ayant contre nous un 
ennemi terrible : l'alcool. Tel de nos gradés que nous avons formé avec 
soin, de notre mieux, tout ii coup nous échappe, se dérange ou commet 
une faute grave; c'est, neuf fois sur dix, qu'il s'est laissé entraîner 
aux longues stations dans les cafés. 

J'ai de nombreuses notes sur cette question spéciale. Un sous-oflicier 
me dit : k Les habitudes des sous-omciers ne sont pas identiques ii 
celles des hommes; c'est surtout par l'abus des apéritifs que les sous- 
ofTiciers s'silcoolisent. La plupart, les maréchaux des logis chefs par 
exemple, vont prendre régulièrement leur apéritif tous les jours, c est 



CONTRE L*ABU8 DBS BOISSONS ALCOOLIQUES 3CU 

■ 

prcsqu'obligatoire. Certains se passent de vîn en mangeant, et ne 
manquent pas leur absinthe. Si encore ils n*en prenaient qu*une; 
mais l'nn ayant paye la tournée, un autre en paie une seconde et 
ainsi de suite. On revient alors ii la cantine pour dîner, avec le calé 
parait Talcool; on est « dans le train », c'est Texpression consacrée. 
On sort, on visite les cafés-concerts, en buvant de la fine ou de la 
bière et on rentre tant bien que mal à Theure réglementaire. 11 iaut 
les entendre le lendemain : « Ah ce qu'on a chahuté au Café du Nord, 
ce qu'on a rigolé à la Taverne, etc., etc. » Voilii h peu près la vie de 
certains sous-odiciers, dépensant sans compter l'argent parce qu'ils ne 
savent pas le gagner. » 

Une autre de mes notes montre la déchéance d'un sous-oincier sous 
riniluence de l'alcool'. C'est un officier qui parle d'un fait dont il a 
été témoin, alors qu'il était sous-odficier : 

M J'avais comme camarade un gentil garçon qui, avant échoué à 
Saint-Cyr, s'engagea poiir devenir officier. Il prit malheureusement 
l'habitude des apéritifs ; il fut bientôt rayé de la liste des candidats ii 
l'Ecole. Il est descendu de degré en degré, et je ne sais ce qu'il est 
advenu après qu'on refusa de le rengager. » 

Songez au mal que fit, par l'exemple, ce malheureux garçon avant 
de se perdre définitivement lui-même ; songez quel facteur de désa- 
grégation morale il fut au milieu de ses hommes. 

Voici une autre note ; je ne puis résister au plaisir de vous 
la lire, pour opposer les sentiments du sous-oificier qui l'a écrite h 
ceux des camaractes dont il parle. Elle m'a été remise par un de mes 
maréchaux de logis, un de ceux qui ont pris ii cœur d'éloigner l'alcool 
do ses subordonnés : 

u Sous-ofTiciers et brigadiers ne se privent pas, eux non plus, de la 
dive bouteille. Ils oublient trop facilement que leur autorité ne vient 
pas des galons qu'ils ont sur la manche et des punitions qu'ils peuvent 
infliger, mais en premier lieu de leur intelligence et de leur dignité 
morale: cela est tout le secret de ceux qui savent se faire obéir, et rien 
n'est plus facile ik remarquer que ceux qui sont cotés c< bons sous-olli- 
ciers », sont justement les sous-offîciers qui dans leurs rapports avec 
les hommes gardent, sans fierté ni arrogance, leur distance, et peuvent 
interposer intégralement entre eux et leurs subordonnés, leur dignité 
morale. Mais malheureusement, il n'y a pas assez de sous-olFiciers qui 
ont le droit de réprimander les soldats qui boivent, car ceux-ci leur 
répondront par exemple, que tel jour ils t'ont ramassé dans l'écurie 
ivre-mort, et que quand ils voulurent l'emporter dans sa chambre, il 
se mit SI les frapper h tour de bras, ou encore que tel autre soir il 
fallut l'intervention de quatre ou cinq sous-ofFiciers pour le coucher et 
lui arracher un gros bâton avec lequel il menaçait de tout casser et 
d*assommer le premier qui s'approcherait. » 

Des deux sous-ofriciers auxquels il est fait allusion, l'un est aujourd'hui 



I » 



370 VII* cokghes intbinational 

prévenu de vol devant le conseil de guerre, et le second est cassé de 
son grade pour argent emprunté h un inférieur. 

Un dernier fait : 

Je prends le cas d'un adjudant, très excellent homme, très estimé de 
tous ses chefs ; ses fonctions sont importantes, c*est lui oui a la police 
du quartier. « Certains soirs, il n'était pas commode, me ait un oiucier, 
et les punitions pleuvaient sur tout le monde ; c'était quand il avait 
dépassé sa dose ordinaire d'apéritifs, c'est-à-dire 6. Il détint une fois, 
c'est certain, le record des apéritifs, il en bot 28 entre 6 heures et 
8 heures du soir ; tous ceux qui l'approchèrent furent lourdement 
punis. » 

Mettons vite en face de cet adjudant, celui du régiment voisin, qui 
a rempli les mêmes fonctions, tout autant sinon plus aimé de ses 
supérieurs, et pour lequel tous les sous-officiers et hommes de troupe 
ont grande estime, quoiqu'il soit fort sévère: il a eu l'an dernier un 
prix de la Société de Tempérance. (AppplaudUêemenU). 

J'en ai fini avec les différents facteurs qui tiennent ii la manière dont 
est composée une troupe ; examinons maintenant la situation matérielle 
du soldat. Nous considérerons encore trois facteurs : la chambrée, la 
cantine, le cabaret. 

La chambrée devrait retenir l'homme de troupe ; si elle était agréable, 
l'homme ne s'alcooliserait pas aussi facilement qu'il le faif. 

Mais les casernements ont été construits autrefois pour une armée 
infiniment moins nombreuse qu'aujourd'hui, et alors qn'on ne songeait 
point comme aujourd'hui au bien-être du soldat. Aussi k l'heure 
actuelle, tous les officiers réclament-ils l'amélioration des caserne- 
ments ; certes, au point de vue de l'hygiène physique, il n'y a guère 
a dire, chaque homme a le nombre de mètres cubes cTair respirabie qui 
lui est nécessaire ; mais nous ne pensons point que le nombre de 
mètres cubes d'air respirabie intervienne seul pour faire vivre saine- 
ment nos soldats, et nous voudrions plus de confort, plus d'hygiène 
morale, si l'on peut dire. (ApplaudiêsemenU). 

Les lits sont souvent tellement serrés dans les chambrées qu'il est 
impossible à un homme d'atteindre la tète de son lit sans froisser la 
couverture du voisin. Quel plaisir le soldat peut-il avoir, dans ces 
conditions, h rester dans ce qui représente son chez lui? 

Depuis quelques années on a créé partout où on a pu — en serrant 
davantage les lits, il est vrai — des salles communes, des réfectoires. 
Mais dans combien d'entre eux l'homme est-il obligé de se tourner de 
côté pour ne pas empocher son voisin de manger ! 

Le casernement comme il est, est un obstacle à nos efforts pour 
améliorer la situation de la troupe ; nous n'y pouvons rien, puisque 
nous nous heurtons a la terrible question budgétaire. 

Pourtant il nous permet déjà de lutter contre les cantines et en nous 



CONTRB l'abus 0B8 BOISSONS ALCOOLIQUES 371 

ingéniant davantage, nous pourrons peut-être arriver si de sérieux 
résultats. Ecoutez ce que me disait dernièrement un vieil adjudant qui 
a vu passer devant lui vingt contingents de soldats : 

a Mon lieutenant, depuis que les réfectoires ont été installés dans 
les batteries, les cantinières gagnent beaucoup moins qu'autrefois.... 
(iipplaudUsemenU) parce que, quoiqu'ils soient mal organisés et trop 
petits, l'homme ne va plus à la cantine manger sa gamelle et boire eu 
môme temps alcool et apéritif. » 

La ffamelle n'existe presque plus en effet ; nous avons des soupières, 
des plats, des assiettes, des verres, et comme pour avoir sa part, le 
soldat doit aller au réfectoire, il abandonne la cantine. 

L'influence qu'a eue la création des réfectoires, si défectueux 
solcnt-ils bien souvent, est précieuse k retenir ; elle justifiera une de 
mes conclusions. 

Ktudions maintenant les cantines. 

Un peu d'historique d'abord. Elles ont été organisées en 1830. Elles 
étaient tenues par des blanchisseuses-vivandières chargées de laver le 
linge des soldats et de leur vendre des denrées alimentaires et des 
boissons. Il y eut d'abord quatre cantines, puis huit, puis douze ; on 
revint h huit, et maintenant il y en a quatre, une par bataillon, dans 
les régiments d'infanterie. 

En 1875, les cantinières, d'après le règlement, sont chargées de 
nourrir les sous-ofTiciers (voilà leur vrai rôle], mais ce elles sont en online, 
autorisées à tenir, sous la surveillance de 1 autorité militaire, des can- 
tines où elles vendent à la troupe des denrées alimentaires et des 
liquides. » 

Remarquez le en outre, remarquez que c'est une autorisation qui 
leur est donnée de vendre des denrées alimentaires et aussi des 
liquides. Mais le marchand de vin se multiplie, il prend de plus eu 
plus d'importance dans la vie publique, on le voit partout, on le 
rencontre h tous les coins de rue. Et les rédacteurs du règlement de 
1892, subissant évidemment les influences ambiantes sans s en douter, 

écrivent : 

« 

« Elles (les cantines) sont tenues de nourrir, h des tarifs fixés par le 
colonel, les sous-ollicters... Elles tiennent dans le quartier des débits 
de boisson et de denrées alimentaires. » 

De telle sorte qu'aujourd'hui les cantines sont là, normalement, pour 
vendre l'alcool comme dans tous les débits de boisson, et que par 
contre, comme charge opposée à leur privilège, elles sont tenues de 
nourrir les sous-olliciers. 

Ce qui montre bien la situation des cantines, c'est que en 1887, je 
crois, lorsqu'une circulaire ministérielle engagea les chefs de corps à 
créer des mess de sous-oflficiers, les cantines ne furent point diminuées. 
Et aujourd'hui, la plupart des régiments n'ont point de mess de sous- 



372 vu' CONGRÈS INTERNATIONAL 

officiers, faute de place, alors qu*il serait bien simple de supprimer 
une cantine pour prendre ses locaux. 

Autrefois les cantiniëres étaient des femmes de vieux soldats ren- 
gagés, elles avaient un uniforme. Maintenant les cantines sont tenues 
par des marchands de vins ordinaires, et c*e8t le cantinier qui a une 
tenue réglementaire. 

La place est bonne, jugez-en par ce que me disait dernièrement un 
«idjudant : 

« Une cantinicre s*installè dans mon régiment; dix ans après, elle se 
retire, achète un des principaux hôtels de la ville et une villa dans les 
environs. » 

Une autre disait que pour lOÛ.OOO francs elle ne céderait pas son fonds. 

On peut donc un peu s*attaquer aux cantines (applaudiëMemenU); par 
les réfectoires, on a commencé, il faut continuer. Mais outre les pro- 
cédés administratifs à employer, il faut chercher a les atteindre 
directement dans les manières abominables dont elles usent pour 
soutirer les moindres sous au soldat. J*ai eu occaaion, c'est un 
exemple, de signaler la vente pour fr. 10 de titres de permission 
qui leur reviennent a fr. 03; le colonel est intervenu naturellement, 
ce qui m'a valu la haine, bien méritée, des cantinières ; je pourrais 
vous citer encore d'autres faits de même ordre, mais passons sur ces 
actes de pur commerce. 

Sur les denrées alimentaires, les cantinières gagnent peu, mais sur 
Talcool elles gagnent ce qu'elles veulent. Or, le jeune soldat, quand il 
arrive au régiment, a une faim extraordinaire, sa ration ne lui .suffît 
pas ; il va donc ii la cantine acheter un supplément de pain. Que me 
dit mon adjudant? u II y a des cantinières qui refusent aux hommes 
du pain s'ils ne boivent pas la goutte. L'homme pour manger est donc 
obligé de boire de l'alcool ; n'est-ce pas monstrueux ? » 

Et comme je demandais h un de mes jeunes sous-offîciers s'il pouvait 
me citer des faits précis de ce genre, il m'a raconté qu'au champ de 
manœuvre un jour ayant faim, il s'approcha de la voiture de la 
cantinièrc pour acheter un petit pain, u Qu'est-ce que vous prenez? » 
— « Mais rien !» — « Vous ne buvez pas ? alors je ne vous vends pas 
de pain. » 

Les cantinières, pour leur belle industrie, trouvent naturellement et 
malheureusement des complices dans la troupe. 

« Quand j'étais h Toul, me dit mon adjudant, j'ai entendu deux 
brigadiers se vanter de ce que la cantinière leur avait payé à dtner pour 
lui avoir amené beaucoup de jeunes soldats qui avaient fait chez elle 
une forte dépense de boisson. » 

De tels faits sont punis avec la dernière rigueur, mais peu 5ont 
connus par les officiers, cardans l'échelle hiérarchique par où montent 
les nouvelles jusqu'à nous, il se trouve des échelons faiblea sinon 
pourris, comme je vous en ai cité de tristes exemples. 



CONTIIB L*ABU8 DBft BOISSONS ALCOOLIQUES 37.*) 

Maïs Inîssons les cantines dont je vous aï dit beaucoup de mal, et 
passons aux cabarets de garnison dont je vous dirai plus de mal encore. 

On a beaucoup médit des cabarets, on les a dépeints sous les cou- 
leurs les plus navrantes ; j*ai lu certaines descriptions, mais je u*cn ai 
pas trouvé une seule qui puisse s'appliquer aux « boites ii soldats » 
comme on dit, tellement celles-ci sont répugnantes. (Applaudissements), 

Voici lé récit fait par un brigadier de ma batterie : 

a Le type des mastroquets est celui du Père Michel; je Tai visité 
pour mon instruction un dimanche soir. Une salle de 6 mètres carres 
il peu près, trois lampes fumeuses. Dès qu'on entre, une bouffée d'air 
vicié, mélange de basanes, de fumée, de mauvaise friture, vous prend 
h la gorge. Tout est comble de soldats. Dans le fond, une petite salle, 
drapée de rouge, ii peine éclairée, où sont des artilleurs en trs|in de... 
rire avec une vieille fille qui sert de bonne, grande, sèche, ébréchée, 
sale, distribuant des giffles aux trop entreprenants. Rlle est du Nord. 
Le patron, un être hirsute, un ours à la tignasse abondante, si la barbe 
longue et dégoûtante, si renfrogné dans ses longs poils que je suis 
obligé de chercher quelque temps pour trouver ses yeux ; il boit avec 
tout le inonde, et se fait payer son verre. Il est Normand. La femme, 
absolument le même tvpe que Fa bonne ; on les prendrait pour les 
deux sœurs sans la différence d'accent, la patronne se dit alsacienne. 
Elle est plus sale que la bonne ; elle interpelle les clients, leur adresse 
des sottises et des ordures. Tous ceux qui vont s'en aller viennent faire 
une partie de Zanzibar avec elle ; elle a une veine insolente et quand 
elle gagne, elle prend les consommations les plus chères. Les tables 
sont dégoûtantes, les verres jamais lavés. Je suis obligé de m'en aller 
vite, tellement je suis écœuré ; et nos hommes passent dans de telles 
maisons des journées entières ! » 

Pourquoi nos soldats vont*ils dans de tels lieux, me demanderez-vous ; 
je répondrai : où voulez*vous qu'ils aillent? Dès qu'un nouveau corps 
de troupe, un régiment, un bataillon, doit se former, les municipa- 
lités se disputentl'honneur de le loger pour augmenter les produits de 
leurs octrois sur les fourrages, les vivres, les alcools, et aussi parce 
qu'une musique militaire jouera le dimanche pour la grande joie des 
habitants. Mais en retour de tels avantages, des lieux convenables de 
réunion pour les soldats sont-ils créés par les notables? non, la police 
se contente d'autoriser, sinon d'organiser, des maisons que je n'ai 
pas h nommer. 

Kncore les soldats pourraient-ils fréquenter des cafés moins igno- 
bles ? non, car dans les cafés où va la bourgeoisie, les pauvres gens 
n^échapperaientpointk la surveillance absolument nécessaire de l'adju- 
dant de place et des sous-odiciers de planton ; ils ne pourraient pas 
déboutonner leur uniforme, se sentir à l'aise. Ils aiment ces bouges 
(|ue je viens de vous décrire, parce au'au moins, là, ils sont chez eux. 

l/illusion du chez soi, voila ce qu ils ne trouvent guère si la cbam- 



374 VII* CONGllks INTBRNATIONAL 

brée et qu'ils cherchent partout. Et c'est cela qui^ à mes yeux, expHoue 
la faveur d*un autre genre de boite à soldats, dont je vais vous parler 
d*aprcs un souvenir personnel. 

J*étais un jour au quartier, vers la fin de la journée, quand on 
in*apprend que plainte vient d*ètre déposée contre trois de mes canon- 
niers qui depuis le matin manquaient à leur service ; s*étant enivrés 
dans un cabaret, ils avaient volé une bouteille de rhum à la tenancière. 
Quelques instants après, les trois hommes — trois braves garçons que 
nous estimions — rentrent au quartier ; on les cueille au passaee et on 
les met en prison. Je les interroge immédiatement, et je devine vite 
que Thistoire n*est pas aussi grave que les dires de la cabaretière 
I avaient fait supposer. Aussi, avant de proposer quoi que ce soit k mon 
capitaine, jugeai-je nécessaire d*aller moi-même interroger la plai- 
gnante le lendemain matin, et voici ce que j*ai écrit dans mes notes en 
rentrant : 

« J'ai été avec mon maréchal des logis chef, instruire sur place 
TalTaire de G... et O*. J*ai vu la femme Boulieron dans son local; 
c*cst un petit cabaret qui m'a paru très bien tenu, tout y est propre ; 
la patronne, une forte femme de trente-cinq ans, assez bien de sa per- 
sonne, nettoyait son comptoir, tandis que la bonne lavait les tables de 
marbre ; l'impression aurait été bonne, si le commissaire de police ne 
m'avait pas donné les plus mauvais renseignements sur les mœurs de 
la femme Boulieron et du personnel féminin de l'établissement. 

» Je fais raconter ce qui s'est passé ; la version qui m'est donnée 
s'accorde assez bien avec celle des coupables, et je sens qu'en même 
temps que cette femme est furieuse contre G... et ses camarades, elle 
a pour eux une vraie afTection : des jeunes gens très bien, très gentils 
d'ordinaire, très gais mais très calmes. Je lui dis qu'il me fallait 
absolument un récit très précis et très exact pour le consigner 
dans mon rapport, et faire poursuivre les coupables devant le Conseil 
de guerre. 

» Au mot de Conseil de guerre, la femme Boulieron eut une émotion. 
« Oh non ! pas de Conseil de guerre ! » Je me suis demandé si elle ne 
craignait pas pour elle-même une instruction judiciaire ; c'est possible 
et même probable. Cependant elle courut à son comptoir, tira d'un 
tiroir la photographie d'un petit garçon d'une dizaine d'années, et 
me la présentant : (c C'est mon fils qui est mort, monsieur, il aurait 
maintenant l'âge d'être soldat, je ne veux pas que G... passe au 
Conseil de guerre. » La femme Boulieron a retiré sa plainte. » 

Et maintenant demandons-nous le rôle des cabarets comme celui de 
la femme Boulieron, dans la vie du soldat. Quant à moi, ma conviction 
basée sur ce fait étrange d'une malheureuse qui, en versant l'alcool et 
en débauchant le soldat, garde pieusement la photographie de l'enfant 
mort, et aussi sur ce que m'ont dit les trois coupables et quelques-uns 
de leurs camarades, ma conviction est que nos soldats sentant peser 






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CONTHB l'abus OBS BOISSONS ALCOOLIQUBS 375 

risolcmciii dans ls\ froide chambrée pendant -trois ans, cherchent par- 
tout une affection, » ne tendresse, {applaudissements); je suis convaincu 
au'auprès de ces tenancières de cabarets borgnes, ils poursuivent 
1 illusion de la famille, oui de la famille, avec une femme au jupon de 
laquelle ils s*accrochent en enfants, beaucoup plus qu'en hommes. 

Un dernier mot sur les cantines et les marchands de vin. Ils sont 
les banquiers du soldat. Je m'explique en signalant les faits à TAdmi- 
ni»tration des Postes. 

Nous surveillons l'origine de l'argent qui entre à la caserne, ou 
plutôt le règlement croit nous permettre de la surveiller. Le vague- 
mestre a un registre sur leduel sont inscrits tous les mandats qui 
arrivent, de telle sorte que si un jour on voit un soldat d'allure dou- 
teuse dépenser de Tarsent, il est théoriquement possible de savoir s'il 
a reçu quelque chose de chez lui. Mais pour toucher un mandat, il y 
a de nombreuses formalités — indispensables d'ailleurs ; — aussi le 
soldat demande-t-il à sa famille de lui envoyer de l'argent plutôt en 
bon de pos